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L'Énigme de la Dent du Lynx

De
116 pages

L’hiver sévit sur la montagne. Dans un sanatorium pour étudiants la neige isole durant des mois les pensionnaires qui y séjournent. Cette année-là d’étranges évènements se produisent dans ce nid d’aigle médicalisé.


Un jeune couple d’étudiants disparaît sans laisser de traces. Un ancien ami de la jeune fille disparue est accusé sans preuves par la gendarmerie et est incarcéré.


Au sanatorium, les quatre occupants de la chambre 126, parmi lesquels un ancien commissaire, un peintre et un séminariste, vont essayer d’éclaircir l’affaire.


Lors d’une randonnée vers la Dent du Lynx, la haute falaise qui barre l’horizon, les quatre copains aperçoivent un ancien habitat troglodyte, qu’ils décident de visiter. L’une de ces grottes semble encore habitée, mais l’entrée est condamnée par une porte blindée. De l’intérieur leur parvient un souffle, comme la respiration d’un être que l’on tiendrait en captivité. Ne pouvant pénétrer, ils décident de faire le guet à proximité. Un soir deux des copains surprennent des mystérieux personnages. Ils les pistent et découvrent que certains personnels du sana se livrent clandestinement sur les étudiants à des expériences interdites et dangereuses. Ce faisant ils sont surpris par les malfaiteurs et risquent de payer cher leur traque et leur indiscrétion.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-02707-1

 

© Edilivre, 2017

Du même auteur

Du même auteur :

Sujets scientifiques :

• Le Casse-noix moucheté, Le chevalier-R. Chabaud, 1990.

• Le Pin Arole. Actes sud. 2000.

• Les oiseaux et les baies sauvages. Belin, 2007.

• Oiseaux remarquables de Provence par M. Lasceve, C. Crocq, B. Kabouche, A. Flitti, F. Dhermain. Delachaux et Niestlé, 2006

Sujets historiques :

• Une jeunesse en Haute-Bretagne. L’Harmattan, 2011.

• De la Somme à Verdun, épreuves d’un poilu de 14-18. Souvenirs de guerre de P. Crocq collectés par Henri, Louis et Claude Crocq. L’Harmattan 2016.

Préambule

Un bel après-midi d’octobre. Nous montons en voiture de Grenoble jusqu’au petit village de Saint-Hilaire sur le plateau des Petites Roches, et de là, encore quelques kilomètres jusqu’au sanatorium des étudiants. Dans leur style d’entre-deux guerres, les bâtiments, maintenant délaissés, abandonnés à eux-mêmes, ont encore une allure imposante. L’architecte a su intégrer la construction au magnifique panorama de montagne, qu’elle ne dépare pas (à mon avis tout au moins). En contre-bas s’étend le plateau qui domine brusquement la vallée, et au-dessus s’élève le versant boisé jusqu’aux impressionnants reliefs rocheux qui barrent l’horizon.

On s’approche des bâtiments. L’aspect extérieur est peu engageant, et pour l’ancien patient, qui a séjourné ici durant des mois de traitement, il est devenu méconnaissable. Malgré mes efforts pour rassembler les souvenirs, la mémoire ne peut s’accrocher à ce spectacle de désolation.

Si le toit et les murs tiennent encore, rien à l’intérieur n’a été laissé intact, rien n’a résisté au pillage et à la destruction. Le sol est partout jonché de débris, tout est arraché, lacéré dans les salles, les chambres, les couloirs… Cette dévastation évoque, semble-t-il, plus qu’un pillage, un saccage intentionnel, systématique, qui fait penser à du vandalisme. Quelle horde de barbares, quelle armée de démons a-t-elle pu s’atteler à une pareille tâche ? On est venu heureusement sans nostalgie, mais on ne peut que constater et se poser la question. Ma mémoire ne peut faire la jonction avec les bâtiments que j’ai connus. Elle ne me renvoie pas, en vue de ce désastre, à l’existence laborieuse et paisible du sana d’il y a cinquante ans, mais plutôt à certains quartiers de la ville de mon enfance, ravagés durant guerre par les bombardements.

Je gravis à tout hasard un escalier encombré d’éclats de verre, de brique et m’aventure dans un couloir. C’est partout la même destruction, les débris épars, le même carnage difficilement compréhensible. Tout à coup apparaît, sortant d’un renfoncement, une silhouette en treillis de camouflage, tenue de combat, rangers, à demi courbé, fusil au poing… Il est étonné autant que je le suis de sa présence, et il s’explique. Je comprends alors qu’il joue à la petite guerre. Il était à l’affût et guette des adversaires, des ennemis imaginaires ou de connivence, équipés comme lui, et qui errent à proximité dans ces ruines. J’en apercevrai quelques-uns.

J’apprendrai un peu plus tard que ces constructions abandonnées dans ce coin retiré de montagne sont un théâtre tout trouvé, idéal, pour ces affidés au jeu de guerre. Ils sont, paraît-il, nombreux, venant parfois de très loin, ces amateurs, ces passionnés de l’airsoft, pour employer ce néologisme dont j’ignorais le sens.

Je ne m’attarde pas. On ne reconnaît plus rien, ce serait sans intérêt. Je préfère poursuivre ma promenade plus loin en montagne. Mais je me suis un peu renseigné, désireux d’en apprendre un peu plus sur les raisons de l’abandon incompréhensible d’un établissement hospitalier d’un grand intérêt architectural, paysager, et autre…, qui avait rendu la santé à tant de générations d’étudiants, et qui même désaffecté, présentait de multiples possibilités de reconversion et de réutilisation.

Faute d’entente entre les différents propriétaires et gestionnaires, les bâtiments ont été délaissés, livrés sans gardiennage au pillage, au vandalisme. Je me renseigne aussi succinctement sur son devenir probable.

Le site, dans son état actuel, présenterait un danger pour les visiteurs – la plupart non autorisés – qui s’y risqueraient. En dernier ressort, et vu le coût prohibitif d’une éventuelle restauration, la décision serait prise de le détruire totalement, de le raser. De l’effacer du paysage, qui sera rendu à son aspect primitif, d’avant ces constructions.

Je ne m’étendrai pas sur cette décision, quelque regret que j’en aie et qu’il ne m’appartient pas de commenter.

L’idée me vient seulement d’imaginer un polar dont l’action se déroulera dans le cadre d’un sana identique à celui qui va peut-être disparaître… Le scénario sera un peu fantastique comme il doit l’être sur le site d’une Montagne Magique. Le ton sera parfois celui de la bande dessinée, genre prisé par des lecteurs de tous âges encore adolescents. Mais ne cherchez pas à reconnaître parmi les acteurs mis en scène certaines personnes qui auraient vécu à telle ou telle époque au sana de Saint Hilaire. Toute similitude serait l’effet du hasard. Les personnages imaginés dans ce roman, comme le rôle qu’ils y jouent, relèvent de la pure fiction.

Chapitre I
La vie au sanatorium

Les bouteilles volent. Cannettes vides. Bière apportée clandestinement, car les boissons alcoolisées sont interdites au sana. D’un balcon à l’autre elles décrivent d’abord des courbes gracieuses, puis fusent en jets de plus en plus directs. On cherche à atteindre, à frapper la méchante, la vilaine bouille du vis-à-vis.

Pourtant ils étaient sortis chacun paisiblement de leur carrée, pour prendre les premiers rayons de soleil sur leur terrasse respective ; le jeune pied noir, étudiant en histoire géographie, et l’autre étudiant d’origine maghrébine.

La guerre d’Algérie vient de se terminer officiellement, les accords d’Evian dûment paraphés, mais ici vient de se rallumer une petite braise, spontanément, entre les deux balcons. Une braise qui ne demande qu’à s’enflammer dans un jeu de gamins, qui tourne sévère. Les deux antagonistes ont mal vécu leur histoire personnelle dans le même contexte de guerre civile, chacun de son côté, à sa manière. Après leur arrivée en Métropole les voilà descendus tous deux au même terminus, au Zauberberg, la Montagne Magique, pour soigner le même malaise qui les a pris tous deux au dépourvu. L’un est rapatrié, l’autre est invité. Un désaccord de fond.

Le petit jeu virulent et dangereux d’échange de bouteilles s’arrêtera faute de munitions, lorsque les projectiles auront tous fini par rebondir par-dessus la balustrade et atterrir sur une pelouse en contrebas. Par chance, cette fois-ci, il n’y a pas de blessé.

Le sanatorium de la Dent du Lynx était composé de quatre bâtiments d’aspect moderne qui s’étageaient tout en haut d’une route de montagne, ultimes constructions sur un vaste versant boisé de hêtres et de sapins.

Tranquillité, repos, bon air, le site réunissait les conditions propres à favoriser le rétablissement des patients. Des patients contagieux, qu’il valait mieux, pensait-on encore, tenir à l’écart de la société. L’isolement, en tous cas, était assuré. En aval, plusieurs kilomètres séparaient le sana du premier hameau, et il fallait ensuite des heures pour descendre à la ville par l’étroite route en lacets. En amont il n’y avait aucune échappatoire. Au-dessus de la vaste forêt se dressait l’imposante barre de la Dent du Lynx, une falaise infranchissable et quelque peu inquiétante par sa vertigineuse verticalité.

A cette époque, l’isolement était ce qu’on avait trouvé de mieux pour limiter les risques de contamination par le bacille de Koch. On en était toujours là, même si la découverte des antibiotiques une dizaine d’années auparavant avait bien changé la donne. Seulement la durée du séjour et du traitement au sanatorium était plus court, et ne dépassait guère une année pour la plupart de patients. Enfin, l’établissement, prévu à l’origine pour les seuls étudiants, admettait à présent, pour remplir les chambres, une plus grande diversité de catégories sociales et de tranches d’âge.

Dans la chambre qui suivait celles des lanceurs de cannettes, et qui portait le numéro 126, les occupants pouvaient bien refléter cette diversité.

Un homme jeune, d’expression avenante occupait le premier lit. Alcide Desplanques. On n’aurait pas pu le distinguer de l’ensemble des étudiants, si ce n’est par le teint hâlé, et l’allure solide de quelqu’un qui avait déjà un peu bourlingué. 30 piges sonnées. Il n’était plus en cycle d’études. Après des examens de droit et d’économie il était parti en Afrique noire où il avait occupé un poste d’administrateur colonial. Il venait d’être rapatrié pour raison de santé et dirigé sur cet établissement médical. On ne savait trop si c’était la fonction ou le climat qui ne lui avait pas réussi. Pour le moment il était occupé, assis sur le bord de son lit, à tailler avec un canif dans un morceau de bois une ébauche de statuette de style art premier.

Sur le lit voisin, un compagnon de chambre farfouillait dans une pile de dossiers sur la tablette de son chevet. Un petit mec au visage étroit, un regard vif, les joues sillonnées de deux rides verticales délimitant des lèvres minces, autant de traits qui marquaient un caractère énergique et déterminé. Le crâne coiffé en brosse, le nez droit surmontant une petite barre de moustache noire impeccablement taillée ajoutaient encore à l’impression générale de vigueur et de rigueur. Le commissaire Désiré Fouilletou était en début de carrière. Les qualités qui ressortaient de l’allure du personnage, avaient été peut-être trop durement mises à l’épreuve, puisqu’il se retrouvait là, lui aussi, astreint comme les autres pensionnaires à une interruption, un entracte dans sa vie, et un enfermement dans cet établissement de soins. Lui, qui en avait sans doute fait enfermer bien d’autres. Mais cette mise à l’écart, avait un sens bien différent que pour ceux qu’il avait conduits en taule : le même objectif que pour la majorité des pensionnaires ; il s’agissait, si possible, de recouvrer et de remettre en équilibre les deux états de leur santé : physiologique et mentale.

Sur le troisième lit de la chambrée était allongée une forme informe, enroulée dans une soutane prolongée de deux pieds chaussés de godillots à clous. Elle appartenait à un ancien séminariste, Evariste Ravichon, qui était plongé dans la lecture d’un épais bouquin, pavé inabordable traitant d’hagiographie. La tête penchée laissait apercevoir une mèche de travers sur un front pensif, et des yeux un peu bovins. Mais tout plongé qu’il paraissait dans sa lecture absconde, le pseudo-ecclésiastique ne perdait pas une syllabe de la conversation de ses voisins, car il intervenait de temps à autre d’une voix d’outre-tombe par quelque remarque destinée à en rajouter à l’hilarité de la joyeuse compagnie.

Se tenait accroupi sur le dernier lit, un quart individu à la tenue dépenaillée. Celui-ci, un peu plus âgé, accusait bien la quarantaine. Une chevelure noire et huileuse collée sur une binette au teint bistre, une balayette de moustache noire surplombant des lèvres constamment humides, et volubiles, pouvaient facilement faire passer le rigolo personnage, Paolo Esposito, pour un Gitan inculte. Mais c’était, tout au moins à l’en croire, un universitaire, sans doute artiste de tempérament et peintre à coup sûr. Maniant présentement le crayon avec dextérité, il griffonnait des dessins humoristiques sur un bloc de papier.

Tout ce monde attendait le passage des infirmières, abeilles bourdonneuses de la ruche qui dispensaient des piqûres à tout vent. Pour recevoir les soins, les étudiants étaient consignés toute la matinée dans leurs chambres et ne devaient pas quitter l’établissement avant le milieu de la journée.

A une centaine de mètres plus bas s’élevait un immeuble du même style, réservé aux étudiantes. Les garçons n’y avaient pas droit d’accès. Mais les filles retrouvaient ces derniers pour le déjeuner, dans un bâtiment intermédiaire. Elles y restaient l’après-midi en leur compagnie, dans les salles de réunion, dans les ateliers de musique, de peinture, de poterie, de céramique, de photographie, dans les salles de bibliothèque, de cinéma, à participer aux diverses activités culturelles mises à disposition des pensionnaires et destinées à les occuper sans qu’ils sombrent dans l’hypocondrie durant cette longue période de traitement thérapeutique et d’isolement.

Chapitre II
Première neige.
Une inquiétante apparition

Mi-octobre. La première neige avait fait son apparition dans les alentours du sana. Cette année-là, l’hiver avait mis le paquet. L’épaisse couche qui enrobait toutes les aspérités et reliefs du paysage bouclait pour pas mal de temps les pensionnaires dans leur nid d’aigle médicalisé. Ceux qui avaient déjà mis le nez dehors s’en doutaient un peu. Un voile grisâtre et sinistre masquait depuis le matin la haute muraille de la Dent du Lynx. Au cours de la journée, des nuages de plomb avaient dévalé sur tout le versant et se balançaient mollement autour des bâtiments comme de lourdes et sombres baudruches. Ces nuées avaient d’abord laissé échapper de timides particules argentées, qui virevoltaient sans mauvaise intention apparente. Il ne fallait pas s’y fier. Les grains ténus s’étaient rapidement métamorphosés en duvets épars, comme échappés d’un vol de pigeons blancs, puis en larges feuillets de papier froissé, enfin en grosses boules d’ouate, et une foule de crachats de ciel étaient entrés dans une danse tourbillonnante.

– Regardez, il neige ! il neige !

Les pensionnaires s’étaient massés derrière les vitres. Rapidement blanchissait la route. Les filles avaient commencé à quitter les ateliers et les salles du bâtiment commun pour regagner au plus vite leur dortoir. Leur fuite s’était précipitée lorsqu’avait commencé la dégringolade d’épais flocons, qui masquaient...