L'Esclavage par les sens

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280 pages
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— Bien lugubre histoire tout ça, j'irai voir cet instituteur, promit Jabou. — J'irai avec toi, approuve Chon. — Subitement, vous êtes décidés à devenir des hommes véritables, se marre Janina. — Après, c'est moi qui en baverai, dit Fulbert. La toute dernière fois, à son cours, pour une peccadille, ce salaud m'a envoyé dans le trou; je faisais des mouvements de la jambe pour repousser les bêtes de mes pieds, j'ai crié et ai supplié le maître de m'enlever de là, j'entendais le mouvement de l'eau et l'écho de sa voix par la paroi, il me répétait que ça m'apprendrait à me tenir correctement dans sa classe et je ne devais pas penser qu'il en aurait fini avec moi quand je serais sorti. Quatrième récit de Josué Irep qui signe avec "L'Esclavage par les sens" une immersion, durant les années soixante-dix, dans une communauté guadeloupéenne confrontée à la violence, à l'injustice, aux inégalités, à la pauvreté, aux interrogations... Mères courage, professeur sadique, enfants traumatisés, ces personnages forts, terriblement humains, oscillant entre grandeur et faiblesse, habitent cette fresque antillaise portée par une langue iconoclaste et qui n'est pas sans rappeler les pages d'un Raphaël Confiant.

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Date de parution 09 juillet 2015
Nombre de lectures 34
EAN13 9782342039696
Langue Français

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L’Esclavage par les sens
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Publibook
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Chapitre I Elle tombe à genoux, lève les bras en l’air, prend le ciel à témoin et hèle sur le hameau de Boucomori : — J’en ai assez de cette misère, voyez mes mains noires, el-les sont comme un vaisseau de bois, noircies et rayées par la fumée qui émane du charbon de bois, et mes pieds encrassés par l’huile de canne à sucre et le reste de mon corps, c’est bien dommage que je ne puisse vous le montrer car il est séché par la rigueur du soleil et a besoin d’arrosage ; il me faut une autre vie, celle qui me rapportera plus qu’un salaire colonial. Marsienne est encore jeune, elle n’a que trente-deux ans, son fils Coyo est proche de son neuvième anniversaire. Il fait chaud dans cette case et la chaudière d’ignames a du mal à chauffer sur du charbon de bois mouillé qui enfume sans flamber. Elle envoie son fils chez monsieur Estonnel, demander deux citrons et quelques pièces de monnaie. Le vieux passionné ou-vre sa porte, voit la partie inférieure du corps de la marmaille quasi dénudée, attrape Coyo par les bras, l’étreint, tâte la gue-nille, passe ses mains à travers le pantalon débraillé, puis saisit le zizi par les deux boules, le presse comme un citron, le purge de façon discontinue, en sort un liquide visqueux qui ressemble à des glaires, qui tombe sur le pantalon. L’enfant crie, se débat pour échapper, en vain, au vieux qui le serre sous les aisselles. Le rejeton hurle désespérément en jetant une écume qui ne vaut pas la sueur d’un cheval tandis qu’Estonnel ne fait que s’agripper à ses haillons en bougeant ses mains dans le fin fond du pantalon et dans une lutte acharnée, sans merci. En plus des cris et de la bave, les yeux de la marmaille pâlissent progressi-vement. Au moment où la lune pâlit la campagne, un homme à la taille du filao surnommé Jabou, aussi noir que du charbon de bois et venant de la maison adjacente, pâlit de rage en voyant la scène et à brûle-pourpoint crie après Estonnel, mais le vieux n’entend pas un mot.
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Voyant venir la mort de l’enfant, Jabou se jette sur Estonnel et l’arrache péniblement des haillons de la marmaille. Ce der-nier scande des mots incompréhensibles venant de souffles entrecoupés, émet un léger et ultime cri, et ensuite réapparaît le liquide visqueux. Jabou conclut que c’est de la pisse rassise en admonestant sévèrement Estonnel pour ses mauvaises manières. L’autre réplique en injuriant sa mère à plusieurs reprises. Florentine, madame Estonnel, la couturière, sort de la case et demande au garçon qui remonte avec beaucoup d’efforts son pantalon moucheté : — Pourquoi es-tu là, Coyo ? La marmaille répond : — Ma maman m’envoie te demander deux citrons et quel-ques pièces de monnaie, il n’y a pas de viande à manger dans la case. — Voilà tiens, dit-elle en tendant deux citrons, je n’ai pas de pièces de monnaie. Passe le bonjour à ta pauvre maman et dis-lui que je suis aussi misérable qu’elle, je ne peux pas faire plus, c’est le bon Dieu qui a voulu ça. Monsieur Estonnel regarde disparaître Coyo avec un étrange regret, les mains qui le démangent ; ça ne le démange pas d’expliquer les raisons de son attitude perverse de la campagne tropicale. Marsienne serre son fils dans ses bras, satisfaite du petit ser-vice mais pas de sa vie. Elle entre et sort dans la case en déclarant : — Oh seigneur, si je ne trouve pas un moyen de gagner ma vie dans la société, il ne me restera qu’à manger l’herbe de Gui-née qui pousse comme des lianes sous la case. Le jour suivant, Marsienne laisse Coyo libre dans la savane et part à la recherche de quelques branches de cocotier pour décorer et achalander la case et pour elle quelques morceaux d’étoffe chez Florentine pour s’arranger une tenue convenable pour recevoir. Monsieur Pompo est instituteur en cours élémentaire deuxième année, il voit le garçon franchir en pleurs le seuil de sa classe et lui demande : — Qu’y a-t-il jeune homme, pourquoi ces larmes ? La tête inclinée, il répète :
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