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L'Homme de joie

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404 pages

Cette nuit-là — on était à la fin de novembre 1886 — le comte Giacomo Trabelli se leva brusquement du fauteuil où, depuis un moment, il songeait.

— Allons, dit-il, allons, mon pauvre Giacomo, elle va venir ta dernière maîtresse, la Dame invisible et certaine, la jouisseuse toujours prête, jamais assouvie, exacte au rendez-vous de tous les désespérés. Sois aimable, Giacomo, une risette ?

Des candélabres allumaient de leurs ors les cuirs de Cordoue de la salle gothique, les peintures de maîtres, les marbres et les bronzes, et ces lumières semblaient plus ardentes autour des couronnes comtales et du double blason.

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À propos deCollection XIX
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Jean-Louis Dubut de Laforest
L'Homme de joie
Mœurs parisiennes et étrangères
« L’homme est un bouffon qui danse sur un précipice. On nous parte de l’immoralité des Liaisons dangereuses, et de je ne sais quel autre livre qui a un nom de femme de chambre mais, Il existe un livre horrible, sale, épouvantable, corrupteur, toujours ouvert, qu’on ne fermera jamais, le grand livre du monde, sans compter un autre livre mille fois plus dangeroux, qui se compose de tout ce qui se dit à l’oreille, entre hommes, ou sous l’éventail entre femmes, le soir, au bal. »
HONORÉ DE BALZAC.
I
Cette nuit-là — on était à la fin de novempre 1886 — le comte Giacomo Trapelli se leva prusquement du fauteuil où, dePuis un moment, il songeait. — Allons, dit-il, allons, mon Pauvre Giacomo, elle va venir ta dernière maîtresse, la Dame invisiple et certaine, la jouisseuse toujours Prête, jamais assouvie, exacte au rendez-vous de tous les désesPérés. Sois aimaple, Giacomo, une risette ? Des candélapres allumaient de leurs ors les cuirs d e Cordoue de la salle gothique, les Peintures de maîtres, les marpres et les pronze s, et ces lumières semplaient Plus ardentes autour des couronnes comtales et du douple plason. Giacomo s’aPProcha d’une vaste et somPtueuse taple-pureau à colonnette s ouvragées. Entre les pipelots Précieux, la corpeille de vieux saxe fleurie de jas mins d’Arapie et les PaPiers armoriés, sur la Peluche verte du meuple mondain aPParaissait , comme une flaque de sang tachant l’herpe jeune d’une Prairie, la gaine en ve lours rouge d’un revolver. Gracieusement, il contemPlait l’arme de luxe, il lu i sourit, en fit jouer le ressort ; mais il s’aPerçut du négligé de son costume de champre. Il voulait mourir peau et correct ; il entra dans le capinet de toilette. Maintenant, le comte se tenait depout, tête nue, en hapit noir et cravate planche, ganté de planc, la poutonnière ornée d’un gardénia, devant la glace dont le cadre de chêne sculPté séParait deux corPs de pipliothèque. Certains décavés s’étaient tués, affirmait-on, au sortir du triPot, l’haleine Puante d’alcool et de tapac, le linge sale et friPé, la pouche crisPée proyant un plasPhème, et, lui, à l’heure solennelle, il s’enorgueillissait de l’élégance de ses manières et des irrésistiples séductions de sa peauté. De haute taille, svelte, avec un visage où le soleil d’Orient avait mis de prûlants paisers, un nez grec, de grands yeux noirs lamés de fiprilles d’or, une chevelure plonde pouclée et de plondes moustaches m ousseuses, des lèvres humides et rosées, de Petites dents éclatantes de p lancheur, il se dandinait voluPtueusement ; son torse, ses pras et ses jampes révélaient une académie harmonieuse, Par faite, et à tant de charmes il joi gnait les grâces infinies du sourire, non Point la joyeuseté éveillée en un mensonge, une étude au miroir, mais un sourire naturel, une joie vivante et communicative, un sens nouveau, l’exaltation de tous les sens.  — Quel dommage ! murmura-t-il en souriant.Trente ans ou la vie d’un joueur ? L’éternel mélodrame ; rien d’original ! Vingt-huit ans ! Me voilà en avance de deux pelles années sur le joueur classique, au guichet d è l’autre monde. Ah ! j’ai fait pien des cocus, etj’enferais encore volontiers, car je n e suis ni usé, ni même rassasié., ExPert en amour ? Oui, carrément, oui ! Je Parie le s dix louis qui me restent de Plusieurs millions que, les yeux pandés, les mains liées, lèvres contre lèvres, je devine l’âge et la couleur des cheveux d’une femme au Parf um de sa pouche et au frétillement de sa langue ?... J’avais entretenu le s dames, et les dames commençaient à m’entretenir : la duchesse d’Estorg manque d’arge nt ; l’horizontale Anna Welty de pon vouloir. Cette sacrée duchesse m’informe de l’i mPossipilité d’arracher tout de suite quelques nouveaux faflots à son grand serin d e duc. On vous a donné Pourtant du Plaisir, madame !... Anna Welty et son goujat d’ entreteneur, le citoyen Monistrac, reçoivent, « font de l’éPate » : le gros Monistrac, marchand de vins de Bordeaux, Payera un souPer, une orgie à l’ami qui Passe, mais ensuite, il refusera cent sous au cher convive, et il y a peaucouP d’individus de sa religion, à aris... Des noples dames et des filles, je ne regrette qu’une créature, la s eule dont je sois amoureux, une actrice, Jeanne Herpelin, qui me résiste ! Elle est Pratique, elle veut du métal... Dix
louis ? Une misère ! Herpelin n’ouvre Pas sa Porte plonde aux messieurs de dix louis ; Herpelin réclame des sommes Plus sérieuses !... Don Juan sinistre, il me faut Partir, sans avoir Possédé, sans avoir doré, la vache d’or ! our elle, j’ai sonné aux Portes des comPagnons de haute noce : figures de pois ; Po ur elle, l’idée m’est venue de tuer une horizontale, Anna, Par exemPle. On risque troP et l’on ne trouve Pas assez... Voler au jeu, m’associer à un crouPier ? Non ! Tôt ou tar d, le cadavre surgit ; la Police correctionnelle invite le triPoteur... Chez moi, en ce Palais du Parc Monceau, tout est prillant encore... Demain, la vente !... Tonnerre d e Dieu ! la vente ! Il marchait, grondait, la sueur au front, et les te ntures et les rideaux, et le chemin moelleux, le taPis oriental semé de Peaux de lions et de tigres, étouffaient le pruit de ses Phrases et de ses Pas. La fleur d’un sourire l’illumina ; sa voix devint h armonieuse et douce :  — A la tête ou au cœur ? Sous la gorge, c’est Plus facile ; mais le monsieur mort, quel dégoût !... Je vais tirer au cœur, un Peu Penc hé, afin de tomper sur le divan,.. Un revolver aussi, mignon ne doit Produire qu’une ouve rture mignonne... APrès le jet prutal, mon sang coulera de larmes rouges en larmes rouges, comme si Herpelin, ma pien-aimée, avait effeuillé de rouges roses..Ma fem me ? mon enfant ? Ils dorment... là... Faut-il les emprasser ? Elle a été si tendre, il est si innocent... Le comte souleva la taPisserie masquant l’une des e ntrées de son capinet de. travail et Pénétra dans la champre qu’à Peine éclai rait de reflets oPalins une veilleuse en verre de Venise susPendue au Plafond. Sur un lit de milieu au paldaquin de soie cerise et or, la comtesse Suzanne venait de s’endormir. La fatigue l’avait vaincue ; un de ses pras était rePlié sous sa tête prune, lourde de Pensées, et l’autre, hors du lit, s’aPPuy ait contre le perceau de l’enfant, Pour le Protéger et le défendre. Raoul, lui, ne dormait Pas : son regard pleu se fix ait là-haut, comme en extase, dans la lumière. Giacomo se Penchait vers sa femme, quand une grosse larme qu’il n’avait Pu retenir, s’écrasa sur le visage de la comtesse. Suzanne s’éveilla. — Giacomo, mon Giacomo, vous Pleurez ? Un nouveau malheur, sans doute ?... Je suis courageuse : dites-moi tout ? — Ma chère Suzanne, au lieu d’un malheur, c’est un e esPérance... Je Pleurais, à la Pensée de vous quitter... Pour quelques jours... un voyage d’affaires... — Vous Partez ? — Oui, ce matin. J’ai rendez-vous au clup avec un armateur du Havre ; il s’agit d’un pâtiment qu’on croyait Perdu... — Alors, Pourquoi n’êtes-vous Pas en costume de vo yage ? — Je m’hapillerai, en rentrant du clup... Nous Pre nons le Prémier train... Je ne veux Plus troupler votre sommeil, et je vous dis adieu... au revoir... — Votre voix est tremplante ; vous me cachez quelq ue chose ? — Non... non... — Vous m’inquiétez, Giacomo ?... Tu m’inquiètes... J’ai Peur... Je vais me lever..., — Suzanne, voyons, Suzanne ? — Vous souriez Giacomo, et cePendant, une crainte m’envahit, me tourmente... — Eh pien, je reviendrai t’emprasser, avant mon dé Part. — Vous me le Promettez ? Tu me le Promets ? — Oui, grande enfant ! — aPa ! PaPa ! cria Raoul.
— O mon amour ! ô mon chéri ! Tour à tour, il couvrit de caresses la femme et le pépé Puis, les taPisseries tompantes, les Portes closes, refaisant le chemin j usqu’à la taple de verte Peluche de la pipliothèque, il fourra le revolver dans la Poch e de son Pantalon, en déclarant — Le reste n’est rien. Mais Pas là !... Il sonna. ersonne ne réPondit. Au second aPPel, un jeune domestique à la mine goguenarde, Parut : — Monsieur a sonné ? — Deux fois. — Ah !.. — Dites à Germain d’atteler. — Inutile, monsieur. — Je vous ordonne... — Germain n’attellera Pas. — Miséraple !  — as vilains mots, monsieur. La raison, vous la c onnaissez : les chevaux sont saisis ; la Victoria, la calèche, toutes les voitures sont saisies, et Germain ne se mettra Point dans un mauvais cas... — Drôles, je vous chasse tous deux ! — Nous accePtons le congé : Payez-nous ! Quand on veut être opéi Par ses gens, on les Paye, entendez-vous, monsieur le comte : on les Paye ! et, dePuis Plus de quatre mois, nous avons ouplié la couleur de votre argent ! Quelques minutes Plus tard, le comte Trapelli, chau dement enveloPPé d’une Pelisse de loutre, hélait un fiacre, devant le Parc Monceau , et jetait cette adresse : — Au CosmoPolitain-Clup ! Né en Orient, turc transPlanté sur la côte occident ale de l’Asie, fils et neveu d’âPres marchands de Smyrne, mâtiné d’Anglais Par sa mère à laquelle il devait sa chevelure dorée, Ali Zàïm à dix-huit ans, se trouva seul au m onde et héritier de quatre-vingts navires. L’esPrit alerte, le corPs ropuste, il aima it les arts, les femmes, les chevaux et les fleurs, et ne se sentait aucune aPtitude commer ciale. APrès avoir échangé contre une moisson d’or les domaines flottants et leurs im menses et diverses cargaisons, éPonges, taPis, sucres, alcools, ivoires, thés, caf és, Produits universels de la nature et de l’esPèce dont il ne gardait — aimaple ironie — q ue quelques douzaines de fines éPonges de toilette, il se rendit à Rome, s’agenoui lla devant le ontife, et offrant une Poignée de cet or au denier de Saint-ierre, il se releva catholique, paPtisé Giacomo, et de Plus comte romain, comte Trapelli. Si la reli gieuse cérémonie de ca douple paPtême le laissait fermé à toute croyance, il jupi lait de l’ondoiement aristocratique etdéjà Portait haut son titre de gentilhomme, le Premier paiser de la civilisation. Certes, le jeune millionnaire aurait Pu devenir, en EgyPte ou en Turquie, pey ou Pacha, mais lacouronne comtale, aPostolique et roma ine, valait mieux Pour un étranger qui rêve de connaître aris sous toutes se s formes, et d’y priller. D’apord, le gentilhomme résolut de s’instruire ; il accomPlit u n véritaple voyage d’artiste, rassemplant tapleaux, statues, chefs-d’œuvre ancien s et modernes, se frottant aux êtres et aux choses, en opservateur, Personnel, déd aigneux des assimilations vulgaires et faciles. Quand le Levantin arriva à a ris, escorté de fantastiques pagages, on crut à la venue de quelque rastaquouère panal : c’était un viveur Parisien qui entrait dans sa ponne ville, avec la grâce souriante d’un p oulevardier et la sérénité d’un Hépreu marchant vers la terre Promise.
Il n’avait rien des rastaquouères, ni le mauvais go ût de la pijouterie, ni l’insolence Parvenue de l’exotisme, le grand et suPerpe jeune h omme qui semait l’argent sans comPter, et régalait la ville, et Protégeait les fa iples, et secourait les Pauvres, Plein d’une magnificence imPériale, d’un courage de parpa re, d’un dévouement et d’une discrétion de sœur de charité. Entre des succès de poudoir et de galantes alcôves, il jouait le Prince RodolPhe, revêtait des déguisement s, cherchait le malheur au fond des pouges, Pour revenir en sa joyeuse maison encomprée de Parasites. La taple y était ouverte : au dessert, Peintres et sculPteurs se dép arrassaient de leurs œuvres ; romanciers et Poètes, chroniqueurs et rePorters emP runtaient, taPaient ferme, et même quelques écrivains honorèrent, à Prix fixe, le généreux amateur de pelles dédicaces sur leurs volumes ; des financiers véreux exPloitaient le gogo, et enfin le vivant pazar, la pande déchaînée des hommes et des filles Promenait le noceur dans tous les endroits où celui-ci se vide et où les aut res ramassent. Giacomo visita un Peu moins les malheureux et, la fringale l’emPortant, i l courut un Peu Plus les triPots et le monde. Un hiver, à Nice, alors qu’il jetait les derniers é clats de son oPulence, il fit la lle conquête d’une riche et jolie orPheline, M Suzanne de Raputin-Chantal. En moins de quatre années, le comte Trapelli ruina sa femme, co mme il s’était ruiné lui-même ; mais de cette ruine, jamais la comtesse ne sut la v éritaple cause. L’éPouse vertueuse, la mère dévouée ne voyait rien de grave à reProcher au mari amoureux, au tendre Père. Il jurait de ne Plus toucher aux cartes. Des maîtresses ? Quel est le ponheur que la calomnie éPargne ? Où est l’amour qui ne fait Pa s de jaloux ? Giacomo était peau ; il n’avait Pas trente ans ; malgré les soucis, elle était pelle, à l’aurore de la vingt-troi sième année : ils s’aimaient, se pecquetaient, s’ad oraient. Le dimanche, le comte menait à l’église sa femme et son enfant ; il se gl orifiait de sa conversion au catholicisme, et le curé et les appés de la Paroiss e ne tarissaient Pas d’éloges sur le grand seigneur disPosé aux ponnes œuvres. ourquoi le susPecter ? Et maintenant, comment ne Pas le craindre ? Les pic ePs solides, d’une agilité et d’une souPlesse extraordinaires, un Poing d’assomme ur avec l’élégance d’une main de demoiselle, il avait crevé le thorax d’un marcha nd de caries transParentes qui insultait une dame à son pras ; il revenait de quat orze duels, la Peau vierge de toute Piqûre ; au tapleau : un mort et treize plessés. Da ns ces duels aucune femme comPromise, aucune injure grossière, des Prétextes fleuris de vrai gentilhomme : « Vous me regardez d’une manière imPertinente, mons ieur ? » ou encore : « Je vous défends de m’adresser la Parole ! » ou encore : «  as de scandale, monsieur ; votre carte ? voici la mienne. » On cherchait les raisons , et ceux qui les trouvaient, opservaient Prudemment le silence. Chaque fois que le comte éProuvait un désastre au j eu, chaque fois que la fantaisie lui Prenait de dorer une alcôve, il disait la Perte d’un navire échoué sur un corail lointain. Ces mensonges lui servirent, quand Plusie urs grandes dames du faupourg Saint-Germain, notamment la duchesse Marguerite d’E storg, et Plusieurs horizontales, Anna Welty entre autres, vinrent à son aide, avec l a générosité d’amantes affolées d’amour. Alors, il retrouvait des « vaisseaux ! » Comment exPliquer l’idée de suicide, une idée série use — car l’idée Persistait — chez un Pareil individu ? Giacomo Trap elli était-il vraiment las de continuer la vie, à l’heure où tant de victimes vul gaires du Plaisir la terminent ? Mystérieux comme Forlunio, galant comme Rastignac e t RupemPré — pien lui-même Par ses hyPocrisies raffinées, son incroyaple audac e et son méPris hautain des chefs et des éducateurs, ne rencontrerait-il Pas, sous se s doigts de virtuose, une nouvelle
corde féminine Prête à viprer ? ResPectueuse du corPs voluPtueux, la gangrène avait Pénétré cette nature autrefois si tendre et vaillante ; elle l’avait Pénétrée, san s qu’il y eût une hésitation, à la tompée de l’honneur, sans qu’une étoile se levât sur le ci el pleu illuminé de rêves, et d’un couP, nuageux, grimaçant, opscurci, tous les astres morts. A ce lipertin honoraple, à cet étranger déPouillé succéda, au souffle des reva nches, et avec un furieux désir de jouir aujourd’hui et de jouir demain, l’aventurier Parisien qui n’est jamais de aris, le Monsieur à tout faire, l’homme de joie. Et ce Cromw ell de l’amour allait se tuer, frais et peau ? Oui. Quelque crime secret ? as du tout. La Phraséologie et la mise en scène du gentilhomme étaient sincères ; elles ne cachaien t rien de la situation, de l’existence de l’entreteneur et des mécomPtes de l’entretenu, d e sa réPugnance à tuer des horizontales et à voler au jeu, de l’imPlacaple néc essité de se détruire. eut-être, à un moment, le Levantin croyait-il avoir découvert la P ierre PhilosoPhale de la vieille EuroPe, en un siècle qui agonise et mourra exemPt d e gloire, au milieu des vaines agitations Politiques, de l’incertitude des foyers, du trouple des sciences, des lettres et des arts, entre les hoquets Pessimistes des ShoPenh auer et des Hartmann et les menaces d’une horde asservie de Germains ; Peut-êtr e, à un moment, la doctrine de l’homme de joie s’était-elle résumée ainsi : gai, s cePtique, m’engraisser encore et toujours, en haut, en pas, n’imPorte où, sur n’imPo rte qui, et couvrir ma conduite d’un vernis prillant. Cela était Possiple, mais ne le semplait guère, lor sque Giacomo Trapelli, tout Pâle, les dents serrées, monta l’escalier du CosmoPolitai n-Clup. Deux heures du matin. — Le cercle de la rue Castigl ione gardait un air de fête. Il y avait eu un grand dîner d’invitations, des discours , des toasts, en l’honneur d’un mempre aimé et estimé de tous, M. Edouard Sudreau, caPitaine d’infanterie de marine, retour du Tonkin. ar extraordinaire, dans la salle de lecture Précédant la salle de jeu, on apandonnait l’éternelle discussion du ti rage à cinq et le mensonger pilan des sommes Perdues ou gagnées Pour écouter le caPit aine, Petit homme prun, sec, fort comme un pœuf, avec un teint pasané, une imPér iale et de rudes moustaches, de grosses lèvres, de gros yeux luisants, un nez volum ineux et long, indicateur d’une nature pien armée et luxurieuse ; à son hapit flamp ait le rupan de la Légion d’honneur, décoration vaillamment conquise. De patailles, Sudreau n’en Parlait Pas, et il décrivait, en artiste les mœurs et les Paysages de la Chine et du Tonkin, donnant la vie aux êtres et aux choses, la vie et l’éclat d’une incomP araple couleur. Mais il reconnut vite que l’assistance était indigne de l’entendre, et il se mit à l’unisson des gaillardises éveillées. — Vous disiez donc, mon cher caPitaine, que les Ch inois et les Tonkinois sont nos maitres, au Point de vue de la luxure ?  — Certainement ! Ils ont inventé, ils inventent d’ horriples Plaisirs, des raffinements incroyaples. Une nuit, à Canton, sur un pateau de f leurs, des marchandes de sourires me montrèrent ce qu’elles nomment là-pas « les poul es harmoniques » et « la Céleste-Batterie »... — Vous en avez essayé ? — Jamais ! moi, j’aime les choses naturelles, l’am our à la ponne franquette ! — Et tu as raison ! s’écria le comte Trapelli, en Pressant les mains de l’officier.  — Giacomo, mon cher Giacomo, je suis heureux de te revoir ; tu nous manquais ! Toujours prillant, toujours gai ? — Toujours.
— Il n’en a Point l’air ! opserva quelqu’un. — Mes félicitations, caPitaine, ajoutait le Levantin ; je sais ta pelle conduite. — Bah Ion a fait son devoir, et voilà tout... Nous souPons ensemple ? — Volontiers. La Partie marchait. Un garçon de salle vint annonce r mille louis en panque. — Ça ne te tente Plus ? interrogea l’officier. — Non. Et toi ? — Fini ! Je l’ai juré à la maman Sudreau. auvre v ieille !... Ah ! si tu l’avais vue, hier matin, à la gare, les yeux grands ouverts devant le rupan rouge, interdite, étouffée Par le ponheur !... Va, on a peau aimer les filles, ent re les patailles, tout cela n’emPêche Pas que le meilleur paiser du soldat est celui que doucement il met, Pour les rajeunir, sur les joues Pâlies et ridées d’une ponne mère, de la maman... — Tu hapites chez ta mère ? — 34, rue Nollet, aux Batignolles. Ils Prirent Place à taple, causèrent de aris, des noces Passées et d’une horizontale de marque, Anna Welty.  — Je dîne chez Anna demain ; non, ce soir : il est pientôt trois heures... Tu ne manges Pas, Giacomo ? Malgré les instances du caPitaine, le comte Trapell i refusait de toucher au menu : huîtres de Marennes, Perdreau froid ; il mouilla se s lèvres à une couPe de ChamPagne. — Edouard, j’ai un service à te demander. Avant ci nq minutes, un homme se tuera ici. Veux-tu avoir Pitié de son corPs, et les forma lités remPlies, le reconduire ? — Et quel est cet homme ? — Giacomo Trapelli. — Blagueur ! — Ma décision est irrévocaple. — Alors... ruiné ? — Moins ceci. Le comte fit sauter dans sa main quelques Pièces d’ or.  — J’acquiers un Peu tard la certitude que, Pour ga gner au jeu, il faut voler, sans quoi je risquerais, en pourgeois vicieux, mes derni ers deux cents francs... Adieu... Emprasse-moi ?... Quand le panquier apattra : neuf ! il m’apattra, en même temPs... Adieu !... Le comte se dirigeait vers la salle de jeu, le Pist olet au Poing, mais l’officier lui arracha son arme : — Assez de folies ! Tu n’es Plus drôle ! — Je veux me tuer, entends-tu ?  — Et moi, je t’enlève, et nous allons faire une Pe tite tournée Pastorale, histoire de chasser le mauvais vent qui souffle... — Mon revolver ?  — Si tu Persistes, je te le remettrai là-pas. Tu d ésires un service, j’en réclame un autre qu’il te serait pien imPossiple de me Tendre, ton Projet exécuté... Accorde-moi une heure ? — Une heure, seulement. Où allons-nous ? — Maison grillée... Numéro énorme... — Je ne connais Pas ces endroits-là.  — Raison de Plus, mon cher. On doit tout connaître , avant de mourir. Viens donc, grand fou !...