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L'homme qui jouait aux dés

De
74 pages

Dans la partie du monde dirigée par les « classés I » s'organise tous les dix ans un incroyable reality show : « Qui peut devenir immortel ? » Voilà maintenant des siècles que les immortels règnent sur un monde en paix, jusqu'à ce que l'un d'entre eux meure...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-81669-6

 

© Edilivre, 2014

Prologue

ÈRE ANTHROPOCÈNE :
PÉRIODE DES GUERRES ET CATACLYSMES,
AN 250 AVANT LE RÈGNE DES CLASSES I.

« On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d’importance »

FURETIERE – 1690 (calendrier JC) – Dictionnaire universel

Ils se font face.

Pariss fiévreux, blessé, maintient fermement la petite Maud. Un bras autour de sa taille, une main enserre sa gorge. Son autre main pointe, sur la tempe de l’enfant, une arme dérobée au garde qui gît au sol.

Erald se tient droit comme un I. Le regard exalté, il tient Pariss en joue.

Derrière lui, Adiqua pleure doucement :

– Mon enfant, mon enfant… pitié, ne lui faites pas de mal, je vous en supplie…

– Tu as pigé le deal ? Crache Pariss, je meurs, elle meurt. Tu me laisses partir, elle vit.

Erald, dents serrées, ne répond pas. Quoiqu’il arrive Pariss ne doit pas s’en sortir vivant, il en sait beaucoup trop. Bien trop intelligent, il est le seul à avoir réussi à se jouer de la sécurité. Il a sympathisé avec certains des gardiens, semé le doute dans l’esprit des autres, pour finir par en éliminer quelques-uns à mains nues. Il se retrouve en cet instant acculé, dos au mur du bunker, la gorge d’une petite fille muette de terreur entre ses doigts. Erald sursaute intérieurement. Au lieu d’éprouver de la colère, d’être terrassé par le désespoir – Pariss menace de tuer sa fille ! – il se surprend à admirer son cobaye. Quelle détermination, quelle soif de vie ! Finalement ils ont un point commun.

Erald doit faire un effort pour se sortir de sa torpeur. Un de ses sujets d’expérience le menace, lui ! Jamais il ne céderait au chantage !

« NOOOON ! » Quand le coup de feu claque, le hurlement d’Adiqua est tellement déchirant qu’il couvre presque le bruit de la détonation. Elle fond comme une furie sur Erald. La douleur défigure son beau visage.

Abasourdi, Pariss profite de la confusion pour s’enfuir, Maud inerte dans ses bras. Leurs sangs se mêlent. Pariss pleure. Dehors, la guerre fait rage depuis plus de dix ans, son seul refuge, la limite des terres contaminées…

Chapitre I
La frontière de Damian

ÈRE ANTHROPOCÈNE :
PÉRIODE DE LA RECONSTRUCTION
AN 50 AVANT LE RÈGNE DES CLASSES I.

« Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute. »

Emil Michel Cioran – 1990 (calendrier JC) – Les Chutes dans le temps

LÉGENDES DES TERRES D’AKER

La frontière de Damian, le massacre des akériens

Il avait suffi d’un doigt pour détruire des siècles d’humanité. D’abord les gens s’entretuèrent pour une cause, puis continuèrent sans raison et finirent par se massacrer pour un quignon de pain.

De part et d’autre du monde, la guerre faisait rage, la terre se mit en rage et beaucoup d’êtres humains finirent par fuir. En quête de paix, ils se retrouvèrent là où personne n’aurait du vouloir se rendre : en limite des terres contaminées.

Ensemble, nos ancêtres décidèrent de tirer des leçons de l’histoire. Ils recommencèrent du début. Deux règles régissaient la colonie. La première était de ne pas laisser un homme ou un groupe d’homme diriger le reste de la société (un doigt avait suffi !). Être chef de clan sur les terres d’Aker n’apportait aucun bénéfice, aucun privilège, juste plus de responsabilités. La deuxième était de respecter sa terre et tous ses habitants, qu’ils soient humains ou pas.

Lorsque les crieurs (comme ils se faisaient appeler) arrivèrent en Terre d’Aker, ils demandèrent à être entendus par l’ensemble de la population.

Ils nous racontèrent une histoire, celle d’un couple âgé de plus de 200 ans qui avait pu, malgré les guerres et les tourments de la terre, sauvegarder les connaissances scientifiques et technologiques des temps d’avant. La preuve en était leur grand âge. Ils proposaient à tous ceux qui le désiraient de les suivre pour fonder ensemble un monde meilleur.

Après concertation, une grande majorité de notre peuple rejeta poliment la proposition. Il avait suffit d’un doigt… Nous avions déjà commencé à construire un nouveau monde. Nous ne voulions pas dépendre de deux personnes, nous ne voulions plus dépendre de la technologie. Nous avons dit non.

Les crieurs repartirent, en compagnie de seulement quelques akériens convaincus par leurs arguments.

Mais ils revinrent, accompagnés de soldats armés. Chaque chef de clan fut capturé et entraîné hors des villages. J’étais l’un d’entre eux.

Nous avons été battus et humiliés. Ils nous traitèrent de dégénérés contaminés, de rebuts de l’humanité, d’arriérés… Nous nous sommes rebellés. Nous avons réussi à nous emparer de certaines de leurs armes. La bataille fut terrible. Nous, akériens, fîmes des victimes parmi les crieurs et leurs soldats. Mais c’était perdu d’avance.

Aujourd’hui encore, je sens l’odeur du sang sur mes mains. J’entends les détonations. Je me réveille toujours la nuit, en sueur, croyant avoir été touché, en larme, d’être le seul survivant.

Tous sont morts ce jour là. Tous ! Sauf moi.

J’étais à terre, une arme pointée sur ma tempe. Un homme, que je n’avais jamais vu, s’est approché et m’a fait une proposition que je ne pouvais refuser. Il m’a montré les corps des soldats, des crieurs et des miens. La Frontière.

Dorénavant, plus aucun akérien n’aurait le droit de franchir cette limite, en échange il nous laisserait en vie. Il me remit une carte, visiblement préparée à l’avance. Notre territoire y était délimité clairement. Je n’ai pas prêté attention aux inscriptions notées dessus, pas immédiatement. Ce sont mes enfants qui me les montrèrent.

La ligne qui emprisonnait dorénavant nos terres avait un nom. La Frontière de Damian. Mon nom.

LES LIVRES DES CLASSÉS I

Extrait du livre II : La reconstruction, Chapitre XII : Les crieurs
Paragraphe III : La frontière Akérienne, le massacre des crieurs

La terre s’était calmée. Il était temps pour nous de commencer la reconstruction. Nous avions réussi pendant près de deux siècles à sauvegarder les technologies, les sciences et la mémoire de nos ancêtres. Tout pouvait reprendre là où tout s’était arrêté.

Un groupe d’hommes et de femmes, fidèles à notre cause, se porta volontaire pour parcourir le monde à la recherche des survivants. Ils se nommèrent eux-mêmes les « crieurs ».

Ils apporteraient l’espoir aux rescapés éparpillés aux quatre coins du globe. Ils leur apprendraient qu’ils n’étaient plus seuls et qu’ensemble, tout était possible. La civilisation pourrait renaître. Réunis, il ne s’agirait plus de survivre mais à nouveau de vivre.

Au fil de leurs pérégrinations, nos crieurs arrivèrent en limite des terres contaminées. Avec stupeur, ils s’aperçurent que de nombreux êtres humains s’étaient réfugiés là-bas. Ils avaient même baptisé leurs terres : « les terres d’Aker » en référence à un obscur Dieu de l’ancienne Égypte.

La contamination avait fait des ravages au fil des générations. Certains avaient hérité de graves séquelles : dégénérescence physique, mentale, malformations diverses… Nos crieurs prirent en pitié cette population malade.

Ils tentèrent de se faire entendre et comprendre. Ils leur offrirent leur aide, médicale entre autres, mais se heurtèrent à l’hostilité des indigènes. Quelques-uns seulement, parmi les plus atteints, acceptèrent de les suivre.

Ils durent se résigner et laisser les autres dans leur misère. Ils partirent.

Cependant nos crieurs s’en voulurent d’avoir abandonné tous ces pauvres gens si facilement. Ils se concertèrent et d’un commun accord, retournèrent en terre d’Aker.

Malheureusement, le second accueil fut encore pire que le premier. Ils furent sommés de quitter immédiatement le territoire. La situation dégénéra rapidement, ils furent humiliés et battus à mort. Beaucoup de nos crieurs périrent ce jour là. Les akériens alignèrent leurs dépouilles bien en vue, à l’extérieur des villages, tel un sinistre message : « ne pénétrez plus sur nos terres ! »

Devant cet affreux carnage, nous décidâmes que plus personne ne se rendrait là bas. Une frontière fut instaurée. Elle fut baptisée du nom du plus virulent des chefs de clan akérien, Damian.

Des gardes furent postés le long de la frontière. Des observateurs s’y déplacèrent régulièrement pour étudier (de loin) les effets néfastes de la contamination.

Ainsi s’établit la frontière Akérienne, dans le massacre des crieurs.