L'insolence de l'Aube

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Le choix de Sven


L'insolence de l'aube nous raconte l'histoire de Sven et de Clara. Sven, jeune homme passionné, décide de tout quitter pour voyager à bord d'un petit voilier. Arrivé en Argentine, il s'établit quelques temps au sein d'une communauté Amérindienne pour participer à un projet humanitaire. Cette expérience le confrontera aux injustices et aux violences que subit cette population. Son amour pour Clara l'amènera également à devoir choisir entre son rêve d'aventure et ses sentiments. Ce roman nous renvoie aux dilemmes que la vie nous propose parfois. Il dépeint avec une certaine poésie la beauté du monde, comme sa noirceur.

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Nombre de lectures 3
EAN13 9782368323793
Langue Français

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L'Insolence de l'Aube
Jean-Bastien PHILIPPE
L'Insolence de l'Aube
Jean-Bastien PHILIPPE
Le Bourgneuf 29300 MELLAc
A ma sœur.
On ne se bat pas dans l'espoir d'un succès; Non !
C'est bien plus beau lorsque c'est inutile.
Edmond ROSTAND,Cyrano
Chapitre I
*
FIN. Le générique défila. Les lumières se rallumère nt peu à peu et la salle se vida lentement, dans un brouhaha discret. Sven se leva. Fit quelques tours de son écharpe autour du cou, enfila sa lourde veste en cuir tout en essayant d'étirer ses jambes engourdies par la séance de cinéma. Autour de lui p lusieurs couples, trentenaires, quinquagénaires, se partageaient leurs impressions en laissant échapper des « superbe », « un chef d’œuvre » « quel avant-gard isme »... il rejoignit les derniers groupes qui s'entassaient vers la sortie, et se dir igea vers la caisse où l'attendait, souriante, la projectionniste qu'il connaissait bie n. A ses côtés, le directeur du cinéma échangeait avec plusieurs personnes des commentaire s sur le film.
– Fritz Lang est un visionnaire, avança-t-il. Il dé nonce avecMetropolisinégalités les sociales et le clivage ouvriers-dirigeants.
– Oui il y a beaucoup de référence au communisme, f it l'homme sur sa droite comme pourrejoindre les propos du directeur. » Sa femme a cquiesça en feignant l'air passionné.
Sven se garda d'intervenir face à ces sottises de p seudo-cinéphiles, mais il savait q u eMetropolis prônait utôt qu'une lutte desune collaboration de classes, fasciste, pl classes. Il ne pouvait donc s'agir de communisme, e t résumer le film en ces termes lui semblait ridicule.
La projectionniste lui demanda s'il avait aimé le f ilm et lui avoua qu'elle ne l'avait pas regardé jusqu'au bout; elle n'appréciait pas les vi eux films. Lui, répondit qu'il avait beaucoup aimé, et que ce film, bien que des années vingt, paraissait relativement moderne et se regardait avec facilité. Puis pour ne pas ennuyer son amie il changea rapidement de sujet et lui demanda comment allaient ses enfants et son mari.
– Emma marche depuis la semaine dernière, elle est plus précoce que son aîné. Antoine est rentré en CP; il essaie de lire tout ce qui lui passe sous le nez.
– Ça passe vite. La dernière fois que je les ai vus c'était à votre pendaison de crémaillère, donc il y a … deux ans déjà. Anthony a du travail en ce moment ?
– Oui ça va, il a de gros chantiers qui lui tiendro nt jusqu'au printemps. Ça lui donne un peu le temps de voir venir.
– Bien. Tu les embrasseras de ma part. Je vais y al ler avant qu'il ne pleuve de nouveau, fit Sven en jetant un regard vers l’extérieur.
– Passes le bonjour à tes parents, ajouta la projec tionniste!
– Ce sera fait !
Sven fit un signe de tête au directeur pour le salu er et se dirigea vers la sortie. Il avait garé sa moto juste devant le cinéma et interr ompit les conversations de toutes les
personnes amassées sous le préau d'entrée en démarr ant. A peine fut-il sorti de la ville qu'une pluie violente s’abattait sur lui. La route était noire et l'eau ruisselait sur la visière du casque de telle sorte qu'il ne put bientôt se di riger que grâce au tracé des lignes blanches. Il ralenti tout en jetant un coup d’œil s ur son compteur qui affichait 50 km/h quand il vit débouler sur sa droite une voiture en plein phare, à peine dix mètres devant lui. De justesse, il l'évita mais mordit suffisamme nt la berne pour que la moto se couche dans le fossé dans un fracas lourd. Après quelques belles roulades dans l'herbe il resta un instant couché, releva la visière embuée de son casque, et se tourna sur lui-même pour s'asseoir. Une silhouette trottinait dans sa d irection, éclaboussée des feux de détresse de la voiture garée plus loin sur l'accote ment.
– Oh mon Dieu qu'est-ce que j'ai fait. Ça va monsie ur ? lança-t-elle.
– Oui je crois que ça va, répondit Sven un peu haga rd.
– Je suis désolée, je ne vous ai pas vu arriver. Av ec le virage on ne voit qu'au dernier moment.
– Pouvez-vous m'aider à relever ma moto ?
– Oui bien sûr, mais comment vous sentez-vous ?
A peine lui eut-elle posé la question qu'en se rele vant Sven sentit une vive douleur lui traverser la cuisse; un tesson de bouteille s'y était planté. Il le retira en poussant un léger râle et se dirigea en boitant vers sa moto, t oujours en marche, « toussotante » et dégageant une fumée noire un peu plus loin.
– Il faut que je vous conduise aux urgences, lui fi t la femme en posant sa main sur son épaule.
– Relevons déjà la moto, on verra pour la jambe apr ès, lui répondit Sven d'un ton presque agacé tout en retirant son casque qu'il jeta négligemment à terre.
Il empoigna le guidon tandis qu'elle soulageait l'e ngin de l'autre côté, et au premier élan il se redressa. Il demanda à la femme de pouss er sur l'arrière pour la dégager du fossé pendant qu'il passa une vitesse et accéléra l égèrement ; après quelques efforts, la moto regagna le macadam.
– Poussons-la jusque chez moi, lui proposa la femme .
Sven acquiesça d'un hochement de tête.
– Attendez-moi une minute, je vais ouvrir le garage , on pourra la mettre au sec.
La femme partit en courant vers sa voiture, s'y ins talla et après un rapide demi-tour sur la route, arriva devant la porte du garage qu'e lle ouvrit à l'aide d'une télécommande. Sven suivit la voiture et gara sa moto juste derriè re, assez serrée pour que la porte puisse fermer.
– Rentrons, je vais regarder l'état de votre jambe.
– Je ne pense pas que ce soit grave, mais il doit s ûrement falloir quelques points de sutures.
– Je le pense aussi. J'ai ce qu'il faut pour vous e n faire, si ce n'est pas trop ouvert, ce sera plus rapide que d'aller aux urgences.
– Vous êtes infirmière ? questionna-t-il.
– Ma mère l'était. Ça fait partie des choses que l'on apprend à force de voir faire.
– Il va tout de même falloir faire un constat. Mon carénage est bien rayé et ma pédale de frein a cassé, s'inquiéta Sven. D'ailleur s je ne pourrai pas rentrer ce soir avec, il faudrait que je l'emmène au garage sur rem orque.
– Oui, soignons déjà votre jambe, j'irai chercher l es constats dans la voiture tout à l'heure. Je vous raccompagnerai ensuite.
– Très bien, merci.
– Asseyez-vous sur le fauteuil, je vais chercher de quoi désinfecter la plaie.
Sven s'exécuta en abaissant son pantalon pour décou vrir l'entaille. Sur sa jambe ensanglantée, un petit morceau de verre restait fic hé un peu au-dessus du genou, et la plaie de laquelle il avait déjà retiré un tesson ét ait béante et ouverte sur cinq bons centimètres. Lorsque la femme réapparu il se rendit compte qu'il ne l'avait pas encore vraiment regardée. Il l'observa enfin et fut surpri s de ne pas y avoir fait attention plus tôt. C'était une jeune femme tout à fait ravissante qui laissait paraître une grande assurance et dégageait un charme indéniable. Elle s 'assit à ses côtés, humidifia une compresse et s'appliqua à nettoyer la plaie délicat ement. Elle lui demanda si elle ne lui faisait pas mal. Il répondit que cela piquait mais que c'était supportable.
– Prenez la télécommande à votre droite et allumez la télévision, ça vous distraira le temps que je suture, lui commanda-t-elle.
Sven s’exécuta sans réfléchir et alluma une chaîne au hasard. Bientôt le noir de l'écran laissa place à une salle de concert. Sven r econnut Christian Vander à la batterie. Il s'agissait d'un concert du groupe Magm a qu'il appréciait particulièrement. Il tâcha de se concentrer sur le concert tandis que la jeune femme passa le fil dans l'aiguille. Elle s'interrompit. Le regarda et fit :
– Je peux vous proposer quelque chose à boire peut être ? Whisky ? Rhum ? Bière ? Cognac ?
– Ah, je ne serais pas contre un Rhum.
– Moi, c'est Clara au fait. Et vous ? Lança-t-elle en lui tendant franchement la main.
– Sven.
– Je suis vraiment désolée pour votre chute. D'habi tude je fais bien attention en sortant de chez moi, mais là j'avais la tête ailleu rs. Mon chien s'est échappé, il a eu peur d'un coup de fusil en fin d'après-midi et n'es t toujours pas revenu. J'étais partie le chercher.
– Ça va aller, il y a plus de peur que de mal. Je n 'ai rien de cassé, et à part quelques pièces à remplacer, la moto n'a rien heurté.
Elle revint alors s’asseoir à ses côtés, lui tendan t un double Rhum si plein qu'il fallait le manier avec adresse pour ne pas en renverser. Le sourire aux lèvres, elle lui confia qu'il en aurait bien besoin. Il bu une gorgée après avoir trinqué, et reconnu le « Captain Morgan » qu'elle lui avait servi. Il inclina la têt e en regardant le verre pour lui signifier qu'il appréciait tandis qu'elle reprenait son aigui lle et son fil en lui lançant un :
« passons aux choses sérieuses maintenant » peu ras surant mais accompagné d'un nouveau sourire toujours aussi agréable. Il reprit son verre et en descendit la moitié d'un trait, puis se concentra sur le concert. Il se ntit l'aiguille traverser la chair meurtrie et eut une bouffée de chaleur. Elle était concentrée ; les lèvres pincées et le regard noir figé sur son aiguille. Se sentant à la limite de l'évanouissement, il se concentra de plus bel, prit de grandes inspirations et tourna frénéti quement la tête comme pour inspecter le salon afin de faire disparaître les vertiges. Cl ara piqua sa jambe avec de plus en plus de dextérité si bien qu'il put suivre de nouveau le concert à la télévision.
– Je les avais vu à Paris il y a quelques années » lui confia-t-elle.
– Ah oui ? Je les ai vus également il y a cinq ou s ix ans sur Rennes, mais j'étais un peu déçu qu'ils ne jouent aucun des vieux titres. L es nouveaux ne sont pas aussi accrocheurs.
– C'est vrai, ce n'est plus l'époque des Jannick To p ou Didier Lockwood.
– Ah vous connaissez bien Magma alors. Vous êtes mu sicienne ?
– Oui j'essaie d'en vivre. Mais en attendant je réa lise des sites internet pour des entreprises. Ce n'est pas passionnant mais ça rempl it le frigo.
– Je comprends. Vous jouez de quel instrument ?
– Violoncelle et guitare.
– Je m'essaie pour ma part à la guitare manouche, m ais sans grands résultats.
– Vous n'avez pas choisi le plus simple. Voilà! Une vraie jambe de pirate, s'amusa-t-elle en regardant son travail de couture.
Elle se leva, ramassa les compresses imbibées de sa ng et se dirigea vers la salle de bain. Elle invita Sven à la suivre pour qu'il prenn e une douche, afin de laver sa jambe du sang qui commençait à sécher. Après lui avoir te ndu serviette et peignoir, elle ferma la porte et Sven se retrouva seul, en caleçon, la j ambe maculée de sang, le t-shirt et le pull détrempés de boue. La situation le fit sourire .
En sortant de la salle de bain, il découvrit le can apé transformé en lit, une chaise en guise de table de chevet sur laquelle étaient posés une bouteille d'eau et un verre. Au milieu du salon, un étendoir à linge était déplié. Clara lui demanda s'il voulait bien y étendre ses vêtements mouillés.
– Le ruisseau en contrebas de la route a débordé. L a route est complètement inondée. Je vous ramènerai demain, la pluie devrait avoir cessé, l'informa-t-elle à la vue de son air surpris.
– Ah ! Il n'y a aucun autre accès ?
– Si, par le bois, derrière la maison. J'ai des VTT dans le garage si vous y tenez vraiment ?
– Bah oui ? Une virée sous la pluie, ça peut être s ympa...
Entrenous,l'idéedevousvoirtraînerlapattenem'inspirepasvraiment,plaisanta-
– Entre nous, l'idée de vous voir traîner la patte ne m'inspire pas vraiment, plaisanta-t-elle.
Il resta coi un instant, puis disposa ses vêtements mouillés sur le séchoir qu'elle avait déplié. Elle lui proposa de boire un dernier verre en regardant la fin du concert. Il accepta et fut de nouveau servi un grand verre de C aptain Morgan. Soudain, quelque chose gratta à la baie vitrée; si violemment qu'ils restèrent tout deux interdits, se questionnant du regard. D'un coup, Clara fit éclate r un large sourire et s'empressa d'aller ouvrir la porte. « Django ! » cria-t-elle. C'était le nom qu'elle avait donné à son chien qui se précipitait brusquement par l'ouvertur e en inondant le salon d'une odeur forte.
– Reste là, je vais chercher ton tapis, lui ordonna -t-elle.
Sven l'observait alors qu'elle frottait le dos du c hien avec une grande serviette déchirée, tout en lui caressant le sommet du crâne. C'est amusant comme le chien semblait sourire. Sven sirota son Rhum seul pendant un long moment avant que Clara le rejoigne de nouveau. Django, blotti en rond sur son tapis, ouvrait régulièrement un œil comme pour les surveiller, puis se rendormait, l'air satisfait. Sven et Clara restèrent discuter un moment de leurs vies respectives, de mu sique et de choses sans intérêts avant de capituler, vaincus par leurs bâillements i ncessants. Sven attendit que Clara fût dans la salle de bain pour se mettre au lit. Il l'a vit bientôt resortir, sublime, dans une chemise de nuit marron; répondit à son bonsoir, et se retourna dans la couette épaisse. Il mit un certain temps à s'endormir, troublé par l a soirée qu'il venait de passer et par les ronflements du chien. Au milieu de la nuit, il se réveilla brusquement. Il fut stupéfait de comprendre que la présence glaciale qui venait d e se serrer contre lui n'était autre que Clara. Il s'écarta brusquement et se redressa. Clara était là, grelottante et presque effrayée.
– J'ai froid, déclara-t-elle d'une voix chevrotante .
Sven ne sut quelle réaction adopter, prit au dépour vu par cette intrusion dans son lit. Clara se mit alors dos à lui, recroquevillée et tre mblante. Ne pouvant la chasser d'un lit qui n'était pas le sien, et compte tenu de l'état d e la jeune femme, il se rallongea et la prit instinctivement dans ses bras. La main glacée de Clara lui empoigna la sienne et la garda prisonnière de ses doigts crispés. Le visage effleuré par ses longs cheveux, Sven ne put s’empêcher de lui déposer un baiser dan s le creux de la nuque. Elle serra sa main de plus bel avant de la placer contre son c œur, et ils s'endormirent ainsi, chacun bercé par le souffle de l'autre.
Quand le lendemain Sven se réveilla, le lit était v ide. La cuisine était éclairée et Clara semblait y faire la vaisselle en écoutant un album de musique classique. Il sortit du lit rapidement, tâta ses vêtements mis à sécher la veil le, et comme ils étaient bien secs, les enfila. Il remit le lit en position canapé en e ssayant de ne pas faire de bruit, et s'approcha de la cuisine. Clara se retourna douceme nt en sentant sa présence.
– Un café ?
– Volontiers, lui répondit-il.