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L'Orphelin du choléra

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119 pages

On n’a pas perdu le souvenir de cette déplorable journée du mois de février 1831, où, sous prétexte d’une manifestation politique qui aurait eu lieu à l’occasion d’un service funèbre célébré à Saint-Germain-l’Auxerrois pour le repos de l’âme du due de Berry, assassiné onze ans auparavant (13 février 1820), une foule furieuse, au sortir des bals et de l’orgie du carnaval, se rua sur l’antique basilique, la saccagea de fond en comble, abattit la croix qui s’élevait au faîte du portail, et aurait démoli l’église elle-même sans l’intervention tardive de l’autorité.

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BIBLIOTHÈQUE DE LA JEUNESSE CHRÉTIENNE APPROUVÉE PAR L’ARCHEVÊQUE DE TOURS
SÉRIE PETIT IN-12
« Vous ne savez pas à qui vous parlez, retirez-vous, » (P. 51.)
Just-Jean-Étienne Roy
L'Orphelin du choléra
I
Introduction
On n’a pas perdu le souvenir de cette déplorable journée du mois de février 1831, où, sous prétexte d’une manifestation politique qui aur ait eu lieu à l’occasion d’un service funèbre célébré à Saint-Germain-l’Auxerrois pour le repos de l’âme du due de Berry, assassiné onze ans auparavant (13 février 1820), une foule furieuse, au sortir des bals et de l’orgie du carnaval, se rua sur l’antique basili que, la saccagea de fond en comble, abattit la croix qui s’élevait au faîte du portail, et aurait démoli l’église elle-même sans l’intervention tardive de l’autorité. On se rappelle qu’après ces actes d’un vandalisme stupidement impie, la même foule, excitée et enivrée par ses propres excès, se porta au palais de l’archevêché, proférant gr des injures et des cris de mort contre l’archevêque, M de Quélen. Le vénérable prélat n’eut que le temps de se soustraire par la fuite à la fureur de ces énergumènes ; mais ils envahirent son palais, contigu à l’église Notre-Dame. Ils le fouillèrent du haut en bas pour y trouver, disait-on, des poignards et des barils de poudre, destinés à armer les contre-révolutionnaires ; puis, rendus plus furieux par l’inutilité de leurs recherches, ils livrèrent ce palais au pillage et à la dévastation. Après avoir brisé et brûlé les meubles, jeté dans la Seine ou dans le feu les livres rares et les man uscrits précieux de la bibliothèque, ils se mirent à démolir l’édifice lui-même, et n’y laissèrent pas pierre sur pierre. Depuis sept mois ce prélat était obligé de se tenir caché pour se dérober aux persécutions auxquelles il était en butte depuis la révolution de juillet 1830 ; les événements de février le condamnèrent à une retraite encore plus profonde ; mais il n’en veillait pas moins sur les besoins de son diocèse, attendant avec résignation que la Providence lui ménageât l’occasion de reparaître sans danger au milieu de son troupeau. Dieu ne tarda pas à lui fournir cette occasion, en même temps que les moyens de se venger dignement de ses persécuteurs. Au mois de février 1832, précisément à l’époque ann iversaire du pillage de Saint-G erm ain -l’Auxerrois et du sac de l’archevêché, le fléau le plus épouvantable dont l’humanité puisse être atteinte, le choléra, vint f ondre sur Paris, après avoir ravagé la Russie, la Pologne, le nord de l’Allemagne et l’Angleterre. Bientôt la terreur inspirée par le redoutable fléau fit taire toutes les préoccupations de la politique. Ses coups, qui, d’abord clairsemés, n ’avaient atteint que des individus appartenant aux classes les plus misérables, ne tardèrent pas à frapper indistinctement dans tous les rangs de la société. La panique devin t générale parmi les habitants de la grande cité ; tous ceux à qui leur fortune le perme ttait se hâtaient de fuir un séjour regardé comme un foyer d’infection. Tandis que les peureux et les riches s’éloignaient en toute hâte pour aller chercher un air pur et un climat plus sain, l’archevêque jugeait que le moment était arrivé derompre son ban et de rentrer dans sa ville épiscopale, pour partager les dangers de son troupeau, prodiguer des soins et des consolations aux mourants, encourager et secourir ceux qui avaient s urvécu. Et ce n’est pas dans les quartiers riches et les moins infectés qu’il se mon tre tout d’abord, c’est à l’Hôtel-Dieu, c’est au milieu des malades et des mourants entassé s par la contagion, que le prélat reparaît pour la première fois, et qu’il établit en quelque sorte sa résidence. « Ce n’est pas assez pour lui des secours si abondants que la charité chrétienne lui donne à distribuer, il y joint l’abandon de son traitement ; il veut que sa maison de Conflans devienne une maison de convalescents, et que le sém inaire de Saint-Sulpice soit
transformé en infirmerie. On le voit transporter des cholériques dans ses bras, et si l’un d’eux qu’il bénissait lui crie : « Retirez -vous de moi, je suis un des pillards de l’archevêché, » on l’entend répondre : Mon frère, c’est une raison de plus pour moi de me réconcilier avec vous et de vous réconcilier avec D ieu. » Enfin, c’est dans les salles de l’Hôtel-Dieu, c’est en voyant tant de pères et de m ères de famille précipités dans le tombeau qu’il conçut l’idée de cette œuvre admirable desOrphelinsdu choléra.fallait, Il pour la fonder et en assurer l’avenir, inspirer de nouveaux efforts, demander à la charité gr publique de nouveaux sacrifices. M de Quélen, qui ne s’était encore montré dans aucune église, voulut s’acquitter lui-même de cette mission. On annonça qu’il prêcherait à Saint-Roch pour lesorphelins du choléra. Pauvres et riches, toutes les classes de la société parisienne accoururent. De longues files de voitures et des flots pressés de piétons assiégeaient les avenues du saint lieu, a o ù la voix du prélat allait rompre un silence gardé depuis si longtemps. Que cette scène, dont tant de personnes conservent encore la mémoire, se fût passée au temps de saint Vincent de Paul ou de Charles Borromée, nous ne trouverions pas de pinceaux assez éclatants pour en consacrer le souvenir. Laissons au passé toutes ses gloires ; ma is n’amoindrissons pas le temps présent ; l’avenir lui rendra toute justice ; il n’ oubliera pas cet archevêque de Paris rompant son ban, sortant de la retraite où la violence et la persécution l’avaient forcé de se renfermer, pour demander à tous les pères, à tou tes les mères, à tous ceux qui portent quelque pitié au cœur, d’adopter tant d’enfants auxquels le fléau venait d’enlever 1 ceux que la nature leur avait donnés pour les nourrir et les protéger . » C’est ainsi que l’archevêque de Paris se vengea de ses persécuteurs.
1 M. ise. — Le discours prononcé àMolé, Discours de réception à l’Académie frança gr Saint-Roch par M de Quélen fut suivi d’une quête qui produisit trente-trois mille francs. Il prêcha encore à Notre-Dame pour la même œuvre, le 29 décembre 1834, et il recueillit trente mille francs.