La Boue du delta

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364 pages
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Quand un soir d'avril 1911 la jeune étudiante Harriet Du Maine, fille d'un exploitant de coton, rencontre Samuel Bragard, le musicien noir du ghetto, elle est bien loin d'imaginer qu'elle vient de libérer les forces aveugles de l'intolérance et de la bêtise, et de mettre en marche une machine qui finira par l'écraser. Frappée mortellement dans son âme et meurtrie dans sa chair, devenue à la fois criminelle et victime, l'héroïne découvrira dans son malheur même une ultime raison d'espérer... Du racisme à l'émancipation de la femme, Gustave Rongy rythme sa chronique des jeunes heures du XXe siècle d'une musique étrange, syncopée, chaotique – véritable arrière-plan du récit -, qui fleurit dans les bas-fonds et dont les timbres cuivrés filtrent à travers les portes closes des lupanars les plus sordides. Une fresque riche et prenante comme un air de jazz lancinant, où le meilleur et le pire de l'humanité se livrent une valse étouffante.

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Date de parution 23 janvier 2014
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EAN13 9782342018370
Langue Français

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La Boue du delta
Du même auteur
Le Lit vertical, Publibook, 2008
Gus Rongy La Boue du delta
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119250.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
Ce livre est dédié aux artistes noirs inconnus qui, à l’aube du vingtième siècle, furent les pionniers d’une musique qui allait bouleverser l’Amérique et le monde.
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Depuis quelques semaines, les terrassiers avaient ouvert des tranchées, creusé des excavations profondes et planté le long de la route, à grand renfort de main-d’œuvre, d’outils de levage, de pioches et de pelles, des poteaux de bois gigantesques destinés à soutenir le vaste réseau de fils conducteurs de l’électricité, cette merveille des temps modernes, destinée à l’éclairage des maisons les plus récentes. Déjà, cette énergie avait supplanté le gaz dans la plupart des habitations urbaines. On assistait maintenant à sa lente progression vers les campagnes. La propriété des Du Maine était un héritage de modestes planteurs de canne à sucre qui s’étaient établis à Chalmette, un faubourg de La Nouvelle-Orléans, à l’est de la ville, que le Mississippi enferme dans son croissant. Parce qu’ils craignaient les crues imprévisibles du fleuve, les premiers propriétaires avaient eu la sagesse d’exploiter leurs terres à l’écart de son tracé. Bien leur en avait pris, puisque cet éloignement les avait préservés de la destruction. De nombreux manoirs riverains avaient en effet été pillés et incendiés systématiquement en guise de représailles par les Yankees après la guerre de Sécession. Harvey Du Maine avait étendu le domaine et l’avait reconverti dans la culture du coton. La demeure de style colonial était bâtie dans le goût pompier qui fleurissait au début du dix-neuvième siècle. C’était une importante habitation à plusieurs bâtiments, dont le principal était précédé d’une esplanade reliée à la route par une large allée en cendrée bordée de pelouses. De part et d’autre s’alignaient deux rangées de chênes massifs dont les hautes branches se rejoignaient par-dessus l’allée en une voûte de verdure. Les racines de ces géants s’étaient tellement développées sous la terre que leur enchevêtrement avait soulevé le sol par endroits, forçant les cochers à faire des écarts fréquents pour éviter que les visiteurs ne fussent projetés en l’air à chaque contact des roues avec une de ces protubérances. Seul le vieux Wallace,
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conducteur attitré du landau familial, connaissait par cœur l’emplacement de ces pièges et n’avait pas son pareil pour les déjouer. Les chevaux, à force de fréquenter l’allée, avaient d’ailleurs fini par suivre d’eux-mêmes le parcours idéal. La construction avait subi, non sans dommages, les assauts répétés du temps. Les murs avaient pris peu à peu cette couleur safranée des vieux crépis. De larges plaques de revêtement s’étaient détachées par endroits et laissaient apparaître à nu la maçonnerie originale, telle une peau malade dévoilant de hideuses nécroses. Vingt fois le maître avait envisagé de faire ravaler la façade ; vingt fois il s’était trouvé de bonnes raisons pour remettre les réparations à plus tard. Le toit couvert d’ardoises grises retombait en faces pentues trouées de plusieurs lucarnes surmontées d’un arc en plein cintre. Les hautes fenêtres étroites étaient divisées en petits carreaux sertis dans un quadrillage de plomb à la manière des vitraux et s’alignaient en deux rangées de part et d’autre de la double porte d’entrée. Des persiennes vertes étaient rabattues contre le mur, mettant une note de couleur dans cette façade terne. Un escalier monumental à six marches donnait accès à un seuil à larges dalles précédé par quatre piliers en forme de colonnes doriques qui soutenaient un entablement triangulaire. Sur le fronton, un bas-relief naïf et prétentieux de facture pseudo-classique représentait une divinité indécise inclinant vers de jeunes éphèbes reconnaissants une corne d’abondance d’où s’échappaient pêle-mêle épis, fleurs et fruits. A hauteur du seul étage, abritée par la saillie de l’entablement, une terrasse rectangulaire, sorte de belvédère à la balustrade de fer forgé, formait au-dessus de l’entrée une plate-forme qui reliait entre eux mur et colonnes. Les chambres d’habitation avaient été aménagées dans l’aile nord-ouest, la moins chaude, tandis que celles en façade étaient réservées aux invités occasionnels, qui pouvaient ainsi jouir dès leur réveil d’une vue avantageuse sur l’esplanade.
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L’année avait débuté par une effervescence inhabituelle au domaine.
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