La Case de l
245 pages
Français

La Case de l'oncle Tom

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245 pages
Français

Description

La Case de l'oncle Tom, drame de Philippe Dumanoir et Adolphe D'Ennery (Paris, théâtre de l'Ambigu-Comique, 18 janvier 1853), est l'une des trois adaptations théâtrales, en France, du roman d'Harriet Beecher Stowe. Participant de la « tommanie » qui, après les États-Unis, a gagné l'Europe au cours de l'année 1852, c'est la pièce qui, de l'avis de tous, véhicule le mieux l'esprit abolitionniste du roman - et c'est elle qui jouit du succès et de la faveur du public. Théophile Gautier en témoigne parmi d'autres. Or, tout en se réclamant de l'oeuvre originale dont ils ont conservé le titre, les deux dramaturges ont pris bien des libertés avec la fiction romanesque. Où réside alors la proximité avec le roman américain ?

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Date de parution 27 octobre 2020
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EAN13 9782140161568
Langue Français
Poids de l'ouvrage 20 Mo

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Exrait

fiction romanesque. Où réside alors la proximité avec le roman
A
Dumanoir et D’Ennery
LA CASE DE L’ONCLE TOM Drame en huit actes
U
T
R
E
Présentation de Bérengère Vachonfrance-Levet MENT MÊMES avec la collaboration de Roger Little
COLLECTIONAUTREMENT MEMESconçue et dirigée par Roger LittleProfesseur émérite de Trinity College Dublin,Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.rlittle@tcd.ieCette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme: celui qui recouvre la période depuis l’installation des établissements d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psycho-logique et littéraire du texte.« Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur. »Sony Labou Tansi« Mais il n’y guère derelation à soi qui ne passe par la relation à Autrui. Autrui, c’est à la fois la différence et le semblable réunis.»Achille MbembeTitres parus et en préparation :voir en fin de volume
Dumanoir et D’EnneryLA CASE DE L’ONCLE TOMDrame en huit actes Présentation de Bérengère Vachonfrance-Levet Littlavec la collaboration de Roger e
En couverture : Dumanoir et D’Ennery,La Case de l’oncle Tom, Paris, Michel Lévy frères, « Théâtre contemporain illustré », 1853. Illustration : Auguste Belin. (Voir Acte V, scène 6) © L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-21658-4 EAN : 9782343216584
INTRODUCTION par Bérengère Vachonfrance-Levet
De la même auteure « Les dessous desDeux orphelines»,Histoires Littéraires, n° 74 (2018), p. 23-43 « 25j: deux fois oranvier 1899 phelines », inOubliettes et e Revenants :Actes du XIX colloque des Invalides organisé au Centre culturel canadien le 6 novembre 2015 à Paris, Tusson, Du Lérot, « En marge », 2016, p. 101-106 «Fantômasou Quand le cinéma s’émancipe »,Belphégor. Littératurepopulaire et culture médiatique,n° 1:Fantômas dans le siècle, 2013 : belphegor.revues.org
INTRODUCTION La Case de loncle Tom, drame en huit actes de Philippe Dumanoir et Adolphe DEnnery représenté pour la première fois le 18 janvier 1853 sur le théâtre de lAmbigu-Comique à Paris, 1 est lune des trois adaptations théâtrales, en France , du roman américain dHarriet Beecher Stowe,Uncle Toms Cabin or, Life 2 Among the Lonely. Comme les deux autres, cette adaptation sinscrit dans la 3 « tommanie » qui, après les États-Unis, gagne lEurope au cours de lannée 1852, et dabord lAngleterre. Elle sera cependant la seule à faire lobjet de reprises dans les décennies suivantes. 4 Uncle Toms Cabin: « le roman phénoménal » er Du 5 juin 1851 au 1 avril 1852,Uncle Toms Cabin, « roman anti-esclavagiste dune femme blanche de Nouvelle-Angle-5 terre », est publié en feuilleton de quarante et un épisodes dans 6 lhebdomadaire américainTheNational Era, avant de paraître en volume dès le 20 mars 1852.
1 Dans l’article non signé daté du 2 février 1877, «Uncle Tom’s Cabin; its early days, and the people who played in it »,The Clipper(New York) avance, lui, le chiffre de cinq adaptations et la possibilité que l’une d’entre elles ait été présentée avant septembre 1852. 2  Harriet Beecher Stowe,Uncle Tom’s Cabin or, Life Among the Lonely, Boston, John P. Jewett & Company, 1852. Le texte du roman présente des variantes importantespar rapport au feuilletonpublié.3 Actualité de la quinzaine Amédée Cham, « »,Le Charivarinovembre (28 1852). 4 Louis Huart, « Le roman phénoménal »,L’Argus,revue théâtrale et journal des comédiens(16 novembre 1852). 5 Claire Parfait, « Un succès américain en France :La Case de l’oncle Tom», E-rea, revue électronique d’études sur le monde anglophone, 7 février 2010, § 2. 6  On précisera que le lectorat de cet hebdomadaire anti-esclavagiste de Washington D.C. est réparti sur tout le territoire américain.
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Dans le contexte du débat sur lesclavage (leFugitive Slave 1 2 Acta été adopté en 1850), son succès est « foudroyant ». Le roman, dont leBoston Morning Postécritque « tout le 3 monde la lu, le lit ou le lira », gagne rapidement lEurope. Publié en mai 1852 au Royaume-Uni, il y rencontre un succès 4 « encore plus impressionnant » : « en lespace dune année, dix-5 huit éditeurs et une quarantaine d»,éditions se font concurrence un million et demi dexemplaires sont écoulés. Mais ce succès dépasse le simple phénomène éditorial : Comme de lautre côté de lAtlantique, les théâtres de Londres proposent des adaptations, qui contribuent à faire connaître le roman. Ce rôle est également joué par les produits dérivés,gurines, 6 assiettes décorées de scènes du roman etc .7 Après les États-Unis, la «Tom-mania» a donc gagné lempire britannique, et Louis Huart sen fait lécho en France :
1  Thomas Constantinesco, dans «Emerson, l’esclavage et l’Amérique fugi-tive »,Revuefrançaise d’études américaines, vol. 127, n° 1 (2011), p. 3-19,p. 4,précise : La loi sur les esclaves fugitifs, l’une desprincipales dispositions du Compromis[de 1850],[]doitpermettre de maintenir l’équilibre entre les États esclavagistes du Sud etantiesclavagistes du Nord après l’entrée de la Californie dans l’Union. En donnant mandat aux autorités fédérales de traquer les délinquants, cette loi oblige tout citoyen américain àprêter son concours aux chasseurs d’esclaves, de sortequ’il n’estplusun seul État de l’Union où les esclaves en fuite puissent se réfugier avec l’espoir d’ytrouver secours et sécurité,plus un seul État où la liberté demeure ce « droit inaliénable»pourtant inscrit dans la Déclaration d’Indépendance. Certes, uneprovision de l’article 4 de la Constitution connue sous le nom de « Fug»itive Slave Cause prévoyait déjà le retour des esclaves en fuite auprès de leurs maîtres et une loi de 1793précisait les modalités de son application, cequi, d’entrée dejeu, rendait caduc l’universalisme affiché de la Déclaration. Mais ces dispositions étaient restées lettre morte, tombant progressivement en désuétude. 2 Claire Parfait,loc. cit., §2. 3  « Everybody has read it, is reading, or is about to read it. » W.B.S., « Review »,The Boston Morning Post(3 mai 1852). 4 Claire Parfait,loc. cit., § 4. 5 Id.,ibid., § 3. Claire Parfait rappelle cependant que le phénomène a été favorisé par le refus américain de signer un accord de copyright inter-national jusqu’en 1891.6 Id.,ibid., § 7. 7 « The Theatres »,The Spectator(4 décembre 1852).
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LaCabine de loncle Tomest pour le moment le roman, je ne dirai pas à la mode, mais le roman qui fait fureur, délire, paroxysme dans tous les pays habités par la race saxonne. […]Cette espèce deèvre,[…]à Londres de façon la plus sévit 1 cruelle . 2 La Case de loncle Tom: de la «Tom-mania» à la « tommanie» En octobre 1852,Uncle Toms Cabinarrive en France, auréolé du double succès américain et britannique. LaRevue des deux mondessuivie duJournal des débatssont les premiers à rendre compte du roman, tel quils ont pu le lire dans ses éditions 3 britanniques . Fin octobre/début novembre, « phénomène inhabituel[…] 4 dans la presse quotidienne française », trois grands quotidiens parisiens,La Presse,Le SièclepuisLe Paysentreprennent, quasi simultanément et à grand renfort de promotion, la publication du 5 roman en feuilleton, chacun dans sa propre traduction française .
1 Louis Huart,loc. cit.2 Idem, «L’almanachdel’oncleTom »,Le Charivari(7 décembre 1852). 3 Émile Montégut, « Le roman abolitionniste en Amérique (Uncle Tom’s Cabin, or Negro Life in the Slave States of America, by Harriet Beecher Stowe, er London, George Routledge, 1852) »,Revue des deux mondes(1 octobre 1852), p. 155Variétés.-185. John Lemoinne, « Uncle Tom’s Cabinla Cabane du père Tomou la Vie des nègres en Amérique.Un vol. in-18, ress par M Henriette Beecher Stowe.(Non traduit.) »,Journal des débats(20 octobre 1852). On pourra ajouter à ces recensions qui ont fait date, celle de George Sand dansLa Pressedu 20 décembre 1852 : voir Annexe 4. 4 Claire Parfait,loc. cit., § 9. 5 La Pressepublie le feuilleton du 31 octobre au 16 décembre 1852. À partir du second chapitre, la traduction est confiée à Léon Pilatte, sous le titre deLa Case de l’oncle Tom, ou Vie desNoirs aux États-Unis, puisLa Case de l’oncle Tom, ouVie des Noirs au sud des États-Unis.Le Sièclepublie son propre feuilleton du 6 novembre au 16 décembre 1852, avec pour traducteurs Léon De Wailly et Édmond Texier et pour titreLa Cabane de l’oncle Tom. Enfin, le 16 novembre,Le Pays, avec pour traducteur Louis Énault, offre à ses abonnésLa Case de l’oncle Tomsuppléments en hebdomadaires avant de le proposer en feuilleton quotidien jusqu’au 13 janvier 1853. Claire Parfait estime qu’«il est fort probable que les journaux de province ont suivi le mouvement, avec peut-être un temps de retard ». Claire Parfait,loc. cit., §12.
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Parallèlement, différents éditeurs leproposent en volume, dans une grande variété de formats, de traductions, de pré-sentations, dillustrations, et ce à tous lesprix, assurant ainsi sa 1 diffusion très largSavamment orchestrée dee . puis le début, cette 2 «èvre[…] d’origine commerciale » transforme, en France 3 aussi, le succès en «phénomène de mode »une « tommanie » 4 que lapresse ne seprivepas de caricaturer . Dans ces années post-révolution de 1848 durant lesquelles sévit la crise économique, cet engouement vajusquà entraîner une certaine exaspération. Dans son numéro du 15 décembre 1852,LArtiste, sous laplume de Charles Monselet,journaliste, romancier, poète, ami de Théophile Gautier et de Chateaubriand (dont il apréfacé lesMémoires dOutre-tombe), met ainsi en g» et dénonce lainvasion américaine arde contre cette « complicité de la presse et des éditeurs : Il convienttoutes réserves faites à légard de madame Stowe et de son méritede protester contre lexagération de propagande noire qui sest emparée des libraires et des journaux français. […]En présence dun engouement semblable, dans un pays où se font les plus grands succès et où nous savons comment ils se chiffrent, il nous est dicile de ne pas accueillir des suspicions étrangères à la littérature. Nous pensons quen cette circonstance les libraires français se font les complices généreux des négrophiles.Je disgénéreux, quoique les abolitionnistes aient maintes fois prouvé quils ne reculaient devant aucun sacrice pour assurer le triomphe de leur utopie. Il est vrai que, de leur côté, les négrophobes sont gens à manières larges et queux aussi se plaisent quelquefois à encourager les lettres. Mais à ce sujet, disons que tel journal, qui ne se trouve pas mal aujourdhui de publier laCase de loncle Tom, se trouva fort 1  «Sans atteindre le nombre record d’éditions anglaises (une quarantaine) la France publie une bonne vingtaine d’éditions du roman de Stowe entre 1852 et 1853. Encore ne s’agit-il là que des éditions en langue française. » Claire Parfait,loc. cit., §15. 2 Id.,ibid., §29.3 Id.,ibid., § 27. 4 Voir les carnets d’Agnès Sandras, «L’ambivalente réception deLa Case de l’oncle Tomen France: pleurer ou persifler? » dont les références sont données dans la Bibliographie sélective.
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