La déchirure

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36 pages
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Description




Une vie réglée comme du papier à musique peut sombrer, sans crier gare, dans la cacophonie sous les yeux effarés de l’entourage.


LORSQU’IL ETAIT EN VACANCES, Pierre ne s’ennuyait jamais. Son emploi du temps était encore plus réglementé que celui de son temps de classe. Les promenades du matin, les lectures d’ouvrages le plus souvent didactiques et pédagogiques l’après-midi ; parfois il se permettait un policier ou un livre d’histoire ; et trois soirs de la semaine, la taverne ou l’estaminet avec des camarades. Le temps passait avec douceur, avec lenteur.



Le naufrage de Pierre est si surprenant, mais si bien écrit ici, qu’il en arrive à faire douter de la propre sécurité de notre existence routinière.

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EAN13 9791023404296
Langue Français

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Manon Torielli La déchirure Nouvelle CollectionNoire sœur
Pierre habite à Bergues. Il est d’ici comme d’autres sont d’Afrique ou de ces îles qui aimantent les rêves des hommes par-delà les océans, les horizons bouchés des grandes cités grises. Pierre n’a jamais quitté Bergues, ses remparts, ses canaux, ses écoles, sa prévôté. Il occupe une maison jaune en face de l’école où il travaille. C’est la maison de son enfance. C’est en face qu’il a fait ses classes. Le collège se situait deux rues plus loin. Il n’a quitté ces lieux que pour le lycée et l’École Normale de Lille : un exil morne à ses yeux. Mais il n’y avait pas d’autre solution pour revenir dans la maison jaune, pour voir la façade sévère de l’école, et de l’autre côté, depuis la cour de récréation, la façade toujours ensoleillée de la maison sous le ciel gris, sous la pluie battante, quand il lève les yeux. Depuis, Pierre n’a plus quitté Bergues. Le premier jour, lorsqu’il a passé la porte de l’éc ole, pour se retrouver, comme on dit,de l’autre côté de la barrière, avec son costume de Monsieur, il a trouvé seulement l’école plus petite. Il s’est revu un instant en tablier gris sombre, dans un coin de la cour, minuscule et terrorisé. Ce jour-là aussi, celui de son entrée en fonction, il avait bien dans la gorge une grosse boule d’angoisse qu’il n’arrivait pas à avaler, mais tout s’était bien passé, et le temps avait très vite repris son cours tranquille. C’était sans doute plus facile d’êtrede l’autre côté. Il suffisait d’être très organisé, sévère et juste. Les enfants le respectèrent tout de suite. Ses collègues l’estimaient. Pierre devait garder très longtemps son visage d’enfant juché tout en haut d’un long corps maigre, un peu dégingandé. Ses petites lunettes rondes lui conservaient cet air lunaire qui autrefois lui avait valu bien des camouflets, mais qui désormais éveillait la sympathie : « Si jeune et si professionnel «, disait-on de lui, ou encore, « Le maître fait le sévère, mais il nous aime bien «, ou enfin, « Un bel homme, sérieux, mais il porte sur le visage une âme de poète, quel beau mari ça ferait ! « En réalité, de rêves Pierre n’en avait guère, pas plus que de grandes exaltations qui auraient pu le porter à des excès dont sa nature se serait effarouchée ; constater chaque soir que sa journée de
travail s’était déroulée exactement selon ses prévisions était son credo, une forme de bonheur tranquille et rassurant qui suffisait à justifier son existence. Et cet air distrait et lointain qu’il ne reniait pas mais dont il ne s’était jamais expliqué l’origine ne l’empêchait pas de se montrer rieur en dehors de l’école ; il passait pour bon compagnon et même pour un sacré boute-en-train, les soirs de liesse, avec les collègues, à la taverne Bruegel, rue du Marché-aux-Fromages. Pierre était un homme satisfait, et c’était peut-être la raison pour laquelle il n’avait jamais envisagé de prendre femme. Il n’y songeait pas du tout, au grand dam de la gent féminine de la petite ville. Ses enfantsaient et, comme il les appelait devant ses amis, lui suffis comblaient sa vocation éducative. En avoir à lui ne lui aurait rien apporté de plus, d’autant qu’il appréciait à leur juste valeur ses soirées calmes, au coin d’un bon feu, >>>>
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