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La Découverte d'Elivol

De
482 pages

Justin, jeune homme sportif plein de rêves et d'humour, se retrouve à son corps défendant dans un monde inconnu de tous sauf de lui puisqu'il aimait l'arpenter en pensée. Il y découvre qu'il y était attendu afin de faire face à un ennemi décidé à réduire ce monde en esclavage. Pour accomplir sa mission, il peut compter sur sa magie, ses capacités physiques, mais surtout sur trois amis présents à ses côtés en toutes circonstances. Il connaîtra également un amour inconditionnel qu'il imagine impossible.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-334-00699-6
© Edilivre, 2015
Justin
Justin s’ennuyait ferme. La philosophie n’était vraiment pas sa matière préférée. Franchement, discuter pendant des heures pour savoir si une femme est plus attirante en robe ou en pantalon ne faisait pas partie de ses préoccupations premières. Pour lui, les filles étaient toutes plus ou moins attirantes que ce soit en pantalon ou en robe. A presque dix-sept ans, il serait dommage qu’il ne s’en soit pas aperçu, d’autant qu’il était assez joli garçon et que ces demoiselles s’arrangeaient assez souvent pour attirer son regard. C’était un jeune homme qui mesurait un bon mètre quatre-vingt-cinq. Sans être très grand, il était quand même assez impressionnant, d’autant qu’il faisait partie de ces sportifs accomplis avec des épaules carrées et les muscles en proportion. Ses cheveux qu’il portait relativement longs étaient d’un brun soyeux, brillants et légèrement bouclés. Ce qui ressortait étonnamment dans son visage, c’était ses yeux gris acier qui, le plus souvent, pétillaient d’humour. Le sport, ça c’était son truc. Il ne brillait pas particulièrement dans une discipline, mais il adorait le sport en général. Il faisait beaucoup de jogging, car il disait que ça lui donnait la résistance nécessaire pour supporter ceux qu’il appelait les « empoisonneurs ». La gymnastique l’attirait comme la lumière un papillon. Il faisait beaucoup de musculation pour pouvoir faire les exercices imposés aux anneaux, au cheval d’arçon,… Il trouvait que les muscles développés pour ce sport rendaient les gymnastes physiquement parfaits. Il était assez partisan de la formule : un esprit sain dans un corps sain. Il rejetait en bloc tout ce qui sortait de cette maxime (tabac, alcool et drogues n’étaient pas pour lui). Il y avait un sport qui l’attirait plus que les autres, c’était le tir à l’arc. Il lui permettait de se vider la tête en même temps que le corps. C’est un sport qui nécessite une grande concentration et qui n’admet pas que l’archer se laisse distraire par des fadaises ou la cible sera manquée. A la place d’une cible marquée de ronds concentriques, il aimait s’imaginer qu’il allait tirer un cerf, un ours ou un autre animal sauvage. Il se projetait dans un monde où les armes modernes n’existaient pas, où la chasse se faisait avec un arc et un couteau, uniquement pour se nourrir, et non avec un fusil. En dehors du sport, Justin était un élève sérieux. Il avait de très bons résultats en math. ainsi qu’en sciences. Si en français ses efforts n’étaient pas aussi bien récompensés, il restait malgré tout largement au-dessus de la moyenne. Son seul point noir, la philo ! Rien à faire cette matière n’arrivait pas à capter son attention. Ceux qu’il appelait les empoisonneurs étaient en fait sa bande de copains. Il faut dire qu’ils avaient le chic pour débarquer ou pour appeler au moment où il avait la possibilité de s’adonner à sa passion. Ils étaient quatre, mais deux d’entre eux étaient ses plus chers amis car il les connaissait depuis le berceau. Il y avait Rémy, pas très grand, brun, un peu replet toujours le sourire aux lèvres malgré sa grande timidité et Thomas un grand échalas châtain, tout dégingandé, la blague facile et la vanne encore plus. A leur entrée au lycée, deux autres garçons sans doute attirés par leur bonne humeur, sont venus se rattacher à leur trio. Il y avait Romain, d’un blond cendré et du même format que Justin (mais sans la musculature), ainsi que Thierry qui lui tirait plutôt sur le roux. A leur arrivée, ils étaient, eux aussi inséparables. Justin aimait beaucoup ses amis, mais ce qu’il recherchait le plus souvent c’était la solitude. Lorsqu’il arrivait à se libérer une heure ou deux, il s’isolait dans un coin secret à lui dans les
bois, et s’adonnait à un exercice qu’il affectionnait particulièrement : le rêve. Il ne dormait pas, non, il pénétrait dans un monde imaginaire connu de lui seul. De même qu’au tir à l’arc il s’imaginait chasseur, il se créait un monde où la technologie n’existait pas : pas d’électricité, pas d’arme à feu, pas de voiture… Il s’inventait dans des situations où il se déplaçait à cheval, habillé comme Thierry la Fronde, en tant que messager personnel d’un roi ou à la poursuite d’un groupe de bandits de grand chemin et bien d’autres encore. Ces instants de pur bonheur pour lui ne duraient jamais assez longtemps et ne revenaient pas assez souvent. Pourtant, le bonheur n’avait pas beaucoup frappé à sa porte. A l’âge de 10 ans, il avait été placé dans une famille d’accueil qui habitait non loin de chez lui. Ses parents avaient profité d’une invitation de Rémy à leur fils de passer le weekend d’Halloween chez lui à se gaver de films d’horreur et de confiseries, pour s’offrir deux jours au bord de la mer, en amoureux. Sur le chemin du retour, un chauffard doublé d’un ivrogne avait grillé un stop et percuté la voiture de ses parents à une vitesse hallucinante. Le choc fut tel que la voiture fut projetée de l’autre côté de la route, partit en tonneaux, passa par-dessus la barrière de sécurité et dévala la falaise que la route longeait. Le chauffard se retrouva en prison, y resta un an tandis que lui avait définitivement perdu ses parents. La famille dans laquelle il fut placé, était assez sympa. Sans être débordant d’amour, le couple l’avait bien encadré. Ils l’avaient aidé à faire son deuil et à reprendre de l’ascendance sur sa vie. Justin avait pâti de ce manque d’amour, malgré qu’ils lui apportaient un bon soutien et lui fournissaient tout ce dont il pouvait avoir besoin. Un jour qu’il se sentait vraiment mal, il leur demanda pourquoi ils ne l’aimaient pas, se demandant si ça venait de lui et s’il pouvait y changer quelque chose. Ils lui expliquèrent qu’ils avaient beaucoup aimé les premiers orphelins qu’ils avaient recueillis mais que, soit ils s’étaient enfuis, soit ils s’en étaient allés à leur majorité. Dans les deux cas ils n’ont jamais plus donné de nouvelles et ils en avaient été profondément meurtris. Depuis, ils préféraient garder une certaine distance et se forgeaient une carapace pour éviter ce genre de déconvenue. C’est à partir de ce moment-là que Justin se mit à « rêver ».
Nouveau Monde
Un jour de vacances scolaires, il put s’isoler un moment sous un grand chêne lui procurant l’ombre bienfaisante de son feuillage, atténuant les trop chauds rayons du soleil d’été de ce début d’après-midi. A peine avait-il esquissé la vision de son monde, qu’il se retrouva couché sur le ventre en plein bois à côté d’une jeune fille d’environ quatorze ans, blonde comme les blés et qui tremblait de peur. Il regarda de tous côtés, complètement décontenancé. Il se pinça ce qui lui fit mal, s’ébroua, rien n’y fit, il resta sur place. Il n’avait jamais imaginé ça, donc cette situation ne venait pas de lui. Il regarda la fille et lui demanda : – Qui es-tu ? Et comment m’as-tu fait venir ici ? – Shutt ! Ils vont t’entendre… – Qui ça ? chuchota-t-il. Elle pointa du doigt un endroit de la forêt où le regard de Justin découvrit trois hommes armés d’épées qui semblaient chercher quelque chose ou quelqu’un… – C’est après toi qu’ils en ont ? demanda Justin. La jeune fille acquiesça d’un signe de tête. Justin la prit par la main et avec un doigt sur la bouche lui imposant le silence, il l’emmena un peu plus loin dans un fourré rempli de ronces qu’il écarta de la main pour la mettre à l’abri. Une fois bien au milieu, il lui dit de ne pas bouger et il rabattit les ronces qu’il venait d’écarter. Il attrapa une branche détachée d’un arbre qu’il balaya derrière eux et toutes les traces de leur passage disparurent. Justin hésitait. Devait-il attendre sans rien faire qu’ils se rendent compte qu’il n’y avait plus rien à trouver ou intervenir ? L’un d’entre eux boitait et se trouvait très à la traine des deux autres. Il lui serait facile de l’assommer avec une pierre ou un rondin de bois pour lui prendre son épée. Le problème c’est qu’il ne saurait pas s’en servir. Il n’en avait jamais eu entre les mains hormis dans ses rêves. Le boiteux entendant sans doute un bruit derrière lui se retourna brusquement. Les deux autres, alertés par le brusque mouvement lui jetèrent un regard interrogateur auquel il répondit : – C’est rien, juste un lapin qui est sorti de son terrier. Ils reprirent leurs recherches. L’écart entre les deux premiers et le boiteux s’accentua encore. Justin prit sa décision. Lorsque le boiteux s’était retourné, Justin avait vu qu’il portait un arc sur son dos. S’il ne savait pas se servir d’une épée, il savait se servir d’un arc et là il n’avait plus peur. Il s’approcha donc en catimini de son objectif, une grosse pierre à la main. Il profita d’un des arrêts que celui-ci faisait de temps en temps afin de rechercher des traces, pour s’approcher au plus près. Pendant que de la main droite il donnait un grand coup de pierre sur la tête de son ennemi, de son bras gauche il rattrapait le bonhomme pour qu’il ne tombe pas dans un bruit de fin du monde et n’alerte ses copains. En deux temps trois mouvements, il retira l’espèce de cape que l’autre portait en guise de manteau et l’enfila. Il lui retira également sa ceinture d’épée dont il se ceignit les hanches et surtout attrapa son arc. Vu de loin, affublé ainsi et légèrement courbé, il pouvait passer pour l’homme qu’il venait d’assommer. L’arc était beaucoup plus ordinaire que celui qu’il utilisait dans son club, mais l’utilisation restait la même. Il fallait encocher une flèche, bander son arc et tirer. Ce qu’il fit aussitôt. Le premier homme tomba atteint au ventre. La seconde flèche n’atteignit pas le dernier homme qui réussit à l’éviter d’un bond sur le côté alerté par la chute de son comparse. Justin se mit à courir pour faire croire à son adversaire qu’il abandonnait la partie, mais en fait il cherchait surtout à l’éloigner de la jeune fille car ils s’étaient dangereusement approchés du roncier. Il espérait aussi trouver une position qui, le mettant à couvert, lui permettrait d’ajuster un nouveau tir. Hélas, l’inconnu étant un véritable chasseur, ne lâchât pas sa proie aussi facilement. Après une bonne demie heure de course poursuite, Justin avait encore de la ressource dans ses baskets, rôdé qu’il était grâce au jogging, alors que son poursuivant, bien qu’habitué à la marche, n’avait jamais couru sans interruption aussi longtemps. Il s’arrêta, plié
en deux par un point de côté, pour reprendre sa respiration et Justin en profita. Il encocha une flèche que l’autre reçu dans la poitrine. Justin s’affalât par terre et se dit que cette fois-ci ça avait été rudement intense. Il chercha un chêne qui ressemblait à celui sous lequel il s’était installé en début d’après-midi. Il ferma les yeux et se concentra pour se retrouver dans l’état entre rêve et réalité qu’il affectionnait pour retourner dans son monde. Au bout de quelques minutes, il rouvrit les yeux et constata qu’il n’avait pas bougé. Il n’arrivait plus à retourner chez lui ! Pris de panique, il réfléchit intensément et réalisa que rien ne s’était passé comme d’habitude. D’abord il s’était retrouvé près de cette fille, alors qu’en principe il se projetait seul dans son monde fantastique. Il retrouvait d’autres personnages par la suite, mais ils ressemblaient étrangement à ses amis. Or, il n’avait jamais vu cette fille-là sinon il s’en souviendrait. Ensuite, il n’était jamais vraiment en danger pendant ses missions. Alors que là c’était moins une. Si le dernier chasseur avait pu lui mettre la main dessus, il ne serait pas resté grand-chose de lui. En désespoir de cause, il retourna vers le roncier et dégagea la jolie jeune fille des lianes couvertes d’épines qui la retenaient prisonnière. Elle était vêtue sobrement, à la mode paysanne, d’une robe brune descendant jusqu’à ses chevilles. Ils s’assirent sur le tronc d’un arbre mort puis elle lui demanda ce qui s’était passé et si le danger était écarté. Il lui narra alors l’aventure qu’il venait de vivre en soulignant bien que tous étaient soit mort, soit gravement blessés et donc ne constituaient plus un danger. Elle parut complètement rassurée et lui témoigna une reconnaissance infinie. Il lui demanda alors : – Pourquoi ces hommes vous en voulaient-ils ? Qui étaient-ils ? – Je ne sais vraiment pas. Je viens souvent dans ces bois. J’y pose des collets pour attraper des lapins de temps en temps car j’en fais l’élevage mais aussi pour me nourrir et je ramasse des champignons lorsque c’est la saison pour agrémenter mes repas. J’y ai déjà rencontré des gens, mais comme ceux-là, jamais. J’ai eu la chance de les entendre parler alors qu’ils ne me voyaient pas. Ils me décrivaient précisément point par point. Ils ont même parlé de la cicatrice que j’ai là sur le poignet et que je me suis faite avec un râteau en tombant dessus à l’âge de cinq ans. Joignant le geste à la parole, elle remonta la manche de son bras gauche et lui montra une toute petite cicatrice à peine visible même avec les bras nus. Quelqu’un ne sachant pas qu’elle était là n’aurait pu la voir sans avoir le nez dessus. – Depuis je joue à cache-cache avec eux, mais à un moment quelconque j’aurais fini par faire craquer une branche en marchant dessus ou ils m’auraient aperçue par une trouée qui m’aurait échappée. Quand tu as débarqué, j’ai vraiment eu peur. – Tu as peut-être un voisin mal intentionné qui voulait te faire enlever pour t’assener quelque violence et se venger d’une chose qu’il a jugée lui faire du tort… – Quel voisin ? Mon premier voisin habite à trois kilomètres et nous nous voyons peu. Quand il arrive que nous nous croisions, nous parlons histoire de se donner des nouvelles, mais ça s’arrête là. Nous avons toujours été bien accueillis et en bon terme. Pas un seul ne nous a montré d’hostilité. Non je ne pense pas que ce soit un voisin. – Tu le sauras bien un jour, mais à ta place, je me méfierais ! Celui ou celle qui a engagé ces margoulins te connait bien. Puis il réfléchit à son problème personnel. Pourquoi n’arrivait-il pas à revenir dans son corps ? Il allait essayer d’obtenir une réponse à cette question en interrogeant la fille. – Peux-tu me dire où nous nous trouvons et quel jour sommes-nous ? – Nous sommes près de la ville de Clathia, en Miralton sur Elivol. Nous sommes le cinquante-huit du deuxième quart de l’an 3719. – Tu me réponds franchement et tu n’as pas l’air étonnée des questions que je te pose… – C’est vrai. Je sais que tu n’es pas de notre monde, alors il est normal que tu me poses ces questions-là.
– Alors, je suis réellement sur un autre monde, je ne suis plus dans ma tête. – Oui et euh… non. Bien que je ne comprenne pas tellement le fait que tu n’es plus dans ta tête, je suppose que tu parles de ton imagination ! – C’est bien ça. Sur Terre, j’aimais bien de temps en temps m’isoler dans un endroit tranquille et imaginer que je me retrouvais sur un autre monde à la fois identique et tout à fait différent du mien. J’y vivais de courtes scènes d’aventure en imagination, puis je revenais dans ma réalité. Mais là, ça ne s’est pas passé comme d’habitude. Justin était effondré. Il n’était carrément plus sur sa planète. Ça tournait et retournait dans sa tête, il avait envie de hurler. Impossible. C’était tout bonnement impossible. Il avait dû s’endormir et il faisait un cauchemar. Il recommença à se pincer le bras et trouva que c’était douloureux, mais il ne se réveillait pas. Il essaya de se donner une gifle, mais ça ne marcha pas non plus. En désespoir de cause, il poussa le hurlement qu’il retenait depuis le début. Il tremblait de tout son corps. La jeune fille posa une main chaleureuse sur son bras et tenta de le calmer. Elle lui parla d’une voix douce et apaisante. Elle lui disait des mots de paix tout en lui caressant le visage et eut raison de la crise de Justin. Il respira à fond à plusieurs reprises et demanda enfin : – Tu as su tout de suite que je n’étais pas d’ici, est-ce que quelque chose en moi fait que tout le monde saura comme toi que je viens d’une autre planète ? La jeune fille baissa la tête pour réfléchir à la réponse qu’elle allait lui faire. A l’évidence, il n’avait aucune idée de ce qu’il était et elle n’était pas sure que son rôle soit de le lui révéler. Mieux valait l’emmener auprès de quelqu’un qui arrivera mieux à cerner le personnage et qui saura si l’on peut lui faire confiance. Ne sachant rien de ses cogitations, Justin la regardait en essayant de déterminer pourquoi, alors que jusqu’ici elle avait répondu à toutes ses questions, elle hésitait à poursuivre. Elle poussa un profond soupir et se lança. – Je pense que si tu es apparu en réalité ici, c’est à cause de moi. J’avais tellement peur que je me suis mise à souhaiter qu’un gentil Chevallier vienne à mon secours. A ce moment-là, j’ai repensé à toi que j’avais déjà vu plusieurs fois aider de pauvres gens. Le moment où tu t’es mis à rêver a dû correspondre au moment où j’ai pensé à toi et nos deux imaginations jointes t’ont amené ici. Tu rêvais d’y être et moi je souhaitais que tu y sois et voilà. – Tu dis que tu m’as déjà vu ? Comment est-ce possible ? – Ça, ça fait partie des choses que je ne comprends pas, mais lorsque je te voyais, jusqu’à aujourd’hui, tu étais… transparent. Il était évident que les autres personnes se situant près de toi ne te voyaient pas. Je pensais que tu étais un fantôme et ça m’effrayait. Plusieurs fois, tu es apparu avec d’autres personnages qui avaient l’air déformé et étaient encore plus transparents que toi. Tu te précipitais au secours de l’un, tu remettais une missive après une longue cavalcade… et bien d’autres choses encore mais tu dois les connaître, puisque c’est ce dont tu devais rêver sur ton monde. – Ouaip. Donc si je comprends bien, lorsque je rêvais, je venais à moitié ici et le fait que tu ais voulu que je sois là quand j’étais en route pour venir m’a fait changer de Monde. – Exactement. De la magie. Ça ne pouvait être que de la magie. Justin se demandait bien comment il était possible qu’il ait fait de la magie sur terre alors qu’il n’avait jamais entendu parler de quelqu’un qui en fasse, hormis ceux qui réalisaient des tours avec des trucages et les escrocs. Il regarda à nouveau la jolie blonde et dit : – Ça laisse supposer que nous avons tous les deux un don, quel qu’il soit, puisque à nous deux on a réussi à me téléporter. C’est probablement la raison pour laquelle ces hommes te pourchassaient. La magie est-elle fréquente ici ? – Non. Elle est même carrément prohibée. Toute personne surprise à faire de la magie est condamnée à mort. – Evidemment, j’aurais été étonné du contraire ! En attendant, je ne sais même pas comment tu t’appelles, moi c’est Justin.
– Enchantée Justin, moi je suis Ilona. – Bien, ce sera plus pratique si nous avons besoin de nous appeler. Alors, Mademoiselle Ilona, que faisons-nous maintenant ? Connais-tu quelqu’un qui pourrait te protéger et me renvoyer dans mon Monde ? Parce qu’il faudrait que nous bougions avant que les petits copains de ces lascars (les désignant d’un mouvement du menton) s’inquiètent de ne pas les voir revenir. Ilona réfléchissait à toute allure. Elle avait bien des soupçons concernant une personne, mais n’était pas sure de son choix. Si elle se trompait, elle serait condamnée à mort et Justin aussi. Par contre, si elle avait raison, ils recevraient tout l’appui dont ils auraient besoin et la meilleure sécurité qu’ils pourraient trouver. Elle se tourna alors vers lui et lui demanda : – Dans tes rêves, est-ce que tu pouvais parler avec d’autres personnes que celles que tu amenais avec toi ? – Oui, je voyais des habitants du cru, pourquoi ? – Est-ce que tu te souviens d’un Seigneur avec qui tu chevauchais souvent à toute allure ? – Bien sûr ! Je le trouvais fabuleux et chaque fois que je venais, je faisais tout mon possible pour me retrouver en sa présence et c’est lui qui me donnait la plupart de mes missions. – Alors je sais ce que nous allons faire. Allons-y.
Pièges
Elle partit sans l’attendre, plongée dans ses pensées. Justin piqua un petit sprint pour la rattraper, ce qui ne fut pas long et la héla : – Hé ! Ça ne va pas de partir comme ça ? Tu pourrais prévenir ! Et où va-t-on au juste ? – On passe d’abord chez moi. Il faut emmener deux ou trois bricoles, puis nous irons chez ton héros. – Je ne suis pas sûr qu’il soit prudent de passer chez toi. Les bonshommes qui te pourchassaient ont peut-être laissé un ou deux de leurs comparses en surveillance au cas où ils ne te retrouveraient pas. – Peut-être, mais mon Seigneur habite à deux jours de marche et nous avons besoin d’un minimum d’équipement et de vivres. Nous serons circonspects et s’ils ont laissé quelqu’un, suivant où il se situera, nous aviserons. Ils avançaient d’un bon pas sur leur chemin forestier. Il était flagrant qu’Ilona avait l’habitude de la marche à pied ce qui convenait parfaitement à Justin qui, apprenant qu’il leur faudrait deux jours avant de se retrouver en sécurité, redoutait que la jeune fille ait de la peine à aller jusqu’au bout. Il avait simplement oublié que sur ce monde-là, les plus pauvres marchaient à pied pour se déplacer, y compris pour aller de chez eux à la ville la plus proche qui pouvait se situer à des dizaines de kilomètres. Il en profita pour regarder la nature autour de lui. Il y avait bien des chênes, des hêtres, des bouleaux, mais aussi des essences qu’il ne connaissait pas du tout. Il y en avait qui donnaient l’impression de partir en spirale d’un magnifique vert émeraude avec dans les creux les plus profonds des tâches de bleu et dont les feuilles en étoiles entremêlées formaient comme un parasol. D’autres au contraire, immenses, dépassant tous leurs frères, resplendissaient d’un orange foncé au pied pour s’éclairer dans un superbe dégradé jusqu’au jaune le plus clair et le plus lumineux, en concurrence avec le soleil. Faisant le pendant à la beauté feuillue, il aperçut quantité d’animaux tout aussi exotiques. Il y avait des biches d’un blanc de neige avec leurs grands yeux larmoyants, des lapins d’une ravissante couleur vert d’eau, un… truc qui ressemblait à un sanglier d’une terne couleur rouille, avec des cornes au lieu de défenses et bien d’autres choses. Bon au moins, comme il était en possession d’un arc accompagné de flèches, s’ils ne pouvaient se procurer de nourriture, il pourrait toujours chasser. De temps en temps, il examinait la jeune fille à ses côtés. Lorsqu’il avait atterrit sur ce monde, elle avait l’air terrorisée. Elle était surement sous le choc de se retrouver traquée. Sa soudaine apparition devait aussi y être pour quelque chose, il doit quand même être assez effrayant de voir quelqu’un se matérialiser juste à côté de soi, surtout quand on est déjà pourchassé. Maintenant qu’elle était remise et qu’elle avait pris une décision, elle semblait très déterminée. D’un coup, Ilona s’arrêta et se cassa en deux. Justin fit de même, se doutant qu’ils étaient arrivés à proximité de la demeure de la jeune fille. Ilona lui jeta un regard approbateur puis, du bout des lèvres, lui demanda de rester caché à cet endroit le temps pour elle de faire une reconnaissance du lieu. Justin voulut l’accompagner, mais la jeune fille refusa fermement, lui expliquant qu’elle irait bien plus vite et plus discrètement toute seule, connaissant les lieux comme sa poche. Il finit par convenir qu’elle avait raison et commença son attente en rongeant son frein. Ilona revint au bout d’une dizaine de minutes. Elle n’avait pas perdu son temps car elle portait un baluchon rempli de victuailles. Celles-ci étaient entreposées dans une remise à l’écart de la maison ; elle n’avait donc couru aucun risque puisqu’il n’y avait personne aux abords. – Je n’ai vu personne non plus près de la maison, mais si un type est bien caché, il sera passé inaperçu. Je vais y aller et toi tu me protègeras. J’ai repéré un endroit où tu seras à l’abri et bien caché tout en voyant quiconque s’approcher de la porte derrière moi. Je ne devrais pas