La Flèche de Cupidon

La Flèche de Cupidon

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Français
138 pages

Description

La Flèche de Cupidon, c’est l’histoire d'Irène ou Erica, détective privée assidûment recherchée par Mathieu, fasciné par elle depuis sa rencontre. Découvrez une intrigue originale et captivante, avec des descriptions visuelles précises et de nombreux rebondissements !

« En lisant cet ouvrage, j'ai reconnu le romantisme roumain, accompagné d'érotisme pudique.
À travers le personnage d'Erica, se cachent, peut-être, des fragments de vie de l'auteure... Au fil des pages, j'entends "Love in vain" interprété par les Rolling Stones. Et vous ? » HELBEY


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Date de parution 14 août 2015
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EAN13 9782332980991
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-98097-7

 

© Edilivre, 2017

La Flèche de Cupidon

 

« … L’amour en son imagination n’a pas le goût du jugement. – Des ailes et pas d’yeux : voilà l’emblème de sa vivacité étourdie… »

W. Shakespeare

Les lumières multicolores se reflètent sur la Seine, dans l’air frais printanier. Le bateau-bar, ancien tanker militaire aménagé en style branché, envoie un mélange de sons et de lumière qui se perdent dans la nuit étoilée.

Les nappes blanches immaculées font un joli contraste avec le rouge du mobilier, accentué par le jeu de lumières artificielles.

Erica regarde la carte du menu, sans être encore décidée. Des flashs back de la journée inondent son cœur fragile. Cela ne peut pas être vrai : elle, sur une péniche, en train de prendre un dîner romantique avec un inconnu… Pourquoi ai-je accepté de venir ici ? se disait-elle tout bas. Elle fut interrompue dans ses pensées par l’homme qui était assis devant elle :

– Tu choisis leur cocktail d’accueil ou bien on passe directement à la coupe de champagne ? dit Mathieu, bercé par les souvenirs récents de cette journée inoubliable.

Erica essaya de cacher ses vrais désirs : des lasagnes réchauffés au micro-ondes et une canette de bière. Dans sa tête, les paroles et la musique de Mattyas résonnaient…

“You’re an angel coming to my life,

You’re like a fire burning in my mind,

Love is all I need”*

*Tu es un ange qui arrive dans ma vie,

Tu es comme un feu qui brûle dans mon esprit,

L’amour est tout ce dont j’ai besoin

– Et on trinque à quoi ? dit-elle, surprise par la proposition de Mathieu.

Mathieu, lui aussi, perdu dans ses pensées et en même temps saisi par des remords, fit une pause, avala sa salive pour gagner du temps et trouver une réponse appropriée.

– Et bien, je n’ai jamais imaginé une journée pareille. Je suis parti faire des courses, chercher le roman de Guillaume Musso, « Demain » et voilà, je me retrouve en compagnie d’une jolie femme, dans un cadre romantique…

– C’est de la faute de Guillaume Musso ? l’interpella Erica, en rigolant. C’est mon auteur préféré et je n’aurais manqué pour rien au monde ce roman dont j’ai entendu de bonnes critiques. D’ailleurs, j’ai lu tous ses romans.

– J’ai fait mon choix, ajouta Mathieu : en entrées, je prendrais de la viande de grison aux copeaux de parmesan.

Le grison ? C’est quoi, ce pauvre animal dont je n’ai jamais entendu parler ? Je suis nulle en matière de plats. Je n’ai jamais goûté à ça, si cela ne me plait pas ?

– Tu aimes la viande de grison ? dit Erica, sans se trahir. Moi aussi, j’en raffole.

D’un air penaud, elle changea vite de sujet, en regardant autour d’elle les couples attablés, jeunes ou âgés, qui paraissaient si habitués à ce genre de dîner.

Il faut que je tienne bon jusqu’à la fin du dîner, je ne dois pas me trahir.

Les beaux gosses se préparaient pour entrer en scène ; c’est le clou de la soirée, le strip-tease masculin. Ils portaient des uniformes de marins, d’un blanc immaculé ; mais ce qui impressionnait d’abord, c’était la beauté de ces hommes, la taille, l’allure physique, le statut, le regard chic et avenant.

Des applaudissements prolongés se firent entendre, sous les regards coquins d’un public prioritairement féminin. Les plus courageuses se levèrent et approchèrent les marins qui avaient déjà enlevé la moitié des vêtements. Le torse nu, ils faisaient craquer le public en extase. Sans mot dire, Erica se leva, elle aussi, mais pour d’autres raisons : aller se poudrer le nez.

Sous l’avalanche de rires, de cris de joie et d’extase, le jeu de lumières éblouissant, Mathieu ne remarqua pas l’absence d’Erica. Peu à peu, l’inquiétude le saisit.

Un pressentiment fit surface : et si ce n’était qu’un rêve ? Il se tapa sur ses joues, se piqua sur ses mains, tout va bien, c’est réel. Des images floues prirent place dans sa tête. L’image d’Erica se dessinait avec un vague à l’âme. Ses cheveux longs, noir ébène, flottaient au vent du printemps, dans la lumière du Quartier latin, près de la librairie Gibert Jeune. Leurs regards se sont croisés et les mains se sont presque touchées pour attraper le nouveau roman de Musso, « Demain ». Il se passera quelque chose d’important demain, c’est une prédestination, cette rencontre… Une histoire nouvelle à découvrir, demain. C’est une invitation à la recherche, à recevoir dans son cœur cette proposition du hasard… Quelques mots de convenance, mais les regards s’attiraient mystérieusement : le noir charbonneux des yeux de cette inconnue aux mêmes goûts littéraires avec le bleu des siens. Qu’est-ce que je dirai demain si je laisse passer cette chance ? se disait Mathieu. Et les questions se suivaient sans contrôle : pourquoi moi ? pourquoi aujourd’hui, quand je ne suis pas seul ?

Plus le temps passait, plus la panique s’installait. Où était-elle ?

– Avez-vous choisi le vin, monsieur ? demande le serveur à Mathieu.

– J’ai peur que je doive annuler ce dîner, monsieur. Voulez-vous m’apporter l’addition, s’il vous plaît !

– Vous n’êtes pas content de la soirée, monsieur ? Cependant, tout le personnel est à votre service. Vous avez envie de changer de place ? C’est possible. Vous voulez passer en terrasse ? Vous voudriez peut-être profiter de la vue sur le pont ? C’est possible.

– Non, monsieur. J’ai un empêchement, un coup de fil inattendu, dit Mathieu, heureux de trouver un petit mensonge. Il faut prendre l’habitude de mentir, se dit-il, penaud.

Avant de quitter la table, Mathieu aperçoit un sac noir à ses pieds. Il l’attrape rapidement et s’en va chercher Erica dans les toilettes, sur les terrasses, à tous les niveaux de la péniche, en bousculant les gens mécontents. Aucune trace. Comme si elle s’était évaporée. Même s’il criait, personne ne l’entendrait, tant la musique était forte. Signaler sa disparition, n’était pas vraiment une bonne chose : d’abord, il devrait laisser ses coordonnées, faire le rapport complet de la journée, raconter en détails les circonstances de la disparition… Puis, comment expliquer à sa femme sa présence sur une péniche, en compagnie d’une jeune inconnue, brune aux yeux noirs, en pleine nuit ? Ce serait de la folie. Il se dit que la nuit portera conseil, alors il s’empressa vers la sortie, les idées confuses.

 

 

« La voici ! Vers mon cœur tout mon sang se retire/ J’oublie, en la voyant, ce que je viens de dire. »

Phèdre-Racine

– Chéri, c’est l’heure d’aller au boulot ! Réveille-toi, dit Isabelle à son mari. Je ne t’ai pas entendu rentrer hier soir, tu es arrivé à quelle heure ?

– Je ne sais pas, j’ai eu une migraine. J’ai pris quelques cachets et d’ailleurs, je ne vais plus travailler aujourd’hui, je reste encore au lit, je suis fatigué.

– A ce soir, mon amour, dit-elle avant de refermer la porte de la chambre d’amis où Mathieu s’était couché, sans faire remarquer son retour tardif.

Isabelle est maquilleuse à temps partiel à la télévision et elle a connu

Mathieu il y a cinq ans, lorsque celui-ci est venu faire une émission sur son nouveau projet de film. Pour elle, c’était le coup de foudre ; elle est tombée immédiatement sous le charme de cet invité qu’elle a dû préparer pour l’enregistrement en studio. Comme si c’était hier, elle se rappelle dans les moindres détails la scène, surtout lui toucher le visage, même si indirectement, avec le pinceau pour lui appliquer une couche de fond de teint ; son regard bleu, l’a fait plonger tout de suite dans l’étendue bleue de l’amour, de l’espoir, du désir, de l’envie…

Le plus grand regret d’Isabelle c’est qu’elle n’a pas pu lui donner un enfant, tant désiré. Mathieu ne l’a jamais exprimé de façon visible. Cependant, dans le tréfonds de son cœur, il y avait ce rêve inaccompli. Leur couple est l’un des plus normaux, un long fleuve tranquille. Ils prennent des vacances une fois par an, ils sautent dans un avion et s’en vont à l’autre bout du monde.

Depuis cinq ans, Isabelle fait son métier avec abnégation, tous les jours, une routine pour les autres peut-être, pas pour elle. Ranger ses outils, les nettoyer, les porter dans son petit sac de voyage, tous les jours de travail, c’est un métier comme les autres. Feutres lèvres perfect liner, crayon yeux waterproof, vernis à ongles, éponge fond de teint, fard à paupières, rouges à lèvres, cela fait partie de son vocabulaire de tous les jours. La beauté, à la télévision, ce n’est pas l’apanage des femmes ; les hommes suivent le même traitement, à une différence près, ils enlèvent le fond de teint après chaque passage sur le plateau.

Beaucoup de beaux gosses sont passés dans la cabine de maquillage, jamais de coup de cœur, elle n’a jamais craqué pour personne d’autre que son mari. Combien de fois n’a-t-elle pas touché le visage d’un homme, jamais de sentiment, que de relation professionnelle.

Isabelle est une belle femme, style garçonnet, cheveux courts, blonds… De très beaux yeux verts, lèvres fines, mises en évidence avec soin par un crayon de contour. Elle se met rarement en jupe et si c’est le cas, c’est une mini-jupe qui laisse voir de très belles jambes, souples.

 

 

« Quand on aime, ventre affamé n’a pas faim »

Plaute

Le lendemain, Mathieu, avait mauvaise mine. Une fois seul à la maison, il alla dans la cuisine se préparer un café corsé et concevoir son plan d’attaque. Par où commencer la recherche d’Erica ? Il n’avait pas dormi de la nuit, enfin de ce qui restait de la nuit.

Le café coulait dans la verseuse… Comme un addict, Mathieu se laissait imprégner de son parfum enivrant.

Il but son café brûlant, en regardant sur son portable la photo d’Erica qu’il avait prise dans la rue, après avoir acheté le roman de Musso, en espérant qu’il trouvera une idée qui le conduise à une piste. Il ne fit pas du tout attention à l’image floue du fond où le contour d’un homme se profilait. Elle avait un sourire à craquer ; ses lèvres rouges découvraient des dents blanches alignées comme des perles sur un fil. Où es-tu, Erica ? Pourquoi es-tu apparue dans ma vie ? Que dois-jecomprendre de tout cela ? Qu’est-ce que tu caches ? se tortura-t-il sans cesse.

Pour la première fois, Mathieu trouvait son appartement trop grand pour deux personnes. Le portrait de son épouse lui envoyait un sourire du haut de la commode en bois blanc délavé, déniché à la brocante de la place Michel Ange Auteuil. Tout le meuble a été acquis lors de diverses occasions, sans but précis. De ce fait, le salon est aménagé par des goûts divergents, en styles et couleurs. Chacun a apporté sa touche personnelle, sans contrainte.

Mathieu regarde par la fenêtre la rue silencieuse ; seuls quelques passants, de temps en temps, s’arrêtaient émerveillés devant les immeubles chics du 16-e arrondissement.

Dans la nuit calme, on entendait le son triste d’un accordéon, en bas de l’immeuble. Un humble accordéoniste en quête de quelques pièces, jetées souvent du haut des balcons, par quelques habitants impressionnés. De temps en temps, ça fait du bien de regarder en bas de son hiérarchie. Image égocentrique et narcissique… Comme sur les étagères d’un supermarché, les produits de meilleure qualité sont rangés toujours en haut, pour que l’acheteur (le client) ne fasse aucun effort, pour les attraper.

La musique se perdit, petit à petit ; ainsi l’interprète qui fondit dans l’anonymat.

Le commissariat de police situé en face lui rappela l’aventure de la veille. Il devait aller signaler la disparition de la belle Erica. Erica et comment ? Il ne savait même pas son nom. Tout ce qu’il savait d’elle, c’est qu’elle s’appelait Erica et qu’elle aimait Musso ; c’est un peu léger. A moins que ça soit vrai. Et si elle lui avait menti sur toute la ligne ?

Sans perdre une seconde de plus, Mathieu enfila un jean délavé, un blouson militaire à la mode, des chaussures de sport et partit en courant, l’écharpe à la main au cas où il fasse froid. Sinon, elle trouvera une petite place dans la poche du blouson. Il sauta dans le premier métro où tout avait commencé, le Quartier latin, en quête de certains indices qui l’aideraient à trouver la femme disparue sur la péniche, en pleine soirée romantique.

Les voitures étaient bondées, pas de place assise. Il dévisagea tout le monde, comme si Erica se trouvait quelque part, à proximité. Il déroula mille fois dans sa tête la conversation qu’il avait eue avec elle, dans le but de se souvenir d’un détail important pour sa recherche. Un musicien fit son apparition avec son accordéon et commença à jouer une musique roumaine, aux accents stridents ; de fausses notes firent irruption dans l’atmosphère agitée du métro surchargé. Les personnes assises faisaient tranquillement leur lecture ou écoutaient de la musique dans leurs oreillettes. Le caddie improvisé du musicien continuait d’envoyer, depuis des enceintes bien attachées au manche, le fond sonore de la musique, tandis que le musicien passait parmi les voyageurs, le gobelet tendu, pour demander l’aumône, en compensation de sa prestation. Après, ce fut le tour d’un Français, qui lui aussi demanda son dû, en tenant un discours de crise :

« Mesdames et messieurs, je m’excuse de vous importuner pendant votre trajet, mais je me retrouve au chômage, sans aucun revenu, sans abri… Veuillez m’aider, pour rester propre, avec une petite pièce ou un ticket resto. Je vous souhaite un agréable voyage ! »

Mathieu qui n’avait pas apprécié la musique du Roumain, ne chercha aucune pièce dans sa poche. Cependant, pour le chômeur, il éprouva de la compassion, mit sa main dans son blouson pour prendre son porte-monnaie. Ne trouvant rien, il essaya l’autre poche, sans succès. Pas la peine de comprendre, se dit-il, le musicien avait pris seul sa récompense. D’un geste fébrile, il fouilla dans ses autres poches pour vérifier si son téléphone portable avait disparu également.

Les stations de métro défilaient les unes après les autres ; les voitures se vidèrent et Mathieu prit place sur un strapontin, prêt à descendre, le moment venu.

La sonnerie du portable lui annonça l’arrivée d’un message. Ça doit être Erica, pensait-il, presque soulagé. Il sortit l’appareil et regarda le texto qui ne venait pas d’Erica, mais de son épouse qui essayait de le joindre, sans succès et qui s’inquiétait de son état.

De la station Odéon à Saint Michel, Mathieu regardait partout dans un désespoir croissant. Il descendit et se retrouva dans une ruelle, devant une grande affiche du Théâtre de la Huchette, avec le spectacle « La cantatrice chauve », avec, en distribution, entre autre, Madalina Negreanu.

Une étincelle jaillit dans la tête de Mathieu. « Comment je n’ai pas pensé auparavant, je suis bête. Erica, Madalina, ce sont des prénoms roumains. Elle est Roumaine. J’aurais dû y penser plus tôt. En plus, je connais Madalina, enfin, je l’ai connue il y a longtemps. Je ne sais pas si elle s’en souvient toujours. »

Il continua son monologue, content d’avoir trouvé un détail précieux lié à la disparition d’Erica.

Il revint à la case de départ, car cet indice ne servait à rien, dans ce stade de l’enquête. C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin ou lancer une bouteille à la mer !

D’un pas décidé, il monta l’escalator de la librairie Gibert Jeune, sans attendre l’emboîtement des marches. Il se rendit directement au rayon de littérature, prit le roman « Demain », en espérant trouver un autre indice, dans sa poursuite désespérée.

« Il doit y avoir une raison pour laquelle elle avait tant parlé de ce roman. Qu’est-ce que tu caches, Erica ? » se demanda-t-il tout bas.

 

 

“I never had much faith in love or miracles…”

Bruno Mars

– La liste de mes envies se rétrécie ; elle s’arrête à deux mots, puis un seul : wc. C’est bizarre, les wc qui représentent le moindre confort, ont une telle importance dans mes recherches. Je ne fais pas partie des gens qui veulent vivre à l’ancienne, dans un petit cabanon accroché dans les arbres, au beau milieu de nulle part. Je ne veux pas partager ces lieux intimes avec d’autres locataires. Je ne désire pas non plus faire une colocation avec un inconnu, quoi que… !

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