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La Flore printanière - Souvenir du berceau et de la première enfance

De
174 pages

Un enfant se trouvait, un jour, de grand matin,
Assis sous un ciel bleu, dans un joli jardin ;
Il admirait de là le sommet d’une côte
Où se trouvait assise une ville très haute ;
Un dôme qui montait vers le ciel, de ce lieu,
Semblait rapprocher tout de la cité de Dieu.
L’enfant ne revenait de sa grande surprise
En voyant tout là-haut une si haute Eglise.
Ma sœur, dit-il un jour à la petite Agnel,
Ce pays qu’est là-haut est-ce que c’est le ciel ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Eugène Alcan

La Flore printanière

Souvenir du berceau et de la première enfance

AVANT-PROPOS

AUX ENFANTS DU CIEL

CHERS PETITS ANGES,

 

Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de placer sous vos auspices un livre entièrement écrit pour les enfants de la terre. A peine l’aviez-vous touchée, cette terre, que vous avez été moissonnés comme des roses naissantes qu’enlève un tourbillon. O vous, qui, en vous jouant de la palme et de la couronne, avez augmenté les glorieux habitants de la cour céleste, daignez accepter la flore que nous vous offrons, et faites qu’elle devienne pour ceux qui parcourent encore la vallée que vous avez délaissée, une lumière, un appui, un conseil : une lumière pour éclairer leur voie, un appui pour soutenir leur faiblesse, un conseil pour les éloigner du mal et les diriger vers le bien, vers le beau, vers le vrai.

Anges des cieux, anges à jamais bénis, sous votre douce protection, tout est possible et partant tout est à espérer. Puisse notre espérance, en se réalisant, rendre les enfants qui s’ébattent au pied de la colline, dignes de ceux qui les ont devancés dans le séjour de la paix, de la joie et du bonheur.

PRÉFACE

A TOUTES LES MÈRES

Il y a sur notre terre, dans le monde que nous occupons et parmi les plus beaux types de la création, une figure qui a le don ineffable d’exciter toutes les sympathies, de combler toutes les lacunes et d’inspirer la plus noble, la plus vive, la plus durable des affections. Cette figure, grande et belle entre toutes, se trouve au sein de la famille, où elle symbolise tous les dévouements, toutes les affections : elle y joue le plus beau rôle et y occupe la plus belle place. A l’esquisse des traits de cette grande figure, toute âme, pour peu qu’elle sente une fibre humaine se mouvoir en elle, toute âme a nommé le type maternel : la mère.

Ce grand nom, ce nom de mère, est dans toutes les bouches ; il est dans toutes les bouches parce qu’il est dans tous les cœurs. Les souvenirs ordinaires de la vie s’effacent ; les amitiés terrestres s’affaiblissent ou s’éteignent, tout ce qui est vain n’a qu’un jour, et le soir venu, et il vient vite ; l’objet qui flattait l’humaine faiblesse disparaît comme l’ombre la plus fugitive. Mais, quand tout a disparu, quand tout s’est obscurci, quand le flambeau humain ne jette plus qu’une faible lueur sur toutes choses, le souvenir maternel est là, est là encore, est là toujours, pour ramener dans le droit chemin ceux qui auraient pu s’égarer dans le sentier de la vie, et aussi pour leur rappeler, s’ils avaient pu l’oublier, qu’il est impossible qu’il n’y ait au ciel un être qui ne soit infiniment bon, puisqu’il y a sur la terre une créature humaine qui sait tant aimer. Ces souvenirs qui ne meurent jamais ont le don de toucher et de remuer les âmes, toutes les âmes, et il nous est particulièrement doux d’en rendre ici un public hommage.

Un jour, il y a quelque vingt ans de cela, un orateur devait porter la parole devant une nombreuse assistance. Dès les premiers mots, il se sentit soutenu par son auditoire dans lequel les dames se trouvaient en majorité ; l’orateur avait d’ailleurs choisi un sujet qui ne pouvait que leur aller au coeur : il se proposait de parler de la puissance de l’amour maternel, et de l’influence que cet amour exerce pour le bonheur de la famille et de la société. Après les compliments que commandait la circonstance et l’exorde que le sujet rendait facile, l’orateur demanda la permission de prouver sa thèse par des faits, et il raconta les traits suivants :

Un vieillard de 90 ans se promenait dans une allée déserte d’un jardin public ; il avait le front découvert et marchait gravement ; cette gravité s’alliait admirablement à l’air mélancolique d’un visage dont les lignes étaient restées pures. Nous l’abordâmes par ces mots : Vous vous promenez tout seul, bien cher père ?

Oh ! non, nous répondit-il, je ne suis jamais seul. Et nous voyant chercher autour de lui, le vieillard reprit : Je suis toujours avec ma mère, le souvenir de ses bienfaits m’est tellement présent, qu’il me semble encore la voir, cette bonne mère, me donner les soins que comportait mon jeune âge. Bien des années se sont écoulées depuis cet heureux temps, et malgré ces années, il me semble encore sentir les caresses du matin et les baisers du soir. Oh ! non, non mon ami, je ne suis jamais seul. Et en disant ces mots, une larme, qu’il ne cherchait pas à retenir, coula sur les rides qui sillonnaient le visage de celui pour qui la tombe allait bientôt s’entr’ouvrir.

Oui, on se souvient, on se souvient de tout ce qui découle d’une source aussi pure, aussi limpide, aussi rafraîchissante.

Un vieillard, un vieillard encore, moins âgé que le premier, il n’avait que 85 ans, se souvenait aussi de sa mère : quel bien ne m’a-t-elle pas fait ! nous disait-il, tous ses actes me sont encore présents à la mémoire, je les bénis, je les bénis tous ; je bénis sa main, cette main qui sut, en m’infligeant de justes et d’utiles punitions, corriger une nature qui en avait tant besoin, et par là, la préserver des suites déplorables des plus funestes tendances. Oh ! oui. je la bénis cette vertueuse mère, et la bénirai toujours ; s’il y a quelque chose de bon en moi, c’est bien à elle que je le dois.

L’esquisse de ces figures qui ne manquent pas de caractère nous en rappelle une autre qui leur est tout opposée, et, quoique prise dans les bas-fonds de la société, et jusque dans l’antre du crime, n’en prouvera pas moins l’exactitude de notre thése.

Une pauvre enfant était tombée bien bas ; de chute en chute, elle était descendue, elle avait roulé jusqu’au fond de l’abîme, et c’est devant les assises que nous la trouvons. Son crime était évident et les circonstances en paraissaient plutôt aggravantes qu’atténuantes. L’avocat, qui plaidait pour elle, s’épuisait en vain, et loin d’exciter la commisération, n’avait réussi qu’à impatienter son auditoire. Avant de clore les débats, le Président demanda à l’accusée si elle n’avait rien à ajouter à sa défense.

La malheureuse se leva ; il se fit un profond silence dans l’auditoire : que pouvait dire pour sa défense une nature aussi dépravée ? Tout d’abord elle fondit en larmes ; puis, au milieu de ses sanglots, elle fit entendre ces paroles : J’étais tout enfant quand je perdis ma mère ! et sans ajouter un mot, elle reprit sa place en pleurant encore, en pleurant amèrement. Tout l’auditoire pleura avec elle, et le jury, saisi par cette voix poignante, fit entendre, au milieu d’un silence sympathique, cette fois, une déclaration qui permit à la cour d’allier la miséricorde avec la justice.

Après avoir indiqué la brève et si entraînante éloquence d’une malheureuse qui a su, d’un mot, d’un mot puissant il est vrai, transformer son auditoire, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler le cri suprême d’une mère qui parvint, non pas à maîtriser un auditoire, mais à terrifier une bête fauve. Ce trait, nous le prenons dans l’histoire.

Dans la ville de Florence, un lion s’était échappé de la ménagerie et répandait une terreur qui n’était que trop justifiée. Dans sa course, le lion excité par le tumulte d’une foule affolée, bondit sur un jeune enfant, le saisit et l’emporte. La mère qui le cherchait cet enfant, l’aperçoit tout à coup dans la gueule du lion. Sans perdre un instant, elle poursuit le fauve en jetant un cri formidable. Quel était ce cri ? instinctivement sans doute, celui de la lionne à qui l’on ravit ses petits. A ce cri, le lion s’arrête, regarde cette mère, et revient sur ses pas déposer l’enfant à ses pieds.

Ce trait peut se passer de commentaire. Nous pourrions nous en tenir là, si le dernier terme de la férocité ne se trouvait que dans la bête fauve ; mais il n’en est, hélas ! pas toujours ainsi, et l’homme qui rampe dans les sentiers ténébreux du crime, en est le plus lamentable exemple.

Dans une de nos cours, de nos cours d’assises encore, un homme, chargé des plus grands forfaits, se trouvait assis sur le banc des accusés. Sa tenue était des plus révoltantes : il riait !... il riait de tout ! du Président, des jurés, de l’auditoire, voire même de l’avocat qui avait été nommé d’office, et de quel rire, grand Dieu ! nous n’oserions pas le définir, tant le caractère en était odieux. Plusieurs fois cet être sans nom, ce fauve, voulait bondir sur le Président des assises pour en faire sa proie.

Tout à coup, au milieu d’un accès de rage auquel le malheureux se livrait avec une joie féroce, un cri lamentable se fait entendre dans l’auditoire !... l’accusé pâlit,... son œil si plein de courroux perd subitement toute assurance, et semble même s’éteindre. Alors, et comme effrayé, il étend une main tremblante vers le point d’où le cri déchirant était parti, et, d’une voix suppliante il dit au Président des assises : faites sortir cette femme, elle m’enlèverait tout mon courage. Cette femme, on le devine, c’était sa mère, sa malheureuse mère qui venait, par son désespoir, et sans s’en douter, de plaider pour le monstre qui la déshonorait.

A partir de ce moment, le malheureux était vaincu, le cri de sa mère avait fait revivre quelques sentiments humains ; il ne luttait plus, et comme pour consoler, dans la mesure du possible, celle qui l’avait rendu à l’humanité, il avoua tout, sans forfanterie maintenant, et avec un commencement de repentir, repentir qui s’est fortifié et soutenu jusqu’à l’expiation.

Après les faits que nous venons de rappeler, il serait au moins inutile, s’il n’était hors de toutes convenances, de donner des conseils à Celles à qui nous devons le plus filial respect et le plus entier dévouement. Les nobles femmes qui sont revêtues du caractère sacré de la maternité, savent trop bien l’intérêt qui les porte à élever les êtres chéris qui, pour devenir leur joie et leur honneur, n’auront qu’à se reporter aux jours bénis de leur enfance, où il leur était donné de recevoir, avec les plus beaux exemples, et le plus noble enseignement.

Pour nous, il nous serait particulièrement doux de pouvoir espérer que la Flore que nous offrons aujourd’hui aux êtres qu’Elles aiment avec la plus exquise tendresse, pourra quelque peu les aider à atteindre ce but. S’il en était ainsi, ce nous serait une grande joie, un égal bonheur et une bien douce récompense.