La Jeunesse de Pierrette - Mémoires d

La Jeunesse de Pierrette - Mémoires d'une jeune fille

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Livres
72 pages

Description

Le lendemain, à peine le déjeûner était-il servi que Julie, ma cousine, en jetant les yeux sur la campagne, aperçut les ruines majestueuses du château de Barr. Un cri d’admiration s’échappa de ses lèvres. « Chère amie, lui dis-je, si tu le désires, je te conduirai à ces restes des vieux âges, et le maître du lieu t’en fera les honneurs. Réserve seulement pour lui payer ta bienvenue le dessert de notre repas.

Julie, aussi bien que moi, avait hâte d’en finir avec le déjeûner, et bientôt nous gravissions le sentier de la montagne.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 30 septembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346111275
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

LE JOUR DE LA 1ière COMMUNION.

TOILETTE DE PIERRETTE.

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G. Desvosges

La Jeunesse de Pierrette

Mémoires d'une jeune fille

Par une sombre soirée d’automne, Jules et Marie, accoudés à une des fenêtres du salon, regardaient tristement tomber la pluie, pendant que Madame de Bellefont, leur mère, travaillait assise auprès d’eux.

 

  •  — Maman, dit Jules, fatigué de ses efforts pour secouer l’ennui qui le gagnait, nous ne regretterions certainement plus la promenade dont ce vilain temps nous prive, si vous vouliez nous conter une de ces histoires que vous contez si bien. J’ai travaillé assiduement ce matin, et
  •  — J’y consens, mon cher Jules, puisque c’est ton désir et celui de ta sœur. Afin de vous dédommager de mon mieux de l’ennui de cette soirée, je vous dirai un des récits qui ont le plus intéressé mon enfance.

 

Il n’est pas besoin de vous rappeler qu’au retour de l’émigration, mon père le baron Pierre de la Roche-Aigüe était venu se fixer dans un des villages les plus pauvres du canton de Saverne. Il y vivait, connu seulement sous le nom de Monsieur Pierre, content des débris de sa fortune, et tout entier au soin de mon éducation.

 

Pour moi, je grandissais heureuse au sein de cette paisible retraite ; l’affection filiale, l’étude, le travail, la prière se partageaient mes jeunes années et je trouvais les plaisirs les plus doux dans quelques excursions avec mon père, qui s’était fait comme la providence de la vallée, et m’initiait aux joies discrètes de la bienfaisance,

 

Quels nobles sentiments éveillaient en moi les bénédictions que les malades et les pauvres adressaient à cet homme vraiment grand qu’ils appelaient le bon Monsieur Pierre ! Comme j’étais fière du nom de Pierrette que me donnaient ces bonnes gens, pour me confondre avec leur bienfaiteur dans leur naïve reconnaissance !

 

Dans ces joies pures d’une enfance que protégeait l’amour d’un père, j’avais atteint ma douzième année ; je me préparais à ma première communion, et ma charité s’animait de la ferveur d’une piété plus éclairée et plus vive.

 

Un jour le bruit se répandit dans la vallée que le vieux bûcheron qui habitait les ruines du château de Barr, était atteint d’une grave maladie. On s’en inquiéta peu au village, mais, moi, je connaissais cet homme, honnête et laborieux. Sa misère, son isolement m’inspiraient l’intérêt le plus vif, et je brûlais du désir de lui venir en aide... Une grave indisposition retenait mon père à la maison, et je n’osais lui communiquer mes sentiments. Sa bonté ingénieuse les devina dès le lendemain. « Valentine, me dit-il, prends avec toi quelques cordiaux, quelques provisions, et va où ton cœur t’appelle. Puis, souriant il ajouta : « Il faut bien maintenant que Pierrette tienne la place de Pierre ! » Avec quelle effusion je remerciai mon bon père, avec quel empressement j’obéis à sa. volonté !

 

Je partis donc seule, grâce à la simplicité des mœurs villageoises, et d’un pas rapide je me dirigeai vers les ruines. Je ne saurais vous dire combien j’étais heureuse en songeant que mon père m’avait jugée digne de sa confiance, digne d’exercer la charité en son nom comme au mien ! J’allais donc enfin secourir, consoler un malheureux qu’abandonnait la pitié stérile des habitants de la vallée. Ah ! ce fut là une des heures les plus délicieuses de mon enfance ! le souvenir en est encore vivant dans mon cœur.

 

A mesure cependant que cette masse, d’abord confuse, des ruines qui dominait la montagne, se dessinait à mes regards, je me sentais pénétré d’une vague tristesse. Mes regards distinguaient déjà les débris de la tour qui servait d’asile au bûcheron, et mille réflexions se pressaient dans mon esprit. J’interrogeais, malgré moi, ces monceaux de pierres noircies et rongées par le temps, et en face de ces tristes et muets témoins des âges, je me rappelais ces traditions dont mon père m’avait si souvent entretenue, et mon cœur se serrait. « Du sein de cette aire féodale, me disais-je, les vautours du Rhin s’abattaient jadis sur la vallée ; aujourd’hui la vallée est pleine de mouvement et de vie, tandis que le silence et et la mort règnent sur cette cime désolée. Orgueilleux manoir, si fier de tes vingt tourelles, tu es tombé sous la main des siècles et des hommes ! Noble séjour d’Henriette de Lorraine, tu peux à peine abriter l’agonie d’un bûcheron ! »

 

J’étais arrivée au réduit où gisait le malheureux vieillard. Dans l’obscurité mes yeux eurent peine d’abord à voir sur un lit de feuillage et de mousse, un homme usé par l’âge et le travail, miné par les privations et les souffrances. Pour lui, il m’avait reconnu sans hésiter.

 

« Soyez bénie, me dit-il d’une voix faible, soyez bénie, Mademoiselle Pierrette, pour n’avoir pas oublié le vieux bûcheron ! Que Dieu vous rende le bien que me fait votre présence, et que sa volonté soit faite. Je crains que vous ne veniez trop tard, s’il est jamais trop tard pour recevoir la bénédiction d’un mourant ! »... Je maîtrisai mon émotion : peu-à-peu mes paroles firent renaître l’espérance dans l’âme du vieillard, et les provisions que j’avais apportées le réconfortèrent. Je continuai pendant quelques jours mes visites et mes soins, et la semaine était à peine écoulée que Nicolas le bûcheron était en pleine convalescence. La Vierge avait exaucé mes prières.

 

Mon père partagea ma joie. « Valentine, me dit-il, quand il sut que le malade était rendu à la santé, achève ce que tu as si bien commencé ; c’est par là que tu te prépareras dignement au grand acte que tu vas accomplir ; ainsi ta première communion sera sainte, car c’est une foi morte que la foi sans les œuvres. »