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La Muse d'un deuxième canonnier - Du 7e d'artillerie

De
226 pages

Toulon, 10 mars 1866.

Perditissimus hominum ego... Qui mihi crumenam reddot ?... Ubi latro ?...

Je veux te confier ma plainte légitime,
Un malheur dont je suis l’innocente victime.
Des Muses, tu le sais, je cultive les fleurs,
Ce cher privilége, je le dois à mes pleurs.
Déjà plusieurs sujets ont couru sous ma plume,
La tristesse souvent est l’idée qui m’allume.
Hélas ! j’ai tant souffert, je souffre tant encor,
Qu’il faut qu’à ma douleur je donne un triste essor.

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Pélage Geffroy
La Muse d'un deuxième canonnier
Du 7e d'artillerie
PRÉFACE
Avant de te lancer sur l’Océan du monde, en t’expos ant aux flots tumultueux et courroucés de la critique, je partage les craintes que dut éprouver la tendre mère de Moïse, confiant aux eaux du Nil le futur prophète, que sauva néanmoins l’aimable fille du Pharaon persécuteur. Puisse le faible berceau qui te portera sur ce fleu ve échapper au naufrage ; qu’elles soient propices et douces aussi les ondes du Nil su r lequel tu vas flotter : mes meilleurs vœux t’accompagnent. Enfant gâtée, fille folâtre, la solitude te pèse, m es caresses incessantes te sont devenues monotones et tu veux me quitter ; ma faibl esse paternelle ne peut rien te refuser, je te laisse partir, ce n’est pas sans une anxiété profonde. Tu n’entends faire qu’un court voyage, soit ; mais rappelle-toi, ma petite Muse, qu’il faut de solides ailes pour soutenir son vol dans le s nues, et les tiennes sont faibles. Tiens-toi dans la sphère qui t’a vue naître et ne d emande l’hospitalité qu’aux frères et aux sœurs nés et élevés sous la même latitude qu e toi, sous un ciel tempéré, car « un vent du Nord pourrait aussi tuer ma fille... » Un dernier conseil, et tu es libre : Visite avant tout l’ouvrier dont l’esprit travaille aussi vaillamment que le corps ; le jeune étudiant dont le cœur est vierge encore de la corruption du siècle : ils t’accueilleront, je l’espère, ma petite Muse. Vois tout particulièrement l’humble soldat qui souf fre immensément... dans sa lutte avec la discipline qui, toute nécessaire qu’elle es t, ne laisse pas de trêve, n’accorde pas d’armistice.. Pour tous, d’ailleurs, aie de la déférence, sans bassesse. En un mot, chère enfant, Ceux qui, comme loi, n’ont d’autre fortune que la s ouffrance et le cœur, dont la devise est : Aimer, pleurer et combattre, Ceux-là, je l’espère, te recevront comme des frères et des sœurs, à moins que, pauvre martyre, tu ne subisses le sort del’Homme-Dieuqui ne trouvait pas où reposer. sa tète : «In propria venit et sui eum non receperunt.» Adieu donc, les blessures que tu recevras te seront salutaires, je les guérirai : hélas ! je ne saurais te sauver du trépas. Une idée pourtant. A ton agonie, à l’heure suprême, rappelle au meurtr ier ces paroles de miséricorde qui appartiennent à ton père et qu’il te redisait s ouvent : « A l’assassin pardonne, en priant Dieu pour lui. » Et peut-être alors, le glaive, prêt à tomber, lui é chappera-t-il des mains ! Adieu donc, ma fille, puissé-je te revoir heureuse ! Ton tendre père. PÉLAGE GEFFROY.
e e 2canonnier au7d’artillerie.
Toulon, 10 mars 1866.
LE PAUVRE POÈTE A LA RECHERCHE DE SES VERS QU’ON LUI A VOLÉS
Perditissimus hominum ego... Qui mihi crumenam reddot ?... Ubi latro ?...
Je veux te confier ma plainte légitime, Un malheur dont je suis l’innocente victime. Des Muses, tu le sais, je cultive les fleurs, Ce cher privilége, je le dois à mes pleurs. Déjà plusieurs sujets ont couru sous ma plume, La tristesse souvent est l’idée qui m’allume. Hélas ! j’ai tant souffert, je souffre tant encor, Qu’il faut qu’à ma douleur je donne un triste essor. Ainsi, j’ai peint d’abord l’affreuse épidémie Qui naguère à Toulon menaçait notre vie ; J’ai loué de mon mieux mon brave régiment, Il fut, je l’assure, sublime en dévouement ; Je n’ai pas craint de dire, avec ma foi bretonne, Que Toulon ne fut pas ce que courage ordonne. Je crois qu’en nos écrits nous devons être francs, Ce principe est le mien et des sacs pleins de franc s Ne sauraient me tenter à quitter cette voie : Car en dehors d’elle, la vérité se noie. Plus tard, du caporal j’ai tracé le portrait, Mais celui qui le fit ne s’y reconnaîtrait ; Sur ce pauvre gradé s’exerce la malice, On le raille, on le berne, oh ! rendez donc justice ... Je vous le dis pour eux, non à cause de moi : Mais nous traiter ainsi n’est pas de bonne foi. Ce sujet m’amenait à peindre mon escouade, Je pouvais la louer et l’ai fait sans bravade, Et je me sens heureux de t’annoncer aussi Qu’en lisant cet essai on rit beaucoup ici. Puis quelques jours après, atteint par les coliques , De l’hôpital, hélas ! on m’ouvre les portiques. Oh ! je me désolais, et certes j’avais tort, On m’en dit tant de mal, comment me sentir fort ? Et pourtant, cher ami, j’y rencontrai des charmes, Je ne veux pas d’Hélène exciter les alarmes. Qu’elle est belle, ô mon Dieu ! mais ne l’attriston s pas, Le ciel lui soit en aide et conduise ses pas... Aussi je n’en dis mot, la vertueuse fille N’aspire qu’à s’unir à la sainte famille. Silence donc... j’oublie... oui j’oublie mon sujet. J’y reviens, de mes vers un docteur fut l’objet ; Il me traitait si bien, j’ai dépeint sa visite Dans ce triste séjour où la douleur habite.
Pour ce beau vieillard au mérite éminent Je fais les meilleurs vœux avec un cœur ardent. Puis je voulais dire combien j’aimais Yvonne, Je la connus si douce, et si pure et si bonne ; Encore quelques jours j’espère la revoir, Je connais ses serments et mon triste devoir. Oh ! je l’accomplirai ; pour être digne d’elle Je ne troublerai pas l’égide maternelle. Non, non, de son époux, je veux serrer la main, Y consentira-t-il ? Je le saurai demain. Yvonne me rappelle un séducteur terrible Qui la voulut perdre par son langage horrible ; Je sentis la haine reveillée dans mes vers Et j’ai dépeint cet homme odieux et pervers. Tu connus ce Joseph... l’impie, l’abominable, Je maudirai toujours sa mémoire exécrable. Tel est le sommaire de mon humble travail Mais de ton ami, vois quel est l’épouvantail : Ces vers, ces pauvres vers, je ne saurais les dire, Ils sont perdus... hélas ! comment les reproduire ? Impossible, impossible... Où sont-ils ?... Je ne sa is, Un autre les a... Qui ?... Si copie j’en avais... Est-ce un jeu qu’on se fait de ma peine cruelle ? Qu’on m’en donne copie, je cède le modèle ! Essayons... et demain, si le succès m’attend, Vainqueur des embûches que l’infame me tend, Je dirai ma victoire... Oh ! vois-tu, j’espère Que le ciel lui réserve un châtiment sévère. A demain... Cher ami, vois ce que peut la foi : Je lui dois mon bonheur, sois heureux avec moi. Que m’importe aujourd’hui ce cruel imbécile Qui vola mon œuvre, sa ruse est inutile. Mais à quelles transes je me suis vu livré ! Oublions-les pourtant, car j’en suis délivré. Rien qu’un mot.. As-tu vu sur la plage déserte, Courir échevelée, de sa douleur couverte, Une pauvre mère ?.. Regarde bien ses traits. Tout-à-l’heure encore tu vantais ses attraits : Quel changement soudain ! l’âme bouleversée, Elle est d’elle-même l’image renversée. Oh ! qu’est-il advenu ? as-tu vu son enfant, Son petit Camille, si gai, si pétulant ? Mais alors, va bien vite ; employant la prudence, Ne lui donne d’abord que des mots d’espérance, Puis l’ayant préparée, apprends-lui son bonheur, Que son Camille, enfin, est quitte pour la peur. Et alors, mon très-cher, une fois dans ta vie, Tu verras que la joie notre âme vivifie.
Tel, depuis trois jours, je cherchais mes enfants, Mes vers, laids peut-être, pour leur père charmants . Hé bien ! hier encore j’étais inconsolable, Mais la Providence, cette mère adorable, Me prenant en pitié me les rend aujourd’hui ; Je pardonne au voleur et prierai Dieu pour lui.
PÉLAGE GEFFROY, e Caporal au22de ligne.
Hôpital militaire de Toulon,4 mars 1866.
LA VISITE DU DOCTEUR M. MONBEL
SALLE 6. Huit heures sont sonnées, il faut se coucher vite, Monsieur Monbel déjà procède à sa visite. Chut, chut ! il arrive ce docteur principal Que chacun admire dans ce triste hôpital. Médecin distingué, d’une douceur extrême, Je n’en ai pas connu que j’estime de même. Cette noble figure unit tous les attraits ; De finesse remplis, tout charme dans ses traits. Je renonce à peindre ce savant admirable. L’artiste y trouverait un sujet agréable. Suivons sa séance... Voyons-le sur les lieux Où l’homme se produit en son jour à nos yeux. Un, manque. — Deux ?... va mieux ; longue est la diarrhée. Vous mangez ?... allons : quart et tisane nitrée. Trois ?... Voyons ce ventre... mais il y a du bien. Oh ! oui c’est évident, — désormais ce n’est rien, Et nous pouvons prendre quelque nourriture : Demi volaille et vin, ne prenez pas d’eau pare. Quatre nous fait défaut. — Numéro cinq ?.. — Voici, Voulez-vous, bon Monsieur, que je sorte d’ici ? — Oui, certes, mon ami, mais la dissenterie, Est-elle maintenant parfaitement guérie ? — Parfaitement, Monsieur — Bon, écrivez : sortant Il faudra ménager ce cher tempérament. C’est votre régiment qui se rend à Marseille ; Allons, bon voyage, portez-vous à merveille : Donnez-lui trois quarts et portion de vin, Il faut en toute chose envisager la fin. — Six ? n’est pas. — Sept, parti ce matin pour Porcrole, Il y boira bon vin, car il joue bien son rôle. — Huit ? est toujours pâle : — laissons-là le cres son ; Demi-quart, lait, vin vieux et un léger bouillon. — Neuf ? meilleur est l’état de cette gastralgie, Le vésicatoire détruit la pleurésie. Courage, ça ira, donnons-lui portion, L’appetit marche bien et l’estomac est bon. — Dix ? laisse à désirer : Quart, au gras la panate ; Vin blanc, légumes frais, cinq grammes de cétate. Onze ? absent. Douze ? Hélas, sur ce pauvre garçon Malgré ma volonté, j’obtiens peu d’action : Demi-quart, bouillon gras, pillule Belladone Antispasmodique, une, et quatre de Crotone ; Œuf à la coque, cresson, cafés édulcorés :
Mes malades de faim ne sont pas dévorés. Ah ! le Secrétaire... Rhumatisme chronique : Résultat probable des campagnes d’Afrique. Quatorze ? Sur l’effet du remède nouveau Soyons fixé. Parfait : le succès est fort beau.. Vous jouirez bientôt d’une convalescence, C’est moi qui vous le dis et l’assure d’avance. Quart, panate, Eau-de-Seltz, vin vieux et vin sucré , Limonade tartrique : un régime sacré. Ah ! Quinze va très-bien ; il ne faut pas tant rire , Que ce point de côté serve à vous en instruire. Numéro Seize ? entrant. Sa bronchite est chronique ; Consolez-vous, ami. le cas n’est pas critique. Un rhume négligé, six mois d’invasion ; La cure résulte de l’auscultation : Demi-quart, soupe au lait, et huile de morue, Un remède efficace à la bronchite aiguë. Dix-sept ? Sort.. Bon chasseur, le voilà donc debou t, D’un mal grave, voyez ! l’art sait venir à bout : Trots-quarts, vin, portion. — Vous partirez demain, Pour le chemin de fer choisissez votre train. Hé bien, dix-huit ? toujours la fièvre est rebelle ? Essayons encore la pillule Isabelle. L’appétit ne va pas : demi-quart, œuf sur le plat, Vin blanc sucré, poulet, un goûter délicat. Le numéro dix-neuf ? où en est la colique ? La convalescence qui mène à Saint-Affrique. Voilà ce qu’il vous faut, nous y réfléchirons : En attendant, un peu nous nous reposerons. Quart, soupe maigre et de vin pur diète, Ce régime produit une cure complète.
Ici M. Monbel passe salle 17 où votre serviteur ne le suit pas.
GEFFROY.
EPIGRAMMES
e A M.G., GRAND AUMONIER AU 22 Allons ! cher Monsieur, avouez, je vous prie, Que vous tenez ici la grande aumônerie ; Mais vous connaissez peu les pauvres de l’endroit, Ce qui est nécessaire en principes de droit : Je suis de leur nombre, soit dit sans faribole ; N’avez-vous pas pour moi la plus légère obole ? Qu’y perdrez-vous d’ailleurs ? mais absolument rien , Car la bourse d’autrui fournira tout ce bien. Donnez, peu me suffit : soulagez ma misère ; Et quand j’aurai reçu, je dirai ma prière.
Mai1866.
REVENANT DE L’EXERCICE OU J’AVAIS ÉTÉ VIVEMENT FROI SSÉ PAR DEUX DE MES CHEFS, J’IMPROVISAI CETTE ÉPIGRAMME. Il est au régiment un certain Monsieur Bible, Dont, le cas échéant, je ferais une cible Pour rire. — La bêtise inscrite sur son front Du Saint-Esprit prouve qu’il n’a franchi le pont. Quant à toi, qui te dis m’être compatriote, Ta mère en te créant était certes bien sotte ; J’ai connu ton frère, Camille Bauveton, Il était comme toi : un très-mauvais Breton. GEFFROY.