La Nouvelle Revue Française N
174 pages
Français

La Nouvelle Revue Française N' 134 (Novembre 1924)

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Description

Albert Thibaudet, Sur Anatole France
Joseph Kessel, Borée
Benjamin Crémieux, Sincérité et imagination
Pascal Pia, Le bouquet d'orties
Nicole Stiébel, Jacqueline et l'amour
Réflexions sur la littérature :
Albert Thibaudet, Stendhal et Moličre
Henri Rambaud, Marcel Azaďs
Notes : litttérature générale :
Jean Prévost - Henri Petit, Note conjointe sur M. Descartes, précédé de la Note sur M. Bergson, de Charles Péguy (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Jean Prévost, Le Onze Mai, par Joseph Kessel et Georges Suarez (Éditions de la Nouvelle Revue Française) - Au camp des vaincus, par Joseph Kessel et Georges Suarez (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Jacques Sindral, Éveil d'une éthique internationale, par Pierre de Lanux (Stock)
Roger Allard, La chaîne des dames, par Gabrielle Reval (Crčs)
Benjamin Crémieux, Almanach des Lettres françaises et étrangčres, I, II, par Léon Treich (Crčs)
Gabriel Marcel, De Hamlet ŕ Swann, par Guy de Pourtalčs (Crčs)
Notes : la poésie :
Henri Rambaud, Les Rondeaux, par André Mary
Odilon-Jean Périer, Mourir de ne pas mourir, par Paul Eluard (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Paul Fierens, Psyché, par Renée de Brimont (Plon)
Alexandre Vialatte, Perspectives, par Luc Durtain (Stock) - Počme de la joie, par Gabriel Audisio (Édition du Solitaire) - Matin aux oliviers, par Claude-André Pujet (Maison des Amis du Livre)
Notes : le roman :
Henri Pourrat, L'illustre Partonneau, par Pierre Mille (Albin Michel)
Marcel Arland, Les derniers plaisirs, par Fernand Fleuret (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Benjamin Crémieux, La Zone dangereuse, par Saint-Marcet (Grasset)
Paul Fierens, Détours, par René Crevel (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Benjamin Crémieux, La Débauche, par André Birabeau (Flammarion) - Le Sel de la Terre, par Raymond Escholier (Malfčre)
Ramon Fernandez, Tęte de męlée, par Jean Bernier (F. Rieder et Cie) - 5 000, par Dominique Braga (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Notes : le théâtre :
Claude Roger-Marx, La Scintillante, de Jules Romains (Comédie des Champs-Élysées)
Gabriel Marcel, Le Geste, de Maurice Donnay et Henri Duvernois (Théâtre de la Renaissance)
Notes : lettres étrangčres :
André Maurois, Nouveaux Voyages en Erewhon, par Samuel Butler (Éditions de la Nouvelle Revue Française)
Victor Llona, La Peste écarlate, par Jack London (Crčs) - Henry Thoreau, sauvage, par Léon Bazalgette (Rieder)
Les revues :
Roger Allard, Un portrait
Paul Valéry, Un počme ancien
Pierre Morhange, Un curieux échange de lettres

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 1924
Nombre de lectures 38
EAN13 9782072392443
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

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SUR
ANATOLE
FRANCE
Jen'écriraiicisurAnatoleFrance rienquiparteprofon-démentducœurettoutel'âmejouesapartie.Jecher-cheraiàêtresec,etjerisqueraivolontiersdedéplaire.Pour plusieursraisons.D'abordnousnesommesplusdevant cettemortfoudroyantedeBarrès,unemortàlamanière -desmortsdeBossuet,quinoussommaitdeparler,arra-chaitdenotreêtrecequelesdélaisetlesprévisions -ordinairesnousauraientlaisséletempsden'ypastrouver, Ensuitecemarbredel'imprimerie,desmilliersde nécrologiestoutesprêtesontattendupendantunesemaine, glace,plusquelemarbredutombeau,celuiquiestobligé professionnellementd'yajoutersiAnatoleFranceypensa danssesderniersjours,cescaractèresd'imprimeriedurent faireàcefilsdeslivresetdeslibrairesl'effetmêmedesvers dutombeau.Enfin,etsurtout,monélanauraitpeude .chancesd'épouserceluidespagesFarmilesquelless'intro-duiticilamienne,delagénérationlittérairedontcette revueinterprèteordinairementlestendances. Jefaisdonctaire messentimentspersonnelsàl'égard d'unhommeetd'uneœuvrequiontbeaucoupexistépour moi,etqui demainexisterontsansdoutedavantageencore. Jemecontentederappeleretderapprochertroisfaits. Voicilepremier.Celuiquivientdemourirprèsdece pontdeTours,quegardentlesdeuxmonumentsdeDes-cartesetdeRabelais,s'estéteint,àl'âgeàpeuprèsdeHugo etdeTolstoï,danslemêmesoleildegloireetsurlelit deparaded'unemonarchielittéraire,ou dumoinsd'un patriarcat.CommepourHugoetTolstoï,onaeupartoutle .sentimentquel'hommeestiméparlamajoritédeceuxqui lisentetsaventcommelepremierécrivaindelaplanète, 33
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE disparaissait,sansrupture,sanstragédie,etparune pousséeinévitable,ayantrempliunedestinéesansmuti-lation,ayantdonnéenarbrelentetmunificenttousles fruitsqu'onattendaitdesongénie.Quandils'incarnaen M.Bergeret,cefutsamanièreàluidegoûterdèscette vielecorbillarddespauvres.LittératureMais,siBarrès nousévoqueirrésistiblementl'idéed'unprincedusàng, d'ungrandCondédel'art,AnatoleFranceétaitbienle Maître,ausenslexvnesiècledisaitleRoi. Voicilesecond.Ceroidel'artrayonnait(lesGrecs disent,dusoleilquisecouche,BasiXsûs!,)dansune lumièrefroide.Ilétaitdevenuàpeuprèsétrangeraux nouvellesgénérationslit*'raires.Del'immenserespectdont onl'entouraitnebénéficiaient(aucontrairedeHugoqui, en1885,occupaitencoredesonombretoutelapoésie)ni sesdisciples,mondehétéroclitedonton souriait,nises imitateurs,ombresénervéesetfroides,nimêmesesadver-saires,dontlespolémiqueséveillaientpeul'attention. L'influencedeBarrèsseretrouveencoreàchaquepaschez lesplusrécents écrivains.CelledeFrance,fortpeu,sice n'estsouslaformedecopieacadémique.AlaNouvelle RevueFrançaisedepuis1919,jecroisbienquejesuisle seulàavoirparléplusieursfoisdelui.Etl'exceptioncon-firmelarègh,carjenesuis niunjeuneproprementdit, nimêmeunjeunehonoraire. Voiciletroisième.Commeiln'avaitpascherchécette royauté,commel'influenceluiétaitabsolumentindif-férente,cepurlittérateurpouvaitsetenirau-dessusdela littérature,portersurelleleregarddusage,ladominerà peuprèscommel'intelligenced'unBergsonestemployée parluiàdominerl'intelligence.IIétaitsinonceluiqui voitdehaut,toutaumoinsceluiquichercheàvoirde haut.CequenousdevonsàBarrèsensensnational, nousendevonssansdoutel'équivalentàAnatoleFrance ensensplanétaire.Maisl'unetl'autredecesfilsdugrand xixesiècle,lepolitiqueetlebibliothécaireportentle
SURANATOLEFRANCE signedeChateaubriand,participentàlalittératuredes génies,separtagent,d'unemanièreimprévueetricheen détours,cetempired'Alexandre.Enmêmetempsàpeu prèsquemouraitAnatoleFrance,laRevueFédéralistede Lyonproposait,àtitred'enquête,cetextedelaVieen Fleurànosréflexions«Jen'aipasdédiémesenfancesà lapostérité,nisupposéunmomentquelaracefuturepût s'intéresseràcesbagatelles.Jecroisàprésentquetous, tantquenous sommes,grandsetpetits,nousn'auronspas plusdepostéritéquen'eneurentlesderniersécrivainsde l'antiquitélatine,etquel'Europenouvelleseratropdiffé-rentedel'Europequis'abîmeàcetteheuresousnosyeux, poursesoucierdenosartsetdenotrepensée.»LaRevue Fédéralistemedemandecequej'enpense.Pourl'avenirje n'enpenserien, l'avenirétantlemondedel'actionetnon delapensée,del'imprévuetnondelaprévision.Pourle passé,j'enpensequeChateaubriandaemployéàpeuprès sesquinzedernièresannéesàsedireetàredirelesmêmes choses,etàseflatterdel'espoirquelemondedescendrait autombeauaveclui.Ilestmortenpleinerévolution de1848,etcependantilsetrompait.LepetitAnatoleThi-baut,quiavaitalorsquatreansetqu'ilpouvaitvoirjouer surlequaiMalaquais,netrouvaitpasdutoutquele monde,mêmelittéraire,étaitentraindefinir,cetteannée Louis-PhilippepartaitdelaFranceetM.deChateau-brianddelavie.Cettefoissera-t-ellelabonne?Lachaîne littéraireadéjàvudessecoussesplusrudes.Soyonscepen-danttranquillessurAnatoleFrance,surlaplacedelaVie enFleuretduresteauprèsdelapostérité.S'iln'estpasle dernierdesclassiques,seslivrestransmettrontuneflamme sacrée.S'ilenestledernier,ilsresteronthonoréssurune pointeextrêmeetparfaitedelaculture.Maiscesdeux termesdudilemmenesontquedesabstractions,etnous savonsbienqu'entreeuxlavieprendra,commeàl'ordi-naire,unimprévisiblemoyenterme. ALBERTTHIBAUDET
BOREE'
J'aientenducesjours-ciunehistoiresifraîcheet mira-culeusequ'ilfaudraitlacontersurlemodeenfantin «Ilétaitunefois,dansunpaysravagéparlamisèreet l'épouvante,unpetitgarçonquivoulaitdanser.Unmagi-ciendesterreslointainesl'appela.Maisdemauvaisgénies voulurentl'empêcherdepartir.Lepetitgarçondéjoua touteslesruses.Iltriomphadelaboue,dufeuetdela mort.Maintenant,danslafêtedeslumières,dessoies,des cuivresetdesflûtes,ildanse.» Maisonnecroitplusauxrécitsnaïvementcomposéset bienquecelui-làsoitvraientouspoints,illefautprésenter d'unemanièremoinssimple. Prenonsdoncleschosesparlecommencement. J'assistaisrécemmentàunerépétitiondelatroupede Diaghilew.Lesballetsrussesallaientpartirpourl'Alle-magne,versundeces'voyageslesentraîneàchaque saisonnouvellelevagabonddegéniequilesacréés.En maillotetentunique,BronislavaNijinskadirigeaitletra-vail,Nijinska,âmeactive,raffinéeetpuissante,etquela dansepossèdecommeunedionysiaqueferveur. Pendantunintervalle,jeluidemandai Quandavez-vouscommencévotreœuvredechoré-graphe? Souslesbolcheviks,àKief,j'avaisuneécole. Elleajouta,souriant
i.CopyrightbyLibrairieGallimard,1924.
BORÉE
Lavillechangeaseizefoisdemains.Maissousles obusetlesballes, mesclassesétaientpleines. Déjàlarépétitionreprenaitsoncoursetnotreentretien cessa.Maisj'apprisquecinqélèvesdelaNijinskaétaient venus deKieflarejoindre. Uneamied'enfance,lacharmantedanseuseVeraRosens-tein,meprésental'und'eux,SergeLifar.Aussitôtlarépé-titionterminée,jel'emmenaiàlaterrassed'uncafé.C'est quej'entendisl'histoire.
Qu'onsefigureunjeunegarçonquiprétendavoirdix-huitans,maisquienparaîtquinze,uncorpsminceetdur auxépaulesencoreenfantines,unvisagematetbridéde Tartare,brûlépardesyeuxverts,vifs,tendresetgais,des yeuxdejeune chienquetoutamuse.Danslesgestesvit cettebrusqueriequeletempsn'apasencoreeffacée.Le sourireestcharmantdeconfiance.Surtoutceladela naïveté,delajoie,delavictoire. Ilrépondd'abordenhésitant,timide.Puisàmesure quelessouvenirslepressentets'emparentdelui,levoici quiraconteàvecuneabondancevolubileetdesriresetdes tressaillementsnerveux. Ilyaquatreans,commence-t-il,mesparentsétaient, malgrélebolchevisme, richesencore.Ilsavaientengagédes professeursquidevaientmeprépareràl'Université.Mais, moij'avaisassistéparhasardàuncoursdelaNijinskaetj'y étaisresté. «Ellepartie,jecontinuaiàm'exercerseul.Jesavais vaguementquequelquepartenEurope,trèsloin,elle travaillaitavecDiaghilew.» CommelavoixdujeunehommeafrémiCommeila enveloppédeferveurcenomEtcommeondevinequ'à Kief,sousuncielsansespoir,leballetdeDiaghilewétait pourluiplusqueleparadispouruncroyant,puisqu'il étaitladanseelle-même,enivrante,ailée.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE SergeLifarmeprendlebrascommepourmieuxme fairepénétrerl'importancedecequ'ilvadire. Etcomprenez-vousqu'unjourarriveunelettrede DiaghilewdemandantàPariscinqanciensélèvesdela Nijinska. Unemouepuérileplisselabouchedujeunedanseur. Jen'étaispassurlaliste.Maisparmiceuxqu'avait désignésDiaghilew,ilenétaitunquinetravaillaitplus dutout.Ileûtétéinjustequ'ilpartît.Jerésolusdelerem-placer. «Deuxdemescamaradesétaientpolonais.Ilsobtin-rentofficiellementleurspasseports.Maislesdeuxautreset moi-même,nousdevionsquitterlaRussieencachette.On nousindiquauncontrebandierquiavaitl'habitudedefaire passerlafrontière.Etilfutdécidéquejepartiraislepremier, enëclaireur,aveclui.» Involontairementjedemande Quelâgeaviez-vousdonc? MaisSergeLifarquitientàcequ'onleprenneau sérieuxn'aimepascettequestion.Ilrépondévasivement Deuxansdemoinsqu'aujourd'hui. Puis,avecrapidité Jenepouvaispasparlerdemondépartàmes parents.D'abordilseussentététropinquietsetpuisils nevoulaientpasquejefassedeladanse.Ilsrêvaientde mevoiringénieur.Mais,commejevousl'aidéjàdit, j'étaisentréaucoursdelaNijinskaetj'yétaisresté. Unrireclair faittournerversnouslesregardsdenos voisinsdelaterrasseetSergeLifarreprend Seuls,monfrèreetmasœurfurentmisaucourant demesprojets.Ilsmedonnèrentdebeauxroublesd'or,des francs,desdollars;Jemeprocuraiunecapotedesoldat, desculottesmilitaires,demagnifiquesbottesetunfusil. Surmacasquettej'épinglaiuneétoilerouge.Avectoutcela j'avaisl'aird'unparfait«Secsot»: «Secsot»?
BORÉE
Ah,vousnesavezpas?vraiment?Ehbien,on appelle"«Secsot»enRussielescollaborateurssecretsdela Tché-Kapourlaplupartdesgaminsquiécoutent,espion-nentetdénoncent. «Donc,habillédelasorte,jequittailamaisonet retrouvaiàlagaremoncompagnon,lecontrebandièr. «C'étaitunJuifcolossal.Desépaulescommeune armoire,despoingscommedesmassues,unvisageplein decalmemajestueuxetd'importancedigne.Oh!unhomme magnifiqueLetorseprotégéparunevestedecuir,il avaitsouslebrasunénormeportefeuille. Unportefeuille?Pourquoi? SergeLifarmecontempleavecunétonnementprofond. Quois'écrie-t-il.VousignorezcelaaussiMais leportefeuilleacheznousuneimportancecapitale. C'esttouteunepagedel'histoiresoviétique.Pourêtre quelqu'unenRussie,ilfautunportefeuille.Qu'ilsoitplein ouvide,peuimporte.C'estlesignedel'influence,dupou-voir.Sait-onlespapiersmystérieuxqu'ilcontient?Enle voyantonpensetoutdesuiteàlaTché-Ka.Unportefeuille c'estmieuxqu'uneétoilerouge,mieuxqu'unbrassardde commissaire,mieuxqu'unrevolver. «Ainsimoncontrebandieravaitl'aird'undignitaire soviétiquedemarque.Moi,jepouvaisfortbienpasserpour sonaide.Quellegarantiemeilleurepouvions-nousrêver? «Paisiblement,nousprîmes,àlagaredeKief,letrain quidevaitnousmenerjusqu'àlavillelaplusprochedela frontièrepolonaise.Cettepremièrepartieduvoyagesepassa fortbien.Pasdevérificationdepapiers,pasd'ennuis. «Débarquésduwagon,lecontrebandierquiconnais-saitleslieuxmeconduisitdansuneaubergeetmeditde l'attendredeuxoutroisjourspendantlesquelsilarran-geraitmesaffaires.etlessiennes. «Jelelaissepartir,lecœurunpeuserré,maisrésoluà tenirmonrôle.Lebesoins'enfitsentirtoutdesuite,car ilyavaitbeaucoupdemondeàl'aubergeetlepatronme
LANOUVELLEREVUE FRANÇAISE donnaunlitdansunechambreoccupéepardeuxgarçons demonâge. «Dèslepremiercoupd'œiljevisqu'ilsétaient,eux,de-véritablesSecsot. «Imaginezmasituation.JenesavaisriendelaTché-Ka,desonargot,deseshabitudes.Jen'avaispasdepapiers. justifiantmonaccoutrementetj'étaisenprésencedegamins dontlamissionétaitd'espionnertoutlemonde. «Heureusement,c'étaitdesfilsd'ouvriersetd'esprit assezsimple.Leluxedemesvêtementsleurenimposa.Ils sedirentquejedevaisêtreunSecsotd'importanceetme traitèrentavecrespect. 1 «Jepassaideuxjoursenleurcompagnie.Trèsbavards, ilsmeconfièrenttousleurssecrets.Etc'estmoiqui,enfin decompte,auraispulesdénoncerpourtrahison.Ilsme prirentenamitié.Nousbûmesensemble,mais,malgrétout, jevivaissanscessedanslacrainted'unecatastrophe. «Ellefaillitarriver.Nousétionsaudébutdenovembre_ Onfêtaitl'anniversairedel'arrivéedesSovietsaupouvoir. Mesnouveauxcompagnonsm'emmenèrentassisterau défilé destroupes.Commentrefuser?Nousréquisition-nâmesunevoitureet,l'ayantdécoréed'undrapeaurouge, nousfîmesconduireaulieudelarevue.Lesgenss'écar-taientdevantnousdanslesruesbosseléesetboueuses.Plus d'unregardsefixaitsurmoiavecenvieouhaine.Etnul decespassantsnesedoutaitquej'auraistoutdonnépour êtreàsaplace. «Larevue futsuivied'unbanquet.Lehasardmeplaça entredeuxcommissairesauxfacesdebrutes.Dequoileur parler?Commentnepasmetrahir?Jepréféraimetaire. Cesilencemesauva.Lesconvivescrurentydistinguer uneprudence,uneattentiondepolicieràl'affût.Jecrois qu'ilseurentpeurdemoiautantquejelescraignais.Les meilleursmorceauxmefurentréservésetlesélogeslesplus flatteurssurmafidélitéprécoceaucommunismemefurent décernés.