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La Nouvelle Revue Française N' 21 (Septembre 1910)

De
116 pages
Legrand-Chabrier, Sur Maurice de Guérin
George Meredith, L'Amour dans la Vallée
Jean Giraudoux, Jacques l'Égoďste (fin)
Lucien Marié, Počmes
Guy Lavaud, Univers, Univers...
Henri Bachelin, La Bancale
André Gide, Journal sans dates
Notes :
Michel Arnauld, Notre Jeunesse, par Charles Péguy (Quinzaine de la Pléiade) - Ann-Veronica, par H. G. Wells
Edmond Pilon, Regarde de tous tes yeux, par Raymond Schwab (Bernard Grasset)
Henri Franck, Le Calumet, par André Salmon
Jean Schlumberger, Petits Počmes, par Tristan Deręme (Société française d'imprimerie et de librairie) - Les Branches lourdes, par Léon Bocquet (Édition du Beffroi) - Une soirée aux Français : Un Cas de conscience, par MM. Paul Bourget et Serge Basset ; reprise des Erinnyes
Michel Arnauld, Autour de Meredith
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SUR
MAURICE
DE
GUÉRIN
Le5août1810naissaitMauricedeGuérin. Lesamateursdecentenaireslittérairess'ensont le réjouis5août1910.Lesfamiliersdeson œuvre,moinséphémèresamisdesamémoire, profitèrentdecettemanieàlamodepourrevivifier sonsouvenirauprèsdupublic.Ilseurentraison puisquecetécrivaind'uneoriginalitécertaine demeuretoutefois,sinonméconnu,dumoinsassez oublié,saufd'unpetitnombred'espritsenlesquels ilpossèdeunechapelleprécieusemaisdiscrète. OnnepourraitdiresansexagérerqueMaurice deGuérinaitété méconnu.Sansdoutelacritique académiqueetscolaireatoujoursétérebelle jusqu'àprésentàl'inscriredanssestraitésetma-nuels,maisfaut-ilcompterpourrienlapremière publication duCentaureavecpréfaceenthousiaste deGeorgeSand,plusieursLundisetautresarticles deSainte-Beuveamical,tendreetterne,une esquisseflambantedeBarbeyd'Aurevillyqui l'avaitconnu,aimé,eteûtvoululeglorifierplus splendidement,tantdecommentateursàlafaçon T 1
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE dePontmartin,deScherer,deMerlet,deMonté-gut,quilelouèrentavecunepatientebonne volonté?Ilyeutcontinuitérécemmentparutun livredeM.AbelLefranc,toutluisantetvibrant devie,armésolidementd'éruditionpréciseetde documentsinédits. IlestdefaitcependantqueMauricedeGuérin estassezoublié.Doit-ons'enétonner?Amon sentiment,sil'onconfrontel'œuvreetlesiècle,cet oubliapparaîtfortnaturel.Jenecroispasque l'effortaccomplipoursoncentenairedécidedesa populairerésurrectionlittéraire.Toutfranc,jene leregretteguère,carjenesaistropcequ'ilde-viendraitenproieàlafoule.Unetellehypothèse estd'ailleursinvraisemblable,tantilluiserait inassimilable.Laissons-ledoncvivreausecretde quelquesesprits.estsonvraietutileroyaume. Maisilfautleluimaintenir.Sinous nepouvons livrersonœuvreausiècle,quandlasatiétéoula méchancetédusièclenouscontraintàrentrerdans lesolitaireetl'essentielmoi,réfugions-nousen cetteœuvre.LeCentaureoffreuneoasisplanant au-dessusdutempsetdel'espaceoppresseurs.Ce poèmeenprosedéfietoutechronologiecomme toutegéographie.Ilpossèdelasuprêmevertu d'apaisementpuisqu'ilmèneàlasynthèsecons-ciente,àl'unitésuprême,àladivinitémême,car decethymnepanthéistique,sil'onréfléchitlogi-quement,nepeut-onconclurequesoi-mêmeen
SURMAURICEDEGUÉRIN englobantlemondeonestdevenudieu,etcomme telnécessairementsageinfiniment Prétendra-t-onquej'exagèreenm'aventurant jusqu'àcetteconsolanteconsidérationmétaphysi-que?J'affermismonaudaceen'écoutantMaurice deGuérindiredelui-même"Toutenmoise passedansuncoindecerveau,c'estunecontrée assezétrange,mesrécitssententunpeulevision-naire.Certes,cepourraitêtreuneaviséeréflexion decritiqueayantperçulefrémissementd'une œuvrequiledépasseetl'éblouit.J'estimequ'on peutjugercettephraseéclatanttémoignageque l'auteuraeul'intelligencedumystèredesacréation intellectuelleetdetouteslesforces,inconnaissables àsonanalyseetàlanôtre,quiyontconcouru. QuecesoitparLeCentaure,compriméchef-d'œuvre,quecesoitparlevolumeest,sera (carl'éditioncomplètefait encoredéfaut,etvoilà lemonumentàinstaurer)recueillitoutcequ'a écritplusfamilièrementMauricedeGuérin, l'oeuvreformeundesplusbeauxetdesplusin-tensesbréviairesd'individualismequisoitdansla littératurefrançaise. Ilestnaturelquelesespritsquinecessentde réclamerunroi(s'ilssontférusdupassé)oudes lois(s'ilssontférusdel'avenir),quiéprouvent l'angoissedelasolitudesoustoutessesformes, quisesententrassurésd'êtrefourmisdansla machinalefourmilièresociale,n'aientquemépris
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE ethorreurpouruneœuvredecetteespèce.Ilest nonmoinsnaturelqu'uneœuvredecetteespèce fuiratoujourslessuffragesadditionnés. Quandonerre,onsentqu'onsuitlavraiecon-ditiondel'humanitédéclareMauricede Guérin.Cettemaxime,c'estlacharteduvagabon-dage. Sansdoutelesgensdusiècledirontleurvérité avecforces'ilss'exprimentainsiMauricede GuérinSonCentaureToutrhétoricienquidé-couvriralaphilosophiedupanthéismedansses étudesgrecques,etquis'enenivrera,exprimerala mêmefable,probablementselonlemêmestyle glacialetpompeux. Ets'ilssontdesmalins,cesgens-làmontreront triomphalementlespassagesd'unelettrà eBarbey d'AurevillyLejouresttristeetj'imitelejour. J'aipenséquelquetempsquecettesensibilité bizarreétaituntraversdemajeunessequidispa-raîtraitavecellemaisleprogrèsdesans,enquoi j'espérais,mefaitvoirquej'aiunmalincurableet quivas'aigrissant.Cemotpropre,cetteexpres-sion,laseulequiconvient,dontparleLaBruyère, jen'aijamaisreconnuaucontentementdemon espritquejel'eussesaisie,etl'eussé-jeattrapée, restel'arrangement,etlescombinaisonsinfinies,et lavariété,etlepiquant,etlesolide,lanouveauté danslestermesusés,l'imprévu,l'imagedansle motetlecontour,lajustessedesproportions,
SURMAURICEDEGUÉRIN enfintout,ledond'écrire,letalentetdetout celajen'aiguèrequelabonnevolontéJen'ai pointdissimuléniécourtélacitation. Jemegarderaidedirequecettemanièrevive derédigerunréquisitoirecontresoi-mêmele réduiseànéant,aumoinssouslerapportdustyle, carilfautobserverquelalangueduCentaurea toutdemêmeplusd'apprêt.Maisenfincetapprêt estneuf,sil'onsefieàGoncourt,hommedemétier, fortorfèvrelà-dessus,quinepeuts'empêcher d'inscrireensonJournalqu'iln'yaeujusqu'ici qu'unhommequiaitfaitlatrouvailled'une languepourparlerdestempsantiques,c'est MauricedeGuérindansLeCentaure Certes,danscettephrasedeGoncourt,ily auraitàdiscuter,etlepourparlerdestemps antiquesmesembleméconnaîtrel'impression d'éternitéquisedégageduCentaure.Maiselleest laconstatationdecefaitiln'yapasd'expression trahissantmoinssonsujetquelestyleduCentaure. DanslalettreàBarbey,sentonslamodestie,oula timiditéquialesmêmesapparences,etcomprenons queGuérineutpeut-êtrelepressentimentqu'il seraitparfoisunauteurparticulieretdifficile,ce quiestleprivilègedesgrandsécrivainsaristocrates. Maisnosgensreprendront:pourquoitraite-t-il songéniedesensibilitébizarre,demalincurable, n'est-cepointundésaveu?Pasdutout,carilserait injustedelejugerainsid'aprèslui-mêmeaujour-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE d'hui.Replaçonslestermes,pourendéterminerle sensprécisàladateilsfurentprononcés,au tempsdelafameuseépidémieromantiquedumal dusiècle.MauricedeGuérinenétaitatteintson panthéismeyavaitprisuneteintepessimistequi noussurprend,puisqu'aucontraire,denotretemps, lepanthéiste,pardéfinition,vibredejoieàtout frissonterrestre.Deplus,iln'estpointqueLe Centauredansl'oeuvredeMauricedeGuérin,et voilà,incomplètesansdoute,maisbelleetardente commetellestatuegrecquemutilée,LaBacchante, éclatel'invocationàBacchus,jeunesseéter-nelle,dieuprofondetpartoutrépanduMaurice deGuérinallait-ildoncsedélivrerdumaldu ? siècle.lamortdresselepointd'interrogation perpétuel.Chacundenous,parsoninterprétation personnelleetactuelle,peutluioffrirsaréponse transitoire. IlesttropvaguedelouerenMauricede Guérinl'exaltésentimentdelanature.Tousles romantiquesl'onteu,effréné,enrépliqueàleur égoïsme.MauricedeGuérinn'estpasabsolument original,s'ilestcharmeur,quandiltientavecune sensibilitécommunicativelejournaldesaspects naturels.Sansdouteiladetrèsgracieusesetexpres-sivesfaçonsdenoterl'éveilduprintempsenses milledétails.Surtoutiltraduitavecuneéloquence mesurée,etcettediscrétionoratoiren'estpoint commune,sonbesoindefixerlesgestesdusoleil
SURMAURICEDEGUÉRIN etlespaysagesduciel.MaischezRousseau,chez Chateaubriand,chezSenancour,ontrouvetout cela,etavecplusdeforcegénialedanslesformules dulangage. vraiment,étonnammentmême,encorequele souvenirdeGcetheinspirateurnedoivepasêtre méconnu,MauricedeGuérinapparaîtunique, c'estdanssaconceptiondel'hommeparrapportà lanature. SuivezRenéJetrouvai,luifaitclamerCha-teaubriand,d'abordassezdeplaisirdanscettevie obscureetindépendante.Inconnu,jememêlaisà lafoulevastedésertd'hommes.Cen'estpoint lesoucideMauricedeGuérinquemenerunevie obscureetindépendanteparmilafoule.Ilnejoue pas lesAlcestesromantiques.Ilneméprisepoint lesautreshommes,sidumoinsceux-cinepréten-dentpasquenepoints'enoccuperc'estlesmé-priser.Ilsembleêtreleseulhommequiexisteau monde.Sonœuvreestunduod'amouravecla nature.EtjugezdesonardeurSil'onpouvait s'identifierauprintemps,forcercettepenséeau pointdecroireaspirerensoitoutelavie,tout l'amourquifermententdanslanaturesesentir àlafoisfleur,verdure,oiseau,chant,fraîcheur, élasticité,volupté,sérénitéQueserait-cedemoi? Ilyadesmomentsoù,àforcedeseconcentrer danscetteidéeetderegarderfixementlanature, oncroitéprouverquelquechosecommecela.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE Lesecretdesajouissanceestlivré.Ellen'a riend'humain.Elleestdevenuelespasmecons-cientdelanature.Elleadépouillél'hommeenle créantDieu.Alorsonvajusqu'àsentirpresque' physiquementquel'onvitdeDieuetenDieu. Voilàl'inouïenMauricedeGuérin. Sansdouteilnetardepointàretomberdansla conditiond'hommeJemesuisséparédela campagnecommed'uneamantes'écrie-t-ilavec uneluciditéenviable.Etmélancoliquement,ferme-ment,ildésirecettefindivineAutrefoisles dieux,voulantrécompenserlavertudequelques mortels,firentmonterautourd'euxunenature végétalequiabsorbaitdanssonétreinteleurcorps vieillietsubstituaitàleurvie,toutuséeparl'âge extrême,lavieforteetmuettequirègnesous l'écorcedeschênes. Cesontcesaccents-làquimarquentGuérin inoubliablementparmilesvoixpoétiquesduro-mantisme.Nullen'atraduitplussobrementetn'a cependantmanifestéplusâprementledésiretla recherchedel'Unité. Maisilapassésivitequelesautreshommes, qu'ilnegênapoint,l'ontpeuoupasremarqué,et l'onpeutpresquedirequ'iln'avécupourautrui qu'aprèssamort.C'estqu'autruicontemporainne voyaitpascommeluiquelesforêtsfuturesse balancentimperceptiblesauxforêtsvivantes. Toutefoisilsfurentdeuxquis'enaperçurent