La Nouvelle Revue Française N

La Nouvelle Revue Française N' 217 (Octobre 1931)

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Livres
190 pages

Description

J. Rivičre-Leproust, Sur mon frčre
C.-F. Ramuz, Épisode
G. Ungaretti, Hymnes
D. Saurat, Pierre Hamp
P. Hamp, L'Offense aux Dieux
E. Berl, Mythologie amoureuse
Alain, Propos
Réflexions :
A. Thibaudet, Montaigne et Alphonse Daudet
G. Rouault, En marge des doctrines
Notes : le roman :
B. Crémieux, Vol de nuit, par A. de Saint-Exupéry
M. Caster, La Tour du Levant, par H. Pourrat
Notes : la critique et l'histoire :
R. Lalou, Destin du sičcle, par J.-R. Bloch
J. Benda, La politique ecclésiastique du Second Empire de 1852 ŕ 1869, par J. Maurain
J. Grenier - L. Guilloux, Lettres de Sacco et Vanzetti
Notes : littérature et philosophie :
I. Rivičre, Seconde rectification [Une lettre]
M. Bernard, Conversion ŕ l'humain, par J. Guéhenno
P. Abraham, Principes de psychologie appliquée, par H. Wallon
J. Wahl, La théorie de l'intuition dans la phénoménologie de Husserl, par E. Lévinas
Notes : histoire des Lettres :
H. Pourrat, Pascal-Racine, par L. Pastourel
J. Prévost, Le Dictionnaire philosophique de Voltaire
Y.-G. Le Dantec, Baudelaire, par P. Soupault
Notes : la poésie :
G. Bounoure, L'Oiseau Noir dans le Soleil levant, par P. Claudel
Notes : lettres étrangčres :
D. de Rougemont, Les éléments de la grandeur humaine, par R. Kassner
F. Bertaux, Hypérion, par Hölderlin
D. Marion, Le Serpent ŕ plumes, par D. H. Lawrence
J. Grenier, Chandogya-Upanisad
Sung-Nien Hsu, Cris de Guerre, par Lou Sin
Notes : le théâtre :
M. Arland, Trois pičces, par G. Marcel
A. Artaud, Le Théâtre balinais, ŕ l'Exposition Coloniale
P. Ličvre, Un Chapeau de paille d'Italie, d'Eugčne Labiche
Notes : les arts :
André Lhote, Le Nombre d'or, par M. Ghyka
A. Rolland de Renéville, Le musée Wiertz
A. Thibaudet, Arthur Fontaine
Revue des livres :
J. Guérin, La Poule, par H. Duvernois - Conquęte, par P. Frédérix
H. Pourrat, Une Femme, par É. Peisson
J. Guérin, L'Herbe d'amour, par R. Escholier - Anna, par B. Zaďtev
D. Marion, Adultčre, par P. Harigot
D. Saurat, Val de Grâce, par A. Fraigneau - Tsatsa Minnka, par P. Istrati - Jérémie, par P. Varillon
J. Guérin, Aujourd'hui, un homme, par Binet-Valmer - Journal écrit en hiver, par E. Bove
H. Pourrat, Les Cercles du Printemps, par G. Chéreau
P. Mayeur, Les curs instables, par C. Quinard
D. Saurat, Technique du coup d'État, par C. Malaparte - Jules Ferry, par M. Pottecher
D. Marion, La terre russe et Ŕ travers la révolution russe, par A. Rhyss
M. Caster, Le Bosquet pastoral, par H. Pourrat
D. Saurat, Ni Grec ni Juif, par R. Schwob - Poliment, par Vlaminck - Les mouches d'automne, par I. Némirovsky
H. Pourrat, Mémoires, par L. Da Ponte - Ecce Homo par F. Nietzsche
D. Saurat, Trois lettres, par L. Tolstoď
H. Pourrat, Au-delŕ, par J. Galsworthy - Grand Hôtel, par V. Baum - La révolte des pęcheurs, par A. Seghers - Chair de ma chair, par H. G. Carlisle
D. Saurat, La baie du destin, par D. Byrne
D. Marion, Pas si calme..., par H. Z. Smith - Les généraux meurent dans leur lit, par C. Y. Harrison

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Date de parution 01 octobre 1931
Nombre de visites sur la page 46
EAN13 9782072394102
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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LANOUVELLE RevueFRANÇAISE
SURMONFRÈRE
Jesuisdemeuréelongtempssansbiencomprendre monfrère.Pourreconnaîtrecommeilétaitprochede moi,ilfallutAimée. Jedevinaiplusd'unechosedansAimée.Laplus évidenteétaitnotreégaledifficultéànousexprimer,à fairecomprendrecequenousétionsvraimentetpar lapartielapluscachéedenotreêtre,nous noustrou-vionsplussemblablesencore. JeparlaidoncàJacquesdel'admirationquej'avais pourAimée.Jemetrouvaitoutesurprisedevoirle plaisirque jeluifaisais.Jelecroyaisentourédetant derespectetpresquededévotion,quej'étaisbien prêteàpasserinaperçue.Puisj'aisuqu'iln'était pasgâtédececôté,etqu'ilensouffrait. Peut-êtrefut-ilaussisensibleànotreressemblance. Ilpritl'habitudedevenirchaquejourmevoir entredeuxettroisheures.Et,lesoir,j'allaissouvent lechercherruedeGrenelle.Jel'accompagnaisparfois entaxijusquechezMmeT.,àquiildonnaitdes leçonsdelittérature. 33
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE Ilvenaitmoinsqu'iln'accourait.J'entendaisson paspressésurl'escalier.Puisilentraitencoupdevent, toujoursunpeuvoûté,enbalançantàboutdebras saserviette. Ils'asseyaitdansmonpetitsalon,àlaplaceest àprésentsonportrait.C'estunportraitàunpeintre suissequiavaitvuJacquespendantlesconférences qu'ilfitàGenève.Jacquesyal'airappliquéilsourit d'unsourireunpeucontraint. Jenelereconnaistoutàfaitquesurunephotoprise surlaplaged'Arcachon,iltournelatête,etrit. Ilavaitdix-huitansquandellefutprise.Maisses traitsetsonriren'ontjamaischangé.Ilétaittel encorel'annéedesamort. Jenemettaispasenluiseulementdel'affection, maisaussidel'espoir,puisqu'ilétaitparvenuàvaincre, surplusd'unpoint,sagêneousapudeurexcessive. Jeretrouvaisainsimonfrèreavecbonheuretsur-prise.Maisilm'avaitfalluleretrouver. ;EneffetilavaitquittéBordeauxassezjeune,attiré parParisd'unefaçonirrésistible.Illuifallaituneatmos-phèrepluslarge,etconvenantmieuxàsesgoûts,qui mesemblaientalors,j'étaistrèsjeune,singuliers ettropmodernes.
Petitefille,jen'avaisguèreconnuqu'ungrandfrère, joueuretleplusautoritairequifût,avecdesexplosions soudaines. Illuiarrivaitdelirecinqàsixheuresdesuite.Subi-tementilbondissaitsurlereborddelafenêtre,oubien sejetaitsurnousenpoussantdescrissauvages,nous menaçantetnousbousculant. Adouzeansilécrivitunepièce,lesNocessanglantes, quenousdûmesreprésenter.Ilavaittiréchacunde
SURMONFRÈRE nosrôlesàlagélatine.J'aioubliélesujet,quimêlait unerivalitéamoureuseàdesvengeancespolitiques. Jemerappelleseulementqu'ilmefallaitêtreassassinée plusieursfois. Jacqueétaitunsévèremetteurenscène,quine plaisantaitpasavecdisait-illesexigencesdu théâtre,etnenouslaissaitpasplaisanter. Ilcommençaitàl'undenospremiersrepasdevacances quelquehistoiredepeaux-rougesquisepoursuivait quinzejoursdurant,derepasenrepas,etdontl'intérêt étaitsipalpitantd'unboutàl'autrequej'enoubliais pourquoij'étaisàtable. IlparlaitsanscessedeParis,qu'ilsemblaitconnaître commes'il yavaittoujoursvécu.Lesnomsdesacteurs luiétaientfamiliers,lesrevueslittérairesaussi,que noustraitionsderevuesd'avant-garde»,cequile « faisaitsourireavecquelquemépris. QuandilcommençadevouloiralleràParis,il appritparcœurlesnomsdesstationsdumétro,des tramways,desautobus.Puisilfitconstruireparmes onclesuntramwayenminiature,l'imageexacted'une baladeuse,avectoileetplate-formearrière,dontil étaittouràtourlecheval,leconducteuroulecontrô-leur.J'étaislavoyageusequel'onconduisaitd'unbout àl'autredelapropriété.Achaquearrêt,Jacquescriait lenomdelastation,unestationparisienne. Dansnosjeux,riennel'arrêtait.Ilnousfallaitun jourfaire unehutte,ilcoupapourl'étayerplusieurs arbresdenotrejardin. Ilavaitaussifaitconstruireuneautoenboisqu'il lançaitsurunepenterapide.Aubasdelapenteétait unvirage.TantôtJacquesprenaitlevirageàtemps, etilallaitplusloinverserdanslefossé.Tantôtil manquaitlevirageetallaitsebuterauportaildela propriété.Iljouaitàcejeu,quiétaitdangereuxetd'où l'onnesortaitpassanségratignuresetsansbosses,
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE aveclamêmeardeurqu'ilmettaitentoutcequ'il faisait.
Quandj'airetrouvémonfrère,ilsortaitd'unepériode defaiblesseetdedépressionsigrandesqu'ilavait euplusieursfoislatentationdusuicide.Maisl'amour delavieétaitsiprofondetsiardentenluiqu'ilsut remonterpeuàpeuceprofonddécouragementquiavait contribuéaussiàminersasanté.Ilétaitcommeun grandmaladedonttoutelavolontéesttendueversla vie.Iléconomisaitsesforces,méthodiquement,patiem-ment,cherchantchaquejouràêtreplusfortquela veille.Illuifallaitreprendresesforcesàpeinedépensées, presqueheureparheure.Cefutunelonguelutteémou-vante,silencieuse,maistenace,quepersonnen'apeut-êtresoupçonnéemaisquim'aprofondémentémue et quej'airetrouvéeaumomentdesamort,pendant lalongueagonieilsemblaitdéfendrepiedàpied cetteprécieuseviequ'ilsesentaitarracher. Ilvoulaitarriveràsedégagerdanslamesuredu possibledecequilefaisaitsouffrir,detoutcequi l'entravaitetl'empêchaitdevivrepleinement,selon toutesavolonté,etsesaspirations. Ilsentaitqu'ilneparvenaitpasàdonnersonplein effort,etsedemandaitanxieusementpourquoi. Parfoisilenaccusaitlegoûtdurenoncement,qui avaitétésivivaceetsiprofondenlui. Oubienilm'interrogeait«Cherchebien,etdis-moi cequetutrouvesquipuissedonnerdugoûtàvivre.» Ilmeditunefois«Jetenteencemomentuneexpé-rience.».EtuneautrefoisJecroisquejetiensenfin « cequipeuttransformerunêtre.»
SURMONFRÈRE Ilafallusamortpourquelessienscomprissent quelleétaitsavaleur.D'autresnel'ontjamaiscom-prise.Illesavaitetnecessait pasd'ensouffrir.Il aimaitàmerépéterJ'auraimaplace.J'imposerai « mapersonnalité.Jemontreraicequejevaux.Et » jemedisaisquesansunegrandeinjusticeprèsde lui,iln'auraitjamaiseumêmel'apparencedel'am-bition. Aquellescombinaisonsnecessait-ildeselivrer, àquellesréflexions,pourparveniràavoiruneauto 1 Nepourrait-ilpasobteniruneremisesurleprix? Etlegarage(c'étaitlaplusgrandedifficulté)?Etde selancerdansdescalculsinfinis.Souventilmimait leplaisirquel'onpeutéprouveràfileràtoutevitesse, auvolantd'unegrossevoiture. Ilétaitdevenucoquetilvenaitsouventdemander monavissuruncol,unecravate,uncompletqu'il désiraitacheter. Ilvoulaitapprendreàdanser«Viensavecmoi, medisait-iltoutseul,j'auraisl'airtropbête» IlmedisaitaussiJenetravaillepasautantque « jelevoudrais.Maisc'estsiamusantdevivre.Etje commence». àpeine
Pourquoiavait-ilperdusientièrementcegoûtde lavie,qu'ilavaittantdepeineàretrouver? Ilyavaiteud'abordlessouffrancesetlesfatigues immensesdelaguerre.Maisaussiuntraitdesonesprit, peut-êtreleplusintime,etquisemontraitàtoute occasion. Reprisaprèssonévasionetjetédansuntrain,les soldatsquilegardaientl'avaientgifléetbourréde coups,etjesentaisqu'ilavaitconnaîtrealorsle paroxysmedel'humiliationetdelasouffrance,mais
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE ilajoutait,quandilparlaitdeceschoses«Silaforme étaitvraimentinacceptable,ilsétaientpourtantdans leurrôle.»Jamaisilnejugeaitavecpartialité, s'ilétaitlavictime.Ilsemettaittoujourset même d'abordàlaplacedel'adversaire,etconsidéraitles raisonsquiavaientpulefaireagir. S'ilm'arrivaitdeluifairesursonœuvrequelque objection(dontj'avaishonteaussitôt,tantelleme paraissaitinsignifiante),jesentaisqu'ilsemettaitàla considérer,qu'ill'observait,qu'illuifaisaitsapart. J'admiraid'abordsansréservessonéquitépuis jedécouvrisàquelsdangerselleavaitpul'exposer. S'ilavaitperdutouteconfianceenlui-même,lafaute n'enétait-ellepas àlafoisàcesoucitropgrandde justiceetàladéfiancequ'ilavaittoujourssentie prèsdelui.Etn'est-ilpasdangereuxd'êtrejusteavec l'injustice? Maisilsedéfendaitaussidanslesdernièresannées desavieilfaisaitungrandeffortpouroser,pour s'affirmer. Jeretrouve,toutcela,etsonsourireassuré.mais unpeucontraint,surleportraitdontj'aiparlé..
Jeluiparlaiunjournousavionsrappelénostour-mentsàtousdeuxdelareligion.Ilmerépondit Situétaisdifférente,situsavaistetrompertoi-« même,jeteconseilleraispeut-êtredetetournerde cecôté.Maisnon,necherchepasparlà.Iln'ya rien. Il Ildisaitcelapresqueavecrancune,commes'ilavait ététrompédansungrandespoir.Etpourtantiln'était pasdesentimentquiluifûtplusétrangerquelaran-cune. Ilétaitmagnifiquedevoirsonamourde'lavie,
SURMONFRÈRE savolontéd'acquérirtoutcequipeutfairela joiedelavieetjesentaissibien,l'annéedesa mort,qu'ilétaitenfinenpossessiondelaforce,de l'équilibrequidevaitluidonnercebonheurtantdésiré, sichèrementconquisquesamortm'enparaîtplus atroce,plusdésespérante.
Danslesdernièresannéesdesavieilmedisait souvent«Vivre,c'estleplusgrandbiendumonde.» C'étaitunbienqu'ildécouvrait.Illegoûtaitjusque dansleluxeetlesjoiesmondaines.Ilauraitaimé enrichirsonappartement,letransformerdefonden comble,acquérirdesœuvresd'art,surtoutmodernes, recevoird'unefaçonparfaiteetlarge,voyager. IlmedisaitsouventaussiNuln'aledroitde « sacrifiersapersonnalitéilyaunepartdesoi-même quel'ondoitconserverintactequel'onnedoità personne.Aveccela,toujoursprêtàm'entendre, » àpartagermessoucis.
IlnemeparlaitpasdeFlorencesansajouterEt « l'onverrasijesaiscomposerunroman,sij'airetenu lescritiquesquel'onm'afaites.Sij'aicomprisles défautsd'Aimée.Onverraquemoiaussijesuisun romancier» Jenel'aijamaisvuaussiimpatientquelorsqu'il Si travaillaitàFlorence«jepouvaisdéjàlavoir paraîtremedisait-il.Queçanetardepas»Ilretrou-vaitalorslamêmeimpatienceetl'autoritéqu'ilavait toutenfant. Ainsi,je levoyaisreveniràsapremièrenature, quelavie,etlaguerre,avaientopprimée.Ilmesem-blaitsauvé.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE Ilm'avaitditsouventJenedépasseraipasqua-« ranteans.»Ilajoutait«D'ailleurs,toinonplus.» Unpeuplustard,ilajoutaitencore«Maisjelaisserai Florence». QuandRadiguetmourut,ilmedit«c'estcomme celaque jem'enirai. »
Jen'aiparlerdemoiquepourmieuxparler demonfrère.Jen'aipasàendiredavantage.Etpour lui,iln'étaitpeut-êtrepastropdifficilededevinerà traversladernièrepartdesonœuvretoutcequej'ai dit.Maissansdouten'imagine-t-onpasassezàquel pointilétaitl'hommedecetteœuvre,dontunepart, laplusimportanteàsesyeux,nousdemeuretoujours cachée. JEANNERIVIÈRE-LEPROUST