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La Nouvelle Revue Française N' 4 (Mai 1909)

De
88 pages
Jacques Copeau, Le Métier au Théâtre
Jean Schlumberger, Épigrammes Romaines
Henri Ghéon, Ŕ la gloire du mot ŤPatrieť
Edmond Pilon, Suite au récit du Chevalier des Grieux
Anonymes, Textes [La Bruyčre, Goethe]
Notes :
André Gide, Rayons de Miel, par Francis Jammes
Jean Schlumberger, Le symbolisme et M. Julien Ochsé
André Gide, Couleur du temps, par Henri de Régnier
Jean Schlumberger, Chronique du cadet de Coutras, par Abel Hermant
André Gide, Ŕ propos de Colette Baudoche...
André Ruyters, Le Défaut de l'Armure, par Albert Erlande
Henri Ghéon, Douze histoires et un ręve, par H.G. Wells
André Ruyters, Le Livre de Désir, par Charles Demange
Jean Schlumberger, Connais-toi, par Paul Hervieu - Les réfractaires de M. Richepin
Anonymes, Sur Bernard Shaw - Le Juif Polonais
Jacques Copeau, La Société Nouvelle
Henri Ghéon, Ŕ propos des ŤIndépendantsť
Jean Schlumberger, Exposition Louis Süe
Jacques Rivičre, André Lhote
Jacques Copeau, Une élection académique
André Ruyters, Le Féminisme décidément...
Anonymes, Accusés de réception [Revues, livres]
Voir plus Voir moins
LE
MÉTIERAUTHEATRE.
Lemétier,tantqu'ilestsain ,neselaisse pasapprécier.Maisquand,parungrince-ment,ildénoncelafatigueetl'usure,on aperçoit,pourlesadmirertardivement,ces secretsaménagementsdelaculturequivont dégénérer,soitentrelesmainsdel'artiste déclinantetc'estlaformule,soitentre cellesd'unepostéritéoisiveetc'estlepon-cif.Car,silemétierestlapluspositive acquisitiondelaculture,ilenestaussila plusdangereuse. Plusunecultureestancienne,pluselleest difficileàmanier.Ellen'apasatteintsans malaiselepointdesamaturitéetdesadé-licatesse.Dèslorsundoubledangerla menace:secorrompredanslafoule,ous'éner-verauseind'uneélite. Elleesttropalarmanteoutropinvitante. Ellemetàlaportéedesunsuneabondance, unefacilitéderessourcesquilesdispensent delarechercheoriginaleetdumériteper-1
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE sonnel.Auxautresellen'inspirequescru-pulesexagérés,défianceenversdesformes assoupliesàl'excèsquiseprêtentcomplai-sammentauxpluschétivesentreprises.Parce queceux-cis'installaientd'emblée,avec effronterie,dansuneexpressionbanale,nous avonsvuceux-là,assumantcommeundevoir des'achopperàdesrestrictionsvolontaires, concentrerleurnoblesselaborieusedansune sorted'impossibilité"dulangage.Ettandis quelesplussévèresartisansdelatechnique affectentdemépriserlesavoir-fairemille producteursindisciplinésaccuserontéternelle-mentquelquesavarescréateursd'uneim-puissancedontilssonteux-mêmesunpeu tropdépourvus.Sibienque,dansl'opinion commune,s'aggravedejourenjourledivorce abstraitentredeuxnotionsinséparablesla notiond'artetlanotiondemétier.
Nullepartmieuxqu'authéâtrecefuneste malentendun'estsensible.Ilyaquarante ans,AlexandreDumasfilsputécrire,dansla préfaceduPèreProdigueUnhommesans aucunevaleurcommepenseur,commemoraliste, commephilosophe,commeécrivain,peutêtreun hommedepremierordrecommeauteurdrama-tique
1 LEMETIERAUTHEATRE Cetteabsurdemaximeestpasséedansles mœursduthéâtre.Ellel'aavilienpronon-çantqu'un;sotpûtyprendre;lepassur l'hommedegénie,qu'uneœuvrevidepût êtreuneœuvrebienfaite.Elleasuscitéles cyniquesconvoitises,lesactivitésbrouillonnes quisemêlentsurlascèneavecuneferveur stérile.L'artistequis'yfourvoieseheurte partoutàl'inculture,àl'ignorance,àla légèreté,àlabassesseducaractère,àdefor-midablesintérêts.Etc'estavecdégoûtqu'il cèdelaplaceauxgensdemétier". Gensdemétierlesauteurs,lesacteurs, lesdirecteurs,lescritiquesetlepubliclui-même.Toutcequitoucheauthéâtreest aussitôtdiminué,déformé,corrompudans sonatmosphère. Unhommedethéâtrenedevrapas tournersonregardverslemonde,nifamiliari-sersonespritaveclessentimentsetlesidées. Ilnes'instruiraquedethéâtre.Iltiendrales yeuxfixéssurlepublicàl'aviditéduquelil seproposesansrelâche,quiestàluiseul toutlethéâtre,quiamanifestésongoût, unefoispourtoutes,imposédesrecettes,et tienn . quiveutqu'ons'y Cequ'onappellemétiern'estpasune exigencequel'auteurtientdelui-même,c'est unecontraintequiluivientdudehors.Le
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE cultedumétiern'estautrechosequel'idolâ-triedupublic.Lesprétendussecretsdu métieretsesrègles,c'est,endernièreanalyse, l'ensembledeshabitudesdupublicimposées àdesamuseurs. Aussibienledramaturgesera-t-il,quelque jour,chasséduthéâtreparlescomédiensdont ilestl'esclaveetquiont,ensomme, encore mieuxqueluil'habitudedelascèneetdu publicDeplusenplusilslesupplantent, etleurmétierempiètesurlesien.Quelques-unssefontauteurs.Lesautresproposentdes avisquandilsn'imposentpasleurcollabora-tion.L'argotdescoulissesprendforcedelois esthétiques.Ettouteslespiècesqu'onrepré-sentenesont-ellespas,plusoumoins,l'œu-vredescomédiensqu'ellesglorifientseuls? Ellesontleurtournureetleurgrimace.
Lemétier,sansl'art,quiestsaraison d'être,c'estunemécaniquefonctionnantà vide.L'artprivédumétier,quiluiassure forceetdurée,'c'estunfantômeinsaisissable. Nousrepoussonslavieilleetvainedistinc-tion,dansuneœuvreintellectuelle,entrece quiappartientàlamatièreetcequidépend del'esprit,entrelaformeetlefond.De
LEMETIERAUTHEATRE même,nousnousrefusonsàconcevoirune dissociationfacticeentrel'artetlemétier. Avraidire,pournommerletalismanmys-térieuxquelesauteursdramatiquescroient s'êtreapproprié,cen'estpaslemétierqu'il fautdire,maislaformule. Nullenatureneproduitsonfruitsans extrêmetravail,voireetdouleur.(Bernard PalissyJ. Le"métierestcetravaildelapersonnalité enlutteavecsespropresacquisitions,l'art surlefaitdelacréation.Ilestencorecette longuepatiencedugénie. Onditd'unpeintre(pourquoinele dirait-onpasaussibiendetoutartiste?)qu'il possèdeunbeaumétierEt,pasplus qu'onneloueraitunécrivaindesonortogra-phecorrecte,unpoètedesonmètrejuste, onnesongeàprisericilesavoir-fairede l'école,maisuneméthodeoriginale,unenou-veautéquelepeintreatiréedesonfondset quin'adevaleurqueparlui,uniqueparce qu'elleestpersonnelle. Lemétier,sil'onrendàcetermesadignité, estcequidistingueunartistedetousles autres,lapreuvedel'invention. Laformule,aucontraire,estceparquoi touteslesproductionsmédiocresseressem-blentlaparodiedumétierensadécré-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE pitude.C'est,lamain-mise,pardes,anony-mes,surunefacultéqui,du-moment-ils l'empruntent,semueenprocédé.ettombe dudomainedel'artdansceluidel'industrie.
L'invention.nexistepaspournous.Nous navonsrienàinventer,nousn'avonsquavoir. Ceplaisanttrait-làvientencoredeDumas fils: Voirpourunartiste,est-ceautrechose qu'inventer".?Aussiconcèderait-onvolon-tiersquevousn'eussiez,;.en.effet,qu'àvoir. Maisvousvoyez;"théâtreVous-avez, commevousledites,l'œilconstruitd'une certainefaçon",C'estàdirequ'ilestperverti, commee£t.empoisonnévotregoût,parl'ha-bitudedufacticeet,lapratiquedesmanigan-ces.Vous,YQir.iC'es,tlaformulequi croyez voussauteïauxyeux;C'est.elleiquitravestit pourvoustouteapparenceet^flétrittoutesin-cérité.Vousvoulezfaire,avanttou,t,une piècedethéâtre.Cettepréoccupation;vous commandelechoixdes.matériaux,l'ordon-nancedesproportions,,ledispositifdeseffets. Elleguindevosgestes,ellealtèrevotrevoix. Unbonsujet,entreîYOSmains,un.caractère humainseréduisentbientôtàcela:*duthéâ-