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La Planète Schizo

De
382 pages

Le bouleversement climatique est devenu un fait de société. Les humains devraient trembler. La psychose éveille les délirants. Franck, le héros du roman, se situe aux frontières du réel, du mythe, et de l’anticipation. Nous découvrons avec lui l’avenir de notre espèce et de la planète Terre. Aux confins de l’univers, une forme de vie impensable, gigantesque, télépathe, profite des civilisations en déroute tels que la nôtre. Mais cet univers est peut-être un monde minuscule né au cœur de la matière grise et de la pensée. Actualité, futurisme, fiction. Planètes subtiles. L’homme impitoyable et cruel réapparaît au tournant de l’intrigue.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-01470-0

 

© Edilivre, 2015

 

Du même auteur

Romans

• Le rond dans la tête. Ed. Vague verte.

• Marie dans la nuit. Ed. Edilivre

• Le sage au fond du puits. Ed. Edilivre.

• Le bonheur est dans la grotte. Ed. Edilivre.

• La fillette et les 40 valeurs. Peinture. Sam Editions.

• La milice antiradars. Ed. Thélès.

1

– C’est l’évidence ! Des précipitations atteignant la barre des cent vingt centimètres en une nuit sur Paris, entrainent forcément des dégâts.

– Monsieur le président, avec tout le respect que je vous porte, je précise que je ne parle pas de Paris. Non, il s’agit de la base en Guyane et du raz de marée. Sans électricité, en état d’alerte, les routes, les maisons, les voitures… Un désastre. Personne n’a rien vu venir. L’état d’urgence ne permettait pas de pressentir une malveillance d’un hacker qui allait couronner le tout.

– Les séquences de lancement d’une navette sont complexes et je ne peux croire cette mascarade.

– Pourtant, Ulysse 234 préparée pour la mission K2B s’est bien élevée au-dessus de Kourou ce jour et les phases de décollages se sont succédées sans que l’on puisse trouver de parade. Il a même bloqué l’I.D.S. D’après les services spéciaux, tout cela a nécessité les talents d’une pointure en informatique et ils ont déjà une piste puisque le jeune Nicolas Hiss ne s’est même pas donné la peine de masquer son identité.

– Attendez ! On nous a déjà parlé de lui. Ne m’a-t-on pas annoncé sa mort en Avril dernier dans le Nevada ?

– En effet. Il avait enfreint la loi martiale en dévoilant des éléments à faire paniquer notre civilisation sur la provenance des OVNIS. Il prétendait s’être échappé du monde des profondeurs.

– Mais je ne vois pas dans quel but il a pris la route de l’espace. Monsieur Brant, que savez-vous à ce sujet ?

– Monsieur le Président, nos collaborateurs australiens qui avaient misé sur le module de transformation des gaz à effet de serre y voient le premier trafic d’énergie de l’espace puisqu’en parallèle, les unités d’Arbium sont déjà stockées.

– Comment ça ? Je ne comprends pas.

– A la base, c’est la méthode Weizmann utilisée par le professeur Jacob Karni qui a permis de déposer les bases du recyclage atmosphérique. Monoxyde de carbone, le méthane et autres éléments sont détournés…

– Passons ! Je ne suis pas apte à comprendre tous les détails. Ce qui m’intéresse, ce sont les motivations de ce délinquant.

– Récupérer les unités d’énergie pour les revendre à la Terre.

– Foutaises ! ragea le chef Européen en frappant la table.

Un message arriva sur le portable de Jacky Brant.

– Stupéfiant ! Il a lâché le module usine dans la stratosphère, à l’endroit prévu et il continue le vol programmé pour la mission. Mais, regardez ! Voici votre Sébastien qui arrive. Bonjour !

– Monsieur le président. Il s’agit de Nicolas Hiss. Ce même génie du clavier qui avait déjà mis en déroute nos aéroports l’an passé. A Kourou, il a paralysé les centres de contrôle et les gardes au moyen d’armes sophistiquées. Nous dirons « comme si elles venaient d’une autre science ». Je sais que je ne peux émettre de supposition sur des gens venus d’ailleurs. D’après les vidéos, ils n’étaient que deux. Hum, de plus, son compagnon ne semblait pas humain. Nous pensions que Nicolas commandait toutes les opérations grâce à un programme qu’il avait infiltré dans les ordinateurs du centre spatial guyanais. Il semble qu’il n’ait pas eu besoin de ça. Un phénomène inexplicable laisse penser qu’une technologie inconnue maitrisait nos opérations. Là aussi, étrangeté de son intrusion. Il est arrivé dans un mini module triangulaire qui a soudain disparu. On dit qu’il fuyait le monde du dessous, mais qu’il a profité de son savoir pour préserver la Terre. Le fait qu’il ait lâché les modules de transformation montrerait son empressement et sa détermination pour retarder l’inexorable destin de l’humain. Il est vrai que nous avons trainé sur le projet puisque nous voulions qu’il coïncide avec le départ de la mission.

– C’est une plaisanterie ! Je ne crois pas que ce soit le genre de gars prêt à paniquer, rétorqua le président qui levait deux mains vers le ciel. Nous devons convoquer le cabinet et le général Travis. Je veux les dossiers sur les étranges phénomènes qui ont eu lieu en Mai dans l’antarctique. Cet abruti va déclencher une guerre inter sidérale.

– Une seconde ! J’ai un nouveau message envoyé par Marc du CNESS sur mon portable. Il me dit. « Postez-vous devant l’écran de télévision ! »

*
*       *

Des images de la Terre défilèrent. Une voix commentait les évènements avec passion :

« Des nouvelles navettes viennent de quitter le sol terrien à raison de trois en Guyane, Australie et Oural, et de deux en Floride. Il n’y a aucun passager à bord. Elles sont destinées au traitement des gaz à effet de serre. D’après une information sérieuse, cela ferait partie du plan lancé par le pirate de l’espace qui dans la soirée avait dérobé Ulysse 234. De véritables usines vont purger l’atmosphère. Les experts se demandent si le programme qui échappe désormais à leur contrôle se déroulera comme prévu. Etrangement, celles-ci sont escortées par des vaisseaux non identifiables ».

*
*       *

2

– Sarah ! Tu as le président au bout du fil, annonça Lionel d’un ton solennel.

– Tu plaisantes, j’espère !

– Nenni ! Il attend.

– Quoique j’attendais cet appel un jour ou l’autre. Allo !

– Mademoiselle Caplan ! Vous suivez les informations, je présume !

– J’essaie ! Montpellier, Paris, Londres, la Guyane. La météo fait des siennes.

– Une ville balayée de la carte, ce n’est pas rien. Un Tsunami qui tombe du ciel.

– Si l’on veut monsieur le président. Mais les orages sont obligatoires. Nous sommes au mois d’Octobre et la température de la Méditerranée est de 23 °C ! A mon humble avis, nous ne savons drainer toute cette eau. La station Eupsylon avait prévenu le gouvernement. Nous n’en sommes pas au premier déluge qui s’abat sur la côte.

– D’abord Ales, maintenant c’est Montpellier qui est rayée de la carte. Où allons-nous ?

– Vous savez que le professeur Karni, en équipe avec la Nasa et la Soviétique Sky School, a déclaré que dans les prochains mois, nous saurions modifier l’atmosphère. Il semble qu’un système efficace peut modifier les gaz à effet de serres. Mais j’espère que ce n’est pas à ce sujet que vous appelez.

– C’est déjà opérationnel ! Mais si vous n’avez pas l’info, je vous apprends que c’est un pirate informatique qui a lancé le programme : « New Word ». Je dois converser de cela avec vous, mais pas au téléphone.

– Quand ?

– Un hélicoptère vous attend sur le terrain de foot. Une voiture est devant votre porte.

L’engin s’envola sans attendre et cela, malgré la tourmente et les rafales qui balayaient le site. Sarah mordillait la peau de ses doigts pendant l’envol. Elle sentait que quelque chose de grave venait d’arriver. Puis, comme si le temps s’était arrêté, elle se retrouva à destination. Les talons frappèrent les dalles brillantes. Une grande porte s’ouvrit et le président vint la saluer en souriant.

– Asseyez-vous ! Vous serez mieux ainsi. Surtout après ce que je vais vous dire.

Sarah, intriguée, ouvrit de grands yeux.

– Je vous écoute, souffla-t-elle.

– On vient de nous voler votre bijou.

– Bijou ?

– La navette ! Celle qui allait emporter le relai sur Mars et le module dans l’atmosphère le mois prochain, a été dérobée.

– Qui ? Comment ?

– Maxime va arriver pour vous faire un topo. Mais je voulais vous demander si les vaisseaux spatiaux que vous avez placés dans les stations relai, disposés dans l’espace, sont opérationnels.

– Notre équipe vouée à la mission Gemini est presque sur le départ. Ceci dit, j’ose espérer que vous ne souhaitez pas nous coller un quelconque membre de votre équipe.

– Ne pensez-vous qu’il serait judicieux que les chefs d’états s’implantent sur les cités de l’espace ? Vos Gyrosphères ?

– Oh là ! Mais pas de panique. Certes, Paris a subi une crue incroyable. Des orages sont attendus pendant tout le mois. Mais ça ne peut pas être pire. L’apocalypse, ce n’est pas pour demain. Je vois. Vous ne croyez ni vos scientifiques, ni en la transformation de l’atmosphère. Pensez-vous que la planète soit sur sa fin ? Arrêtez de geindre et ordonnez la construction de digues, de mini barrages ! Saisissez les tractos et tant pis pour l’esthétique, balancez des fossés tous azimuts. Réunissez d’ici ce soir les ingénieurs et donnez leur la mission de renforcer les lignes, d’établir un système de drainage sur la capitale, mais aussi sur toutes les villes. Je suis certaine que certains esprits aiguisés ont déjà leurs idées. Nous n’en sommes qu’au début de la prospection et je ne vais en aucun cas compromettre ma mission. La transformation de la voute céleste est au point et la Terre tiendra quelques décennies si les hommes deviennent moins stupides.

– Nous craignons que les systèmes électriques soient touchés. Vous savez que tout est géré à partir d’ordinateurs. Tous ne sont pas contrôlables par des groupes électrogènes. Nous ne savons pas si ce jeune fou n’a pas contaminé notre système pour ne pas être poursuivi.

– Vous plaisantez ?

– Hum, il y a pire. Nous avons fait silence sur les étonnantes révélations faites par cet énergumène sur le monde des abysses. Nous l’avions pensé mort, assassiné dans son pays, et voilà qu’il apparait armé de lasers, d’armes paralysantes, de dérouteurs ondulaires, d’un vaisseau triangulaire voyageant à vitesse supersonique. Nous craignons qu’il n’ait déclenché une menace du monde souterrain.

– Les fameux OVNIS de l’antarctique et des iles du pacifique ?

– C’était vrai. Nous avions éliminé toutes les preuves.

– Mais que comptez vous faire ? Réquisitionner notre vaisseau pour sauver votre peau ? Sauf votre respect.

– Mademoiselle Caplan, si j’ai tenu à parler avec vous, c’est parce que j’ai d’importantes révélations à vous faire. Désormais, vous et moi, sommes dans le même navire.

– Sauf votre respect, je ne crois pas que nous ayons les mêmes priorités.

– Vous allez comprendre. Le danger ne vient ni des orages, ni du réchauffement, ni de l’espace. On parle d’extra terrestres depuis des décennies, de Sandy Island, île fantôme qui apparait puis disparait, triangle des Bermudes, de vaisseaux étranges qui apparaissent et disparaissent Ovnis et base extraterrestre autour de Porto Rico, D’accord ?

– Assurément, répondit Sarah intriguée. Mais quoi ?

– Une intelligence provenant de l’espace ? foutaises. Au fond de nos océans, bien au-delà de nos zones d’exploration, à plus de 8000 m de profondeur, se tient un monde bien réel. Ils ne nous envahissent pas, ils nous observent et leurs vaisseaux n’ont d’ailleurs été que rarement aperçus dans notre système solaire. Des observations à Terre ou dans le ciel par des navires, mais pratiquement jamais dans l’espace. Etrange, non ? On ne s’est jamais posé la question. Pourquoi nos satellites n’envoient pas des données concernant une intelligence extraterrestre ?

– Il est certain que nous n’avons trouvé que des êtres primitifs dans les mondes lointains.

– Il ne faut plus regarder en l’air, mais dans les profondeurs.

– Ouah ! s’exclama la jeune chercheuse.

– Un spécimen d’une créature évoluée des profondeurs a été étudié. Son hémoglobine est identique à celle des vers de plage. Arenicola marina. En conséquence, ces intelligences sous-marines sont capables de capter plus d’oxygène et leur cerveau suralimenté a des capacités qui nous dépassent. Hélas le sujet fut récupéré à moitié grillé lors d’essais militaires.

– Incroyable !

– La question est de savoir si ces habitants, arrivant à une technologie surprenante, sont des êtres qui sont apparus dans l’abysse pour y vivre en autarcie. Des hybrides humanoïdes poissons, représentant de l’évolution d’une intelligence des profondeurs, ou bien, seraient-ce les rescapés d’une planète telle que Mars, disparue sous l’eau, qui ont réussi à s’échapper ? Je pense qu’ils attendent que nous leur permettions de quitter notre monde. Parfois, je m’interroge encore sur les Tsunamis. Avez-vous entendu parler des dossiers secrets du Hangar numéro 1 ? Des présidents américains qui cachent la vérité ?

– On nous balade.

– Non, cela se démontre aujourd’hui. Je le savais.

– Monsieur le président, je comprends. Je devine vos inquiétudes. Vous pensez que sauver l’élite serait suffisant. J’ai mieux à proposer. Nous ne sommes pas en guerre. La météo va s’arranger. Pour l’instant, je dois récupérer l’homme qui va nous permettre l’exode à partir des citées artificielles que nous avons planté dans les astres. Que feriez-vous dans nos Gyrosphères si nous perdions les ressources utiles à la vie ? Il est urgent d’exploiter l’un des mondes que nous avons trouvé dans le cas où la Terre serait en danger. Les stations relai ne sont pas viables à l’infini. Je dois récupérer un homme capital actuellement sur Oriandre. Je dois garder l’astronef pour la mission Gemini, mais une navette sera à votre disposition dès que je reviendrai d’Oriandre.

– Quel est cet individu à propos duquel je n’ai aucune information ?

– Un simple humain.

3
L’éveil

L’air frais du matin commence à tiédir. La rue est déserte. Un lierre épais grimpe au dessus du mur cossu qui entoure le parc de la Citadelle Accroché à la pierre, il serpente en s’étirant, et sa verdure, travaillée au couteau par le peintre nature, s’étale de façon régulière, ne laissant apparaitre que de maigres espaces d’une construction délabrée. Franck marche au bord du trottoir. Souillé, portant une chemise col Mao blanche, il avance. Se grandit parfois pour jeter son regard par dessus les parpaings. Une odeur de mousse, mêlée de fleurs, émerge dans ce quartier nommé « pot marigold » appartenant à l’ancienne citée. Des bourgeons éclosent autour du bassin recouvrant la place. Cet homme, dégoulinant de sueur, arrive à l’extrémité de ces remparts torturés par les ans. Quelques pavés teintés de lichen orangé sont tombés sur ce sol trop sec où pousseraient le thym et le romarin. Il se dresse pour apercevoir l’enclos grandiose qu’il épie depuis une semaine. Ici s’élèvent de grands arbres aux fruits multicolores, entourés d’immenses calebasses. La prudence est de rigueur. Des arecs, des pins parasols, des lauriers flamboyants aux éclatantes fleurs rouges, parsemés avec goût, cachent une partie de la demeure construite de roches et de poutres. Le cœur de cet individu bat. Il scrute chaque niveau, encoignure. Il attarde son regard sur les meurtrières donnant l’apparence d’un château à l’immense bâtisse. Il sait que derrière ces murs épais se trouve la réponse à ses questions. Il évolue sans empressement. S’attendant à voir surgir des fauves féroces, Orifs, Vauriens de Maure, il grimpe sur les larges fortifications avant de courir à hauteur de l’aile ouest pour ne pas projeter d’ombre. Quelques branches font un rideau entre lui et l’étendue qui le sépare de l’édifice. Il attend. Il retient son souffle. Il n’entend que les battements de son cœur frappant ses tympans. Il inspire profondément. Il sait qu’il doit retrouver son calme. Il finit par souffler avec retenue, en pinçant ses lèvres. Arrivant aux pieds de sa quête, l’excitation l’envahit, mais maintenant, le temps n’est plus aux suppositions. Chaque pas va le porter un peu plus dans son histoire.

Son histoire.

Tel sera le mystère jusqu’à ce qu’il entre dans ces lieux.

Il sait qu’il a vécu sans comprendre le nouveau tournant de sa vie, les raisons qui l’ont amené dans la cité abandonnée où il doit se battre contre des fauves inconnus et quelques rapaces géants. Ses souvenirs ne lui permettent pas de savoir pourquoi il s’est réveillé sur le sol d’Oriandre dont il ignorait jusqu’à ce jour, l’existence, le nom et la situation dans l’espace.

Son éveil serait survenu en fin de journée, quelques minutes avant la tombée de la nuit. Il avait ouvert les yeux pour constater qu’il était au cœur d’une cité, couché sur un trottoir encore chaud qui indiquait que les journées étaient brûlantes. Ses bras avaient eu du mal à bouger et à respecter les ordres qui les dirigeaient. Il s’en étonna. Il se souvient avoir pensé qu’une flèche curarisante avait dû piquer son corps, bien qu’il n’imagina nullement avoir vécu au milieu ou dans l’entourage de tribus qui eussent utilisé arc, sarbacane, arbalète ou toute autre arme blanche. Mais rien n’éclaira le sens de ses pensées qui bondissaient tous azimuts et à la question : « Qui suis-je ? », le vide de son esprit ne savait répondre. Étendu, il avait attendu de pouvoir commander ses membres. Posé dans un carrefour, il regarda dans tous les sens et ne vit aucune âme trainer dans les rues. Les allées étaient désertes. S’attardant à travers les branchages d’un arbre planté dans un rond laissé par les dalles du pavé, il vit un oiseau géant ressemblant à un animal préhistorique. Un Vraure à éperon. Il activa ses pieds, ses jambes lourdes et endolories. Par de profondes inspirations, il emplit ses poumons encore ratatinés et il se précipita vers le premier abri lui permettant d’échapper à la vue du géant ailé. Soudain, tel un fauve en alerte, percevant un frémissement quelque part dans les buissons, vif, il pivota sur ses talons à la façon d’un danseur pour se retrouver à demi accroupi et prêt à bondir. Que sont ces instincts ? se demanda-t-il. Un souffle grave, provenant de sa droite, le fit sauter de côté et se retourner doigts écartés, à demi fléchis. Il n’eut que le temps de voir une queue couverte d’écailles disparaître derrière une grille. Aussitôt, comme habitué à l’inhospitalière investiture de la cité, après avoir vérifié que le ciel soit dégagé, il libéra une étrange et instinctive mobilité qui le conduisit en moins de trois bonds au sommet d’un balcon fermé. Agile, il pivota pour surveiller ses arrières. Son déplacement silencieux n’avait pas donné l’alerte. Respirant un instant, les yeux clos pour remettre de l’ordre dans ses idées, il se pensa bien seul. Les maisons seraient inhabitées ? La ville déserte. Perché sur son promontoire, il attendit. Les volets restèrent clos. Personne ! Il se sentit en sécurité. Tapis dans l’ombre d’un paravent illuminé par d’étranges lunes disposées en anneau, il scruta ce ciel nouveau. Il les compta. Sept. Plus bas dans le firmament, la nuit étoilée formait un vrai nuage de constellations. Quel ciel étrange ! Recroquevillé sur lui-même et posté derrière la canisse, seuls ses yeux osaient balayer les reliefs. Un dégradé d’ombres donnait une dimension inhabituelle aux habitations. De toute évidence, la rue n’était pas fréquentable à la tombée de la nuit. Alors pourquoi avoir atterri semi-comateux en ce lieu si dangereux ? Il aurait le temps d’y penser, se dit-il. Le moment était à la survie. Machinalement, comme s’il cherchait un moyen de défense, il fouilla ses poches. Rien. Ses mains s’activèrent rapidement, mais c’est bredouille qu’il abandonna ce projet pour aussitôt s’acharner sur la grille du balcon. Il constata qu’il avait une force dont il ignorait totalement l’existence. L’une des barres commença à céder pour finalement s’extraire de son encoche. Avec satisfaction, il admira la tige d’un métal rigide qu’il fit aussitôt tourner autour de ses poignets, derrière son cou et devant son corps. Etonné, il la fit de nouveau pivoter à grande vitesse autour de ses doigts. Dans un sens, dans l’autre, de l’une ou l’autre de ses mains. Selon toute vraisemblance, les arts martiaux ne lui étaient pas inconnus. De son visage, creusé, pas rasé, s’échappa un léger sourire de satisfaction. Il se frotta la barbe encore jeune et en conquérant, il souleva les paupières qui cernaient deux yeux d’un bleu gris éclatant dans ces ténèbres argentés. L’horizon se dissipait dans de rares reflets. Pas de menace immédiate. L’arme serait parfaite. Les sens en alerte, la vue, l’ouïe, l’odorat, tel un félin, il se mit en quête du plus infime craquement de brindille, du frémissement d’un feuillage. Tout sembla calme. Élevant la tête, il évalua l’imposante façade et le moindre interstice. En quelques bonds, rampant tel une araignée sur la paroi verticale, adroit, précis, il se trouva posté sur une poutre en dessous d’une avancée de la toiture, à l’ombre de la luminosité lunaire. Depuis son promontoire, son œil couvrait toute la rue et il pensa qu’il ne pouvait craindre de surprise provenant du dessus. Il allait passer la nuit perché comme un hibou. Il arriva à dormir sur de courtes périodes, tâchant de ne pas sombrer dans un sommeil trop lourd en prenant soin d’ouvrir ses paupières par intermittence. Torturant ses pensées, fouillant sa mémoire, il n’arrivait pas à trouver une explication à ses aptitudes, à ses instincts guerriers. De lui, il n’avait que le souvenir d’un homme simple et rangé, paisible, dans une vie sans surprises et cela correspondait aux vagues évocations qu’il avait de sa personne. Il eut la nuit, l’attente, la crainte, les alertes, pour l’aider à chercher dans les profondeurs de son cerveau les signes d’un passé dont il eut connaissance. Décidément, l’image du simple citoyen était la seule chose qui s’accordait avec l’identité qu’il se prêtait. Il visualisa un instant le moteur d’une voiture, celle qu’il avait possédé avec certitude, lui le passionné des moteurs. C’était une Mustang de l’année 1968 sur laquelle il avait vérifié les bougies récemment. Il en aurait donné sa main à couper, tant l’évènement lui paraissait frais dans sa mémoire. Alors, comment pouvait-il se faire que d’un coup il soit devenu un conquérant de l’espace ? De même, il avait le souvenir cuisant de pousser sa tondeuse sur le vert gazon alors que le soleil piquait la peau de son dos nu. Martyre, son chien « dément », un stupide et adorable teckel, courait tous azimuts et virevoltait vers le monstre à quatre roues qui mangeait la pelouse par rangées. Et cela était hier. Il le savait. La faim le tortura et l’image d’odorants croissants exhala ses pensées.

Lui, l’humain sans prétention, était devenu un être mi homme, mi fauve, aux instincts aiguisés. Son attention se détourna un instant des considérations insolubles qui le préoccupaient. Sous la blanche clarté de la nuit, à l’angle d’une rue voisine, il vit un animal, une monstrueuse créature ressemblant à un varan à crête. Instinctivement, le terrien se recula pour ne pas risquer d’être vu. L’horrible bête à écailles, à l’imposante tête quadrangulaire, évoluait par saccades. Une course courte. Un arrêt. Une posture figée. Par instants, elle semblait ne plus respirer. Immobile, il paraissait être un tronc, une branche, une statue, et sa taille était celle d’un buffle. Gueule ouverte, il souffla un grand coup par-dessus son épaule. Son nez écrasé était fondu dans le relief irrégulier du museau qui permettait le passage de crocs en crochet. Soudain, ce fauve d’un autre monde bondit sur une masse arrondie, roulée sur elle même qui sous l’impact s’étira pour former un boudin long d’un bon mètre. Un rapide tourbillon ne durant qu’un instant s’arrêta pour laisser apparaître cet étrange reptile dévorant sa proie en quelques bouchées. « C’est gai ! » pensa Franck qui se cala en retrait dans une inconfortable position pour passer la nuit.

Il attendit le jour. L’odeur de la mort semblait avoir éloigné tout prédateur.

« Suis-je comme eux ? », se demanda-t-il au réveil, encore dans la torpeur. Il regarda ses mains.

« Je suis humain » !

Il ne se rappelait pas avoir été conduit en ces lieux. Il ne se représentait ni voiture, ni avion ou hélicoptère qui l’auraient parachuté en cette terre. Quelle terre ? Avec des créatures mystérieuses ? Éjecté dans l’espace, sur une autre planète ? Mais alors, pourquoi ces constructions, cette ville, ces maisons ?

Des envahisseurs ? Et il n’en aurait aucun souvenir ? Impossible ! Selon toute vraisemblance, il n’allait pas résoudre le mystère avec le seul secours de la pensée.

Le matin était venu et Franck s’était hissé au dessus de la bâtisse pour atteindre son faîte et scruter l’horizon. Un dernier bond et il se retrouva sur un toit de béton. Il chavira instantanément derrière le muret qui délimitait la terrasse. Son regard se porta le plus loin possible. Celui-ci s’arrêta net. Balayant les reliefs dans les terres lointaines, puis le ciel, il fut prostré en direction du Sud. Sa bouche s’ouvrit en formant un rond d’étonnement. Un lever du jour singulier apparaissait pour la première fois. Face au terrien stupéfait, un soleil violet accompagné d’un petit soleil rose, s’éleva dans un ciel entre le bleu et le vert. C’est géant ! souffla-t-il. Il ne s’agissait plus de lézards, de varans, de gigantesques hérissons, mais de la révélation incroyable de la vie sur autre planète que la Terre, une vie extraterrestre, comme dans les romans, les films. Xérus et Calissé, nom des deux étoiles qui chauffaient Oriandre, la planète sur laquelle était le terrien, se trouvaient à la périphérie de la galaxie de Barnard, également désignée par NGC 6822, galaxie la plus proche de la voie Lactée où se situe notre soleil sur son pourtour. Xérus était celle des deux qui dominait, vieille de neuf milliard d’années, en fin de vie, mais suffisante pour chauffer Oriandre qui était très proche. Les astronomes pensaient que Xérus était sur le déclin et qu’il était impossible de prévoir le moment où tout chavirerait. Pour l’instant, l’équilibre était idéal. Bien entendu, notre terrien n’avait aucune idée de ces considérations. Son métier sur terre, orienté vers les sciences humaines et la médecine, n’avait rien à voir avec les sciences de l’espace. Il survivrait, désormais confronté à une faune animale inconnue en un monde ignoré sévissant dans les ruelles d’une ville fantôme. Les questions du « comment », du « Pourquoi » revenaient en boucle. Sans réfléchir, il scruta à nouveau l’horizon dans tous les sens. Pas la moindre trace de « vaisseau de l’espace », de structure métallique se dressant en un point quelconque. Seuls, des toits, des maisons à trois étages s’agglutinaient par endroit pour former des quartiers et des ruelles. Une citée et la forêt d’arbres cossus, écrasés en hauteur, avec des branches qui effleuraient le sol, avec une canopée à moins de cinq mètres de haut. Ces arbres auraient pu se comparer à d’épais Tims. Répartis de façon régulière en des points éloignés, poussaient d’immenses Fingigus paraissant être des pins parasols. Le tronc tortueux avait plus de cinq mètres de circonférence et l’arbre s’élevait avec harmonie. Le créateur avait eu soin de mesurer la distance régulière qui les séparait.

L’heure était à la survie.

Comme préparé à cette éventualité, Franck savait qu’il devait trouver la demeure qui serait suffisamment hospitalière. Plantée dans l’un des nombreux quartiers, elle ne devrait cacher ni rats, ni reptiles, ni insectes voraces.

Il n’avait pas fini de faire le point, qu’une ombre ailée laissa échapper une pointe de ses ailes en bordure de la terrasse. Élevant les yeux, il vit un aigle à tête de serpent dans un plané majestueux tourner au dessus de lui. Soudain, l’animal repéra le terrien. De son œil aiguisé, il semblait bien assuré de la précision de son attaque et il n’hésita pas à piquer vers l’humain qui aussitôt pointa sa « dague » vers le ciel. Sautant de côté en se calant sur ses deux jambes écartées et pliées, il visa le côté du géant ailé surpris par cette esquive. Il atteignit la bête qui aussitôt écuma en poussant un rugissement de fauve. La créature bascula dans un vol incertain avant de faire volte-face. Son apparence était féroce. Echaudée, elle descendait avec prudence. Le rapace à tête de reptile zigzagua tout en s’approchant avec obstination, grognant, jetant sa queue de tous côtés comme pour harponner sa proie avec son dard rostral. Notre homme plongea au sol en faisant une double roulade pour se retrouver sous le corps du monstre ailé qui ne sut se servir de ses puissantes serres dont l’une sentit la lame en ferraille le traverser. Hurlant, le monstre dégringola et roula au sol. Franck, tel un félin, avait déjà rejoint la murette de l’enceinte. Hissé sur son promontoire, il bondit sur son agresseur devenu proie. Le long cou de l’animal, mobile comme un corps de serpent avec un éperon fiché sur son museau parsemé d’écailles carénées disposées régulièrement, représentaient un danger certain tant la bête visait, pointait, piquait promptement ce qui l’approchait. Franck plongea au sol avant de rouler, recroquevillé sur lui-même. Il évalua la créature et misa sur un apparent point faible. Bondissant en retrait, derrière ce dos écaillé, il pointa son jet en attendant que le monstre désorienté ne se retourne. Le fer traversa la bouche et la gorge en un seul trait. La masse de l’Orif s’effondra. L’humain allait apprendre très vite le nom de chaque être. L’Orif était l’un des plus terribles car il sévissait souvent à la tombée de la nuit ou quand les soleils éblouissants étaient au Zénith. La température devenait rapidement suffocante et Franck comprit pourquoi son entrain baissait aux heures les plus chaudes.

Franck trancha le cou de l’animal, le dépeçant grossièrement à coup d’estoques rapides. En alerte, vif, prêt à tout lâcher. La ferraille n’était guère tranchante, le forçant à planter et tourner le fer. Cette partie de l’Orif ferait honneur à un premier repas en cette planète inconnue. Portant son trophée par dessus son épaule, il disparut dans le versant Est de l’immeuble. Là, des avancées disposées de façon régulière lui permirent une descente rapide. En quelques bonds, roulades et autres contorsions, il se retrouva derrière l’un de ces arbres aussi petit que large. Il allait profiter de cet abri. Méfiant et lucide, il leva la tête vers les branches tortueuses pour apercevoir un nouvel habitant, un animal chétif, qui détala en silence. « Ouf ! » se dit-il. Il traversa la rue, grimpa un niveau et passant par une ouverture fichée au dessous d’un encorbellement, il se trouva dans un réduit de un mètre sur trois. « Ouah ! » « Le luxe ! ». Instantanément, il s’assura de la qualité de son abri. De toute évidence, il avait la possibilité de surveiller l’espace ouvert devant lui. Par contre, il devait éviter de se retrouver acculé en ce lieu. Avec prudence, il tenta d’ouvrir une porte située au fond qui était en réalité un lourd parapet de bois. Levant la tête, il vit qu’au plafond s’ouvrait une trappe à l’ancienne, évoquant un escalier rétractable. D’un bond, l’une de ses mains s’agrippa au rebord en métal et son corps se hissa. Rapidement, il évalua la niche qui s’étendait sous la forme d’un tunnel sombre. « Ouah ! Intéressant. Je visiterai ça plus tard ! ». Il devait impérativement souffler et se reposer. Le jeune homme éprouvé se cala dans sa loge. Quelques minutes passèrent, mais tiraillé par la faim, il se disposa à profiter de son butin. Peu convaincu, il trancha le  cou. Puis arrachant avec l’aide de sa dague un morceau qui céda, il ne fit qu’une bouchée d’une généreuse portion de viande crue. Le goût, pour lui, adepte des steaks tartares dont l’image venait de lui revenir, n’était pas celui espéré. La première sensation était confrontée à une légère amertume et Franck savait, sans savoir pourquoi, que c’était là le fait de la chair de carnivore. Il trouverait du feu. Il devrait en peu de temps devenir le « maître absolu », car la loi en ces lieux semblait être « dominer ou périr ». Il hissa le reste du butin dans l’ouverture du plafond. Ainsi, il saurait si un prédateur hantait le lieu en secret. Il se reposa vraiment en pensant que ce n’était pas en plein jour qu’il devrait affronter la ville encore inconnue. Il pensait cependant que la nuit lui imposerait plus de surprises, mais, il savait « voir » « entendre » « sentir » dans la plus profonde obscurité. Il en ignorait la raison. Il admettait être une espèce d’être bestial.

Le sommeil le gagna. Des rêves souillés de sang. Des songes guerriers. Il s’agitait, transpirait, et finit par basculer. Se réveillant haletant, il se retrouva assis sur le sol où il venait de dormir. Un miaulement répété, mi chat, mi oie, à la tonalité très similaire à celle émise par un paon, résonnait avec une puissance extraordinaire. Le terrien, tiré de sa torpeur, écouta avec attention ces sons étranges. Il en conclut que c’était certainement ce chahut qui l’avait sorti de son sommeil. Le cri, s’accélérant, vibrant, accablé par la terreur ou par la douleur, monta à l’acmé avant de faire place à un silence inquiétant. « La mort » ! L’idée lui frigorifia l’esprit. Toute la ville avait tremblé. La moindre forme de vie avait rejoint sa tanière. Franck, encore vaporeux, haletant, submergé par série de clichés, ceux d’une ville, de ses carrefours, ses voitures. Il le savait, c’était son vrai monde, celui où il était né et avait grandi. Profilé dans ses souvenirs, c’était la vie sur sa planète Terre et tout paraissait bien moins terrifiant que dans cette sordide citée. Il savait qu’au loin, des êtres lui ressemblant en tous points, existaient. Il en avait le réel souvenir. Il visualisa une femme et cela provoqua un frisson dans ses pensées. Parfois, des voix d’hommes s’élevaient dans sa mémoire. Il savait. Il n’était pas de ce monde à deux soleils. On l’avait fiché là pour une raison précise et évidente : Le détruire. Aucune autre déduction n’effleurait son esprit.

« Je dois être un personnage bien important », se dit-il. « Un être gênant ». « Mon devenir, la survie ! » Il avait le sentiment d’avoir subi un lavage de cerveau ou l’effet d’une drogue. Il était totalement convaincu d’avoir été éprouvé par quelque alchimie ayant vidé sa mémoire.