La Quintessence du rond partie I

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34 pages
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Lorsque, le jour de ses 18 ans, Angèle découvre l’existence d’un secret de famille, elle devient par la même occasion la gardienne d’une collection macabre. Entre révolte, engagement et écœurement, la jeune fille apprend à composer avec. Pourtant, elle ne peut s’empêcher de chercher aussi une rédemption pour elle et sa famille.

Mais son action pourrait se révéler destructrice et briser le fragile équilibre de sa vie au risque alors de tout perdre, sa famille, sa vie et l’homme qu’elle aime... à moins que cela ne soit que le premier pas vers une nouvelle vie ?


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Ajouté le 02 mai 2013
Nombre de lectures 107
EAN13 9782368860182
Langue Français
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Patricia Denis
La Quintessence du Rond
Partie I
Nouvelle
© 2013 NeoBook Édition
« Cette œuvre est protégée par les droits d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
1
Il n’y avait personne pour voir la voiture glisser le long de la route, percuter la barrière de sécurité, hésiter quelques secondes avant de basculer et pénétrer dans l’eau froide et glacée.
Est-ce que la voiture a hésité ou était-ce moi qui l’ai retenue ? Je me pose la question alors qu’elle s’enfonce tranquillement, lentement, très lentement, dans l’eau. À dire vrai, je pensais que cela irait beaucoup plus vite. L’eau commence à suinter et remplit petit à petit l’habitacle. On ne voit rien à l’extérieur, à part le noir. Un noir profond, trouble, malgré la lumière des phares. Je détache ma ceinture de sécurité.
« Haaa ! »
Mon soupir me semble une éternité. Je tourne la tête. Grand-père est tranquille. Il ne voit rien. Est-ce réellement mieux ainsi ? Il a pris des somnifères avant de partir. Il ne se réveillera pas. Ce sera doux pour lui. Il ne souffrira pas. Ce n’est pas juste. Je pourrais hurler mais aucun son ne vient.
C’est tellement silencieux, ici. Reposant. J’entends seulement les battements de mon cœur. On dirait qu’il va sortir et s’écraser violemment sur le pare-brise. Il semble refuser ce que mon esprit a accepté. Parce que je suis mauvaise. C’est mon châtiment.
Arrête, ce n’est pas la peine, je murmure.
Rien à faire. Il cogne encore. La sensation du serpent se faufile dans mon ventre. Il serre et griffe. La panique. Je commence à avoir du mal à respirer. Je me mets à chercher mon souffle. J’ouvre grande ma bouche et inspire longuement. La sensation se diffuse. L’eau n’est qu’à mi-jambe et je peux sentir une chaleur se répandre entre mes cuisses.
Merde, je me suis pissée dessus. Bah, au moins personne ne le saura avec cette eau froide qui monte plutôt rapidement maintenant.
Je ferme les yeux et j’attends. On dit qu’on revoit sa vie à ce moment-là mais j’ai beau faire, il faut me forcer pour que ça vienne. Encore des conneries, ça ne vient pas tout seul.
Maintenant, je sens surtout le froid.
Bientôt.
elle Des bruits me parviennent. On m’appelle… Si je m’attendais à ça. M Marchand, la prof d’anglais.
2
Angèle Amarante, répète la prof d’anglais pour la deuxième fois, le ton déjà plus fort et plus sec.
Je me retourne pour la dévisager, avant de comprendre. Ah, oui !
– Présente… mais bon vous me voyez, qu’est-ce vous avez besoin de vous assurer que je vais dire présente ?
elle La classe se met à rire. M Marchand fronce les sourcils en se mordant les lèvres. Elle est énervée, je le vois à son nez qui se pince. Une nouvelle, une remplaçante, enfin, suppléante comme ils appellent ça. C’est pour nous faire comprendre que c’est pas une sous-prof, elle ne remplace pas, elle supplée, comme une sorte d’héroïne issue de l’éducation nationale pour pallier l’absence de notre officiel, parti se reposer quelque part. Elle a 25 ans à tout casser. Un bébé.
Elle continue l’appel. Je m’écrase sur la table, repoussant un peu le sac. Qu’est-ce que j’ai envie de dormir ! Lucie est déjà en train de ronfler à côté de moi. On a fait la fête toute la nuit, alors le premier cours, faut rien nous demander. 18 ans, ça se fête.
– Va t’asseoir, Maxime !
– Mais je vais jeter ce papier, mademoiselle. Vous voulez quand même pas que je le jette par terre ?
Évidemment non, elle veut pas.
– Bon, bien… mais va te rasseoir !
– Mademoiselle, j’ai un papier aussi, je peux aller le jeter ? demande Fabrice.
Elle le regarde, un peu plus blanche.
– Non. Prenez vos cahiers. Bien, nous en étions à…
– Mademoiselle, je peux aller aux toilettes ? réclame Ludovic.
– On vient de rentrer.
– Ouais, mais j’ai pas eu le temps, le bus était en retard alors j’ai pas pu y aller en arrivant.
– Tu attends.
– Mais j’ai envie, mademoiselle.
Elle déglutit péniblement. Elle hésite.
– Mademoiselle, j’ai faim, fait Dominique.
Elle l’ignore.
– Gaëlle, range cette brosse, tes cheveux sont très bien comme ça. Bien, nous étions en train de revoir le present perfect progressif… Qui peut me dire ?
Quelques-uns lèvent la main. Elle leur sourit et interroge le moins idiot de nous tous, Jeremy. Il sort sa science.
– Eh, tu fais quoi ce soir ? On recommence la soirée ? me demande Charlotte, assise derrière moi.
Je me retourne et secoue la tête.
– Ma famille a décidé de faire dans la fête officielle pour saluer mon arrivée à maturité.
– Maturité, mon cul, t’es aussi conne et pouffiasse que nous. C’est pas parce que t’as 18 ans qu’on va te vénérer, ricane Sophie en tapotant sur les touches de son téléphone.
– Ouais… mais je vais passer le permis et acheter de l’alcool. Et ça fait quand même un moment que je suis pas rentrée chez moi.»
Sophie me sourit. Elle a un joli sourire. On se connaît depuis le collège et on partage tout. Je dors chez elle depuis quelques semaines. Ses parents sont partis pour quelques temps à cause de leur travail alors je suis venue m’installer. C’est fun mais on fout pas grand-chose, même si on a prévu d’aller en fac d’histoire de l’art ensemble.
– Vous quatre, arrêtez de bavarder !
On se tourne vers la prof et, visages de circonstance, on hoche la tête. J’examine mes voisins de rangée. Dominique et Maxime sont en train de parler du match d’hier. Ludovic est avachi sur sa chaise, pas vraiment inspiré. Sophie continue d’écrire des SMS.
C’est dommage pour ce soir, mais y’aura tout le monde, les parents, le frère et la sœur, le grand-père, les tantes et oncles, cousins et cousines. Y’a pas à dire, ça fait vraiment officiel.
– Y’a un moyen de l’éviter ? demande Sophie, un peu indifférente. Je sais qu’elle va inviter quelqu’un d’autre pour me remplacer. Elle n’aime pas la solitude.
– Non.
3
Ma mère est en train d’installer des banderoles avec « Joyeux Anniversaire ». Pour le coup, ça m’a fait un choc quand je suis rentrée. On dirait une baraque de fête foraine. Y’a des couleurs partout, des guirlandes, des ballons…
– Tu sais, maman, c’est bon, je suis plus une gamine. Un repas, un gâteau et ça ira… enfin, les cadeaux aussi.
Elle est sur un escabeau et essaye d’attacher une guirlande à la barre des rideaux. Comme elle est petite, elle est sur la pointe des pieds. Je grimace. Pourvu qu’elle se casse pas la figure. Ça m’ennuierait de devoir aller à l’hosto et de rater ma fête à cause d’elle. En fait, j’attends cette fête avec impatience. Comme une gosse. Et toute cette déco aussi, ça me plaît. Tout ça pour moi. C’est cool mais je joue ma blasée.
– Il est où le poney ?, je demande en m’allongeant négligemment sur le canapé et en bâillant affreusement.
Ma mère a fini d’accrocher la banderole et descend de l’escabeau. Elle soupire. Quand on dit que les parents comprennent rien, c’est pas faux.
– Sois gentille pour ce soir… c’est…
Elle fond en larmes. Je reste d’abord à la regarder. Bêtement. Avant de me précipiter sur elle et de la prendre dans mes bras.
– C’est bon, maman. Je te promets, je vais être bien ce soir, t’inquiète pas, pleure pas pour ça…
Elle me serre contre elle à m’en faire mal. On dirait qu’elle veut me faire rentrer dans son ventre. O.K., j’ai 18 ans, je suis majeure maintenant, elle doit penser qu’elle va me perdre mais, là, c’est juste flippant. Je proteste en essayant de me dégager.
– Maman !
– Pardon, hoquette-t-elle. Je suis tellement désolée, désolée de tout cela, je veux seulement que tu aies une jolie fête pour ne pas que cette soirée ne soit qu’un horrible souvenir.
– …
Elle se relève, essuie ses yeux et sourit comme si de rien n’était.
– Je vais à la cuisine, j’ai fait trois gâteaux, tes préférés : trois chocolats, le café spéculos caramel et la tropézienne.