La Soucoupe du jugement

La Soucoupe du jugement

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22 pages

Description

Le soir tombait... Non, impossible. Le temps était couvert à cause de l’attaque extraterrestre. Un ciel de fin du monde. Et c’était la fin du monde... Je songeai à courir au village pour acheter du sel. Mais je ne tenais guère sur mes jambes. Et puis, acheter... Il n’y avait certainement personne pour me vendre du sel ou n’importe quoi d’autre. Personne, jamais, plus pour vendre ou acheter. J’étais seul. Je pouvais aller au village, entrer dans le bistro-épicerie de la mère Lagrange et me servir tout seul... Tout seul. J’étais seul. Et puis, il y aurait le corps de la patronne. Dans quel état...? D’autres corps, peut-être, sur la route, sur la place du village ou à la terrasse du café. Presque tous ces cadavres seraient ceux d’une bande d’imbéciles, en partie responsables de leur mort, par leur refus de regarder la vérité en face et d’admettre l’existence des extraterrestres. Ils l’avaient cherché!


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Date de parution 13 janvier 2014
Nombre de lectures 11
EAN13 9782820513779
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture

 

 

 

Michel Jeury

 

 

 

La Soucoupe du jugement

 

 

 

 

 

Bragelonne

 

Dans la première maison que je visitai, à la recherche d’improbables survivants, je découvris une pendulette à quartz, avec un calendrier automatique incorporé qui indiquait le 17 mai : quatre jours après la foudroyante attaque des extraterrestres… Je n’avais pas eu conscience du temps qui passait, depuis l’éclair du 13 mai. C’était arrivé vers onze heures du matin, sous un ciel bleu annonciateur de l’été. Naturellement, cela ne prouvait rien. L’année dernière, juin avait été froid et humide, avec de la neige en altitude et des gelées matinales dans la plaine, après quinze jours magnifiques à la fin de mai… Je me demandais avec angoisse si la même chose allait se produire cette année. Mes amis paysans étaient pessimistes. Quant à la science officielle, on pourrait croire que les ballons-sondes ne lui servent qu’à nier l’existence des ovnis… Je ne regardais même plus la météo sur Antenne 2 !

Une nuit d’observation était prévue pour le 16. J’espérais au moins que le beau fixe tiendrait jusqu’à cette date et que le ciel serait clair, bien que cela n’ait pas vraiment d’importance : quand les extraterrestres souhaitent se manifester, ils le font dans des conditions telles qu’on ne peut manquer de les voir ou de les entendre. De toute façon, je n’attendais aucune manifestation importante cette nuit-là. Les circonstances ne seraient pas favorables, avec plus de cinquante pour cent d’amateurs, parmi lesquels se glisseraient bien quelques adversaires ou tout au moins quelques malheureux intoxiqués de la propagande anti-soucoupes. D’un autre côté, je n’avais pas eu de contact depuis plusieurs semaines, et mes amis d’Ummo profiteraient de la situation pour m’adresser un message…

Eh bien, le message était arrivé, avec quelques heures de retard : dans la matinée du 17 ! J’étais prévenu. Je n’avais pas le droit d’être surpris. Ce qui ne m’a pas empêché, quand j’ai vu l’éclair violet, d’avoir la gorge serrée et le cœur fou. Je portais autour du cou le collier de métal que les Ummons m’avaient donné pour me protéger. J’ai été ébloui et une onde de chaleur a parcouru tout mon corps, mais je n’ai ressenti aucune douleur. Je ne distinguais plus qu’une grosse tache mauve palpitante au milieu d’un ciel de velours noir… J’aurais dû prendre des lunettes sombres en prévision de l’attaque : les Ummons me l’avaient aussi conseillé. Je me demandais si j’allais rester aveugle… Je me souvins aussitôt d’un autre conseil que m’avaient donné les humanoïdes venus de Wolf 424 : boire beaucoup d’eau salée… si toutefois je survivais à l’éclair violet… C’était un samedi matin. Samedi… On avait trouvé le calendrier hier, non : avant-hier. On était le 19 mai. Demain, pensai-je, il y aura une semaine que l’attaque a eu lieu et je suis sans doute le seul survivant !

J’étais en congé et je me promenais à cinq cents mètres environ de chez moi. Les bois étaient trop secs pour qu’il y ait des champignons. J’avais pourtant exploré la petite charmille, à l’est du village, où les girolles abondaient à la saison… Je n’avais rien trouvé. Je revenais. Je marchais dans un chemin entre le bois et un pré, me dirigeant vers la route. Je réfléchissais certainement. À quoi ? Je ne le saurais jamais et c’est sans importance… Mais j’ai eu beaucoup de chance. Trop de chance même. Était-ce le hasard… Je tremble encore d’horreur à l’idée que j’aurais pu être n’importe où, loin de chez moi, au moment de l’éclair. Combien de temps m’aurait-il fallu pour me procurer de l’eau et du sel ? Je me suis mis à courir comme un fou vers la maison, qui était à moins de cinq cents mètres. Malgré l’éblouissement de l’éclair, je pouvais me diriger tant bien que mal et éviter les plus gros obstacles. Cependant, je me suis cogné plusieurs fois contre une barrière ou un arbre, je suis tombé dans un...