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La Source oubliée

De
206 pages

Dans ce récit d'anticipation d'une actualité brûlante, puisqu'il traite des ravages causés par le changement climatique, Richard Labesque propose une dystopie saisissante de notre monde. La planète entière doit faire face à une terrible pénurie d'eau, luttant pour acquérir ce bien qui par sa rareté est devenu le plus précieux. En France, la sécheresse a transformé le paysage en un désert où il est difficile de survivre. Grâce à un lointain héritage, les Delalande possèdent « un lopin de terre dans un Sud-Ouest dévasté par la rage des éléments ». Avant de mourir, le doyen livre à la dernière-née, la toute jeune Mathilde, un secret de famille bien gardé. Elle seule connaît l'emplacement sur leur terrain d'une source, synonyme de vie et de fortune pour les années à venir. Ce privilège qui attise bien des convoitises représente aussi une lourde responsabilité à l'origine de multiples rebondissements.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-09486-8

 

© Edilivre, 2017

Synopsis

Chapitre 1 – L’aïeul livre un secret

Chapitre 2 – Des patrouilleurs pas si zélés

Chapitre 3 – Un notaire concupiscent pour la transmission

Chapitre 4 – Les acacias et les souvenirs de Mathilde

Chapitre 5 – Rendez-vous avec Mathilde

Chapitre 6 – Le projet fou des acacias

Chapitre 7 – Le début de l’aventure

Chapitre 8 – Le retour sur Paris, Daphnée, l’eau

Chapitre 9 – Breaking news : l’euphorie autour de l’eau

Chapitre 10 – L’usurpation du ministère

Chapitre 11 – Jallenson et la stagiaire de la fonction publique

Chapitre 12 – Les jours pénibles, la lutte

Chapitre 13 – La justice est rendue, Daphnée est de retour

Chapitre 14 – Une nouvelle vie nous attend

Chapitre 15 – Bordeaux et les travaux des acacias

Chapitre 16 – La vie de famille et ses petits tracas

Chapitre 17 – Les business angels

Chapitre 18 – New York sous la grisaille, la chute, la renaissance

Chapitre 19 – Le retour silencieux en France

Chapitre 20 – Les affaires reprennent, la nouvelle génération, la fête puis le doute

Chapitre 21 – Le choc, la défense s’organise

Chapitre 22 – Un homme providentiel

Chapitre 23 – La fonction publique besogneuse et efficace

Chapitre 24 – Le cambriolage, l’œil de l’expert

Chapitre 25 – La convoitise

Chapitre 26 – Second round at the court

Chapitre 27 – La démonstration : le patrouilleur pris par la patrouille

Epilogue – Le bonheur et la fin

Liner

Des vagues de sècheresse sans merci ont transformé le Sud de la France en terres infertiles et hostiles à l’homme. En cette fin de XXIème siècle, l’eau si rare est devenue bien plus onéreuse que le pétrole. Les gouvernements ont mis en place les patrouilles de l’eau afin de sonder le sous-sol dans l’espoir d’y trouver de nouvelles sources : il faut apporter l’eau aux populations.

Il reste aux Delalande un lopin de terre dans un Sud-ouest dévasté par la rage des éléments, héritage de leur famille aux racines vigneronnes.

A la veille de la mort de Jean, le doyen des Delalande qui vit sur le domaine meurtri des acacias, Mathilde, la plus jeune de la lignée, n’est âgée que de cinq ans. Elle reçoit du vieillard un étrange secret : une source d’eau est cachée au creux des trois pentes. Ce secret, elle va le garder longtemps pour elle… avant qu’il ne resurgisse de sa mémoire d’enfant.

Cette histoire est une fiction. Toute similitude avec des personnes, des noms, des faits, existant ou ayant existé ne pourrait être que fortuite.

La source oubliée
R. L.

Chapitre 1

Je fis entrer Mathilde dans la pièce sombre ou son bisaïeul l’attendait. A 103 ans, Jean n’avait plus une très bonne vue mais toute sa tête était là. Mon arrière-grand père avait eu une santé de fer. Il avait eu une hygiène de vie irréprochable, sans tabac, peu d’alcool, une nourriture seine essentiellement à base de légumes extraits de son jardin potager et de viandes élevées dans sa propre ferme.

La culture de la terre, qui avait était son gagne-pain, lui avait en outre apporté un métabolisme d’athlète de haut niveau. Son corps portait encore dignement le poids de ce siècle passé. Ses muscles avaient été d’acier, sa capacité pulmonaire lui avait fait parcourir de grandes distances à bicyclette ou à pied sans qu’il ne lui en coutât jamais beaucoup.

Mathilde incarnait par sa présence ce jour-là, la sixième génération en vie, de la famille Delalande. Jean avait survécu à son fils, André, décédé d’un arrêt cardiaque dans sa soixantième deuxième année. Son petit-fils, mon père donc, était également présent au chevet de son grand-père.

C’est un cœur devenu fragile qui trahissait le doyen de notre famille, il allait bientôt terrasser notre ainé.

Quelques minutes avant que Mathilde n’entrât dans la chambre du centenaire, ce dernier avait rassemblé son énergie pour demander que les membres de la famille autour de lui évacuent la pièce au bénéfice de mon enfant.

Mathilde était âgée de presque 5 ans, j’en avais pour ma part bientôt 36. Elle connaissait peu cet arrière-arrière-grand-père qu’elle appelait Papy. On avait décidé, dans notre famille, qu’à partir du rang de grand-père, tout individu de sexe masculin se dénommerait ‘Papy’ suivi de son prénom. Les ‘pépé’ avaient été définitivement bannis de notre vocabulaire par ma défunte mère, elle trouvait le mot ‘pépé’ trop rétrograde.

Mathilde était peu rassurée à l’idée de se trouver seule à seul avec le vieil homme aux portes de la mort dans la grande chambre aux meubles de famille en merisier. La chambre était fraîche malgré la forte chaleur extérieure.

La distance géographique nous éloignait, nous les parisiens, des provinciaux du Sud-Ouest où vivait Jean. Elle avait eu peu d’occasions de discuter en tête à tête avec lui durant sa jeune existence.

En contradiction avec l’égocentrisme d’un individu de cet âge avancé, Jean avait porté un surprenant intérêt à l’enfant dès sa naissance. Peu l’avaient remarqué, moi inclus. Etait-ce en prévision de ce qu’il devait lui transmettre aujourd’hui, au crépuscule de sa vie ? Pourquoi avait-il choisi de transmettre à ma fille le secret qu’il avait gardé pour lui si longtemps ? Le besoin de délester son esprit d’un secret lourd à porter seul. Le récipiendaire était ma fille, si jeune pourtant.

Elle entra penaude après que les veilleurs s’en furent de la chambre. Je lui caressai la joue tout en lui susurrant quelques mots réconfortants :

– Approche-toi de papy ma trésor » lui dis-je. Ce n’est pas une faute grammaticale, j’ai toujours appelé mon enfant « ma » trésor.

Elle me sourit machinalement.

– Papy va te dire quelques mots… il est très fatigué, il faut que tu écoutes bien ce qu’il va te dire, ajoutai-je à demi-mots.

– Essaie de ne pas le faire répéter.

Ses yeux ronds me fixaient en attente d’autres explications.

J’étais en cet instant bien en peine de lui fournir plus de détails à propos de ce que lui transmettrait son Papy Jean. Il avait ordonné de voir Mathy sans plus d’explications. Il avait tant de fois exercé son autorité naturelle sans avoir besoin de la justifier que personne n’avait osé lui demander quel était le motif de sa requête.

– Oui me répondit-elle, anxieuse.

– Je te laisse avec Papy Jean, ma beauté, lui appliquant un bisou appuyé sur la joue.

Je sortis à mon tour de la chambre sans me retourner.

Mathilde s’installa sur le lit, délicatement, à l’image de l’enfant délicat qu’elle était.

Jean orienta sa tête vers elle dès qu’il la sentit près de lui.

– Ah c’est toi mon « petit chat », marmonna-t-il ; approche-toi.

– Oui Papy Jean je suis là, tu sais j’ai apporté les légumes aux lapins mais je me suis un peu coupé le pouce en leur préparant la salade… dit-elle énergiquement en montrant son petit doigt blessé.

– Oh oh, c’est bien ça de nourrir les lapins, montre-moi ce doigt… il souffla le peu d’air qu’il lui était possible d’extraire de ses poumons comme pour apaiser la douleur de l’enfant. Il prit sa main, ses doigts tavelés par l’âge la pressèrent doucement plusieurs fois, ça la fit rire.

Les terribles sècheresses des huit années passées avaient fait disparaitre les lapins des environs, tout comme d’autres espèces de petits ou grands gibiers. Les fois où il en avait eu l’occasion, il avait fait déposer par Mathilde quelques légumes coupés dans un endroit retiré du domaine des acacias, afin que les soi-disant lapins vinssent se ravitailler.

Il avait fait croire à l’enfant, en les faisant disparaître lui-même, que les légumes avaient été mangés par les animaux. Mathilde gardait ce jeu en tête et ne manquait pas de le réclamer à chaque occasion qui marquait notre présence en ce lieu, bien qu’elles fussent rares.

Jean plongea son regard gris dans celui de ma fille, il entama son récit ahanant.

– Ma grande Mathilde… tu es une grande maintenant répétât-il… il faut que tu m’écoutes attentivement. Avant que tu ne retournes jouer, je vais te raconter un secret de la famille Delalande que personne ne connaît ! Ni même ton papa. Je suis le seul à le connaître.

– Ah bon ? répondit-elle émerveillée, un vrai secret ?

– Oui, oui, un vrai qu’on ne raconte pas. Tu ne le diras à personne hein ?

– Ben non Papy, c’est un secret.

– Si tu le dis à ton papa… ce ne sera pas trop grave, mais si tu peux ne rien lui dire… alors j’aime autant que cela reste entre nous. Son élocution était entrecoupée de reprises de respiration.

– D’accord papy, dit-elle d’un ton plus énigmatique en baissant le ton, voulant montrer à sa façon que le secret serait bien gardé.

– Mais au fait en quelle année sommes-nous ma chérie ? demanda-t-il feignant l’ignorance.

– 2058… répondit-elle du tac au tac.

– Bien, bien, 2058 reprit-il péniblement. Tu sais où nous sommes ici – Mathilde ?

– Oui, chez toi, aux « Acacias »… euh dans ta maison, dans euh… Ta chambre ??

– Oui oui, mais tu sais qu’il y a plus de 180 ans que notre famille possède la propriété ainsi que la maison bordelaise.

– Ah bon ? c’est plus que ton âge ? répondit-elle sans réaliser la valeur de ce nombre sur l’échèle du temps.

– Eh oui, oui c’est un peu plus que mon âge mon petit chat, mais pas beaucoup plus au fonds, ma fille écarquilla ses grands yeux tant le chiffre lui paraissait imposant… tu vois reprit-il… on n’a pas toujours vécu ici mais la propriété est restée dans la famille. Cette terre ne vaut rien ma chérie. Elle est sèche, il n’y a plus que des champs de broussailles, d’herbages asséchés sans grand intérêt pour quiconque et comme tu le vois… la maison est vieille, il n’y plus que les lapins et moi qui vivons ici. Elle sourit. Je n’ai plus la force de l’entretenir… Je n’ai plus beaucoup d’argent non plus, on n’en a jamais trop eu dans notre famille mais bon… on est quand même là… on a traversé les épreuves. On a travaillé, personne ne peut rien nous reprocher… le vieil homme se plaisait à rappeler ce refrain à toute oreille attentive, nous l’avions tant entendu. Il était fier de son intégrité il aimait le rappeler à qui avait la patience de l’entendre. Il s’interrompit toutefois.

Mathilde ne sachant pas quoi répondre fixait silencieusement son Papy.

– Tu veux les sous de ma tirelire papy ? proposa-t-elle innocemment.

– Non, non ma petite chérie répondit Jean sentant les larmes monter à ses yeux à l’écoute de cette ingénue proposition. Tu es gentille ma fille, mais je n’en aurai pas besoin.

– Alors voilà, je vais maintenant partager mon secret avec toi. Quand j’avais ton âge se reprit-il, tu sais que je me suis baigné dans cette propriété ?

– Ah bon ? Tu t’y es baigné ?

– Oui, je me suis baigné, à l’endroit précis que l’on appelait la fontaine, au creux des trois pentes.

– Et c’est où ça papy ? C’est ici ?

– Oh ce n’est pas bien loin, montrât-il du doigt c’est juste en dessous du petit chemin qui monte jusqu’à ce qu’était notre village avant qu’il ne se vide.

– Mais il n’y a que de l’herbe séchée pourtant là-bas ?

– Eh oui Mathy, mais dans le passé on avait un lavoir dans lequel ma défunte grand-mère allait régulièrement laver le linge… à la main.

– Avec ses mains ?!!!

– Oui et du savon, une brosse. Mathilde regardait dans le vague, elle essayait à présent d’imaginer un lave-linge dans lequel une dame pouvait entrer et frotter le linge, son imagination l’emmenait déjà vers d’extravagantes rêveries d’enfant.

– Il y avait une source… une belle source d’eau bien fraiche. Mon arrière-grand-père avait toujours dit qu’une propriété n’a de valeur que si en son sein en jaillit une source !!

– Pourquoi avait-il dit ça ton papy ?

– Parce qu’à cette époque-là c’est ce qu’il se disait, la valeur des choses était bien différente de celles d’aujourd’hui. Même si nul ne manquait d’eau, une propriété avait une plus grande valeur si elle possédait une source et la nôtre en avait une. Ce n’était pas comme aujourd’hui, l’état nous confisquerait le tout si ce secret s’envolait. C’est pour cette raison-là que je veux que tu le gardes bien pour toi, le plus longtemps possible. Il faut préserver l’eau tant elle nous coûte cher, tu le sais tout ce cela Mathilde !!

– Ah oui ça c’est vrai, papa fait toujours attention aux compteurs d’eau sur internet à l’appartement de Versailles.

– Il a raison, il a raison… c’est si onéreux… Alors voilà ma grande fille, c’est ça mon secret Mathilde. C’est enfouie sous les ronciers, les herbiers à l’intersection des trois pentes que tu trouveras de l’eau si un jour tu en as besoin. Je suis certain qu’elle doit être encore là, cette eau qui m’a fait passer de joyeux étés alors qu’on n’avait pas de piscine ou d’étang pour se rafraîchir.

Mathilde fut un peu déçue par la teneur du secret. A ce jour, elle ne manquait pas d’eau malgré les sécheresses passées. Ces vieilles histoires de famille lui paraissaient lointaines. Son papy qu’elle connaissait peu venait de lui parler de personnes dont elle n’avait jamais entendu parler.

Le grand père conclut par quelques anecdotes à propos des lapins qui firent sourire l’enfant, c’est finalement celles-là qu’elle retint et qu’elle me rapporta plus tard. La conversation terminée sur ces amusements, il libéra Mathilde qui s’échappa de la chambre sombre et froide. Le secret de l’eau s’en fut de sa mémoire ce jour-là pour longtemps mais pas à jamais.

Chapitre 2

A l’instant même ou Mathilde apprenait que son aïeul venait de décéder, un véhicule électrique aux formes un peu étranges s’engageait dans une pente abrupte non loin de là, celle de Malagar chère à François Mauriac.

– Putain, c’est mort ici !! Dit Clément saoulé par les sept heures de route qu’il venait d’avaler, scrutant le paysage désolant d’aridité.

– Carrément !! répondit machinalement Xavier son assistant qui surveillait l’hydrosonar d’un œil fatigué.

– Bon d’après le GPS on s’arrête dans deux bornes. On fait la mesure et on se tire vite fait. Pas une goutte d’eau depuis deux jours de mesures. C’est incroyable non ? Y’a plus rien ici, un vrai reg.

Au même instant le véhicule s’arrêta, la batterie secondaire venait de rendre l’âme. Le message affiché en vision haute était clair : « charge immédiate ».

– MEEEERDE… On est en pré-rupture énergétique. Il faut qu’on s’achemine directement au ravitaillement. Le GPS en indique un à… 9 kilomètres, assura Xavier, ça le fait on y va.

– Ok on fonce, on fera la mesure demain, dit Clément d’un ton affirmatif, de toute façon, peu de chance de rater quoi que ce soit par ici.

Les deux constituaient une patrouille de l’eau. En 2056, le gouvernement avait instauré ce qu’il appelait les patrouilles de l’eau. Des binômes de jeunes ingénieurs qui sillonnaient le pays de long en large pour identifier toute ressource avérée ou potentielle en eau. A bord de véhicules électriques ultra sophistiqués – et très couteux – les patrouilles cartographiaient avec minutie le sous-sol français.

Les deux jeunes hommes devaient donc faire demi-tour pour aujourd’hui, les réserves de batterie au Lithium ne suffiraient pas pour terminer la boucle pourtant déterminée au décamètre près par l’ordinateur central. L’énergie solaire complétait l’utilisation des batteries, mais n’était pas suffisante pour rendre le véhicule totalement autonome. Une rupture des systèmes informatisés pouvait entrainer la perte de données précieuses puisque les sauvegardes n’étaient pas accomplies proprement faute d’énergie.

La fatigue de plusieurs semaines de route ajoutée à ce stress inopiné, allait leur faire commettre un impair dans la reconnaissance pourtant très encadrée, qui quelques années plus tard changerait le destin des Delalande.

D’extraordinaires sècheresses successives avaient mis la France en grande pénurie d’eau huit années durant.

Neuf cent mille décès avaient été enregistrés pour la seule année record vécue lors de la plus terrible canicule et sécheresse auxquelles le pays n’avait jamais été confronté.

Parmi tous ces morts on avait compté de nombreux enfants et nourrissons. La France avait été littéralement fustigée par ses voisins européens pour sa honteuse incapacité à endiguer ce qu’on assimilait à une pandémie. Les ravitaillements en eau furent lents à se mettre en place, le volume d’eau distribué avait été très insuffisant au pic de la sècheresse.

Très vivement chahuté, le gouvernement avait dû démissionner du fait de son laxisme face à la crise de l’eau. Ce gouvernement, comme les précédents d’ailleurs, n’avait en rien anticipé les prévisions pessimistes des climatologues, il avait fallu qu’un d’eux paie l’addition, ce fut celui-là.

La gestion des réserves d’eau française était bien loin de satisfaire le besoin, vital, des concitoyens. Si globalement les zones urbaines majeures étaient épargnées par la pénurie, de nombreux sites en France étaient devenus totalement dépendants de l’approvisionnement d’urgence.

D’autres pays avaient mieux affronté cette épreuve, la comparaison exacerbait d’autant plus la carence de la France en ce domaine.

La prospection de nouvelles nappes, le développement de moyens modernes d’acheminement de l’eau n’avaient pas été mis en place depuis des décennies. Le financement couteux des systèmes sociaux et éducatifs français avaient fait occulter l’essentiel du problème qui allait désormais se poser aux politiques français : la conservation de la vie dans de nombreuses régions reculées du Sud de la France.

Il avait donc fallu agir vite. Passés les plans d’urgence d’aides aux victimes, le premier des grands travaux de l’eau avait été la mise en place des patrouilles. Le parlement avait par ailleurs fait adopter en urgence une loi qui instaurait comme propriété de l’état tout point d’eau découvert à partir du jour de l’application de la loi.

Tous les puits encore humides creusés à titre individuel avaient par ailleurs été réquisitionnés par les maires de France sous ordre préfectoral.

Cette loi avait ensuite été aménagée sous la pression de quelques influentes familles françaises au patrimoine conséquent et ancien.

A quelques exceptions de sources ou de puits dont l’appartenance privée était justifiée par des titres de propriétés au moins supérieurs à 10 générations, soit environ deux cents ans, toute nappe phréatique, lac, piscine, flaque d’eau appartenait à l’état.

Pour assurer la diffusion de l’eau en France, deux opérateurs se partageaient le gâteau, bénéficiant d’une manne financière inouïe. Les profits de ces oligopoles étaient exorbitants. Toujours plus élevés au fil des ans, inversement proportionnels à la rareté de l’eau. Les dividendes restitués à l’état actionnaire majoritaire étaient faramineux.

S’assurant plus de 99 % des ressources en eau, au prix du litre de détail, l’état français trustait ainsi une manne financière gigantesque. L’eau était devenue bien plus chère que le pétrole, bien que rare aussi puisque ce dernier était de moins en moins utilisé. Les parcs de véhicules s’étaient diversifiés. Au pétrole s’étaient substitués l’électrique pour l’essentiel mais aussi les carburants dits verts, l’hydrogène et même quelques piles à combustible faisaient désormais leur apparition dans le catalogue des marques de haut de gamme. Paradoxalement, malgré la pénurie des technologies autour de la propulsion par moteurs à eau étaient à l’étude.

Les deux ingénieurs au service de l’environnement avaient interrompu leur travail précocement ce soir-là par la faute d’une défaillance technologique de leur outil de travail.

Le lendemain, ils n’eurent pas le courage de reprendre leur chemin et terminer la boucle de quelques kilomètres pour déballer leur pesant matériel et établir une mesure de quelques minutes à peine, puis repartir aussitôt dans la direction opposée. Pas d’eau repérée depuis deux jours, à quoi bon perdre son temps et ses ressources. Les équipiers auraient plus de chance de trouver une source sur l’autre rive de l’ancienne Garonne. Sur cette rive, le cadastre ne stipulait rien. Deux jours de sondages n’avaient rien donné de nouveau.

Clément força le système de repérage, il valida la prospection de la veille bien que le message d’erreur l’invitât à ne pas le faire. Etant donné le peu de verdure et le peu de vie qui restaient alentour, le risque de rater un océan souterrain était ténu pensèrent-ils.

Les jeunes hommes quittèrent leur lieu de repos et poursuivirent leur travail de repérage dans l’autre direction que celle du village dont étaient natifs les Delalande. Il était neuf heure du matin, le thermomètre extérieur affichait déjà 29° Celsius au soleil… Pas mal pour un neuf mars pensa Clément… ça fait beaucoup de neuf se dit-il encore, sans se soucier pour autant de l’alarmante chaleur extérieure en cette saison.

Il actionna machinalement une commande du tableau de bord afin de teinter à leur maximum les vitres du véhicule. L’habitacle était dans la pénombre, les rayons Ultra-Violets étaient filtrés, la température intérieure se stabilisa à 21°C. Le contraste du GPS qui restituait le paysage environnant en hologramme à l’identique sous leurs yeux s’accentua avec l’augmentation de la pénombre. Xavier porta son regard fixement sur l’hydrosonar. Une nouvelle journée type de travail en binôme venait de commencer.

Les patrouilles devaient opérer trois à cinq repérages approfondis journaliers déterminés par randomisation par l’ordinateur central. Les patrouilleurs extrayaient du véhicule un matériel de forage léger qui amenait à quinze mètres de profondeur une sonde, bijou de technologie, capable de détecter la présence d’eau sur quelques hectares. Et c’est sur plusieurs centaines de mètres de profondeur que la sonde pouvait également détecter l’eau. A chaque sortie du véhicule, les patrouilleurs s’équipaient d’une combinaison filtrant les ultras violets ce qui rendait leur activité fastidieuse, ils déballaient puis remballaient le matériel bien souvent sous de très fortes chaleurs et sans résultat probant. Le travail était pénible, il requérait des ingénieurs 100 % de leur intellect et une très bonne physiologie pour endurer les longues heures en véhicule et la chaleur.

Tout au long de leur route, les patrouilles relevaient par ailleurs les sources déjà identifiées dans la base de données centrales informatisée du ministère de l’eau, au gré des « bips » de l’hydrosonar accouplé au GPS.

Le quadrillage bien que minutieux et lent avait jusque-là porté ses fruits. De nouvelles nappes avaient été détectées ces dernières années bien que les cartographies des sous-sols avaient été plutôt bien faites par le passé. La technologie toujours plus aboutie permettait de révéler encore de belles surprises.

Les services de l’état mettaient en œuvre l’exploitation de l’eau, ainsi que les réseaux de distribution. Puis, les deux opérateurs privés profitaient de l’exploitation de l’eau des nouveaux gisements récoltant ainsi les bénéfices de cette lucrative activité.

Chapitre 3

Ce jour-là était précisément le dix-huitième anniversaire de la mort de mon grand-père Jean… hasard ou coïncidence, nous avions rendez-vous, Mathilde et moi, chez le notaire pour finaliser l’acte de cession de cette terre aride, les acacias, qui portait les vestiges de notre famille. Le notaire bordelais nous avait convoqués à 10 heures dans son office elle et moi. Nous étions en avance.

Mathilde s’était habillée légèrement, elle n’avait sur les épaules que son voile anti UV. Accessoire indispensable à une jeune femme qui souhaitait porter une robe aux épaules dénudées, tant les rayons du soleil étaient violents.

Je regardais ma fille, nostalgique de ses années d’enfance. Cette petite fille que j’avais tant serrée dans mes bras, rassurée, secourue de dangers improbables, blessée parfois par des mots un peu durs, comme elle avait grandi. J’avais essayé d’être un bon père, mais quelle en était la définition ? Je crois en tout cas que j’avais été suffisamment présent à ses côtés, notre complicité de tous les jours en était la preuve. Je me considérais chanceux.

Elle n’avait plus rien d’un enfant, bien sûr, elle avait 23 ans. Elle n’avait plus rien non plus de l’innocente Mathilde que j’avais tant chérie petite. C’était déjà une femme au fort tempérament qui était restée infiniment proche de moi, j’en étais fier.

Mathilde était une jolie jeune femme. Son allure mais aussi sa beauté ne passaient pas inaperçues. J’avais du reste vu défiler quelques garçons à Versailles qui me faisaient penser que mon jugement de père n’était pas si subjectif.

Dans la salle d’attente du notaire j’observais Mathilde qui me semblait avoir l’esprit ailleurs. Elle avait le nez dans ses chaussures achetées la veille à Bordeaux. Je les lui avais offertes, elle avait du coup choisi les plus chères du magasin.

Je regardais son minois esquissant une moue dubitative ; j’augurais que la paire d’escarpins qui avait rougie ma carte bleue – enfin ce n’est qu’une expression puisque les paiements sans contact depuis le téléphone mobile étaient légion depuis les années 2020 – n’aurait pas longue vie à son pied. Ma fille n’avait rien d’exceptionnel en ce sens que les chaussures, les sacs et les accessoires étaient, autant que pour bien d’autres femmes, des éphémères.

Nous étions présents pour la transmission des douze hectares du domaine des « Acacias ». Au décès de Jean, la petite propriété dût être partagée. Mon père avait décliné l’héritage au profit de mon frère et moi.

Le ‘carré de broussailles’, comme se plaisait à l’appeler mon père, n’était qu’une source de tracas. Il n’y avait rien à faire dans cet endroit reculé du Sud-Ouest, la propriété n’était qu’un poids. Sur le coup de l’émotion, ou par je ne sais quel hasard, j’avais proposé à mon frère ainé de lui racheter sa part. Il est difficile de trouver les fondements de nos sentiments, cette terre m’avait vu grandir c’était la mienne je voulais la garder.

Y retourner ravivait ma mémoire de naïfs moments de joie de mon enfance. La vie à la campagne, dont j’étais si éloigné désormais : Le rythme des saisons, les longues heures à battre la campagne avec les chiens mes compagnons d’enfance. Mes grands-parents avaient toujours eu de nombreux chiens, de race ou bâtards, peu importait je me souvenais d’animaux dociles et affectueux.

Les vendanges des quelques parcelles encore productives, l’école de village, la cueillette des cerises en début d’été, le ramassage des mures dans les ronciers qui nous égratignaient les doigts, les châtaignes à l’automne, les poires, les pommes… la nature était une corne d’abondance.

Jean avait hérité d’un don pour la taille des arbustes, tous les plants qu’il greffait donnaient du fruit. Il cultivait un art particulier de mélanger des espèces et d’en obtenir les meilleurs rendements et les meilleurs goûts.

Des prés entiers avaient été transformés...