La Vallée tueuse

La Vallée tueuse

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200 pages

Description

Le 21 août 1986 : un soir de pleine lune, dans une vallée reculée du nord-ouest du Cameroun, près de deux mille hommes, femmes et enfants meurent. Des centaines de poulets, babouins, zébus, oiseaux également, tandis que les huttes et les palmiers demeurent étrangement intacts. Que s’est-il passé réellement ?
Depuis des années, des scientifiques venus du monde entier se succèdent pour tenter d’élucider ce mystère ; les missionnaires sur place s’efforcent de l’expliquer par les mythes bibliques. Sur les hauteurs de la vallée, les survivants africains observent tout cela avec la plus grande perplexité.
Frank Westerman déconstruit tous les aspects de cette catastrophe et nous transmet les milliers d’histoires nées de l’accumulation de faits et de preuves. Car vingt-cinq ans plus tard, le mystère demeure entier. Les troupes camerounaises restent postées aux alentours de la vallée où il est toujours interdit de s’installer…
« Frank Westerman […] montre comment fonctionnent les mythes, comment ils parviennent à l’emporter sur les faits eux-mêmes et à mettre la vérité de côté. » De Groene Amsterdammer
« Frank Westerman prouve [une nouvelle fois] qu’il n’y a pas de réelle différence entre un roman et une “histoire vraie”. […] Captivant ! » De Gelderlander

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Ajouté le 15 mai 2015
Nombre de lectures 22
EAN13 9782267028645
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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du même auteur chez Christian Bourgois éditeur
ARARAT EL NEGRO ET MOI INGÉNIEURS DE L’ÂME
FRANK WESTERMAN
LA VALLÉE TUEUSE
Traduit du néerlandais par Annie KROON
www.christianbourgois-editeur.com
CHRISTIAN BOURGOIS ÉDITEUR ◊
Prologue
C’était l’époque des grandes migrations. Les Kom venaient de l’est. Personne ne sait pourquoi ils abandonnèrent un jour leurs champs de haricots et leurs planches d’ignames. Par crainte des chameliers du Darfour qui capturaient les femmes et les enfants ? Ou bien parce qu’ils étaient fascinés par la rivière ? Un beau jour, les Kom placèrent sur leurs têtes leurs pots et leurs marmites, leurs houes et leurs réserves de manioc et de maïs. Ils se mirent à marcher vers l’ouest, parallèlement à l’équateur. Toutes les femmes et les jeunes filles portaient un tout-petit ou un nourrisson sur leur dos dans une pièce d’étoffe. Prudemment, en faisant un détour pour éviter les hippopotames qui se baignaient, les Kom traversèrent à gué la rivière qui bornait leur territoire. De temps en temps, on devait faire halte, il fallait enterrer l’un, un autre venait au monde, et le reste pouvait se reposer. Sur la rive opposée, les Kom entrèrent dans la montagne, en formant une longue file indienne. La forêt s’éclaircit, fit place à une savane de hauts-plateaux avec, ici et là, 1 un village dissimulé dans l’herbe à éléphants. Le chef des Kom, le Fon , envoyait en éclaireurs des guerriers armés de lances. Quand il y avait un bruissement dans les herbes, un danger, ils trempaient les pointes de fer dans du venin de cobra. Mais ils transportaient aussi avec eux des calebasses contenant du vin de palme. S’ils rencontraient une peuplade pacifique (et cela s’entendait de loin, au roulement calme des tambours), la calebasse passait de main en main et chacun riait. Dans la plaine de Ndop où poussaient de nombreux raphias, les Kom tombèrent sur les Bamessi. Le roi des Bamessi accueillit les migrants avec enthousiasme et les invita à s’installer sur ses terres. Pendant combien de lunaisons avaient-ils été en route ? Personne ne s’en souvenait. Dans la nuit qui suivit leur arrivée, la lune « avait dissimulé son visage derrière une feuille de bananier », un phénomène qui, selon d’anciens calendriers astronomiques, renvoyait à une éclipse totale de lune en 1735. Les Kom ont dû s’installer cette année-là dans la plaine de Ndop. Le cœur de l’Afrique était encore intact, mais les Portugais, les Danois et les Hollandais rongeaient déjà partout les bords du continent, comme des poissons carnivores. Telle tribu faisait la chasse aux esclaves sur les terres de telle autre, et cette pratique progressait de plus en plus vers l’intérieur du pays. Les Bamessi avaient-ils besoin de renforts ? Cherchaient-ils la sécurité dans le nombre ? Si le Fon des Bamessi avait cet objectif, de ce point de vue il avait réussi. Les Kom se multiplièrent et devinrent très nombreux. Leur fécondité était exceptionnelle, c’était comme s’ils cherchaient à combler le déficit de naissances qui avait marqué leurs pérégrinations. Les premières dix ou quinze années se déroulèrent harmonieusement, mais ensuite les Bamessi se mirent à redouter que ceux qu’ils