La Voie Hésychaste

La Voie Hésychaste

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84 pages

Description

A la fois histoire de la prière et méthode d'oraison, le texte du père de Beauregard se veut une méthode de connaissance qui permet une descente en soi organisée progressivement comme véritable mouvement de renouveau charismatique et théologique ; vers un état de silence, de concentration et de paix intérieure. Une exhortation à la sanctification du quotidien et à la pratique de l'amour du prochain.


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Ajouté le 25 octobre 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782330094300
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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La Voie hésychaste Expérience de la prière du cœur au quotidien
Autrement appelé “prière du cœur”, l’ hésychasmevise la paix de l’âme ou le silence en Dieu. Marc-Antoine Costa de Beauregard, archiprêtre de l’Egliseorthodoxe roumaine en France, livre un texte de réflexion sur sa tradition spirituelle qui s’appuie à la fois sur l’historique de la prière du coeur et sur sa pratique au quotidien. Cette exp érience se fonde sur la phrase de l’Evangile : “Le Royaume de Dieu vous est intérieur.” ACTES SUD
DANS LA M ÊM E COLLECTION
Abbé Pierre,Paroles. Ushio Amagatsu,Dialogue avec la gravité. Marie Balmary,Freud jusqu’à Dieu. Henry Bauchau,Exercice du matin;La Pierre sans chagrin;La Chine intérieure;La Lumière Antigone. Maurice Béjart,Lettres à un jeune danseur. Frère Benoît Billot,Voyage spirituel dans le bouddhisme zen. Carolyn Carlson,Le Soi et le Rien. Sidi Larbi Cherkaoui avec Justin Morin,Pèlerinage sur soi. Dalaï-lama,La Compassion et l’Individu. Lama Denys,La Voie du bonheur. Henri Falia-Blanc,Entretien intempestif sur le Tao. Eric Geoffroy,L’Instant soufi. Rabbin Philippe Haddad,Epreuves d’espérance. Rabbin Haïm Korsia,A corps et à Toi. Ramson Lomatewama,Le Chemin du roseau. Michael Lonsdale,Oraisons. Ella Maillart,Bribes de sagesses. Danielle Mitterrand,Echanger la vie. Père Alain de La Morandais,Prier par les cinq sens. Daniel Odier,Tantra, spontanéité de l’extase. Raimon Panikkar,Une christophanie pour notre temps;Initiation aux Veda. Roland Yuno Rech,Zen, l’éveil au quotidien. Jules Roy,Poèmes et prières des années de guerre (1939-1945). Damien Saez,A ton nom. Jean-Raoul Sansen,Découvrir l’unité de l’esprit. Sœur Emmanuelle,Les Mots du rosaire. Mohamed Talbi,Universalité du Coran. Alexis Wright,Croire en l’incroyable. Le Chant de la montagne, présenté par Washington Matthews.
LE SOUFFLE DE L’ESPRITcollectiondirigée parChristianDumais-Lvowski
La collection “Le Souffle de l’esprit” se veut le reflet d’une ouverture des uns aux autres, à travers la prière, la réflexion, la méditation. Nous avons demandé à des personnalités religieuses ou laïques, croyantes, athées ou agnostiques, de nous faire part de leurs “prières”, qu’elles soient une invocation à Dieu ou une réflexion de sagesse sur l’humain et son devenir.
DÊM E U M AUTEUR
DUMITRU STǍNILOAE. OSE COMPRENDRE QUE JE T’AIME, Le Cerf, Paris, 1983, 2008. “LA PENSÉE ORTHODOXE”, inL’ORTHODOXIE, HIER, DEMAIN, Buchet/Chastel, Paris, 1979. © ACTES SUD, 2010 ISBN 978-2-330-09430-0
ACTES SUD
MARC-ANTOINE COSTA DE BEAUREGARD
la voie hésychaste
expérience de la prière du cœur au quotidien
INTRODUCTION
Considérée comme connue, et pourtant méconnue, la voie chrétienne est une mystique, connaissance expérimentale de la Divinité par le Saint-Esprit. Ce que Dieu, selon la foi des baptisés, a révélé de Lui-même est une vérité à découvrir par la pratique, à travers l’initiation quotidienne, un vécu dans 1 lequel l’intelligence et le cœur peuvent espérer l’illumination. Les Pères* spirituels chrétiens des premiers siècles et de nos jours appellenthésychiela tranquillité de l’âme, le silence des pensées et le calme de toute lapersonnequi naissent d’une invocation régulière du Nom divin, et la favorisent, en retour. L’hésychasmerience des n’est pas un mouvement ou un ordre ; il est l’expé saints hésychastescomme une respiration charismatique*, un fil d’or qui traverse l’Histoire, transmise enraciné dans le vécu des grands prophètes hébreux et accessible au croyant de notre temps. 2 Dans les lignes qui suivent, nous proposons, non une étude spécialisée , mais simplement une petite introduction à la “voiehésychaste”, expérience chrétienne de paix divino-humaine, de calme intérieur et de plénitude. Nous en montrerons l’enr acinement historique, la méthode traditionnellement reçue, ainsi que l’assimilation de ce trésor de la tradition des Pères de l’Eglise dans le vécu liturgique et professionnel de notre temps.
1Les mots suivis d’un astérisque figurent dans le glossairep. 77. 2 Ce travail a déjà été admirablement réalisé : Irénée Hausherr,Hésychasme et prière, Orientalia Christiana Analecta 176, Rome, 1966 ; unmoine de l’Eglise d’Orient (Lev Gillet),La Prière de Jésus, Livre de vie, Chevetogne, 1963 ; Olivier Clément,Byzance et le Christianisme, PUF, Paris, 1964 et Sources, Stock, Paris, 1982.
I SAINTE HISTOIRE
L’hésychasmeute créature, dans l’histoirede façon organique dans la genèse de to  s’enracine biblique et ecclésiale. La vision de cette histoire découle de la révélation que la Divinité a faite d’elle-même : elle est exprimée dans les paroles de la Bible et attestée par l’expérience réitérée des saints jusqu’à nos jours. Pour interpréter l’hésychasme, on doit se référer à plusieurs étapes dans cette révélation.
LA RÉVÉLATION DU NOM DIVIN
1 L’écoute du livre de la Genèse apprend que l’être humain est créé par la Divinité ; il est situé dès le “principe” en un dialogue divino-humain fondé dans le sceau de l’image divine apposé en lui et dans la vocation à s’épanouir en ressemblant au Modèle divin. Selon la foi chrétienne, qui glorifie la Divinité unique comme Père, Fils et Saint-Esprit, l ’Image est donnée par le Fils, c’est-à-dire le Verbe, ou Logos. L’hésychasmel’invocation du Nom du Fils en vue d’accomplir la vocation sera initiale en connaissant le Père par l’Esprit. Le contexte de ce dialogue dynamique est la création tout entière, dont l’être humain est instauré par le Créateur comme roi (responsable de tout), comme pontife (offrant au Créateur tout ce qui vient de lui) et comme prophète (discernant théologiquement les voies du Créateur et sa volonté). Au Paradis, l’être humain n’appelait le Créateur que par des noms d’emprunt, parce que le Nom n’avait pas été révélé. Après avoir perdu la familiarité divine, Adam, ayant “glissé de sa tendance vers le bien”, se lamentait à l’est de l’Eden. L’humanité pourtant cherchait à appeler la Divinité : au sein de la descendance adamique exilée, le premier à avoir voulu invoquer le Nom du Seigneur fut Enôs. La première humanité est nommée, mais elle ne nomme que les créatures : nommer consiste à prendre la responsabilité d’un être ; être nommé, c’est entrer sous cette responsabilité. Nommé par la Divinité, l’Humain lui appartient par une consécration initiale. Mais l’Inconnaissable échappe encore à la nomination : il faudra qu’Il se nomme Lui-même, au jour fixé par Lui. Leshésychasteschrétiens sauront que le Nom divin qu’ils prononcent, en l’occurrence celui de Jésus, est, non pas celui qu’ils donnent à la Divinité, mais celui qu’ils ont reçu d’Elle.
Et un fils naquit à Seth : il lui donna le nom d’Enôs. Celui-ci espéra invoquer le Nom du Seigneur Dieu.(Gn, 4, 26, version des Septante.)
Un grand Moment de l’Histoire, lue du point de vue de la Révélation, est, environ mille huit cents ans avant notre ère, bien après l’alliance scellée par la Divinité avec Noé, la parole adressée par la Divinité à Abraham dans lathéophanie*cosmiquede la nuit étoilée (Gn, 17, 5) : il écouta et obéit. Mais ce n’était pas encore le Nom. Un de ses fils, Jacob, affronta l’Ange du Seigneur et lui demanda de révéler le Nom ; mais cela lui fut refusé, et c’ est lui, en revanche, qui, dans cettethéophanie angélique, fut nommé et reçut le nom d’Israël, “celui qui fait face au Seigneur” (Gn, 32, 29). Ce refus de la Divinité de se nommer est caractéristique : la connaissance que l’être humain peut avoir du Divin dépend du bon vouloir de celui-ci.
Jacob fit cette demande : Fais-moi connaître ton nom. Il dit : Pourquoi me demandes-tu mon nom ? Et là, il le bénit.(Gn, 32, 30.)
La liberté divine de dire son Nom se manifesta enfin vers 1250 avant l’Incarnation du Fils de Dieu et Verbe. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob se nomma au prophète Moïse : Il se mettait ainsi
au pouvoir de son fidèle et lui offrait simultanément la puissance de son Nom en vue d’agir dans l’Histoire. Le Prophète, dans le désert de l’Horeb et du mont Sinaï, “lieu de rencontre avec Dieu” (Dt, 1, 6 ; 4, 10, etc.), lieu où il déposerait plu s tard les Tables de l’Alliance données par Dieu, connut une autrethéophanie: un buisson brûlait sans se consumer et une voix en sortait. La Divinité e se nomma : “Je suis Je-Suis” (Ex, 3, 14). L’hésychasmesiècle, avec saint Jean Climaque au VII après la Résurrection du Fils et la Descente de l’E sprit (Pentecôte), devait fleurir sur cette terre sinaïtique où avait eu lieu lathéophanie théologique* du Nom, et où s’éleva bientôt le monastère Sainte-Catherine.
Alors Moïse dit à “Dieu” : Voici, j’irai vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le “Dieu” de nos pères m’a envoyé vers vous ; mais ils me demanderont : Quel est son Nom ? Que leur dirai-je ? Et “Dieu” dit à Moïse : Je suis Je-Suis.(Ex, 3, 14.)
Les Pères de l’Eglise souligneront que, dans le Nom divin, la Divinité manifeste son caractère “personnel”, “hypostatique*”, en disantJee. Les humains l’appelleront “Il-Est”, à la troisièm personne : YAHVE. Ils invoqueront le Nom par lequel le Seigneur s’est fait librement connaître. Ils ne lui donneront pas un nom : ils luirendrontson Nom, par un acte de typesacerdotal*. L’humain rend à Dieu la gloire qui émane de lui ; il reconnaît “eucharistiquement*” son identité telle qu’Il la e lui fait connaître. La prière eucharistique inspirée à saint Basile de Césarée en Cappadoce au IV siècle de notre ère, et qui a nourri l’expériencehésychaste, commencera par la prononciation du Nom “Je-Suis” – Toi qui te nommes Je-Suis. Toute la prière liturgique* se déroule ensuite.
La prononciation du Nom, dans le temple cosmique du désert, dans le temple de pierre, ou dans le temple non fait de main humaine qu’est le cœur, a u n caractère cultuel et sacerdotal. C’est le sacrificede glorification et d’invocation, de supplication et de louange, hommage agréable à Dieu et qui honore l’humain comme sceau de son image pour sa ressemblance. L’Histoire, sainte et “méta-historique”, ou bien chronologique, n’est autre que celle de la prononciation du Nom par la créature établie paradisiaquement pour cette royauté, ce sac erdoce et ce prophétisme. La loi hébraïque culmine dans l’appel à ne pas invoquer le Nom à la légère.
Tu ne prendras pas le Nom du Seigneur, ton Dieu, en vain ; car le Seigneur ne déclarera pas pur celui qui prend son Nom en vain.(Ex, 20, 7.)
L’hésychasmee à la tradition sémitique et s’inscrit dans le service historique du Nom, propr biblique. Nommer, c’est reconnaître la Divinité com me Quelqu’un, glorifier sa présence et, reconnaissant son identité, la connaître à partir des profondeurs de l’être qui loue, qui célèbre ou qui supplie. L’hésychasteest celui qui tend à mettre en pratique “le premier commandement de tous les commandements divins” (Mc, 12, 28-30) en nommant le Nom dans le temple intérieur de l’Amour.