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Laguna Beach - 1

De
166 pages

La saga Laguna Beach nous projette dans une vingtaine d'années et sur une période de vingt ans. Dans Le Projet Whiborne, l’action s’ouvre sur un univers post-crise économique, aux frontières redessinées, où le pouvoir est entièrement passé aux mains d’un Conseil omniprésent.


La rébellion, sévèrement réprimée, est divisée sur les moyens à adopter. Après la tentative échouée de jeunes résistants ayant misé sur les mêmes outils informatiques que le Conseil, l’une d’entre eux est contactée par d’étranges personnages et initiée au mystère d’une solution radicalement différente....


Leur quête s'entremêle en permanence avec la recherche dont ils font l'objet, tissant la trame d’une course haletante à travers le désert, de plus en plus tournée vers les étoiles.


Le souffle de l’anticipation et de l’aventure, chargé d’émotions et de rencontres, souffle sur la plage de Laguna et ramène toujours vers elle, point de rencontre des espaces- temps.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-08870-6
© Edilivre, 2017
Première partie
Le Désert
1
Ils arrêtèrent leurs motos pour une pause à une centaine de kilomètres de la capitale. Alicia, éblouie, découvrait le désert. Son regard embrassa l’horizon qui s’étendait vaste et plat à perte de vue, avec seulement à l’horizon les reliefs qu’ils s’apprêtaient à rejoindre. Au loin, la capitale n’était plus perceptible qu’à travers un halo de pollution orangée, à l’intérieur duquel elle sentait encore vibrer les menaces palpitantes du Conseil, peut-être dirigées déjà contre elle et David de façon nominative. Elle observait aussi du coin de l’œil la femme qui les avait libérés de leur prison du container. La quarantaine burinée, Ida portait fièrement ses cheveux blancs, avec une certaine classe de chasseresse.
– Je n’ai pas toujours été une semi-clocharde, tu sais ! lui avait-elle soufflé avant leur départ précipité du du port. Ils ne s’étaient pas attardés, il leur fallait quitter rapidement la ville. La Sécurité n’allait pas tarder à découvrir que leur container avait été transporté d’un côté à l’autre des grilles du périmètre, pris dans les mâchoires d’une grue comme s’il s’agissait d’un simple transport de routine. Tous deux avaient été secoués là-dedans pendant le transfert, mais peu leur importait ! Alicia eut une pensée pour ce grutier anonyme qu’elle n’aurait jamais l’occasion de remercier. Ainsi, les voilà donc, ces fameux Montagnards, ces habitants du désert !, pensait Alicia en la détaillant, elle et son compagnon clochard, ce hobbo, qui avait fait sauter la porte de leur fourgon. Posté prés des motos, l’homme était beaucoup plus énigmatique et n’avait pas prononcé un mot depuis leur départ.
Puis ses pensées revinrent aux raisons de leur présence ici et aux événements de la veille et elle soupira. Leur projet avait échoué. Leur tentative de prendre le contrôle de la Tour de Télévision s’était soldée par un échec. Certes l’engin avait bel et bien été posé deux nuits auparavant par quelques Montagnards qui avaient pris de nombreux risques pour s’introduire dans cet endroit hautement sécurisé. Une partie des étages inférieurs de l’immeuble de transmission avait sauté la veille à l’heure du journal télévisé de propagande. Mais il s’était avéré par la suite que l’ensemble des diffusions était encodé et qu’ils n’avaient pu émettre et envoyer leur message. Elle et David avaient piloté l’opération depuis le centre de vidéosurveillance où ils travaillaient officiellement et qui leur permettait d’avoir accès au réseau. Ils avaient ainsi pu effacer toutes les traces des Montagnards au fur et à mesure de leur passage.
Mais, au vu de leur échec, ils avaient dû prendre la décision de quitter la ville pour fuir les représailles qui ne manqueraient pas de se mettre en place. À présent, elle les sentait presque physiquement venir s’écraser contre la barrière de la plaine vide. Ce cher désert serait désormais leur seule protection contre le Conseil…
Il leur faudrait tenter de porter de nouveaux coups, plus efficaces, encore et encore, depuis les Montagnes Mojave où ils partaient se réfugier. Comme si eux et les jeunes informaticiens qui les accompagnaient n’étaient programmés que pour cela, se dit-elle avec un soupir de découragement.
Ida, en donnant le signe du départ, vint la distraire de cette sombre pensée et le petit groupe reprit la route. Bercée par le bruit de la moto, appuyée contre le dos de la vieille femme qui pilotait l’engin, Alicia replongea dans sa rêverie quelques instants plus tard. A peine vingt-quatre heures étaient passées, et pourtant tant de choses s’étaient produites.
Elle avait quitté John, tout d’abord. Elle se revit sortir de son bureau, la veille, à midi et entamer son chemin au milieu des
rues désincarnées. Comme partout, peu de voitures circulaient entre de tristes immeubles aux façades austères, et des containers épars de toutes couleurs, abîmés et sales. Sur leurs façades, des affiches publicitaires n’ayant plus depuis longtemps pour but de séduire ni d’informer, semblaient se trouver là de toute éternité. Elle croisait des passants voûtés sous l’effet du vent, le regard fuyant, vêtus de pauvres manteaux, et préoccupés seulement du froid et de leur maigre subsistance à assurer. Plus loin, elle avait assisté à une courte scène malheureusement assez fréquente, celle d’une vieille femme accroupie dans la rue, rudoyée par deux militaires qui la relevaient sans ménagements à coup de crosse au bas des reins. Une phrase prononcée un jour par David, lui était revenue en en mémoire : – Ça, tu vois, ce n’est plus possible, ça ne peut plus durer !
Elle non plus n’avait jamais pu s’y habituer, contrairement à tous ceux qui passaient là et ne se retournaient plus, semblant s’être résignés depuis longtemps. Mais hier, sans pour autant être indifférente, elle pressait le pas. Elle avait rendez-vous avec un homme connue d’elle seule. Du plus loin qu’elle l’avait fréquenté, John Hayworth n’avait jamais voulu paraître au grand jour. Ancien journaliste, aujourd’hui interdit d’écrire, il était exclu comme tant d’autres de la vie publique, depuis la disparition de la presse libre et il avait étendu ce bannissement à l’ensemble de sa vie. Elle respectait ce désir d’invisibilité qui ne l’avait pas surprise plus que cela. Beaucoup vivaient ainsi terrés sous la menace représentée par une vidéosurveillance omniprésente, qui guettait constamment le moindres de leurs faits et gestes, dans la crainte d’une rébellion éventuelle. Voilà pourquoi elle le rejoignait en cachette au lieu dit le « Garage », à une heure où elle savait que personne ne s’y trouverait.
Leur rencontre serait la dernière avant longtemps, si la tentative prévue le soir échouait. Sans qu’elle n’ait jamais fait allusion devant les autres au rôle qu’il jouait à cette occasion, c’est avec lui qu’elle avait mis au point le discours de remplacement qui serait diffusé à la télévision. Après un dernier visionnage, il l’avait rassuré : – Je suis fier de toi, Alice ! Tu es une vraie femme politique ! Elle n’était pas dupe de sa volonté de l’encourager et lui fit plutôt part plutôt de ses doutes : pourquoi ne s’exprimait-il pas lui-même ? Il aurait dix fois plus d’impact qu’elle : les gens d’un certain âge se souvenaient de lui et de ses articles ! Il soupira, ils avaient déjà eu dix fois cette discussion entre eux : – Si je croyais qu’on pouvait convaincre en un simple discours de deux minutes des gens écrasés par deux décennies de répression, je le ferais tout de suite !
Elle se revit, exaspérée, répondre, du haut de ses vingt-deux ans, à cet homme de trente-cinq muré dans son impuissance politique, tout en sortant un enregistrement de son sac : – Plutôt que de critiquer notre action, aide-moi, s’il te plaît, à trouver un lecteur pour cet antique DVD ! Sa mère le lui avait confié comme l’un des rares témoins de l’existence de son père, aujourd’hui disparu, qui aurait été chercheur dans le domaine de la télépathie. Cette femme ne parlait jamais de son ancien mari et en avait rarement autant dit sur lui et sa profession. Elle avait rajouté que, sur le DVD, il s’agissait d’un de ses collègues, puis était repartie dans ses sempiternels reproches à l’encontre de l’homme qui les avait laissées seules, elle et son enfant. Alors, Alicia avait tourné les talons, sans même lui dire au-revoir. Ce simple récit semblait la bouleverser et John était venu déposer un baiser sur son front : – Tu sais bien qu’ils n’y sont pour rien, tous !
Ils avaient calé le DVD dans un lecteur trouvé au milieu du vaste chantier de fils et d’appareils : ce « Garage », lieu de réunion de l’équipe de David, contenait tout le matériel high-tech dont les rebelles avaient besoin. A l’écran, leur était apparu un vieil homme installé à une chaire, qui ressemblait à un professeur tel qu’ils existaient encore une décennie plus tôt : cheveux gris, barbe blanche et petites lunettes métalliques. Charley Whiborne était son nom, c’était écrit sur le cavalier devant lui. Le plan s’élargissait ensuite et l’on découvrait derrière lui sur une affiche que la conférence où il intervenait était le Sommet Mondial 2019 sur la Société d’Information.
Sur sa moto, ses mots revenaient à présent à Alicia : « Nous assistons aujourd’hui aux ultimes convulsions autour d’internet et sommes menacés par une gigantesque dépression, liée à l’inflation anarchique de ce qu’il est convenu d’appeler la société de communication : tout se sait, tout se dit, tout se véhicule, même si c’est faux, même si c’est dommageable, même si c’est illégal ! ».
Puis, la bande se brouillait et une neige uniforme envahissait l’écran. Mais revenaient à Alicia, juste après, les déclarations graves de John avant qu’ils ne s’embrassent et ne se séparent définitivement : – Je connais ce type : il est parti ensuite et a fini par fuir, en Afrique du Sud où il s’est expatrié, je crois, car il était recherché à son tour, en tant qu’universitaire !
Plus tard, dans la soirée, elle avait rejoint Luna dans une taverne sur le port, celle où théoriquement tous devaient se retrouver pour mesurer le succès de leur action. Mais les écrans de la salle qu’elles guettèrent anxieusement toute la soirée restèrent désespérément vides et il leur fallut se rendre à l’évidence. Hugo, le compagnon de Luna, arriva plus tard et leur confirma qu’ils avaient raté leur coup. Autre problème, il leur annonça que David s’était fait interpeller lors d’un stupide contrôle de police.
Décision fut prise qu’Alicia l’attende dans le container 337, le bleu, leur position de repli habituelle en cas de difficultés. Hugo ne parut pas plus inquiet que cela au sujet de David : on le savait plein de ressources et avec lui tous les moyens étaient bons pour s’en sortir. Et effectivement, il l’avait rejointe plus tard dans la nuit. Une fille du port, une de ses copines, avait soudoyé le milicien qui l’avait arrêté. Non sans sourire, Alicia entendit depuis le container leur conversation avinée lorsqu’ils s’approchèrent, la fille et lui. La demoiselle réclamait à David, le tombeur de ces dames, plus d’amour qu’il ne lui en donnait, en échange de son service. Mais éreinté, pour une fois, il se refusait à elle et souhaitait aller se coucher. Il vint donc rejoindre Alicia dans son abri de métal et s’étendre à côté d’elle, grand silhouette brune en combinaison de moto noire. Voyant qu’elle ne dormait pas, il se confia dans la pénombre de l’enclos métallique.
Dans un chuchotement qui masquait mal sa colère, il lui dit que l’échec de cet attentat mal préparé était prévisible. Il ne niait pas le courage qu’il avait fallu à la petite équipe de Montagnards pour s’introduire dans l’immeuble et en faire sauter quelques étages, mais à quoi bon ? Il fallait bien se douter que tout ne serait pas aussi simple ! Peu à peu le sommeil les avait gagné et ils avaient sombré, côté à côte, sur la couverture de laine brute.
Au petit matin, il y avait eu, contre toute attente, ce stupide contrôle dans cette zone du port relativement tranquille habituellement. Deux sbires de la sécurité les avaient traînés au poste de la Capitainerie pour une audition – tous deux n’avaient rien à faire dans un container à cet endroit –. De là, ils avaient été parqués dans une zone fermée d’où seule l’intervention conjointe du grutier et d’Ida avait pu les libérer.
Là s’arrêta l’égrenage des souvenirs d’Alicia qui dut rouvrir les yeux : ils arrivaient à destination, chez les Montagnards. Après le monde de la nuit et des regrets, des échecs
aussi, s’ouvrirait peut-être un avenir pour eux, au cœur de cette rude terre ocre-orangée.
2
Au même moment, en ville dans une salle de cours informatique de la société de vidéosurveillance Secur, trois jeunes gens étaient assis chacun devant son écran d’ordinateur et écoutaient sagement leur formateur. Les trois, deux garçons et une fille, visionnaient des portraits en noir et blanc qui défilaient simultanément devant eux : en premier lieu, ceux d’Alicia Brun et de David Utan, qui apparurent en trois dimensions et qui tournèrent en boucle, avant de se mettre en pause, de face et de profil. Pendant ce temps, le formateur commentait : – Vous allez être initiés au suivi vidéo d’individus susceptibles d’être impliqués dans l’attentat de cette nuit ! Ils ne sont pas encore entrés comme suspects dans nos fichiers, mais vous les reconnaissez bien sûr comme vos collègues, ou ex-collègues, devrais-je dire… – Mais rien n’est sûr pour l’instant ! Leurs disques durs sont en train d’être décryptés. Tous deux sont cependant curieusement absents de leurs postes ce matin. Ce sera donc l’un de vos privilèges de passer de l’autre côté du miroir ! Les écrans s’animèrent ensuite pour projeter de courts extraits de films pris dans les couloirs de bureaux ou dans la rue, les caméras étant omniprésentes dans la ville. La première vidéo se mit en route pendant que le formateur poursuivait : – Vous reconnaissez bien sûr Alicia Brun, classée « perfectible » en raison d’un certain manque d’enthousiasme et d’implication ! Alicia, jeune femme brune aux cheveux souples, yeux bleus clairs en amende, débouchait, la veille à midi, dans leur couloir de bureau, finissant d’ajuster son caban. L’ascenseur arrivait et elle s’y engouffrait.
Quand la porte se refermait, le film se poursuivait de l’intérieur de la cabine. Curieusement, sans que rien ne l’explique, on la voyait s’approcher de la porte qui renvoyait son reflet, comme si elle était intriguée par quelque chose. De la manière la plus étrange, elle venait doucement caresser l’acier, comme pour toucher sa propre image qu’elle aurait vue pour la première fois. Cette vision occasionna quelques brèves interjections de surprise dans l’assistance. L’épisode s’arrêta quand la porte s’ouvrit au rez-de-chaussée, et mit fin à cet étrange comportement. Durant les quelques instants d’ajustement avant l’extrait suivant, le formateur prit le temps d’apaiser les esprits. – Je sais, Brun n’avait pas l’air d’avoir tous ses esprits sur ces images ! Ça peut d’ailleurs expliquer quelque chose, plutôt que de prêter à sourire. À vous d’essayer de comprendre !…
– … Passons maintenant à la même, mais en compagnie de son amie, Luna Bachert, l’une de vos collègues également, même si elle est plus récente chez nous ! Vous savez que nos caméras balaient le son, malheureusement de manière aléatoire. Mais nous avons pu capter quelques-unes des paroles échangées lors de leur conversation hier soir, sur la taverne du port ! On voyait, sur le deuxième film qui se lançait, les deux jeunes femmes assises à une table et éclairées par la seule lumière d’une lampe à pétrole, douce et ancienne. Aucun client dans la salle. Seul le serveur était visible derrière le comptoir, essuyant des verres, et de temps en temps disparaissant dans l’arrière-salle. Luna Bachert apparaissait à l’écran, jeune femme au teint très pâle et aux longs cheveux blonds, presque blancs. Elle était habillée comme Alicia très simplement, d’un jean et d’un pull. Sur la bande, Alicia commençait par l’interroger :
– Au fait, il fait quoi, au juste, ton père, dans la vie ? J’en ai souvent entendu parler au bureau, mais toujours par allusion !
Son amie répondait en soupirant, les yeux au ciel. – Il est membre du Conseil ! Eh oui, Ministre de ce qui tient lieu dans ce pays de culture et d’information ! Une légère grimace suivit. – Mais ça a pu m’aider ! Quand je déprime, mes crises sont vite pardonnées au boulot après ses coups de fil ! J’en ai un peu honte, mais c’est ainsi ! – Et pourquoi te forcer à rester chez Secur ? Je suppose que tu ne dois manquer de rien, à la maison ? – Justement, pour ne pas être forcée de vivre avec lui, de son argent ! Je sais, ça fait gosse de riche de choisir de partir, quand vous autres manquez de tout, de nourriture comme de chauffage ! Mais depuis que j’ai rencontré Hugo, la vie me paraît plus douce, même si, évidemment, j’y ai perdu en confort ! La vie dans un squat d’artistes ressemble à celle des hobbos : ils sont les mêmes parias ! – Tu as raison, ça peut même être pire que pour les clochards, David en sait quelque chose : sa sœur, qui est danseuse, a disparu. Elle est enfermée quelque part, dans un endroit inconnu de lui ! Le film s’arrêtait là. Le formateur commenta pour l’assistance : – On peut déduire deux choses de cet extrait : d’abord regretter que le son ne se poursuive pas. Manifestement, Luna Bachert allait nous en apprendre davantage sur ce Vinsen, recherché depuis fort longtemps et son adresse exacte. Enfin, il conforte ce que les études psychologiques de profil avaient déterminé, à savoir une tendance latente de Bachert à la dépression, qui peut être potentiellement reliée à des actes de révolte ! Il prit une pause...