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Lande

De
220 pages

L’auteur retrace la trilogie des Landelois dans cet ouvrage de science-fiction, dont l’intrigue s’étire sur plusieurs générations. Dans un avenir relativement proche, nous suivons les aventures du héros éponyme Lande, un militaire fugitif « recherché par les autorités ». Bricoleur de génie, il apporte son aide à Louis Askimov, le fermier qui l’accueille. Il s’attelle à plusieurs travaux, comme réparer une éolienne, installer le chauffage, créer un réseau distribuant l’eau de la montagne pour redonner vie au hameau et prodiguer ses enseignements. Il donne confiance à tous les habitants qui le considèrent avec reconnaissance comme leur sauveur. Son mot d’ordre : « Ne jamais subir, toujours conquérir ! » Grâce à l’effort collectif, le projet mis en place par le grand-père Sergueï Askimov voit le jour. Celui-ci s’avère être une base secrète où pourraient se réfugier les humains en prévision d’une attaque nucléaire et de la guerre. Avec l’aide d’un scientifique, Askimov a découvert que lors du coït, la fusion entre les rayonnements de deux êtres conduisait à la vie éternelle ou encore permettait d’ouvrir l’Arc en ciel. Ainsi capables de rejoindre les Mondes de l’Après vie, leurs pouvoirs surnaturels leurs ouvrent les portes d’une autre humanité...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22136-8

 

© Edilivre, 2016

A vos ordres, mon Colonel !

Avec une Lune profondément blottie dans la ouate, un étranger déclenche les aboiements du chien de ce hameau. Trois fermes vivent à l’écart d’un village de soixante dix huit habitants, arrosé par une source souterraine.

Le coin est paisible et même abandonné. A grande distance des voies praticables et juste à flanc de montagne ; c’est de là qu’il vient, l’étranger !

Jamais personne n’est passé par cette montagne et surtout pas en hiver.

– Qui êtes-vous ? Demande Louis, en ouvrant sa porte.

– Je me nomme Eudes Landelois, mais il est plus simple de m’appeler Lande ! Me serait-il possible, sans vous déranger, de passer la nuit avec vos vaches ?

– Allez-y, mais vous serez réveillé à l’aurore, à l’heure de la première traite !

– C’est très aimable à vous ; je m’adapte facilement ! Lande remercie une nouvelle fois son hôte et s’en va prendre place dans l’étable. Il se trouve un coin de paille, qu’il couvre d’une bâche, s’enroule dans un duvet et s’endort rapidement.

6h15, Louis ouvre la porte, armé de deux seaux et d’un bol de chocolat au lait chaud. Lande se lève aussitôt et recueille le précieux liquide.

Louis passe une demi-heure avec ses sept vaches, tout en questionnant le voyageur.

Celui-ci répond sans précision, sans anecdotes, semblant sur la défensive. Ne cherchant nullement à dissimuler, il explique son attitude par le fait de vivre seul depuis trois ans à traverser la montagne.

– Ce n’est pas humain, ce que vous me racontez là ! Nous avons envoyé une expédition durant trois mois dans ces montagnes, à la recherche d’une meilleure terre. Quatre d’entre eux sont rentrés totalement à bout de résistance humaine, avec les pieds et les mains gelés ; deux autres ne sont jamais revenus !

– La montagne peut devenir la pire des souffrances, mais elle est aussi le meilleur des refuges pour qui n’a pas envie de partager ses émotions. La nature est dure, parfois mortelle, mais elle est juste et même généreuse quand on sait y faire !

– Vous avez l’air à l’aise dans les conditions extrêmes !

– J’ai fait la guerre pendant vingt ans, ça déforme un homme !

– Vous étiez dans l’armée de l’air ?

– Non, dans le Génie ; avec tout ce que cela implique !

– Mince ! Peut être sauriez réparer une éolienne ?

– Sûrement, sauf si je ne trouve plus la pièce défectueuse !

– Vous pourrez la fabriquer, ma cave est un véritable atelier de mécanique !

– Soit ; je veux bien vous aider, vous m’avez hébergé !

– Je termine ici et je vous montre ! Rajoute Louis.

Les pales ne tournent pas, pourtant avec la froideur hivernale, le vent est bien présent. Lande examine l’embrayage et montre la panne à Louis.

– Nous allons confectionner une bouillotte pour dégripper les mâchoires, mais il faudra également sortir le piston avec de l’eau chaude !

– Venez, ne restons pas dehors, le lait va geler !

Lande découvre une véritable caverne d’Ali baba, dans la cave de Louis ; il y trouve une lampe à souder, un pied de biche et même une bombe anti-givre.

– Nous n’aurons pas besoin d’eau chaude, sauf pour mon bain éventuellement !

– Je vais en aviser ma fille, Virginie !

– Allons-y !

Lande chauffe les parties métalliques et décollent les mâchoires au pied de biche ; presque immédiatement le rotor se remet à tourner. Il démonte la partie fixe et ouvre le tube de pression. Il vaporise l’antigel et remonte avec beaucoup de mal, le piston ; segmentation cassée !

Il emmène les deux parties à la cave et commence l’usinage. Vers 12h30, il a fini les deux, en même temps que l’appel à déjeuner de la part de Virginie.

– Bonjour ! Je devrais plutôt manger à la cave, je ne suis pas présentable et je sens certainement très mauvais ! Annonce Lande.

– Ça ira ! Mon père est pire un lendemain de cuite ! Répond la jeune femme.

– Je me présente : Eudes Landelois, mais faites comme tout le monde, appelez moi, Lande !

– Eudes, quel drôle de prénom ; ça fait renaissance française !

– C’est encore plus vieux que cela, de l’époque de Charlemagne !

– Incroyable ! J’ai rêvé de votre arrivée, mais on vous appelez Balthazar !

– C’est mon deuxième prénom !

– Je peux vous appelez comme ça ?

– Si ce son chante à votre oreille, je n’ai rien contre !

– C’était un Roi mage et vous en l’avez l’aspect !

– Jusqu’à ce que je prenne un bain et que je puisse me raser.

– Cela se fera après votre réparation !

Louis écoute attentivement le dialogue et n’intervient nullement. Après le déjeuner, il explique à Lande la difficulté à survivre par ici et aussi la peur que la guerre se rapproche d’eux.

– Vous n’aurez jamais la guerre, vous n’avez rien à prendre ! Vous survivez tant bien que mal dans les conditions du siècle dernier ; je n’ai jamais vu un village sans eau courante et sans électricité !

– Nous avions tout cela, mais il y a eu le grand boum et plus rien n’a marché !

– Un tremblement de terre ; je peux réparer ça !

– Vraiment ??? Vous feriez à nouveau couler la rivière ? Demande Virginie.

– Assurément ! En attendant, je vais finir l’éolienne pour enfin pouvoir me laver !

– Ça va nous sauver la vie ! Reprend Louis.

– Pourtant, vous avez surement pas mal de précipitation par ici !

– Ici le terrain ne retient rien, il est très sablonneux, en revanche la vallée est inondée huit fois par an !

– Et en creusant vers la nappe ?

– Nous avons essayé jusqu’à trente mètres et nous en avons fait un puits, mais il n’y a que l’éolienne, souvent à sec en été !

– Ce n’est pas le coin le plus accueillant, qu’il m’est donné de connaitre !

– Ha, ha, ha ! J’aime beaucoup votre analyse ! S’exclame Virginie.

– J’ai l’impression qu’il manque un bon bricoleur dans le secteur !

– Vous devancez ma proposition de rester ici…, jusqu’à ce que vous en ayez marre ! Dit Louis.

– La cuisine est bonne, l’ambiance aussi. Je peux me rendre utile durant les froides nuits à venir ; c’est d’accord pour moi !

Lande passe une heure dehors ; une demi heure à terminer la réparation et une autre à visiter les alentours. Il détecte rapidement le problème de l’eau, mais il risque de faire des sceptiques, en ce qui concerne la méthode de transformation.

Il rentre, prend son bain et retourne à la cave. Il y découvre une étrange armoire fermée à clé. Il trouve un ordinateur, une douzaine de machines outils et des panneaux solaires.

– Tout ce Bin’s faisait partie des projets de mon grand père. Il a installé l’électricité à ma naissance en 2007 ; cinq ans plus tard, il y eu le tremblement de terre et il a disparu la même année. Depuis, tout est resté en l’état et personne ne cherche plus à changer les choses ! Annonce Louis.

– Vous avez la clé de cette armoire ? En la désignant.

– Elle est au-dessus !

– Waouh ! C’est fantastique ! Découvrant quarante batteries reliées à un système de charge et d’utilisation en réseau. Il reprend : – Il était vraiment dans le coup, le grand père !

– Ça peut marcher, tout ça ?

– Mmh…, il faudra plus d’un hiver, pour que ça fonctionne !

– Si ça vous branche, comme on dit !

– Ha, ha ; bien vu ! Répond Lande.

– Sans vouloir interrompre cette bonne humeur, je vous invite à dîner ! Déclare Virginie.

– Mes aïeux ! Je n’ai pas mangé de Pot au feu depuis mes grands parents !

– Ça tombe à pic, nous vivons comme eux ! Reprend Virginie.

– J’ai l’impression que mon séjour va se prolonger !

– Ha, ha, ha ! Les gadgets de Pépé vous plaisent à ce point ?

– Ils vous étonneront, mais ce ne sera pas avant le mois de Juin !

– Ça nous promet de bonnes rigolades !

– Euh…, pas trop le matin ! Je risque de dormir longtemps !

– D’accord, mais alors on se tutoie !

Lande regarde Louis, qui acquiesce et sourit à sa fille :

– Ok, pour moi !

Du coup, Louis se lance dans un questionnaire militaire, qui ne plait guère à Lande. Il grignote plutôt que de répondre, n’ayant nullement envie de raconter ses exploits passés.

Finalement, Louis prend sa pipe et rejoint le salon. Il n’a pas eu de réponse, mais il reviendra inévitablement sur le sujet.

– J’ai ressenti de la gaine pour toi ; ton indisposition à répondre m’a semblé pudique, plutôt que coupable !

– Ton père ne comprendrait pas ; je reste secret, car je ne trouve aucune gloire dans la guerre !

– Ta sagesse provient de tes trois années passées dans la montagne. Je ressens ta force de retenue, j’en distingue les contours et je suis très heureuse que tu sois là !

– Les femmes possèdent un sixième sens, que ton entourage à certainement contribué à développer. Je vais à présent retourner à la cave, afin de mettre sur pied le programme des travaux !

– Ta chambre se situe juste à droite en haut de l’escalier ; les toilettes sont au bout !

– Merci, ça peut servir ! Dit-il, en descendant. Il allume la lampe à gaz et cherche le plan d’installation électrique. Ne trouvant rien, il se dit que le Pépé devait être méfiant ; il voulait s’assurer du bonhomme qui trouverait son trésor ? L’Ordi, bien sûr !

– Si j’arrive à le démarrer, il me donnera toutes les indications ! Se dit-il, mais avant cela, il se doit de contribuer à l’eau et pour ce fait, il sort par moins neuf degrés. Un peu plus d’une heure après, il retrouve l’ordinateur et cherche immédiatement une batterie de réserve ; les nouveaux accus sont toujours chargés à vide, ainsi il suffit d’y rajouter le mélange eau acide pour obtenir de l’électricité.

Il la branche sur un onduleur, qu’il relie à l’ordi : Ça marche ! L’écran s’allume demandant un mot de passe. Sans hésitation, Lande inscrit « Louis ».

La session s’ouvre et comporte d’innombrables dossiers : Chouette, exactement ce qu’il aime faire la nuit !

A 21h, Virginie le rejoint avec une tisane :

– Nous buvons cela tous les soirs ; c’est absolument infect, mais c’est bon pour tout le reste ! Voyant pour la première fois de sa vie un écran délivrer une image, elle continue :

– C’est…, vous…, tu, sais faire marcher ce truc là ?

– Oui, c’est très simple avec de l’électricité ! Assoies-toi, je t’explique : Il est de prime à bord certain que le Pépé n’a jamais transmis ses recettes à son fils. Il est tout aussi sûr, qu’il l’aurait fait avec ton père, s’il n’avait pas disparu prématurément. Avec ces deux certitudes, j’ai facilement trouvé le mot de passe pour entrer dans la machine ; à ce propos, ne la traite jamais comme un humain, aucun sentiment, toujours des questions claires et un résonnement logique. Mise à part ce détail, c’est une encyclopédie, une bibliothèque et même un raccordement au reste du monde !

– Tout ça dans cette image ?

– Dans ses circuits intégrés ! L’image devient le moyen de communiquer et il n’y a presque pas de limite. Regarde, ton arrière grand père à dessiné la totalité d’une installation qui ne dépend de personne ; le dispositif est tellement élaboré, que la maison pourrait fonctionner sans aide humaine !

– Tout ceci existe ailleurs ?

– Mmh… ! Oui !!!

– Dans mon rêve, j’ai vu l’arrivée d’un être de lumière qui fait briller le Soleil, la nuit. D’un claquement de doigt, il donne vie à des objets qui n’existent pas dans la pénombre et à des êtres que rien ne retient en ce monde ; j’ai la sensation que ce rêve devient réalité !

– Tu m’honores d’une prétention que je n’ai pas et pour me rattraper de la mauvaise impression que j’aurais tendance à laisser, je propose que ce soi toi qui allume la première lumière de nuit !

Virginie est prête à exploser de joie, ou alors à fondre en larmes et immédiatement Lande la prend dans ses bras.

– Tu sens comme moi ! S’écrie-t-elle, en rigolant.

– Ton savon est plus doux !

– Ha, ha, ha ; je t’adore !

– Je vais à présent me plonger dans le système pour établir quelques paramètres, tel que la sécurité, les dossiers cachés et chercher un éventuel accès extérieur !

– Et moi, je plonge dans mon lit ; je suis de la traite du matin !

– N’as-tu pas déjà fait celle de ce soir ?

– C’est ainsi que nous fonctionnons, dans le cas d’une bête malade le soir, nous la revoyons le matin pour décider de la procédure !

– Excellente organisation ; tout autant que le Pépé Sergueï !

Virginie lui fait un bisou et emporte la tisane froide. Lande s’assure tout d’abord d’aucun raccordement à un quelconque système de localisation. Il vérifie ensuite le temps à la décharge de sa batterie et enfin se plonge dans les quarante deux ans du grand père de Louis.

3h40, il éteint la bécane avec enfin du concret au sujet de ses recherches dans la montagne et l’on peut dire que pour une fois depuis tout ce temps, Lande dort profondément.

13h, les deux viennent voir l’état du malade, car il est absolument inconcevable de dormir aussi longtemps sans être au bord du trépas. La porte s’ouvre doucement, on entend aucun bruit jusqu’à devant le lit, puis Louis ordonne à voix basse :

– Va-y, -toi !

– Pourquoi moi ? C’est toi qui l’as accueilli !

– Pendant la nuit, il a installé deux cuves sous nos gouttières ; ça ne sert à rien avec l’éolienne qui fonctionne de nouveau !

– Il doit avoir ses raisons !…

– Excusez-moi de vous interrompre, juste pour préciser que ce n’est pas la même eau ; les légumes du jardin vont préférer une eau azotée, plutôt que minérale ! Explique Lande.

– Et na ! Rajoute Virginie.

– Nous te croyions malade ! Déclare Louis.

– Je préfère travailler après la sieste, jusqu’au petit matin ; c’est plus calme !

– Ha, ha, ha ! T’es vraiment trop bizarre ! En attendant, on aimerait déjeuner !

– Ça marche ! Sortant du lit, nu comme un ver ; un caleçon long et un sous-pull, tout ça dans une combinaison militaire, éblouissent les deux intrus.

Virginie ressent la situation gênante, saisit le bras de son père et descend rejoindre la cuisine.

A table, la jeune femme annonce :

– Nous te demandons pardon, pour notre attitude inconvenante devant ton lit ; tu m’avais pourtant prévenu, mais j’ai pris ces mots pour une plaisanterie !

– Ce serait plutôt à moi de m’excuser, pour mon incroyable manière de vivre, pour mes travaux de nuit que je vous garantis indispensable durant l’hiver. J’ai dit que je vous donnerai de l’eau et grâce, ou à cause du Pépé, je vous donnerais également la lumière de nuit, mais pour cela il faut que vous me laissiez faire à ma manière et que je puisse dormir jusqu’à midi !

– C’est entendu !! En chœur et en riant.

Pendant le repas, peu de paroles, on mange, mais dès que la fourchette se retrouve dans l’assiette :

– Raoul, mon voisin immédiat, m’a fait remarquer que l’éolienne fonctionnait à nouveau par l’intense froid qui règne actuellement et que c’est à la grâce de Dieu que nous le devons. Je lui ai répondu que Dieu s’appelait Lande et que c’est un génie de la construction !

– Ce serait un véritable bond en avant, si je pouvais brancher les quatre autres fûts sur leurs gouttières ! Répond Lande.

– Mais où as-tu trouvé ces réservoirs ?

– Partie à la cave et en grande partie, grange ; il y a tout pour le raccordement !

– Comment ai-je pu passer à coté de tous ces trésors ?

– Tu ne sais rien en faire, moi si ! L’intérêt pour un objet vient du fait d’en avoir vu, manipulé beaucoup et surtout d’en connaitre leur utilisation ; si tu n’en a pas l’usage, tu ne le connaitras pas !

– Pas faux !

– Continue à dire à tes voisins, que je suis le bon génie qui s’occupe de tout !

– Mais…, je pensais te les présenter cet après midi !

– Il est impératif que je fabrique rapidement les coffrages de ces réservoirs. Pour que l’eau récupérée reste de l’eau, il faut éviter la lumière, je vais par conséquent confectionner des boites que j’installerais autour des fûts !

– Si tu ne veux pas répondre à mes questions sur ta carrière militaire, donne-moi simplement ton grade !

– Colonel !

– C’est important ? Demande Virginie.

– C’est le Général sur le terrain ; le plus haut gradé avant de devenir un gratte papier !

– J’ai été amené à connaitre quelques généraux de terrain, mais la grande majorité aimerait faire une carrière politique et n’ont plus qu’une seule vision, leur intérêt. A présent, excusez-moi, je vais couper les plaques et les différents renforts pendant qu’il fait jour !

Il met en fonction le jeu de batteries et fait tourner la scie à ruban. Le bruit attire bien sûr les hôtes, qui restent à l’écart mais observent attentivement les travaux.

Une heure et demie sont nécessaires pour la découpe et la mise en œuvre de l’assemblage des six coffrages. Ensuite, il nettoie les emplacements et allume l’ordinateur. Louis veut se sauver, mais Lande l’interpelle sur la nécessité de connaitre les appareils qu’il sera amené à utiliser. Il ouvre un nouveau dossier nommé « le réseau de l’eau ». Il y intègre l’installation des fûts et de leurs caches.

Louis ne comprend pas tout, mais il semble intéressé et pose beaucoup de questions ; c’est bon signe.

– Un petit quatre heures ? Propose Virginie, amenant une tarte aux pommes.

– Franchement les conditions de travail sont du tonnerre ici ; je me sens prêt à l’incruste !

– Ha, ha, ha ; je le souhaite de tout cœur ! Yeux dans les yeux.

– Après la pause, j’aimerais que tu restes une demi-heure pour te familiariser avec le clavier ; il s’agit de recopier un texte, en utilisant les deux mains ! Dit-il, à la jeune femme.

Pendant qu’elle s’installe dans un fauteuil ergonomique, Lande lui explique la ponctuation, les majuscules et les différentes touches utiles. Il surveille les débuts, corrige les mauvaises attitudes, puis s’attaque à la Lasure de ses panneaux de coffrage. Virginie finit le texte en même temps que le rinçage des pinceaux.

– Une heure par jour et tu deviendras une championne en moins de six mois !

– Tu as l’art et la manière de commander aux gens, par l’envie que tu leur donnes. Lorsque j’ai vu mon père te désigner ce qu’il fallait faire avec une machine dont il ne connait absolument rien, je me suis dit qu’il est très fort ce gars là !

– J’aime lorsque les gens sont satisfaits de ce qu’ils ont réalisé. Je ne supporte pas les pleurnichards qui n’y arrivent jamais, alors j’ai adopté une méthode d’auto enseignement par la curiosité et la satisfaction du travail bien fait !

– Tellement de choses nous séparent et nous sommes pourtant si proche, que je me félicite d’avoir eu confiance dans mes rêves et d’avoir su attendre ton arrivée !

– Fini de rêver, il va falloir bosser !

– Ha, ha, ha ! Oui, mon Colonel ; à vos ordres, mon Colonel !

– Ha, ha ! Sûr, que ça va vous changer ! Avec un bisou.

Virginie se sauve pendant que Lande trie et prépare la visserie nécessaire au montage. Il a trouvé une magnifique lampe à batteries pour ses travaux d’extérieur, qu’il compte utiliser dès cette nuit.

Pour l’instant, il va reconnaitre le lieu avec le Soleil couchant.

– Mince ! Il va falloir modifier le coffrage sur deux fûts. S’approchant de l’endroit pour prendre les mesures, il tombe sur le jeune Gaspar.

– C’est toi, le bon génie de l’eau ?

– Je m’appelle Lande / Balthazar et nous sommes tous les deux des Rois mages !

– Tu fais quoi avec ce ruban ?

– C’est un triple mètre à ruban, avec lequel je mesure l’emplacement, pour y installer une cuve à eau. La neige qui est actuellement sur le toit va fondre lorsqu’il fera plus chaud et elle va tomber dans la cuve. Ensuite, l’eau de pluie qui ruisselle tombera également dedans ; tout cela réuni, permettra d’arroser les légumes cet été !

– C’est super, j’ai tout compris ! Mon père dit toujours que je ne comprends rien, mais moi je crois qu’il m’apprend mal !

– Ce n’est pas donné à tout le monde d’enseigner, il faut souvent beaucoup de patience !

– Tu voudrais m’apprendre ?

– Il faudra que tu viennes chez Louis et Virginie à 16h…, tous les jours, mais avant tout autre chose, tu dois obtenir l’autorisation !

– Alors là, je fais ce que je veux, puisque je ne suis bon à rien !

– Tu m’as l’air parfaitement conscient et responsable de tes actes, on dirait !

– Je serais là, demain !

– Je te souhaite une bonne nuit !

– Merci, à toi aussi ! Répond l’adolescent.

Lande retourne dans la cave et modifie de suite les données dans l’ordi. Pendant le dîner, il révèle sa rencontre et demande à Louis de recevoir le gamin, afin de lui apprendre certaines choses au sujet de l’eau. Louis accepte de bonne grâce et Virginie est ravie. Lande ne s’attarde pas à table, il a trop à faire ; c’est ce qu’il dit !

Bien entendu à 21h, Virginie descend les marches avec sa fameuse tisane.

– L’histoire du Pépé est d’une richesse infinie ; je viens de lire cent soixante dix pages, qui ne représentent que trois mois de sa vie !

– Il parait que c’était un sacré filou, coté jupon ; je ne m’étonnerais pas d’avoir un cousin caché non loin d’ici ! Répond Virginie.

– Gaspar, par exemple !

– Non…, sans blague ?

– Ne lui révèle rien, même pas dans tes attitudes, sinon je ne pourrais plus te raconter mes découvertes !

– Ne t’inquiètes pas, tu ne vas pas tarder à devenir la personne la plus importante du village ; je ne vais pas tuer la poule aux œufs d’or !

– Tu as tout hérité du Pépé Sergueï et c’est à toi que je vais montrer le fonctionnement de la maison !

– Toi aussi, tu es extrêmement malin, en invitant un enfant à la limite de redevenir une bête ; s’il devient ton disciple, il sera à ta main pour n’importe quelle tâche !

– Il va commencer par traire les vaches, durant la période de transhumance !

– Qu’est ce que c’est ?

– Au printemps, tu emmènes les vaches sur une terre de montagne avec une herbe plus riche et des fleurs bienfaisantes pour l’hiver. Pendant ce temps, sur le carré habituel, l’herbe pousse et pourra servir de fourrage à la saison froide !

– Excellent ! Virginie le quitte, ramenant une nouvelle fois la tisane froide. Lande restera sur l’ordi jusqu’à 2h25, puis se prépare à sortir : « Tient, il fait beaucoup moins froid ; il est grand temps de poser les fûts et de les raccorder ! »

Pas loin de deux heures pour brancher les quatre et ce ne sera fini qu’avec la pose d’un mini toit solaire au-dessus du réservoir de la grange de Louis, situé plein Sud. Pour l’instant, il couvre le panneau photovoltaïque, en attendant de le raccorder dans l’après midi. Après cela, il va se coucher pleinement satisfait de son ouvrage.

A midi, c’est le son d’une clochette qui le ramène à la réalité et qui lui indique l’imminence du déjeuner ; quelques minutes plus tard, il rejoint Virginie :

– Merci d’avoir lavé mon linge ! Dit-il, en apercevant une pile lui étant destinée.

– C’est grâce à l’éolienne ! Répond la jeune femme.

– Je suis sûr que tu as mis les mains dans l’eau !

– Obligé, pour laver !

– Avec des gants en aérogel, pour garder de belles mains ! Qu’il tend à la jeune femme.

– Oui, c’est une idée ! J’aime quand on me parle de féminité, même si c’est pour une tâche ménagère !

– Toutes les femmes aiment les compliments, c’est dans leur nature et cela permet à l’homme d’avoir de la considération ; la base de l’ouverture d’esprit !

Louis arrive, s’installe à table, regarde ses mains et s’en retourne se les laver.

– Bravo ! C’est ainsi qu’on se fait respecter ! Reprend Virginie.

– La plupart des choses rentrent dans le bon sens et ne nécessite nul commandement ; il suffit souvent de faire attention aux autres, pour prendre place dans l’élément qui nous entoure. Pendant presque une année, j’ai vécu avec une Maman Ours et ses deux petits que j’ai aidé à mettre au monde. Elle m’a laissé vivre avec eux, par reconnaissance et par bonté d’âme. La nature n’est pas féroce, elle est sélective, pragmatique et méritante !

FIN, de la première partie

Deuxième partie
Je te présente Léo !

De retour à table :

– Je ne sais pas ce qui s’est passé hier, mais ce matin les poules ont pondu bien plus que d’habitude, alors je nous ai fait une omelette !

– Dans le bric-à-brac du Pépé, j’ai repéré un objet insolite de la forme et de la dimension d’un verre à vin, pesant dix fois plus lourd ; c’est un diffuseur de musique que j’ai rechargé grâce au réseau de batteries et que j’ai installé avec les poules ; elles ont l’air d’apprécier la musique de Jazz !

– Tu n’en rates pas une ! J’ai évidemment imaginé une intervention de ta part, mais jamais je n’aurais pensé à la musique !

– Les oiseaux chantent, c’est dans leur nature, alors ceux qui ne le peuvent pas se nourrissent des mélodies de leurs congénères. Une orchestration musicale contient souvent tous les sons produits dans la nature et c’est ce qui manque à tes poulettes !

Le déjeuner se déroule en silence, mais comme à son habitude à la fin, Louis raconte :

– Ce matin, nous avons constaté tes installations nocturnes et là dessus, Jérémy mon autre voisin à dit : « Je n’arrive pas à imaginer que ton locataire fasse couler une rivière, mais comme c’est parti, je n’ai plus peur de manquer d’eau cet été ! « Alors, je leur ai raconté mon rêve de cette nuit, qui était de voir tourner l’aube du moulin d’Aloïse ; ils ont rie, mais j’ai senti un espoir dans leurs yeux et je crois qu’ils t’ont déjà adopté sans même te connaitre !

– Je favorise toujours l’action à la discussion, mais si l’opération n’est pas préparée, je ne l’entreprends pas ! Je suis sûr de trouver une solution rapide aux inondations du village, mais ils devront mettre la main à la pâte !

– Personne ne rechigne devant l’ouvrage ici, le problème vient du fait que nous ne possédons pas de maître d’œuvre, pour le mener à bien !

– Je crois que c’est fait, tu viens d’en trouver un !

– J’ai trouvé mieux que cela, car tu chamboules tout, tu vis la nuit, tu ne crois pas en Dieu, tu restes d’une discrétion monacale et tu maitrises jusqu’à la racine du pissenlit !

– Je ne mérite aucune faveur, je me suis installé dans une vie qui me convient !

– Ha, ha, ha ! Et d’une modestie confondante ! Rajoute Virginie.

– J’aime l’échange, mais il doit se faire dans la force du moment, pas dans une convention établie et inébranlable. Les choses inscrites dans un registre deviennent inévitablement un poids pour certains d’entre-nous. L’humain doit se libérer de ses propres contraintes, pour apercevoir le Paradis !

« No comment ! « Lande se sauve ; il sort et se retrouve sous la pluie, ce n’est pourtant pas pour tout de suite le dégel ; elle est glacée !

Il rend visite aux poules, récupère l’objet musical et leur chante une chanson. Elles caquettent un peu au début, puis se taisent et ne reprennent leur causerie qu’à la fin du morceau. Lande les remercie et se rend chez les vaches, plutôt dans la partie haute de la grange. Il y déterre un mini silo caché derrière des panneaux de Gibbs. Il le couche, cherche à ouvrir le robinet ; rien à faire manuellement ! Il retourne à la cave, remplit une trousse à outils et emporte un chiffon ; il pli celui-ci et l’utilise pour amortir le choc du marteau. Il libère la serrure, redresse le silo, pose un seau sous le robinet et tente l’ouverture.

C’est du seigle totalement sec, quasi de la farine.

« Nous gouterons d’abord, en crêpes par exemple, ensuite cela servira de complément aux bovidés ! » Il retourne à la cave pour la deuxième couche de lasure. Il retravaille les deux coffrages spécifiques et fabrique un second toit solaire. Il branche le premier sur une lanterne à iodure métallique, qu’il suspend dans un renfoncement de la cave ; il rajoute deux panneaux coupe flux, profitant ainsi d’un éclairage indirect avec une entrée de lumière solaire.

Il ressort une fois de plus, prend la peine de rejoindre le village, inspecte la source et son écoulement, puis revient enfin découvrir le panneau photovoltaïque.

Du premier coup ! Une lumière orangeais très intense, laisse peu à peu place à un blanc d’été teinté d’or.

– Un bac étanche, une bonne terre de forêt et une circulation d’eau pourraient nous donner rapidement des radis ! Se dit Lande.

Il ne met pas bien longtemps à dénicher un bac à douche ; c’est un peu petit, mais c’est juste un essai ! Autre chose le contraint une nouvelle fois à ressortir : Le Puits !

Il se penche dessus et sort un instrument de sa besace. Il voit arriver Gaspar avec une ponctualité Suisse. Il le salue et l’entraine dans sa cave.

– C’est ici que j’officie et c’est d’ici que tu verras le domaine que tu auras à surveiller ! Désignant l’ordinateur, Lande poursuit :

– Tu vas découvrir des choses hallucinantes, mais sache tout de suite que je peux tout expliquer et que rien n’est impossible à celui qui veut. Nous allons créer un réseau d’eau venant de la montagne, profitant à tous, durant cette année…, et comme je viens de te le dire, tu en seras le garant ! Tu vois cette lumière ? Et bien, c’est le Soleil qui fait fonctionner ce projecteur ; tout cela et bien plus, nous allons l’étudier, mais tu devras également prouver ta valeur dans le travail pour tous, en aidant Virginie qui te reçoit chez elle.

– Bien sûr ; je me tiens à sa disposition ! La saluant, pendant son arrivée.

– Nous commencerons ce cours par l’Alphabet, puis lecture, écriture et enfin recopiage du dictionnaire. Une heure par jour à ce régime là et une heure de travaux pratiques pour éviter l’ennui. Ce sera ton programme pour les trois prochains mois, ensuite au Printemps, nous plongerons dans...