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Le Cabanon de la Marine

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438 pages

Valentin et Jason, deux garçons insupportables de onze ans, accumulent les bêtises, surtout à l'école.
Pour les vacances d'été, avant leur entrée en 6ème, on décide de les envoyer à la campagne dans un centre d'éducation spécialisée où la discipline est stricte.
Ils vont y faire des rencontres et ne pas tarder à entendre parler de la vieille maison brûlée et du mystère qui l'entoure...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-64690-3

 

© Edilivre, 2014

Le Cabanon de la marine

 

 

Valentin et Jason, deux garçons insupportables de onze ans, accumulent les bêtises, surtout à l’école.

Pour les vacances d’été, avant leur entrée en 6ème, on décide de les envoyer à la campagne dans un Centre d’éducation spécialisée où la discipline est stricte.

Ils vont y faire des rencontres et ne pas tarder à entendre parler de la vieille maison brûlée et du mystère qui l’entoure…

 

C’est un personnage qui aime prendre la route.

Qu’il pleuve, qu’il vente ou que la nuit soit étoilée, il choisit de fendre l’air pour s’échapper de la grande ville et suivre le chemin qui lui offre un peu de liberté.

Il a besoin de calme.

Il est loin de se douter que le cours des choses va brusquement changer en un certain soir de juillet…

 

 

C’est ici que l’histoire commence, dans une école de cinq classes au cœur d’une petite ville, on peut même dire d’un grand village, presque au centre de la France, dans une région où se rejoignent la vigne et la Loire.

L’école se trouve en hauteur, face à la vieille église.

De la cour, on aperçoit la vigne qui s’étale à perte de vue sur les coteaux.

Dès septembre, le vignoble se pare de couleurs fabuleuses sous le doux soleil d’automne et en hiver, la neige cache souvent les ceps tristes, noirs et tout tordus.

Au printemps, tout se réveille pour enfin profiter de la lumière.

Sur les pentes bien vertes, le raisin dore au soleil jusqu’à la fin de l’été pour préparer la prochaine vendange.

Les touristes arrivent en voiture, en car, train, ou vélo et parfois même par bateau le long du canal.

C’est une région où il fait bon vivre, une campagne qui sait garder ses valeurs.

Les gens des grandes villes, des Parisiens et des banlieusards, viennent pour s’y reposer le week-end et pendant les vacances.

Nous sommes au tout début de l’été et dans la cour de l’école, il fait très chaud. Les enfants bougent comme au ralenti.

Pas de course, aucun chahut. Tout le monde cherche le calme et un peu de fraîcheur vers le feuillage des tilleuls en fleurs qui voile à peine le soleil de plomb.

Comme c’est le dernier jour de classe avant les grandes vacances, on a le droit de prolonger les récréations et beaucoup d’élèves sont installés par petits groupes autour des jeux de société qu’ils ont rapportés de la maison.

Certains se contentent de bavarder et d’autres, comme Jason et Valentin, racontent des bêtises.

Dès qu’ils n’ont pas de ballon, ces garçons ne savent que faire et c’est le cas cet après-midi car le Directeur a interdit les matchs de foot à cause de la chaleur.

– Qu’est-ce que ça peut bien lui faire si on a chaud !, fait Jason.

– J’m’en fous, souffle Valentin, On sait où il est le ballon. On n’a qu’à le piquer.

Jason hausse les épaules.

– Ça ne sert à rien. De toute façon, on ne peut pas jouer.

– Ouais, mais au moins, on peut l’embêter.

Valentin glisse un œil vers le banc où sont assis les deux maîtresses, les deux maîtres et le Directeur en pleine conversation.

Sitôt dit sitôt fait. Le garçon se précipite vers les marches qui mènent dans le hall de l’école et en ressort le maillot gonflé par le ballon volé. Il passe derrière le banc des enseignants qui ne s’aperçoivent de rien, leur balance dans le dos une grimace de ses spécialités, se précipite sous le préau et jette le ballon dans le vieux lavabo désaffecté.

*
*       *

C’est une vieille école.

Sur le fronton, les dates de construction sont gravées dans la pierre : 1928-1930.

Il reste des choses d’origine comme ce lavabo qui ressemble davantage à un abreuvoir pour animaux.

D’un bond, le garçon rejoint vite fait les camarades médusés assis en rond sous l’un des tilleuls de la cour.

– T’es gonflé, fait Jason. Tu crois qu’on n’a pas assez d’ennuis comme ça ? Je te rappelle qu’on doit rester après l’école pour la réunion.

– Et alors ?, personne n’a vu que j’ai pris le ballon.

– Oui, mais quand le Directeur va s’en apercevoir, il va faire son enquête et il trouvera vite ! Tu sais bien que dès qu’une bêtise est faite, même si ce n’est pas nous, il pense que c’est nous.

Les deux garçons ont une mauvaise réputation par rapport au lot de bêtises accumulées au cours du temps passé à l’école. Et lors de cette année de CM2, ils en ont fait de sacrées !

A déranger sans cesse les cours, à se faire renvoyer trop souvent par le professeur d’anglais ou de sport, à inonder les toilettes en s’aspergeant, robinets coulant à flot, à faire peur aux plus petits pour s’amuser, à organiser des bagarres à la sortie, ils sont devenus les bêtes noires : ceux que l’on croit toujours coupables parce qu’ils le sont très souvent…

Seule leur maîtresse semble parfois les croire quand ils disent que « ce n’est pas eux ».

Il faut dire que Mademoiselle Lavy s’est montrée très patiente par rapport à ce qu’ils lui ont fait endurer. Cependant, ils n’échapperont pas à la réunion tout à l’heure pendant laquelle on va débattre de leur cas en présence des parents.

Enfin, avec la mère de Jason et le père de Valentin.

Les garçons sont suivis depuis quelques mois par le même psychologue et le même éducateur car tout le monde pense qu’ils sont très insupportables aussi bien à l’école qu’à la maison et que ce n’est pas normal.

Les deux enseignants spécialisés seront présents à la réunion et les garçons commencent à ne pas trouver ça drôle du tout.

L’après-midi se passe lentement.

Pourtant, arrive brusquement l’heure de la sortie.

Les enfants passent le portail en hurlant de joie. Quelques filles de CM2 versent des larmes à l’idée de se quitter pour deux mois et de ne pas se retrouver peut-être dans la même classe de 6ème à la rentrée.

Valentin et Jason, cartable au dos, traînent les pieds dans la descente qui mène à la sortie car soudain, ils ne savent plus vraiment que faire.

– Eh, vous deux !, grogne le Directeur, ne filez pas ! Vos parents vont arriver. Je vous rappelle que vous devez assister à la réunion et cela ne m’amuse pas du tout. Nous aussi on aurait préféré partir à l’heure en vacances, fait-il en se tournant vers Mademoiselle Lavy en train d’embrasser quelques unes de ses élèves attardées.

Les deux garçons remontent la cour en ronchonnant.

Pourtant, le souffle chaud de cette fin d’après-midi d’été, début des vacances pour beaucoup mais peut-être pas pour eux, leur fait du bien et les rassure. Ils ont l’impression que rien de mauvais ne peut leur arriver sous ce beau ciel bleu.

Il fait bon et l’air sent bon.

Pour trouver la fraîcheur, ils s’adossent contre l’arbre le plus gros de la cour dont le tronc s’écaille un peu. Tandis que le bruissement des abeilles s’estompe dans le feuillage, on entend le gazouillis des oiseaux monter vers l’azur.

Valentin glisse un œil vers Jason.

– Tu crois que la maîtresse sait pour le ballon ?

– Quoi donc ?

– Ben, que je l’ai volé…

Jason remarque :

– De toute façon, ça change quoi ?

Ils jettent un regard vers le lavabo. Impossible de récupérer le ballon et trop tard pour le remettre en place.

Toutes leurs bêtises… ou presque… vont se savoir !

Les stylos distribués par la maîtresse sitôt démontés pour les déguiser en sarbacanes, les cartouches d’encre éclatées pour imbiber des boulettes de papier qui éclaboussent le sol sous leur table, ce n’est pas grand-chose…

Les boulettes soufflées au plafond dès que la maîtresse tourne le dos pour écrire au tableau, ce n’est presque rien…

Les autres ne les dénonçaient pas par peur des représailles à la récré ou à la sortie.

Car les deux garçons jouent aux caïds, aux plus forts, aux leaders.

Le plus souvent, ils sont à la tête de garçons et de quelques filles animées d’un sentiment mêlé de crainte et d’admiration.

Cette bande-là mène la vie dure aux autres, les empêchant de jouer paisiblement à la récréation, leur subtilisant leur goûter, inventant les pires histoires à dormir debout pour que finalement beaucoup doutent de la vérité, même parfois la maîtresse et le Directeur.

Si bien que tout le monde y perd son latin… jusqu’aux parents.

A plusieurs reprises, au cours de l’année, Valentin et Jason ont eu maille à partir avec quelques pères en colère les attendant à la sortie de l’école.

– Je vous préviens, espèces de voyous, la prochaine fois, ce sont les gendarmes qui vous interrogeront !

Les deux garçons faisaient des mines de repentis.

– On vous promet Monsieur, on recommencera plus…

Ils prenaient ensuite leurs jambes à leur cou pour aller rire en se tapant sur l’épaule dès tourné le coin de la rue.

Le plus embêtant, c’est quand un des parents, à bout de patience et de révolte, téléphonait chez eux.

C’est ainsi que Valentin s’est vu administré une volée mémorable pas plus tard que la semaine dernière.

Généralement, le père de Valentin ne rentre pas du travail avant 20 heures.

C’est la sœur de Valentin de 18 ans qui a la lourde charge, très lourde charge… de vérifier qu’il rentre directement de l’école, de suivre les devoirs et de commencer à préparer le dîner.

Leurs parents sont divorcés depuis dix ans.

Valentin n’avait pas deux ans, si bien qu’il n’a aucun souvenir de la vie à la maison avec sa mère.

Il ne connaît avec elle que les séjours pendant les vacances lorsqu’il est envoyé à Marseille où elle habite un appartement sombre, sous les combles, avec un sinistre individu qu’elle appelle son « copain ».

A la grande satisfaction de Valentin, elle n’est pas toujours disponible et décline à le recevoir.

A l’approche des vacances scolaires, le garçon souhaite toujours qu’elle annonce par un bref coup de fil que cela ne l’arrange pas qu’il vienne.

Malgré le soleil du Sud, la mer, c’est toujours la mort dans l’âme qu’il prend le train pour Marseille avec sa sœur. Depuis qu’elle est majeure d’ailleurs, elle ne fait que l’aller-retour, le laissant dans une peine encore plus noire.

Pas de copains, pas de bêtises à accomplir. Les jours coulent lentement, sans surprises, aux côtés d’une mère râleuse qui ne lui passe rien et ne fait rien pour lui faire plaisir. Même les baignades, lorsqu’elle consent à l’accompagner à la plage, ne suffisent pas à égayer le séjour.

La semaine dernière, lorsque le téléphone a sonné vers 19 heures, par manque de chance, le père de Valentin était déjà rentré. Le garçon a ressenti une légère appréhension lorsque le ton de son père s’est mis à monter derrière la porte du bureau.

Il avait toujours quelque chose à se reprocher mais il savait que cette fois, Jason et lui avaient poussé le bouchon un peu loin…

*
*       *

– Valentin, hurle son père, arrive ici !

Abandonnant à contrecœur sa console sur le coin du canapé, le garçon traîne le pas vers le bureau.

Lui attrapant une mèche de cheveux, le regard sévère, son père le force à lever la tête.

– Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que le père de Jonathan vient de me raconter ?

Ça va aller très loin cette histoire ! Tu es malade, tu dépasses les bornes.

– Mais, se défend Valentin, il n’y a pas que moi…

– Et en plus, tu es lâche ! Je m’en fous de ça ! Sûr que ton copain Jason est encore dans le coup. Ce n’est pas mon problème mais le tien. Maintenant, tu vas me raconter de A jusqu’à Z ce que vous avez manigancé. Tiens-toi droit nom de… !

Une gifle magistrale fait chanceler le garçon, tandis que le pied chaussé du père lui botte les fesses.

– Ca, c’est pour commencer et pour continuer : pas de console, de télé, de vélo jusqu’à nouvel ordre…

– Papa…

– Il n’y a pas de papa… Je t’écoute.

Embarrassé, Valentin commence son récit. Plus que la punition, c’est la colère de son père qui le dérange et il a du mal à retenir ses larmes. Il n’est plus le caïd qu’il croyait être.

– On a voulu se venger. Jonathan n’arrête pas de se vanter. Il dit que ses parents ont plus d’argent que les autres parce que son père est un patron et que lui est le plus intelligent de la classe.

Son père lui lance un regard moqueur.

– Foutaises ! T’as quel âge ?

– C’est vrai, il a toujours des beaux habits à la mode et un pain au chocolat pour le goûter…

– Et alors, toi tu te balades cul nu et tu crèves la faim ?

Tu sais comment ça s’appelle ça ?… de la jalousie, de l’envie. Ce n’est pas beau.

Je ne connais pas ce garçon mais si c’est un mauvais copain, tu fermes tes oreilles et tu l’ignores.

Dis donc, ajoute le père en scrutant attentivement Valentin, il est vraiment intelligent ?

– Ouais, avoue le garçon, il a toujours de bonnes notes…

– Ah, voilà ! Prends-en de la graine… Ce n’est pas forcément de l’intelligence, c’est du travail, du sérieux. Ce n’est pas tout à fait ton cas, n’est-ce pas ?

Face à ce verdict, Valentin ne trouve rien à répondre.

Il ne peut pas forcément être fier de lui car il apprend rarement les leçons et écoute peu en classe. En lui remettant son bulletin de notes, la maîtresse a dit qu’il était admis en 6ème « au bénéfice de l’âge »…

Comme il n’a pas bien compris, elle a expliqué : « Un redoublement par rapport à ta date de naissance n’arrangerait rien, tu ne montres aucun courage et de toute façon, je n’ai aucune envie de refaire une année d’enfer avec toi ». En souriant, elle a ajouté : « Tu es loin d’être bête. Avec un peu de volonté, tu pourras réussir au collège. »

Elle a dit à peu près la même chose à Jason.

Valentin continue le récit de ses méfaits face à son père qui bout d’impatience.

– Quand Jonathan s’est ramené à l’école avec son vélo neuf et qu’il s’est encore vanté, on a décidé avec Jason de lui donner une leçon. Il disait même qu’il allait gagner au triathlon grâce à son super vélo… Ce serait pas juste, souffle Valentin en levant les yeux vers son père, on s’entraîne plus que lui.

– Donc, c’est une raison pour causer un acte de vandalisme, s’exclame le père, et me créer des ennuis avec les assurances. Ben oui mon gars, figure-toi que le père de Jonathan demande réparation et comme tu es mineur, sous ma responsabilité, c’est à moi de démêler cette histoire même si cela s’est passé à l’école. Alors tu as intérêt à tout me raconter dans le moindre détail.

Valentin sait que son père ne plaisante pas.

– C’est en rentrant de l’entraînement au vélo…, bredouille-t-il, Avec Jason et d’autres copains on a fait semblant de regonfler nos pneus.

– Tous !…

– Oui. La maîtresse était en classe avec les autres. On avait la permission. Elle nous surveillait par la fenêtre ouverte de la classe. On a glissé le vélo de Jonathan derrière le fourré et à plusieurs on a …

– A plusieurs ? Mais de qui vient l’idée ?

– De Jason et moi, les autres font partie de la bande.

– De la bande, ricane le père, je suppose qu’ils ne sont pas aussi pénibles que vous. Vous les menacez pour les entraîner dans vos bêtises, n’est-ce pas ? Je vous en sens bien capables toi et ton copain Jason. Quelle honte ! Alors ?

– Oui, fait Valentin faiblement comme pour se lamenter. On a démonté les pédales et on les a jetées par-dessus le grillage.

– Chez ce vieil homme !, lance le père. C’est pour ça que le père de Jonathan m’a dit qu’on aurait à régler des comptes avec le voisinage. Tu sais qu’il ne rigole pas ce monsieur ! Quand il va découvrir tout ça au beau milieu de ses salades, ça risque de lui faire monter la moutarde au nez !

Valentin esquisse un mouvement d’épaule.

– De toute façon, quand un ballon atterrit chez lui, il ne le rend pas, même si c’est le Directeur qui lui demande.

– Ce n’est pas une raison !, hurle le père. Continue. Je veux tous les détails.

Valentin respire profondément pour se donner du courage.

– On a coupé les freins…

– Hein ! Avec quoi ?

– On avait une paire de tenailles.

– On ? C’est qui « on » ? Dépêche-toi !

– Moi…

– Ben voyons… En plus, tu es dangereux pour toi et pour les autres ! Je plains votre institutrice. Elle devrait peut-être vous fouiller désormais au portail de l’école ! Tu crois vraiment que c’est le genre d’objet à avoir sur soi à l’école ?

Valentin secoue la tête.

– D’abord, où les as-tu eues ces tenailles ?

– Dans ta caisse à outils, murmure Valentin.

– C’est le bouquet, fulmine le père en faisant sursauter le garçon. Ça s’appelle du vol, de l’abus de confiance et tout ça c’est de la préméditation. C’est grave mon vieux, c’est grave…

Valentin frémit.

– Continue, ajoute le père d’un ton sévère.

– On a mis de la colle et de la peinture sur la selle et le guidon.

– Qui « on » ?

– Jason a versé le tube de colle et moi j’ai écrasé le tube de peinture.

Le père ouvre des yeux ronds.

– Un petit tube, ajoute Valentin d’un air piteux.

– Tu ne veux pas non plus m’annoncer la couleur ! Vous êtes vraiment des bons à rien. Résultat : tu es puni.

Jusqu’à nouvel ordre, je t’interdis de traîner davantage avec Jason en sortant de l’école.

Que ta sœur ne me répète pas que tu rentres toujours une demi-heure plus tard que prévu sinon tu recevras une autre bonne raclée et je te promets la pension pour la rentrée.

Quant aux vacances, elles s’annoncent bien mal.

Valentin a du mal à réprimer un éclair de satisfaction au fond de l’œil, en pensant :

« Tout, sauf aller chez ma mère ! »

– Le vélo de ton camarade est endommagé…

– C’est pas mon camarade, ose Valentin.

– Tais-toi, grogne son père. Il faut que mon assurance répare ton acte. Tu te crois malin ? Comme si j’avais du temps à perdre pour ce genre de démarches à cause de tes bêtises.

Si ça se trouve, les parents de ton « pas camarade » vont lui acheter un vélo encore plus beau grâce à l’assurance ! Malin, non ?

Depuis ce temps, il est interdit à Jonathan d’apporter son nouveau vélo à l’école. Il paraît que pour le triathlon, l’Association Sportive lui en prêtera un !

Mais en fait, les parents de Jonathan ont décidé qu’il ne participerait pas aux épreuves sportives de fin d’année.

– Il a déjà assez enduré de déboires dans cette école, a signifié le père au Directeur. Nous n’avons pas envie que Jonathan soit une fois de plus malmené au cours de la fête du sport.

*
*       *

Le 20 juin, il y a beaucoup de monde sur le stade qui du coup en paraît rétréci.

Toutes les écoles du canton sont représentées par les élèves de CM2.

L’effervescence extraordinaire et le bruit assourdissant ne dérangent aucunement les jeunes participants.

Courant dans tous les sens, seuls les organisateurs adultes accusent peut-être déjà un semblant de fatigue.

Jason et Valentin sont les favoris de leur classe et veulent se donner à fond pour remporter la victoire.

Alors, ils enchaînent les épreuves à un rythme effréné : natation, course à pied et vélo.

Sur leur passage, les acclamations de certains parents présents, des camarades dispensés et les applaudissements de la maîtresse leur donnent des ailes.

Parmi les dispensés, Jonathan, accompagné de son père, se trouve aux abords du virage qui amorce l’arrivée du parcours à bicyclette.

A plusieurs reprises, il s’est fait réprimander pour avancer trop sur la ligne de la piste.

Derrière lui, Amandine, une camarade de classe venue en spectatrice parce qu’elle a un problème à la cheville suite à un gala de danse, va tout voir.

Profitant d’un moment de distraction des personnes bavardant autour de lui, Jonathan tire de sa poche une poignée de graviers qu’il lance à la volée en plein sur le virage alors que Valentin arrive en trombe sur son vélo.

Désarçonné, le garçon menace de perdre l’équilibre ce qui permet à Jason de le dépasser pour gagner l’épreuve.

Cela est un grand moment pour tout le monde. Même s’il pense que : « Il aurait dû être le grand vainqueur », Valentin, en bon copain, tape sur l’épaule de Jason pour le féliciter.

La maîtresse remet la médaille à Jason en lui faisant un petit bisou.

Le garçon fait le tour du stade accompagné par tous les camarades et de retour à l’école, il défile brillamment, médaille au cou, devant les élèves des petites classes qui applaudissent.

Valentin forme des grands V des deux bras à ses côtés et pense qu’en fait, c’est mieux d’avoir un copain vainqueur plutôt qu’un ennemi aussi lâche que Jonathan.

Deux coups de pédale ont séparé Valentin de Jason.

Jason a vu que Valentin a dérapé malencontreusement sur des graviers, en plein virage, à cinquante mètres de l’arrivée.

Comme ils sont copains, sans se le dire, ils savent dans leur cœur que la victoire leur revient à l’un comme à l’autre.

Ce n’est pas rien d’arriver premier face à toutes les écoles de la contrée !

Le Directeur serre la main de Jason très fier.

La maîtresse fait de même et tout le monde est assez ému.

C’est alors qu’Amandine ose s’avancer vers le Directeur.

– Monsieur, Jonathan a lancé des cailloux…

– Des cailloux ?

– Oui. Pour faire tomber Valentin.

Surpris, le Directeur la dévisage un instant et jette un regard circulaire vers les élèves attroupés.

– Où est Jonathan ?

Evidemment, Jonathan n’est pas là.

Certainement est-il rentré bien tranquillement avec son père se mettre à l’abri chez lui !

– On sait que tu aimes bien Valentin, sourit le Directeur.

– C’est injuste m’sieur, clament les enfants.

– Peut-être… Toujours est-il que c’est Jason le vainqueur. Je n’y peux rien.

*
*       *

Dans la cour de l’école, les deux garçons n’en finissent pas d’essayer de se rassurer. Ils ont l’impression que le temps s’est rallongé. Leur regard un peu furtif guette le portail. Bientôt, la mère de Jason et le père de Valentin monteront jusqu’ici, et après eux, l’éducateur, et encore le psychologue…

– Quelle galère !, souffle Valentin.

– Regarde, fait Jason en faisant un tour sur lui-même, ça y est …

En effet, des silhouettes s’avancent pour franchir le hall et gagner la salle des Professeurs.

En un instant, tout le monde s’assoit autour de la table où des papiers sont déposés ici et là.

L’air est très chaud, de plus en plus chaud et toutes les portes ouvertes n’arrivent pas à rafraîchir l’atmosphère.

Comme des pantins, Valentin et Jason obéissent à l’appel du Directeur. Chacun prend place sur les chaises libres : Valentin à côté de son père et Jason à côté de sa mère.

Le silence qui s’installe se fait aussi oppressant que la chaleur.

Le père de Valentin regarde droit face à lui, la mère de Jason penche légèrement la tête et respire fort.

Les garçons remuent des pieds sous leur chaise.

Le Directeur engage le débat.

– Nous n’allons pas rouvrir le dossier à leur charge… Il existe une seule requête des parents et de l’école : que ces deux chenapans soient remis sur le droit chemin avant de faire des bêtises plus graves au collège.

Le psychologue roule des yeux. Les parents ne disent mot. Les deux garçons sont transformés en statues. Le souffle en suspens, ils se demandent ce qui va leur arriver.

Nicolas, l’éducateur, tapote des doigts le rebord de la table.

– J’ai quelque chose à proposer…

Le Directeur, l’institutrice, le psychologue, les parents, les garçons et l’air du temps sont suspendus à ses lèvres.

– A quelques kilomètres d’ici, il y a peut-être une certaine solution…

C’est une fermette accueillante où réside un couple de mes amis. Depuis quelques années, ils reçoivent pendant les vacances des enfants en certaines difficultés, surtout des jeunes de banlieue.

– Nous n’en sommes pas là, observe le père de Valentin.

Nicolas sourit.

– C’est un Centre d’éducation où l’on apprend à respecter la nature et tout ce qui va avec. Les enfants s’occupent des animaux, participent aux travaux de la ferme et bénéficient d’une remise à niveau de scolarité.

Ces personnes sont des enseignants spécialisés. Ils gèrent également un centre équestre à proximité et forment les pensionnaires à monter des poneys…

– C’est cher ?, demande brusquement la mère de Jason.

– Pas beaucoup à votre charge puisqu’il s’agit d’un centre agrée par l’Etat. De plus, il faut noter que deux places sont bien disponibles pour juillet…