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Le chant de la Corne

De
139 pages
Le Chant de la Corne, passionnant périple, narre une rencontre avec l'ancien monde. Les multiples facettes de l'étrangeté de la Corne de l'Afrique se superposent en une suite d'étonnantes étapes, entre rêve et réalité. La narratrice, emmenée par une sage-femme et un poète, apprend à marcher dans un autre espace. Cinq itinéraires initiatiques la transportent jusqu'au plus profond de l'existence de la femme, de l'homme, du pouvoir et de la nature. Un voyage jalonné de trois principales empreintes: les vestiges de la colonisation, la perpétuelle emprise du religieux et l'élan vital de l'être humain pour exister au-delà de tout.
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T T I K I A
Nick yAT TI KI
Nick y LE CHANT DE LA CORNE Re c i t d e v o y a g e
LE CHANT DE LA CORNE
Le chant de la Corne
Nicky Attiki
Le chant de la Corne
Récit de voyage
Du même auteur chez L’Harmattan Une nuit à Vienne, pièce en un acte, 2010 Le fils du psychiatre, pièce en trois actes,coll. « Théâtres », 2013 Le sculpteur, pièce en trois actes, coll. « Théâtre des cinq continents », 2014 © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12763-7 EAN : 9782343127637
À l’ouest de l’Afrique, entre l’Éthiopie et la Somalie, un pays était né. Rimbaud y avait laissé ses traces. Un pays, un territoire, avait formé la Corne de l’Afrique en dépit des vagues de l'océan. Les pas d’Arthur m’ont amenée dans sa ville préférée, Tatjoura. Dès que le chant de la Corne m’a appelée, je l’ai suivi. Deux personnes ont joué un rôle fondamental dans mon baptême avec cette terre : une femme, la sage-femme, et un homme, le poète. Ce fut un baptême traditionnel, où l’individu se trouve entre le bas et le haut, entre l'air et l'eau. Le bas, ce fut la sage-femme – la mère Gaïa –, le haut, je l’ai connu avec l’homme, le poète. L’appel du chant s'est révélé par la femme. Elle savait qu'alors j’étais prête à aller de l'avant, à déplacer dans cet espace mon corps et mon esprit. Tout au long de ces cinq voyages, je n’ai fait que les suivre, passant d'une découverte à l'autre. Tout ce que je vais vous raconter, c’est eux qui me l’ont fait découvrir.
Voyage I L’appel de la découverte L’appel était un rendez-vous avec une sensation, avec l’inconnu, l’inattendu. J’avais l’impression que je connaissais l’Afrique, un continent traité par des centaines de livres par an, l'impression que je l’avais déjà vécue, comme Freud sur l'Acropole. Mon bateau est parti avec de très bons augures, vent, vœux, accompagnement populaire... Le voyage avait bien été préparé par la sage-femme, l’arrivée fut enthousiaste. Premier jour, deuxième jour, troisième jour, cinquième jour, les résistances ont disparu et j’ai commencé à voir le pays et les hommes. Les voir ! En le regardant, j’ai vu qu’il fallait tout découvrir, qu’il fallait les laisser me guider, si je voulais apprendre à marcher dans le labyrinthe. Durant cette période, il y a eu une descente et une ascension, vers un monde inconnu, vers de nouvelles terres. Cette distance parcourue était marquée par des étapes. Ces étapes, qui m’ont conduite vers le labyrinthe et la création d’un périple, m’ont mise dans un face-à-face comme si j’étais constamment Ulysse. Ce périple, alors, a été façonné par des rencontres qui m’ont amenée à les décrire et ont laissé des traces indélébiles dans ma rencontre d’un monde. J’ai commencé à plonger dans la profondeur de mon être dès que je suis arrivée en Afrique !
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Ce fut la découverte. J'avais pris avec moi le fil d’Ariane pour me permettre de sortir du labyrinthe. Chaque pan de vie que je vais vous présenter n’était qu’un déroulement du fil qui m’a permis de marcher dans mon propre labyrinthe. La lumière était éclatante, et la chaleur lourde. Chaque jour, j’avais l’impression que la brume allait gagner le paysage au point de ne plus voir devant moi. J’ai accepté le climat aussi comme une découverte, de même que la vie des êtres qui m’entouraient. Ma présence sur cette terre n’était là que pour me rappeler le fil de mon existence. On s’est regardé l'un et l'autre. Le choc culturel était tel que j’ai passé mon temps à l’observer avec une fascination sans cesse renouvelée. Est-ce que je pourrais y vivre longtemps ? Dans un tel pays ? Sur cette terre ? Il y baigne un tel mystère, je me trouvais plongée dans un monde étrange. Un monde paradoxalement prêt à rebondir, mais aussi usé par les maltraitances, par les allers des uns et les retours des autres, par les abus de ce qu’on appelle la colonisation. La terre qui m’accueillait avait connu deux antagonismes. Tous deux avaient laissé leurs traces. L’un la religion, et l’autre, parmi d’autres choses, quelques bâtiments, des routes, mais surtout, surtout, la langue. On aurait dit que ce dernier colonisateur était comme la mère nourricière dans l'ancien régime. Elle avait
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accouché de ses enfants, mais ne les élevait pas. Elle en déléguait la responsabilité aux autres. On s’occupe mal des enfants des autres. C’était étonnant de voir que tout le monde voulait étudier chez les derniers colonisateurs. J’avais l’impression qu’il y avait un mal, une frustration de mal-aimé. Je me suis souvent demandé ce qui est le plus important pour une population : la religion ou la langue ? Malgré eux, ils se sont retrouvés avec des alliances subies. Un combat, alors, s’est instauré entre la mère nourricière d’adoption et la mère spirituelle adoptive. Qui était le père ? Le pouvoir ! Je me suis ainsi dit qu’en ayant deux mères, le pays aurait pu être riche. Cependant, tantôt il penchait vers l’une, tantôt vers l’autre, au point… de semer, en lui-même, la confusion. De quelle confusion s'agissait-il ? Quand l'une délaissait ses enfants, l’autre prenait le relais. Qu’est-ce qu’un pays colonisateur pour les autochtones ? Comment ce pays aurait-il été s’il n’avait pas subi ces deux mères ? Serait-il resté seul avec sa mère traditionnelle ? En tout cas, celle-là était bien vivante et était même devenue une grand-mère, criant de temps en temps
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