Le Château d

Le Château d'Eymerich

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Livres
384 pages

Description

1341. Sur ordre secret du Pape, un groupe de cinq dominicains, se surnommant eux-mêmes le Français, le Catalan, le Castillan, l’Allemand et l’Italien, s’apprête à encourir la damnation éternelle afin de porter un coup mortel à l’ennemi héréditaire de la religion catholique.
1369, la peste se répand sur l’Europe. L’inquisiteur Nicolas Eymerich enquête au château de Montiel où s’est réfugié Pierre le Cruel, roi de Castille, assiégé par l’armée d’Henri de Trastamare et les mercenaires de Du Guesclin. Ce château à l’architecture étrange, poisseux labyrinthe flanqué de 10 tours et d’innombrables galeries, se révèle vite être une tanière infâme où les murs tremblent, où l’impossible mosaïque humaine de villageois chrétiens, de serviteurs juifs et de soldats mahométans n’attend qu’un prétexte pour se disloquer. Jeunes enfants vidés de leur sang, apparitions démoniaques, raclements sordides sous les fondations, murs imprégnés de symboles de la kabbale : la toile des secrets s’épaissit à chaque pas. L’impénétrable inquisiteur Eymerich ne craint pas d’affronter la haine, mais peut-être craint-il son sentiment contraire, un sentiment qu’il n’ose nommer et qui l’assaille dans les tréfonds de ce château où se cache le regard serein et déterminé d’une femme juive qu’Eymerich avait, autrefois, soumise à la question.
Hiver 1944, Le Sturmbannführer des SS Viktor von Ingolstadt, responsable de la sécurité du camp de concentration de Dora, aidé par le professeur Nitsche du bureau du T4, est sur le point de réaliser grâce aux avancées de la science un projet d’une ambition démesurée : la création du soldat allemand du futur, le guerrier parfait, réplique des chevaliers du Moyen-Âge.
De l’Europe de la peste noire à celle de la peste brune, les temps s’entrecroisent à nouveau sous la plume acide de Valerio Evangelisti. Cette nouvelle enquête de Nicolas Eymerich porte sa quête de vérité au bord d’un abîme sans fond où enfle et remue la haine millénaire.

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Date de parution 10 avril 2014
Nombre de lectures 3
EAN13 9782917157435
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le Château d’Eymerich
Valerio Evangelisti Roman traduit de l’italien par Sophie Bajard avec la collaboration de Doug Headline
d’autres images, d’autres textes vous attendent sur www.lavolte.net Conception graphique : Stéphanie Aparicio Illustration de couverture : Corinne Billon
Cet ouvrage a été composé avec les caractères « Inquisition » (pour la couverture) et « LaVolte » (pour l’intérieur), polices exclusives dessinées par Laure Afchain. © Tous droits réservés. © 2001, Amoldo Mondadori Editore S.p.A., Milan Traduit de l’italien par Sophie Bajard avec la collaboration de Doug Headline Traduit de l’italien par Serge Quadruppani © Éditions La Volte – 2014 I.S.B.N : 9782917157435
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Note de la traductrice : pour l’orthographe des noms propres tirés de la mystique juive, nous nous sommes référés auDictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Cerf/Robert Laffont (coll. Bouquins), 1996.
Les cinq deGérone(1)
Selon l’obituaire, le registre des décès du couvent de Saint-Dominique à Gérone, le père Dalmau Moner était mort le 24 septembre 1341. En réalité, huit ans plus tard, il était toujours vivant, même si personne, hors de ces murs, n’était censé le savoir. Seuls les plus âgés des frères étaient au courant, mais ils avaient tous juré de garder le secret. Tout comme le provincial des dominicains et l’inquisiteur général pour la province catalane, Bernat de Puigcercós. Quant aux novices, leurs interrogations sur l’identité de ce frère âgé, boiteux et mal en point, dont le capuchon, plus vaste que la normale, cachait entièrement le visage, revenaient souvent dans leurs conversations. Il était rare qu’il sorte dans le cloître mais, même en ces occasions, ses yeux bleus, distants et pensifs, n’étaient visibles qu’à travers deux trous pratiqués dans le tissu. La consigne pour tous était de ne pas lui adresser la parole et de ne s’approcher de lui sous aucun prétexte. Ils en avaient retiré la conviction qu’il s’agissait d’un lépreux ou bien d’un frère coupable d’un tel méfait qu’il avait été condamné pour toujours au silence et à l’isolement. Parmi les jeunes frères, le seul à avoir été autorisé par le passé à côtoyer le frère encapuchonné avait été Nicolas Eymerich. Mais voilà longtemps qu’Eymerich avait quitté Gérone pour aller terminer ses études à Paris et à Toulouse. Si l’on en croyait les dernières nouvelles qu’il avait données, il restait bloqué sur le chemin du retour par l’épidémie de peste qui, depuis un an, ravageait l’Europe. Qui plus est, Eymerich était un personnage si réservé et si agressif qu’aucun novice n’aurait osé lui poser de questions sur l’homme mystérieux qui lui avait accordé sa confiance. Ce fut donc un petit événement quand, par une journée baignée de soleil, à l’été 1349, on vit le frère chargé de la surveillance de la porte d’entrée traverser le cloître en courant. « Nous avons des visiteurs ! cria-t-il au prieur et au vicaire qui conversaient au milieu des buissons en fleur, à l’écart des religieux qui se promenaient sous le portique. Des gens importants, de notre ordre ! Ils ont un parchemin du pape Clément ! » Dalmau Moner se tenait alors près de la petite fenêtre de sa cellule, qui donnait sur la loggia, au premier étage du cloître. Il entendit l’exclamation et tenta d’apercevoir la scène mais, juste devant son logement, on avait allumé un de ces feux avec lesquels on tentait de garder l’épidémie à distance, comme si celle-ci n’était qu’une pestilence normale et non un maléfice de plus perpétré par les Juifs. Il ne put rien voir, mais devina ce qui se passait. Le moment qu’il avait tant attendu pendant sept ans était enfin arrivé. Il soupira, rabattit le capuchon sur sa tête, de manière que ses yeux coïncident avec les fentes et prit son bâton. Puis il se dirigea vers la porte en boitillant. Le père Dalmau Moner n’avait que cinquante-huit ans, mais il se sentait très vieux. À plusieurs reprises, il avait remarqué dans le regard de son élève préféré, Nicolas Eymerich, une pointe de dédain à peine teintée d’une condescendance offensante. Le fait est que son disciple ignorait tout du fardeau dont il s’était chargé. En outre, il devait admettre qu’il avait été le premier, à une époque encore faste, à inculquer au jeune homme le mépris le plus radical pour toute forme de fragilité, y compris la maladie physique. Il sortit de sa cellule et descendit avec peine les escaliers, s’efforçant d’éviter les brasiers dans lesquels se consumaient d’improbables effluves, tour à tour plaisants ou méphitiques, qu’on croyait capables de conjurer la peste. Dans le cloître, il aperçut le prieur et le vicaire qui discutaient avec quatre personnages, tous revêtus de l’habit dominicain. Il devina leurs noms, aussi imprononçables que le sien. Le dernier message secret qu’il avait reçu d’Avignon, presque un an plus tôt, lui imposait de les désigner par leur nationalité. Il y avait le Français, l’Allemand, le Catalan et le Castillan. Lui était l’Italien, bien qu’en réalité il fût né en Catalogne. Souvent, cependant, dans les documents pontificaux, son nom était italianisé en Dalmazio Moneri. D’où l’équivoque.
Le prieur, tenant en main un parchemin couvert de sceaux, se confondait en révérences. « Mes très chers frères, vous êtes les bienvenus ! Oh ! quel honneur pour moi ! » Dans son enthousiasme perçait toutefois une pointe de regret. « Malheureusement, je ne sais si celui que vous cherchez consentira à vous recevoir. Il est même difficile de le faire sortir de sa cellule. Mais je peux essayer. — Essayez, mon père, et vous verrez qu’il viendra. » Ces mots venaient d’être prononcés par un dominicain fort âgé qui, contrairement aux prescriptions de la règle de son ordre, était doté d’une épaisse chevelure blanche qui partait de sa tonsure et se perdait entre ses omoplates. Même sa barbe, imposante, descendait presque jusqu’à sa taille. Il devait jouir d’une dispense particulière, due peut-être à son grand âge. Dalmau comprit d’après son accent qu’il devait s’agir du Français. Il abandonna l’ombre du portique et s’avança vers le milieu du cloître. Il n’y avait là nul puits : l’eau du couvent provenait toute d’une citerne en surplomb, cachée dans une tour qui servait de bastion à la ville. Le chemin de ronde et le mur d’enceinte qui la ceignaient abritaient les feux allumés contre la pestilence, alimentés jour et nuit. Après le coucher du soleil, le spectacle, inquiétant, prenait des accents suggestifs. Le Français aperçut Dalmau et se fendit d’une brève courbette. Qu’il soit encapuchonné ne sembla pas le troubler. « Le voici qui approche, dit-il au prieur sur un ton guère courtois. Ne vous souciez plus de rien. Vous pouvez vous retirer dans vos appartements et y demeurer jusqu’à ce que nous vous autorisions à en sortir. » L’autre en resta abasourdi. « Mon père, protesta-t-il, nous avons déjà bien voulu vous laisser entrer, en période de peste ! Si ensuite… — Et débarrassez-nous aussi de tous ces novices qui nous épient depuis le portique, renchérit un autre des visiteurs, probablement le Castillan. Nous désirons rester absolument seuls. » Le prieur consulta du regard le vicaire, tout aussi embarrassé que lui, bien que visiblement moins irrité. Après avoir hésité un peu, il finit par soupirer. « Vous serez obéis. L’homme que vous cherchez est tout à vous. » Il se retira en hâte. En passant près de Dalmau, il lui jeta un regard chargé de rancœur, mais n’osa pas ouvrir la bouche. Peu après, on entendit la voix du vicaire qui ordonnait aux frères et aux novices de quitter le cloître. Dalmau s’appuya sur son bâton et marcha vers ses confrères. C’était comme s’il les connaissait depuis toujours, même s’il les voyait pour la première fois. Outre leurs visages émaciés, ils avaient en commun un regard songeur qui reflétait le noir secret qu’ils partageaient. La familiarité qui découlait de cette souffrance était telle qu’elle rendait les civilités superflues. « Je vous attendais, dit Dalmau. Si vous êtes ici, cela signifie que le moment est arrivé. Je vous avertis : voilà des années que je me suis réfugié dans le silence et je me fatigue à parler. J’espère que nous n’aurons que quelques mots à échanger. » Le plus jeune du groupe des dominicains s’avança. « Juste quelques-uns, assura-t-il dans un parfait catalan. Ceux que nous combattons se sont rendus maîtres de toute une forteresse. Elle risque de devenir leur avant-poste sur nos terres, comme Grenade pour les Sarrasins. Le pape a décidé de recourir à nos connaissances. — Bien sûr, nous risquons de nous trouver en état de péché mortel, ajouta le Français avec gravité, et il n’est pas dit que nous aurons l’absolution. Mais si l’Église l’ordonne, nous devons obéir, au risque de damner notre âme. » Le Catalan opina. « Nous nous battons pour le salut de tous, non pour le nôtre. » Dalmau resta pensif, puis demanda : « Devons-nous partir sur-le-champ ? » Chaque mot qu’il prononçait lui faisait mal à la gorge et lui arrachait des quintes de toux. « Non. Il nous faut tout d’abord partager nos connaissances et parvenir à l’harmonie nécessaire à l’accomplissement de cette mission. Cela nous prendra peut-être des années. — Des années ? Je suis le plus âgé de nous tous et j’ignore si je vivrai encore
longtemps. Qui plus est, le pape peut changer, et les consignes avec lui. » Le seul dominicain qui n’avait encore rien dit, l’Allemand sans doute, secoua la tête. « Père italien, huit ans ont passé depuis que vous avez reçu l’ordre de vous faire passer pour mort. Clément VI a succédé à Benoît XII, et il n’a rien révoqué. Sans un contre-ordre explicite, nous devons aller de l’avant. » Il émit un soupir. « Nous sommes tous âgés. Si l’un de nous meurt, d’autres poursuivront son œuvre. » Dalmau acquiesça. « Je suis prêt à obéir. Où devons-nous nous rendre ? » Il s’agrippa solidement à son bâton comme s’il allait se mettre en marche. « Ce couvent pourrait constituer notre base, répondit l’Allemand. Croyez-vous que ses murs soient capables de garder un secret ? — Dans mon cas, ils l’ont été. Mais si nous sommes cinq, je ne peux le garantir. — Cela vaut cependant la peine d’essayer. Nous avertirons le prieur que quiconque nous trahira sera passible d’excommunication. Et nous lui expliquerons qu’il se trouve parmi nous un évêque, sans lui révéler naturellement de qui il s’agit. » Ils restèrent à parler jusque tard dans la nuit, tandis que les frères les observaient avec curiosité derrière les fenêtres et les meurtrières. Les ombres s’allongèrent jusqu’à prendre le pas sur la lumière déclinante. Quand ils quittèrent le cloître, seuls les feux allumés contre la peste faisaient obstacle, avec une lune presque diaphane, aux ténèbres menaçantes.
Bibliographie de ValerioEvangelisti à La Volte
Le cycle romanesque de Nicolas Eymerich. L’inquisiteur pourfendant sans relâche hérésies et phénomènes étranges.
Nicolas Eymerich, inquisiteur(2011) Les Chaînes d’Eymerich(2011) Le Château d’Eymerich(2012) Le Corps et le Sang d’Eymerich(2012) Le Mystère de l’inquisiteur Eymerich(2012) Mater Teribilis(2013) Cherudek(2013) Picatrix(2014)
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