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Le Chemin de la Vera-Cruz

De
245 pages

Dans les premiers jours de mars 1867, deux cavaliers arrivaient devant Mexico par la route du Nord et se présentaient devant la garita ou barrière de Villeja. Tous deux portaient à peu près le costume des cazadores impériaux. Leur figure était à moitié cachée par un large sombrero qui les protégeait contre les ardeurs du soleil. L’un était revêtu d’une veste usée et jaunie, parsemée de loques brillantes ; l’autre, dédaignant sans doute cette partie de l’uniforme, n’avait sur sa poitrine qu’une chemise de toile grise.

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« Faites inscrire ces prisonniers, » dit enfin le commandant d’un ton très sec en s’adressant à un guichetier.
V.-H. Martin
Le Chemin de la Vera-Cruz
Épisode de la guerre du Mexique
I
MEXICO
Dans les premiers jours de mars 1867, deux cavalier s arrivaient devant Mexico par la route du Nord et se présentaient devant lagaritabarrière de ou Villeja. Tous deux portaient à peu près le costume descazadoresLeur figure était à moitié impériaux. cachée par un largesombrero’un étaitqui les protégeait contre les ardeurs du soleil. L revêtu d’une veste usée et jaunie, parsemée de loqu es brillantes ; l’autre, dédaignant sans doute cette partie de l’uniforme, n’avait sur sa poitrine qu’une chemise de toile grise. Ces cavaliers avaient le large pantalon mexi cain, fendu depuis le genou et parsemé de boutons de métal. Leurs armes étaient un e carabine, jetée sur l’épaule en bandoulière, un revolver et un long poignard oumachetedans une large passés ceinture, et le sabre battant sur les flancs du che val. Le cavalier de droite se faisait remarquer par sa b arbe noire et touffue, son œil vif, sa tournure militaire. L’autre se distinguait de so n compagnon par sa peau d’un rouge cuivré, sa chevelure plate, son visage sans barbe. « Eh bien, Benito, dit le premier, nos cinquante li eues sont faites, et sans accident ! Je ne l’aurais pas cru en quittant Queretaro. Après tout, qu’avaient à craindre deux cazadores,un Indien pur sang et un Gascon, ancien sergent de zouaves ? » Benito, sans prononcer une parole, fit un signe de tête affirmatif et indiqua du doigt les remparts. Une activité extraordinaire y régnait : de nombreux travailleurs circulaient dans tous les sens. La plupart étaient de malheureux Indiens recrutés par laleva,et qui auraient mieux aimé dormir sous un frais ombrage. Mais, cont enus par l’œil vigilant des gendarmes du commandant Chenet, ils roulaient la br ouette, élevaient les terrassements, traînaient les canons que les artill eurs mettaient en place. « Oh ! oh ! dit l’ancien zouave, on se remue par ic i ; ce n’est pas trop tôt ; près de Queretaro, nous avons vu les premiers pillards des bandes de Corona. » Les deux cavaliers étaient arrivés à la porte ; la sentinelle cria : « Qui vive ! — Amis ! — Passez à l’ordre. » Le Français descendit de cheval, remit les rênes à l’Indien, resté en selle, et se présenta devant le poste. Le poste, occupé par la garde municipale, offrait l ’image du plus grand désordre. Dans une vaste salle garnie de fusils, de sabres, d e poignards, des hommes mal vêtus, déguenillée, fumaient des cigarettes, noncha lamment couchés sur une sorte de lit de camp. D’autres, assis sur le sol nu, suivaient avec un vi f intérêt une partie demonte engagée entre plusieurs d’entre eux. Ils ne firent aucune attention aux nouveaux arrivants. Le Français s’avança vers le cercle, frappa rudemen t sur l’épaule d’un des joueurs, en disant : « Camarade, indique-moi lacalle(rue) San-Francisco. » Le joueur ainsi dérangé se retourna furieux et port a la main à sonmachete. Les autres relevèrent vivement la tête et lancèrent des regards menaçants à l’insolent interrupteur.
Celui-ci n’eut point l’air de remarquer l’impressio n qu’il produisait ; il répéta d’un ton plus raide : « Où est la calle San-Francisco ? » Le Mexicain, en voyant la mâle figure du Français, rentra son couteau dans sa gaine, et, sans se déranger, répondit : « Parlez au capitaine. » Puis il se remit à jouer. En ce moment se montrait sur la porte l’officier municipal. Le Français lui fit le salut militaire : « Capitaine, dit-il, je suiscuartel maestredes logis) aux (maréchal cazadores, je viens de Queretaro avec une mission du colonel de K ermor. » Et aussitôt il présenta sa feuille de route. Le cap itaine la parcourut du regard, considéra un instant son interlocuteur, puis, sans dire une parole, désigna d’un coup d’oeil l’Indien qui gardait les deux chevaux. Le Français comprit : « Ah ! l’Indien ? c’est mon compagnon de route. » Le capitaine fit un mouvement de tête à peine sensi ble, puis se retira à pas lents. Le Français haussa légèrement l’épaule, et, se reto urnant vers le groupe des joueurs, il l’interpella de nouveau : « Holà ! vous autres, me direz-vous enfin où est la calle San-Francisco ? » Un Mexicain répondit : « Suivez la rue ; vous longerez une grande promenad e et tournerez à gauche ; de là vous apercevrez les palais de la Plaza, sur laquell e débouche la calle San-Francisco. — Une promenade..., tourner à gauche, suffit, » grommela le Français. Il remonta en selle ; une fois encore il voulut jet er un dernier regard sur le poste mexicain ; le jeu continuait avec une ardeur nouvel le. « Ah ! Benito ! reprit l’ancien zouave en suivant l a direction indiquée, ces gens-là ne feront jamais de vrais soldats ! L’armée française est partie ; ce ne sont pas des gaillards comme ceux-ci qui pourront la remplacer. L’empereur Maximilien est un brave homme ; il va au feu comme mon colonel, et n’ est pas dur pour le troupier. Mais pourra-t-il défendre sa couronne avec un ramassis d e maraudeurs, de pillards, qui ne tiennent pas en ligne et disparaissent dès qu’on le s charge ? Mon colonel a voulu rester : « Un Breton, dit-il, n’abandonne point son prince dans le danger. » Quant à moi, peu m’importe ; un vieux zouave méprise trop c es chiens maudits pour s’inquiéter de leurs aboiements. » Benito écoutait sans mot dire son compagnon, si exp ansif, et tous deux avançaient rapidement ; ils aperçurent bientôt laPlaza Mayor. Cette place est bordée de magnifiques palais ; sur un des côtés se développe le cloître delas Flores,sous lequel s’abritent les débitants de boissons r afraîchissantes, les marchandes detamaleset lesevangelistas, ouécrivains publics. « Tiens ! Benito, dit le Français, voici devant nou s la rueSan-Francisco.et j’aperçois à droite la maison des Kermor. Un bon soldat se rap pelle toujours une position qu’il a occupée. Je ne suis venu à Mexico qu’une seule fois , et c’est chez mon colonel que j’ai pris mon billet de logement. On était un peu m ieux là que sous la tente, et je n’ai pas oublié le campement. » Le jour commençait à baisser ; le maréchal des logi s observa les abords de la place avant de s’y engager ; il remarqua plusieurs Mexica ins à la mine suspecte, couchés nonchalamment le long des murs. « Benito, dit-il, regarde ces lézards si bien allon gés, qui ne dorment que d’un œil. La présence de pareils coquins me donne sur les nerfs. » Les deuxcazadoresdescendirent de cheval ; un domestique se présenta et prit soin
es montures. L’Indien n’entra pas ; peu habitué à pénétrer dans les maisons, il préférait se reposer au grand air des fatigues de la marche. Le Français franchit la vaste porte, pénétra dans u ne cour intérieure, où une fontaine toujours jaillissante entretenait une douc e fraîcheur. Rencontrant une camarera,il lui demanda de son ton le moins rude : me « M de Kermor ? » A la vue du soldat français, la femme de chambre ne fit aucune objection et conduisit le visiteur à l’entrée d’un riche salon o ù se trouvait sa maîtresse. me M de Kermor, à demi couchée sur un canapé, se redres sa vivement en apercevant lecazador : « Qu’y a-t-il ? » demanda-t-elle. L ecazador, au port d’armes, se tenait immobile sur le seuil ; à celte question, il déposa son fusil, tira une lettre de sa ceinture, e t, s’avançant de quelques pas, il dit : « Madame, de la part du colonel de Kermor. » me M de Kermor s’empara de la lettre, d’une main agitée brisa le cachet et lut à demi-voix :
« Ma chère amie,
Hâte-toi de partir ; mets en sûreté ta vie, qui m’e st si chère, et celle de nos enfants ; gagne Vera-Cruz pendant que la route est encore lib re. Le sous-officier Lacaze t’accompagnera, c’est un brave soldat et un cœur dé voué. Pour moi, je reste près de l’empereur ; l’ennemi nous enferme dans Queretaro ; l’honneur m’interdit d’abandonner mon poste. Dès que le siège sera levé, j’irai vous rejoindre à la Vera-Gruz.
Embrasse nos enfants pour moi.
A. DE KERMOR. »
me « Hélas ! soupira M de Kermor, il ne viendra pas ! Nous l’attendions a vec tant d’impatience, il nous faudra partir sans lui ! Puis se du moins son dévouement ne pas lui être fatal ! Mon Dieu ! détourne de ce noble cœ ur les balles ennemies ! » Elle essuya une larme et ordonna d’appeler ses enfa nts. « Lacaze, dit-elle, mon mari a mis toute sa confian ce en vous, vous avez donc la mienne ; après-demain nous partirons pour la Vera-G ruz. Quelles que soient les fatigues de la route, je ne faiblirai pas. Toutes m es inquiétudes sont pour mes enfants. » A peine avait-elle achevé de parler, que ceux-ci en trèrent : un jeune garçon d’une dizaine d’années se précipita tout courant dans le salon en s’écriant : « Mère, que me veux-tu ? » Il s’arrêta tout à coup à la vue ducazador. « Des nouvelles de mon père ? » dit-il tout joyeux. me M de Kermor ne répondit pas ; en ce moment une charm ante petite fille de six me ans entrait sur les pas de son frère ; M de Kermor la baisa au front puis, caressant la blonde chevelure de son fils, elle dit d’une voi x calme : « Mes enfants, votre père est à Queretaro avec l’em pereur ; il nous prie de nous rendre à la Vera-Cruz, où il espère bientôt nous re joindre. Nous allons faire nos préparatifs ; Marguerite, ma belle, et toi Alain, s oyez sages et n’allez pas courir trop loin.
 — Nous allons partir, quel bonheur ! fil Alain ; c ’est ennuyeux de rester dans une ville. Des maisons, toujours des maisons ! Moi, j’a ime mieux voyager. » Il embrassa rapidement sa mère, se rapprocha du sol dat qui sortait et s’en alla en causant avec lui. La petite Marguerite fixa sur le nouveau venu ses g rands yeux étonnés ; puis, se serrant contre sa mère, elle lui dit : « On s’en va ? Le soldat vient-il avec nous ? et no tre père aussi, n’est-ce pas ? » me M de Kermor releva les cheveux bouclés qui retombaie nt sur le front de l’enfant et la mit sur ses genoux : « Marguerite, répondit-elle, tu fais trop de questi ons à la fois. Ton père nous rejoindra en route ; il nous envoie ce brave soldat pour nous conduire. — Il a l’air méchant, ton soldat, avec sa grande b arbe noire. — Non, non ; il est très bon. Il te prendra en rou te de ces jolis oiseaux qui ont des plumes dorées et qui chantent si bien. » Marguerite sauta à terre toute joyeuse et courut re joindre son frère. me M de Kermor la regarda bondir. « Mon Dieu ! murmura-t-elle, pourquoi mon mari est- il loin de nous ? Quand nous sommes venus de France, il y a deux ans, pour nous fixer près de lui à Mexico, il nous attendait à la Vera-Cruz. Pendant tout le voyage il nous a accompagnés, et rien n’a pu le déterminer à se séparer de nous un instant. Aujo urd’hui il doit bien souffrir de ne pouvoir nous protéger lui-même. Mais l’honneur mili taire a des lois sévères, et le colonel de Kermor serait le dernier à les enfreindre. S’il nous ordonne ce voyage, c’est qu’il le croit indispensable et exempt de dangers s érieux. » Malgré ses efforts pour calmer ses craintes, la pau vre mère avait le cœur déchiré par de cruelles angoisses. Son imagination lui fais ait entrevoir mille périls, et sa raison ne parvenait pas à la rassurer. En ce moment un coup de pistolet retentit sous les fenêtres. Des cris, des me vociférations éclatèrent dans la rue ; M de Kermor regarda à la croisée : une bande tumultueuse accourait vers son hôtel. Tout à coup l a porte du salon s’ouvrit brusquement, un homme effaré, couvert de sang, s’y précipita. « Sauvez-moi ! s’écria-t-il. me — Qui êtes-vous ? fit M de Kermor. Comment ! c’est vous, Lopez, vous, l’ho mme du misérable Larja ! — Ayez pitié de moi ! ce n’est point ma faute si l e général Larja est votre ennemi ; grâce ! sauvez-moi ! — Ce n’est pas moi qui vous perdrai. » me Et M de Kermor, entendant s’approcher et grandir le tum ulte, s’élança vers le vestibule ; elle aperçut la cour de l’hôtel occupée par une troupe furieuse. Des hommes mal vêtus, des femmes, des enfants gesticula nt et hurlant : « Au voleur ! à l’assassin ! » Sur les premières marches de l’escalier, deux homme s luttaient seuls contre le flot des envahisseurs. C’étaient nos deuxcazadores. Lacaze, tenant son fusil par le canon, faisait le m oulinet et écartait les assaillants. « Coquins ! s’écriait-il, croyez-vous qu’on entre a insi chez un officier français ? Arrière ! ou j’assomme le plus effronté. — Rendez-nous le voleur ! cria une voix.  — Lequel ? j’en vois cinquante, fit le Gascon. Si vous montiez, dans cinq minutes vous feriez maison nette. » Tout en échangeant ces paroles, Lacaze manœuvrait s on arme avec prestesse. La
foule vociférait, mais n’osait avancer. Un mexicain , placé en arrière, près de la fontaine, saisit, faute de mieux, un vase de fleurs ; il arracha les fleurs et jeta Je vase à la tête du Français. Celui-ci vit arriver le proj ectile ; il baissa la tête, et le vase alla se briser avec fracas sur les marches supérieures. L’attention de Lacaze avait été un instant détourné e ; un Mexicain profita de cette diversion et se glissa rapidement le long de la ram pe. Lacaze, obligé de tenir tête à ses nombreux assaillants, proféra un juron énergiqu e, et sa crosse s’abattit sur la tête d’un second agresseur, qui tomba étourdi. En même temps l’autre Mexicain poussait un cri rauq ue. Benito l’avait saisi à la gorge et le tenait cloué sur les dalles. Malgré ce double exploit, les assiégés allaient êtr e débordés, quand une clameur s’éleva dans les derniers rangs des assiégeants. Ce ux-ci venaient d’apercevoir le misérable qu’ils poursuivaient sauter par une fenêtre dans la rue voisine. Le fugitif, se croyant forcé dans son asile, avait profité de la première issue qu’il avait rencontrée. A sa vue, la foule oublia lescazadoreset se précipita sur les pas de l’homme qui excitait sa colère. Dans une minute la cour se trouva presque déserte ; il ne resta plus que les deux cazadores,le Mexicain évanoui et le pauvre diable que Benito tenait à la gorge. me « Laissez-le ! » cria M de Kermor, qui du vestibule avait assisté aux dern ières phases de la lutte. Les doigts de l’Indien se desserrèrent, et le Mexic ain respira bruyamment. Les valets arrivèrent d’un air empressé. « Ah ! vous voilà, marauds ! leur dit Lacaze. Où ét iez-vous tout à l’heure ? Si votre maîtresse n’avait eu que des défenseurs comme vous, sa maison serait en bel état ! me — Ne vous occupez pas de ces lâches, dit M de Kermor ; recevez, vous et votre brave compagnon, mes remerciements les plus sincère s. Je vois que mon mari avait bien placé sa confiance, et je vous félicite de vot re courage. Mais ce malheureux qui est là gisant, est-il mort ? — Voyons un peu, » dit Lacaze. Il s’approcha du blessé, le souleva, lui examina la tête. « Bah ! dit-il, le crâne n’est pas fendu ; le drôle avait les os durs ; dans une heure il n’y paraîtra plus. me  — Occupez-vous de cet homme, dit M de Kermor à ses gens ; emportez-le et donnez-lui les soins nécessaires. » me Les valets obéirent, et M de Kermor, s’adressant à Lacaze : « Pourriez-vous, lui demanda-t-elle, m’expliquer la cause de tout ceci ?  — Ah ! voilà ! fit Lacaze, je n’y ai vu que du feu . Un coup de pistolet, un homme courant comme un fou et une troupe d’enragés se jet ant dans la maison. Nous les avons arrêtés ; je n’en sais pas davantage. Et toi, Benito ? » Benito, qui avait paru très sensible au mot d’éloge s de la dame, désigna d’un geste son prisonnier. « Tu as raison, dit Lacaze ; ce gaillard-là va nous raconter l’affaire ; il doit savoir pourquoi il est ici. Allons, seigneurcaballero,quoi devons-nous l’honneur de votre à visite ? » Le Mexicain se redressa en fixant hardiment les yeu x sur son interlocuteur. « Señor, dit-il, nous étions dans la rue à jouer aumonte ;je tenais les cartes contre ce misérable Juan Lopez...  — Juan Lopez ? interrompit Lacaze ; est-ce l’ancie n aide de camp du général Larja ?
 — Oui, c’est ce bandit ; depuis huit jours il rôde dans le quartier. Pourquoi faire ? Rien de bon. En attendant, l’enjeu était de vingt p iastres. J’eus un coup superbe et je gagnai. Au moment où la carte tournait, Lopez, furi eux de perdre, saisit d’une main les piastres et de l’autre me tira un coup de pistolet. Il me manqua — heureusement — et prit la fuite. Je lui lançai monmacheteeet le blessai au côté. Il n’en courut que plus vit et se réfugia dans cette maison. Nous voulions le p rendre pour en faire justice ; mais vous êtes intervenus. Les Français se mêlent toujou rs de ce qui ne les regarde pas. — Tais-toi ! cria Lacaze, ou je te fais rentrer te s paroles dans la gorge. me — Calmez-vous, dit M de Kermor ; laissez-le aller, et dites-moi si vous savez où sont mes enfants. — Nous étions ensemble quand a éclaté la bagarre ; je suis accouru ici ; ils doivent être encore dans la chambre. » Comme il prononçait ces paroles, Alain apparut amen ant sa sœur avec lui. « Nous voici, ma mère, dit-il ; j’étais resté avec Marguerite, qui avait peur. » La petite fille, encore effrayée et les yeux rouges , se jeta dans les bras de sa mère, qui la rassura par ses caresses et rentra avec elle dans la maison La soirée s’acheva paisiblement ; on la consacra, a insi que la matinée du lendemain, aux préparatifs du départ. Ils ne furent pas longs. On ne pouvait songer à emporter beaucoup de bagages ; depuis quelques jours les diligences de Mexico à la Vera-Cruz avaient suspend u leur service. Les juaristes ou les voleurs, — gens qui se ressemblaient beaucoup, — en avaient arrêté plusieurs pour les piller. Il fallait donc recourir aux montu res ordinaires du pays, le cheval et le mulet. me Quand tout fut terminé, M de Kermor voulut visiter une dernière fois la capi tale du Mexique. Elle appela ses enfants, monta avec eux en voiture et se dirigea vers l’Alameda. Cette belle promenade forme un vaste rectangle auqu el aboutissent huit rangées d’arbres. Un ruisseau l’entoure ; au milieu s’élanc ent d’un grand bassin des eaux qui retombent en gerbes. Quelques instants après, la voiture longeait lePaseo de Bucarelli.allée est Celte longue d’un kilomètre ; au centre s’élève une super be fontaine que décore la statue dorée de la Victoire. me « La statue de la Victoire ! murmura M de Kermor ; paisse ce nom être un heureux présage pour le noble Maximilien et ses défenseurs ! » A l’extrémité duPaseo,len, et parla voiture tourne à gauche, près de la porte de Be une course rapide atteint le canal de la Vega. Sous les magnifiques ombrages de ses rives, l’arist ocratie mexicaine vient aspirer les senteurs de la brise du soir et admirer ces eau x transparentes sur lesquelles se jouent les barques légères que leleperodirige en chantant. Alain poussa un cri de joie. « Mère, dit-il, laisse-moi une fois encore aller su r le canal. Ne crains rien, je sais conduire une barque, et il n’y a point ici ces gran des vagues qui battent nos côtes de Bretagne. me  — Il est trop tard, dit M de Kermor, nous ne faisons à la Vega qu’une visite d’adieu. » L’enfant pousse un soupir et la voiture part au tro t. Bientôt on croise de brillants équipages. Sur les coussins sont mollement étendues des dames faisant resplendir les