Le Dernier Séjour de l

Le Dernier Séjour de l'Empereur en France - La rade de l'île d'Aix (8-16 juillet 1815)

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Français
60 pages

Description

(8-16 juillet 1815)

La petite presqu’île de Fouras, embrassée par les vagues de l’Océan à marée haute, enlisée par les vases à marée basse, est d’aspect très sévère et presque désolé, mais les espaces immenses et les grèves sans limites que découvre la mer en se retirant donnent parfois à ce paysage une sorte de grandeur un peu mélancolique et sauvage. Des hauteurs que forme la courte falaise de Bois-Vert, la vue est belle.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 25 octobre 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782346118601
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Georges Maze-Sencier
Le Dernier Séjour de l'Empereur en France
La rade de l'île d'Aix (8-16 juillet 1815)
(Extrait du « Carnet de la Sabretache ».)
LE DERNIER SÉJOUR DE L’EMPEREUR EN FRANGE
LA RADE DE L’ILE D’AIX
(8-16 juillet 1815) La petite presqu’île de Fouras, embrassée par les v agues de l’Océan à marée haute, enlisée par les vases à marée basse, est d’a spect très sévère et presque désolé, mais les espaces immenses et les grèves san s limites que découvre la mer en se retirant donnent parfois à ce paysage une sorte de grandeur un peu mélancolique et sauvage. Des hauteurs que forme la courte falais e de Bois-Vert, la vue est belle. On a en face de soi l’estompe lointaine, comme un mira ge, de la grande île d’Oléron ; à gauche, l’embouchure de la Charente, l’île Madame e t le rocher des Palles. On nomme ainsi l’extrémité pierreuse qui se détache de l’île Madame et se trouve, aux heures de marée haute, complètement entourée par le flot. C’est une branche terrestre, large de deux mètres à peine, posée là, on ne sait comment, comme pour servir d’abri aux oiseaux innombrables qui s’y vien nent réfugier. Le fort Vasou domine l’embouchure de la Charente, à l’extrémité de ces marais desséchés et repris à la mer qui font suite mainten ant à ces vastes plaines des environs de Rochefort où les vents du large viennen t s’engouffrer et s’épandre. Le fort est situé à l’endroit même où le fleuve et la mer s e marient dans une de ces unions turbulentes et dangereuses dont les marins ont à re douter les éclats, L’estuaire est large, et les grands cuirassés trouvent place dans son chenal profond. Sur l’autre rive du fleuve, le village de Port-des-Barques se profil e en longueur, hameau de pêcheurs dont un seul quai bâti de maisonnettes blanches forme toute l’importance. Les rives de la Charente jusqu’à Rochefort sont dén udées, mais cette campagne d’alentour a son charme, avec l’étendue de ses hori zons, avec ses pâturages immenses, sillonnés de canaux, avec ses bouquets d’ arbres qui, de loin en loin, attendrissent et reposent le regard, avec ses mouli ns à vent qui gesticulent çà et là suivant la force des brises. On aperçoit, d’autre part, le fort Énet, le rivage plus lointain de l’île de Ré, le fort Boyard, l’île d’Aix et, dans l’espace des îles, la haute mer. Le soir, les phares s’allument et regardent la nuit tomber, passer et mourir sur l’Océan. L’île d’Aix, toute minuscule, cerclée partout par l es eaux de l’Atlantique, n’est en réalité qu’un lopin de terre assez maussade, hériss é de forts et de batteries de défense. Les nombreux chênes. verts qui la couvraie nt autrefois et faisaient d’elle comme une petite nef de verdure jetée dans la mer o nt maintenant disparu. Elle est redevenue ce qu’elle avait été jadis, il y a bien d es siècles : un territoire militaire, un point stratégique important qui commande et domine l’embouchure de la Charente. Au e IX siècle, les Normands y étaient descendus et en ava ient fait une de leurs places d’armes temporaires. Elle fut plus tard le siège d’ un monastère bénédictin ; mais les moines disparurent de l’île, qui reprit sa destination primitive. Les exigences de la tactique moderne, la crainte de s surprises par les côtes ont accru maintenant d’une manière spéciale son importa nce. C’est dans cette rade que le 11 avril 1809 se dérou la ce drame lugubre de l’incendie
er de la flotte commandée par l’amiral Lallement. Napo léon I vécut huit jours dans ces parages en 1815 avant d’accepter sur le vaisseau an glais cette hospitalité qui n’était qu’une trahison. On montre encore, à l’extrémité du petit village qu i peuple l’île, la maison habitée par le conquérant vaincu. On montre la chambre occu pée par le grand homme : chambre modeste, triste, monotone, comme en occupai t peut-être le maigre lieutenant d’artillerie des années de la jeunesse obscure, mai s comme l’Empereur n’en connaissait plus. Une petite alcôve complète la cha mbre ; d’un balcon dominant un étroit jardin de campagne, on aperçoit la mer, les vagues tumultueuses du pertuis d’Antioche qui se pressent, dans un heurt incessant , mouvantes, agitées, avant de se briser sur les rochers de la rive. Peu ou pas de mobilier dans cette chambre : quelque s fauteuils, une table de conseil sur laquelle l’Empereur écrivit sa lettre v raiment souveraine au régent d’Angleterre. Un très beau buste de Napoléon, copie en marbre de l’œuvre de Chaudet, est placé sur la cheminée ; aujourd’hui, c et intérieur est délabré : les tentures sont déchirées, la poussière a tout envahi, mais qu elque chose de mystérieux et de profond pourtant réside encore dans l’air étouffé d e cette pièce, car c’est là que vint finir et s’éteindre une des plus immenses espérance s humaines ; c’est là pour la dernière fois que l’Empereur vécut en terre de Fran ce, là que sombrèrent sa destinée et son bonheur. On a souvent fait remarquer le rôle joué par les îl es dans les destinées de l’Empereur et si les tragiques grecs avaient à leur manière représenté dans l’un de leurs drames quelque existence analogue, il n’eusse nt pas manqué d’indiquer cette suite de rôles actifs réservé à ce personnage muet, sans vie, sans individualité auquel la force des événements donnait une importance spéc iale. La Corse d’abord, l’île de la naissance, d’où l’aigle s’échappa qui plana si haut ; l’île d’Elbe, séjour de retraite entre deux phases de luttes constantes, lutte triomphale avant, lutte inégale et condamnée après ; l’île d’Aix, la halte douloureuse avant l’e xil ; l’Angleterre, la cruelle île ennemie, entrevue un instant, à défaut de l’Amérique, comme le séjour du repos où l’Empereur sans empire écoulerait, en attendant la mort, une e xistence encore glorieuse de souvenir et de dignité, l’île entr’aperçue dans la rade de Torbay et sur les côtes de laquelle se dénoua le grand drame ; Sainte-Hélène e nfin, l’île équatoriale et brûlante, le rocher de Prométhée, où pendant cinq années le c hétif gentilhomme d’Ajaccio, devenu et demeuré l’Empereur, allait agoniser et mo urir ! 1 Sous le second Empire , il fut procédé à des recherches sur la vie et les faits et 2 gestes de l’Empereur à l’île d’Aix : le compte rend u de ce séjour est impressionnant dans la sécheresse implacable de ses mentions, et, quel que soit le sentiment réservé de chacun sur Napoléon, on ne peut, à cette lecture , se défendre de cette secrète pitié que tout individu ressent involontairement pour un être humain, fait de sang et de chair comme lui, quand il le voit aux prises avec une de ces infortunes sans limites, qui engloutissent tout en un moment et dont, pour nous indiquer la profondeur et l’étendue, les Psaumes disent qu’elles sont vastes comme la mer. Une plaque commémorative rappelle le séjour de l’Em pereur dans la maison désormais célèbre. Au-dessous d’un aigle aux ailes déployées, on lit cette inscription officielle qui résume mal l’épopée du premier Empire :
A LA MÉMOIRE DE NOTRE IMMORTEL EMPEREUR er NAPOLÉON I .
15 JUILLET 1815. Tout fut sublime en lui : sa gloire, ses revers, Et son nom vénéré plane sur l’univers.
L’impression de tristesse que laisse une visite à l ’île d’Aix est grande, et quand on pense à ceux qui ont cantonné leur existence, et un e existence heureuse peut-être, dans les limites étroites de ce coin de terre, quan d on songe à ceux qui ne l’ont jamais quitté, on comprend mieux l’inanité, la stérilité d e certaines agitations humaines. « L’air y est bon, disait le paysan inconscient qui faisait visiter la demeure historique, les enfants y poussent comme de petits agneaux » et c’est un contraste d’une impressionnante ironie que celui dont Napoléon nous donne ici le spectacle, quand il essaie pour la dernière fois d’arrêter sa destinée, dans cet îlot plus petit que le moins grand de ses parcs de plaisance, au temps de sa sou veraineté.
1 En 1861, le commandant Corlies, commandant de plac e, sous-intendant militaire à l’île d’Aix, fit une enquête pour approfondir les c irconstances diverses du séjour de l’Empereur ; il réunit les témoins les mieux inform és, divers propriétaires et habitants de l’île qui avaient assisté aux événements et qui, en présence de lui, recueillirent leurs souvenirs : il les contrôla et les consigna p ar écrit.
2compte rendu a été publié par M. Gustave Larrou  Ce met, qui accompagna cette publication d’un article fort intéressant, dans leq uel on retrouve toutes les qualités de charme et d’émotion communicative particulières à c et écrivain. VoirLaDernière étape,7.15 juillet 1815, Supplémont duFigarodu 24 août 1895.