Le diable s'invite à dîner

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178 pages
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Quelques années, faites de calme et de bonheur simple, sont passées, depuis le quarante-cinquième anniversaire de Paul et l'acceptation de son compagnon par tous ses enfants. Le châtelain de Warcliffe aurait aimé que cela continue, mais c'est sans compter sur le destin qui a de nouveau décidé de jouer avec sa famille et lui-même. C'est tout d'abord l'une des jumelles Eva, qui se fait agresser dans Londres, Kevin, son fils adoptif qui fuit avec sa maîtresse, abandonnant le foyer conjugal, Jonah qui a de mauvaises fréquentations. Le summum est atteint lorsque tous apprennent la maladie incurable de la femme de Stephan. Seuls Barbara, Raphaël et Larry mènent une vie tranquille mais pour ce dernier, est-ce vraiment le cas ?

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EAN13 9791034807383
Langue Français

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Les roses et les oranges Tome 3
Francine Godin Savary Les roses et les oranges Tome 3 Le diable s’invite à diner Couverture:Maïka Publié dans laCollection Freyja, Dirigée parHannah Stazya
©Evidence Editions2018
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Généalogie — Paul Hinston : Châtelain de Warcliffe. — Pierre Langlois de 0rthémon : comte français, compagnon de Paul. — Stephan Hinston : Aîné des enfants de Paul. — Larry Hinston : Jumeau de Stephan. — Barbara Hinston : Fille de Paul. — Eva Hinston : Jumelle de la précédente. — Jonah Hinston : Dernier-né de Paul. — Raphaël Steiger-Hinston : Beau-fils de Paul, ses parents sont Florence et Michaël Steiger. — Kevin Henrisson : Fils adoptif de Paul. — Horst Steiger : Fils de Michaël Steiger et de sa seconde épouse Sally Adams, époux de Barbara. Ensemble, ils ont une fille Kate, dix mois. — Purdey Steiger-Hinston née Maerteens : Femme de Raphaël, une fille Esméralda, six ans. — Rebecca Henrisson née Jones : Femme de Kevin. — Simon Bayard : Neveu de Paul, fils de Laura Hinston et Georges Bayard. — Laura Bayard, née Hinston : Sœur aînée de Paul. — Georges Bayard : Père de Simon — Stuart Wilson : Compagnon de Larry. — Térésa Hinston née O’ Connor : femme de Stephan. — Adam Hinston : Aîné de Stephan. — Michaël Hinston : Second fils de Stephan. — Dennis Hinston : Jumeau du précédent. — Luke O’ Connor : Père de Térésa — Juanita O’Connor née O’Flanagan : Mère de Térésa. — Matthew O’Connor : Frère de Térésa — Bridget : épouse du précédent.
Chapitre 1 Jeudi 20 mai 1965, Londres Une voiture klaxonna au loin. Le camion des éboueurs remontait la rue. Kevin soupira, jeta un œil sur le réveil et mit son oreiller sur sa tête pour assourdir les bruits environnants. Il avait mal dormi. Depuis quelque temps, son sommeil était agité, en proie à des sentiments, des pensées qu’il s’e#orçait de refouler Il s’était marié le premier juin 1963, avec une jeune *lle rencontrée à une soirée étudiante, *n 1959. Elle s’appelait Rebecca Jones, était native de New Haven. Ils vivaient maintenant à Londres. À près de deux ans de mariage, ils n’avaient toujours pas d’enfant et Kevin n’était pas certain d’en vouloir. Surtout avec les pensées qui revenaient régulièrement depuis trois mois La veille, comme presque tous les soirs, sa femme et lui avaient fait l’amour, mais Kevin avait pensé à une jeune femme blonde de vingt-six ans à la beauté racée et *ère. Rebecca était brune et d’un charme frais de *lle de la campagne. Kevin s’en voulait. C’est la pensée d’Éva, qui lui faisait de l’effet. Même maintenant. — Evy, soupira-t-il. Il serra les dents pour tenter de maîtriser la vague de plaisir coupable qu’il ressentait à chaque fois qu’il pensait à elle. Il se leva et gagna la salle de bain. Pour se remettre les idées en place, il prit une douche froide, se concentra un instant sur sa respiration pour la faire se calmer, ainsi que toutes ses pensées qui éveillaient sa virilité. Calmé, il gagna la cuisine. Rebecca était déjà partie travailler. Dès le début, les cartes avaient été faussées pour lui. Il n’avait pas été conçu dans l’amour, mais plutôt dans la violence et la peur. Sa mère, Meiko Taramoto avait été violée dans le Queensland et, contre toute attente, même celle de Kevin s’il avait pu être sa place, elle avait décidé de garder l’enfant. Lors d’un vernissage, elle était peintre, elle avait rencontré et sympathisé avec un jeune poète homosexuel de trois ans son cadet. Très vite, ils étaient parvenus à un accord, Mark, c’était le nom du jeune homme de vingt-trois ans émigré en 1934 de l’Angleterre, serait le père du bébé après leur mariage et il pourrait ainsi acquérir la nationalité américaine que Meiko, étant la *lle d’un couple de Japonais arrivés au début du siècle, possédait déjà, car née aux États-Unis, quant à elle, elle n’aurait pas à avouer ses penchants lesbiens à sa famille. Kevin était né dans une maternité de Manhattan, accueilli comme la huitième merveille du monde par des parents aimants. Ensuite quelque temps avant Pearl Harbor, elle était retournée au Japon, le laissant avec Mark. Qu’elle ne l’ait pas emmené restait un mystère pour le jeune homme Il avala un bol de thé au lait, des œufs brouillés et s’habilla pour se rendre à son travail. Il avait trouvé un emploi chez un décorateur de Highgate et ses idées avant-gardistes séduisaient bon nombre de clients. Élevé par un homosexuel, puis par un couple dont l’un des membres était bisexuel, Kevin avait développé une sensibilité et un goût quasi féminin. Cela se ressentait dans ses mariages de couleurs et de matières. Il sortit de l’appartement et marcha jusqu’à la station de métro la plus proche. Aujourd’hui une cliente l’attendait à Chelsea Ils avaient convenu, avec Rebecca, qu’il lui téléphonerait s’il quittait le travail plus tard qu’à l’accoutumée. Ils n’avaient pas de voiture, avec le métro et les transports urbains ils pensaient que ce n’était pas nécessaire, mais s’étaient fait brancher le téléphone. Ainsi ils pouvaient se joindre en cas de
problème et la famille pouvait donner des nouvelles. N’en déplaise à ses pensées du début de matinée, Kevin aimait Rebecca avec tendresse. Il n’y avait, de sa part du moins, jamais eu de sentiments passionnés Ils s’étaient rencontrés à une soirée étudiante à laquelle participaient Barbara, jumelle d’Éva, et son *ancé Horst. À cette époque, Barbara et Horst vivaient ensemble et poursuivaient leurs études de médecine. Elle avait abandonné, en *n de cinquième année, juste avant leur mariage. Ils s’étaient mariés le même jour que Rebecca et Kevin et l’église du petit village du Devon, où les jumelles et lui avaient grandi et où leur père habitait encore, n’avait pas été assez spacieuse pour accueillir tous les invités. Le repas champêtre avait été servi dans la grande grange au milieu du parc de Warcli#e. Trawnington était le village natal de Mark, le père de Kevin, et Warcli#e la demeure ancestrale de Paul, son père adoptif. Kevin y avait été heureux entouré de ses petites sœurs, du petit Jonah, de Paul et de son nouvel amour. Il sourit en s’asseyant dans le wagon de la rame de métro. À cette heure matinale, il n’était pas encore bondé. Il reprit le cours de ses pensées. Éva travaillait comme traductrice chez un éditeur de romans féminins. Elle était toujours célibataire et Kevin ne lui avait jamais connu de liaison. Elle habitait un petit deux-pièces à trois stations de métro de son travail. La rame de métro s’arrêta. Kevin descendit. Comme il le pressentait la veille, Kevin quitta plus tard que prévu cette cliente riche et exigeante. Il était plus de vingt heures trente quand il put entrer dans une cabine téléphonique et joindre Rebecca. Ils parlèrent quelques minutes. Il pensait arriver quarante–cinq minutes plus tard, si elle était fatiguée, elle travaillait comme assistante dans un cabinet d’avocat, inutile de l’attendre. Il se ferait réchau#er des restes. La nuit était tombée. Kevin remonta le col de son blouson et marcha jusqu’à la bouche de métro. Il entendit soudain un cri de femme venant d’une ruelle sur sa gauche. N’écoutant que son courage, il se précipita. La ruelle n’était éclairée que par la lune blafarde. Il engloba la scène d’un rapide coup d’œil. La femme blonde acculée contre un mur, l’homme contre elle. Il avait soulevé sa jupe et la menaçait d’un cran d’arrêt, sa lame scintillait tout près de sa carotide, de l’autre main il s’évertuait sur son pantalon. Au bruit des pas de Kevin, il se retourna surpris et furieux, *t face. Le jeune décorateur regarda quelques dixièmes de seconde la femme, qu’il avait déjà intuitivement reconnue, les longs cheveux blonds, les magnifiques yeux d’émeraude. Mon Dieu ! Que fait-elle dans cette ruelle sordide ? D’un coup de pied rapide et précis, Kevin désarma l’homme, qui s’enfuit sans demander son reste. À l’époque du collège, il avait demandé pour pratiquer le judo comme activité extrascolaire. Était-ce son sang à demi-japonais, mais il s’était révélé être très doué. Elle s’était écroulée contre le mur et tremblait de tout son corps. Il s’approcha, s’accroupit et la prit dans ses bras. — Merci, dit-elle. Je n’espérais pas être débarrassé de lui. Surtout grâce à toi. Elle avait crié, n’importe qui serait venu. D’ailleurs des badauds les rejoignaient. Kevin la releva, ramassa son sac à main. — Je vais te reconduire chez toi. J’ai prévenu Rebecca que je serai en retard. Un peu plus ou un peu moins. — Vous n’attendez pas la police ? demanda un homme. Il le rassura. Tout allait bien, le malfrat n’avait pu accomplir son forfait. Sans un mot de plus, il prit Éva par les épaules et ils gagnèrent la bouche de métro la plus proche. Bientôt ils s’asseyaient sur une banquette de la rame. Pour les autres usagers, ils donnaient l’impression d’un jeune couple d’amoureux. Kevin soupira, caressa les cheveux de sa compagne. — Tu vas mieux ? demanda-t-il avec empathie. Elle hocha la tête et se lova contre lui. Elle était si candide, si femme-enfant. C’est ce qui l’avait toujours séduit chez elle. N’y tenant plus, était-ce le contrecoup des émotions vécues auparavant. Il murmura : « Evy, ma chérie », avant de poser délicatement ses lèvres sur les siennes. Elle lui rendit son
baiser. Est-ce de l’amour ou de la reconnaissance, se demanda-t-il. Malgré son envie d’elle si cruciale, Kevin laissa Éva à la porte de son appartement. Il était marié, sa femme l’aimait. Il n’était pas prêt pour un adultère. Surtout avec elle, la fille de son père adoptif. Il arriva chez lui un peu plus tard que prévu. Rebecca était couchée. Elle lisait à la lumière d’une veilleuse. Kevin lui raconta sa mésaventure. — Vous auriez dû attendre et porter plainte. Demain, tu devrais aller au commissariat pour donner une description de l’agresseur. — Je ne l’ai pas beaucoup détaillé. C’était vrai. Il avait été tellement surpris de reconnaître Éva, son Éva, dans la femme agressée qu’il n’avait pas fait attention au physique de l’homme. — J’irai quand même, conclut-il après un moment. Des détails vont, peut-être, me revenir dans la nuit. Il se déshabilla, il n’avait pas faim, et entra dans le lit. Pour la première fois, alors que, câline, Rebecca se serrait contre lui, il prétexta la fatigue pour refuser de faire l’amour. — Demain, si tu veux bien chérie. Je suis à plat. Tandis qu’elle se retournait de l’autre côté, un peu boudeuse, Kevin songea que, d’habitude, c’était les femmes, qui prétextaient la fatigue ou la migraine. Il ferma les yeux. Les images revinrent. Le cri, Éva contre le mur, Éva dans ses bras. Kevin étou#a un gémissement. La respiration paisible et ténue de Rebecca le culpabilisait. Elle dormait, confiante, sans deviner les affres qu’il traversait.