Le Jeune européen / Genève ou Moscou
320 pages
Français

Le Jeune européen / Genève ou Moscou

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Description

Le jeune Européen et Genève ou Moscou : parus, l'un en 1927, l'autre en 1928, Drieu a écrit dans la préface de Genève ou Moscou que ce sont des livres jumeaux. Dans Le jeune Européen, il raconte l'histoire d'un jeune Européen qui lui ressemble, qui a tâté un peu de tout et qui, depuis dix ans, aux côtés d'Aragon et de Breton, a appris son métier d'écrivain.
Genève ou Moscou, ce sont en politique les idées du jeune Européen. Là, Drieu s'efface, il nous présente un discours politique solide et cohérent, mais il ne s'efface jamais beaucoup. On sait que fort heureusement, il croyait au mélange des genres. La thèse est simple ; la voici résumée par lui : "Si la capitale politique et économique des États-Unis d'Europe ne se fait pas, si Genève ne se fait pas, Moscou se fera."

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Date de parution 01 septembre 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9782072126895
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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PIERRE DRIEU LA ROCHELLE
Le Jeune Européen suivi de Genève ou Moscou PRÉFACE DE DOMINIQUE DESANTI
GALLIMARD
LE JEUNE EUROPÉEN
À ANDRÉ BRETON qui écrit :ent dem es peut-être chargés seulem « Nous som liquider une succession spirituelle à laquelle il y irait de l’intérêt de chacun de renoncer… »
(Légitime Défense.)
Le Jeune Européen, publié en 1927, avait été revu et corrigé par Drieu quand il réunit ce texte à sesde jeunesse Écrits  (1941). C’est cette dernière version, conforme au vœu de l’auteur, que nous reproduisons ici après avoir rétabli la dédicace, les deux épigraphes et harmonisé la table des matières(N.d.E.).
CE JEUNE EUROPÉEN D’IL Y A CINQUANTE ANS… UN FRÈRE ?…
Toujours farceur, le hasard m e fait préfacer en Am é rique ces livres si pleins d’elle, telle qu’on l’im aginait voici cinquante ans. Drieu, qui l’avait tant décriée et rêvée, ne l’aura finalem ent connue que par ses femm es. Ils étaient, ces romanciers des années vingt et tre nte, de Morand à Céline, de Drieu en Aragon, obsédés par l’Américaine dans leur œuvre ou leur vie. Prestigieuse à conquérir, décevante à pratiquer, elle sert de contradictoire symbole au m onde en m utation. Fleur du m atérialism e, donc de la décadence, elle procrée pourtant un peuple avide et neuf. Le Jeune Européen, sitôt fortune faite à New York, prend dans ses bras une fem m e de cette « grande race blanche », son idéal. Il l’épouse aussitôt « à la m ode du pays », lui fait un enfant blond. Elle est un corps, dit-il, pas un vis age… Et bientôt, sans un m ot, il s’évade. Constant aussi, chez tous, ce thème de la fuite : là encore Céline rejoint Morand et même Giraudoux : leur héros ne peut s’arrêter. Chez Drie u qui se voit « preste anim al de fuite », cette incessante errance form e le trait d’union de tous ses Gilles, de tous ses « Je ». L’Américaine ? Nous en trouvons plus d’une dans ses bras et, dans son œuvre, leur 1 reflet m ultiplié . Pour une Am éricaine, en cette année m êm e duJeune Européen,Drieu se brouille avec Aragon, à jam ais. Emm anuel Berl m ’a conté la querelle avec une malice d’octogénaire. Cette fem m e-peintre, d’abord conquis e par Louis, a préféré Pierre, puis, abandonnée, est revenue au poète. Un soir Drieu par la d’elle en m ots crus et Aragon, chevaleresque, s’est indigné, jusqu’aux voies de fait. Puis il a envoyé une lettre com mençant par un reniem ent : « Non, je ne vous ai jam ais aim é … » Ainsi s’est rom pue l’am itié la plus fervente peut-être qu’ils aient, l’un et l’autre, é prouvée. Cette séparation, antérieure au divorce politique, eut lieu en cette même année 1927 où furent écritsJeune Européen Le  et Genève ou Moscou, et où fut publié, en janvier, un recueil de textes, La Suite dans les idées.année, sitôt tranché le lien avec Cette m ême Aragon qui le liait au groupe, Drieu a répudié les surréalistes dans un brûlot que, pendant quelques mois, il rédigea, seul, avec Emm anuel Berl, autre am i intim e. Une publication dont – nous le verrons – le titre apocalyptique dit l’intention et la teneur :Les Derniers Jours. Mais Le Jeune Européen et une nouvelle de La Suite dans les idéesdédiés à sont André Breton, pape du surréalism e, reconnaissant ainsi à quelle révolution de l’écriture, à quel bouleversem ent des genres se rattachent ces écrits. Passez-m oi un néologisme. Le Jeune Européenun est  documythe,document un m ythique, des m émoires fictifs, où l’auteur dit son tréfonds en s’accordant un fantasme d’enfance, d’origine, de m étier. Chez l’écrivain l’im aginaire prend une réalité plus intense, plus pressante que les faits de l’état civil (Drieu s’était dès 1922 délivré, danscivil État
précisém ent, de la réinterprétation des faits de son enfance, qu’il reprendra, en 1937, dans un rom an à la fois autobiographique et fantasm é, Rêveuse bourgeoisie. À la fin de 1927 Drieu, trente-quatre ans, a traver sé quatre années de guerre, deux m ariages (le deuxièm e contracté en octobre 1927), de multiples liaisons. Il a été marqué par deux solidarités de groupes masculines : l’une, intense, au front, l’autre, indécise, en m arge des surréalistes. Il a publié deux plaquettes de poèm es de guerre, deux livres qu’il nom me « études » : État civil et Plainte contre inconnu, nouvelles où la guerre dom ine. Deux 2 essais :Mesure de la FranceetLa Suite dans les idées ,un ensem ble de textes. Et aussi en 1925 un rom an, vite renié, L’Homme couvert de femmes,journal hum oristique qu’un critique d’un conseil : Drieu la Rochelle, découvrez-vous.ses chroniques dans Plus  La Nouvelle Revue Française,restée « la » revue. L’intelligentsia internationale voyait encore dans la N.R.F. la représentante de l’avant-garde, alors qu’en fait la révolution des surréalistes l’avait dépassée. Mais leurs publications restaient éphém ères. Et la revue était dirigée par celui qui dem eurera, au travers d’une autre guerre, le chorégraphe du ballet littéraire français : Jean Paulhan. Assez tôt, par Gide et d’autres, Dada et les surréalistes ont été pris au sérieux par laN.R.F…êm e quelques mois… com où André Breton travailla m m e correcteur. Dès 1920 on y publieraAnicet ou le panorama – roman –d’Aragon. Drieu, avecJeune Européen Le  etou Moscou, Genève e etdonc ses septièm  publiait huitièm e livres. Comm ent se le dissim uler ? Lui, le dandy, le dilettante, le désinvolte, qui se voulait éternel am ateur, étranger à tout m ilieu, s’arrachant aux pièges de la conjugalité ou de la profession, il comptait, désorm ais, parm i les écrivains. La double question : « Vivre pour écrire ? » « Écrire pour vivre ? », les rapports fluants, le confluent entre le sang et l’encre nom m ent les chapitres et le sens profond du Jeune Européen.Drieu aurait souscrit aux m éation, la vraie, ça dem ots de Céline : « La cr ande une grosse concentration intellectuelle, anorm ale, pas naturelle… J’en parle en m édecin… 3 c’est presque un suicide . » Le poids de l’encre ? Drieu tente de le fuir dans la paresse, filée en ce lieu du m onde le m ieux fait com m e on sait pour se passer de bonheur : Paris « lim aille subtile de grâce », « cette unique Venise de cinq heures du soir sous la pluie ». Mais dès 1927, dans la force de l’âge, le voilà contraint d’avouer ce bouillonnem ent, en lui, ce feu lent : « Quelquefois le tic qui me ram e nait à l’encre et au papier s’accompagnait d’une telle chaleur dans tout m on corps que je devais proclam er alors qu’écrire, c’est vivre autant qu’on peut. » Documythece donc, Européen. Jeune transposée, vérité intérieure Autobiographie m êlée de fantasm es où se projettent déjà les grands rom ans futurs du Feu follet à Gilles, m ais sans encore le lest coupant de l’am ertume et du désespoir. Déjà s’y déploie – comm e dans Genève ou Moscoudéclare son œuvre jum elle, explication socio-politique de qu’il l’histoire racontée – le thèm e m ajeur de sa pensée : la décadence. Ils la constatent tous, la décrivent, Céline, Aragon, Morand, Montherlant et un peu plus tard Malraux, ils cherchent des lignes de fuite et de force pour une renaissance. D’une part Drieu et Céline, de l’autre Aragon et Malraux prendront les voies opposées, des chemins de frères ennem is, m enant à des lendemains rivaux m ais égalem ent extrêm es : fascisme et comm unisme. Les uns et les autres ne croyaient qu’à des bouleversements absolus. Rivé à leur continent, l’Europe, leur rêve poussait à la fuite. L’exotism e devenait quotidien. Avant que Malraux situe la révolution en Extrêm e-Orient, qu’Aragon troque le 4 P.C.F. contre Moscou-la-gâteuse, que Breton prenne parti pour Trotsky et Drieu pour
Doriot,ils choyaient tousl’im aged’une neuveEurope surgissantdelafacilité,dela corruption, du régim e des classes et des patries. Ils dressaient cette Europe qui aurait effacé la guerre, unissant les anciens ennemis, la construisaient entre New York et Moscou. Si la Société des Nations siégeant à Genève, dit Drieu, s e débarrassait de cette « dém ocrassouille » où il ne voyait que faiblesse, com plaisance, vénalité, m anque de spiritualité, elle pourrait devenir le centre d’une renaissance européenne. Les deux tentations, matérialisme comm uniste de Moscou, m atérialism e capitaliste de New York, s’effriteraient. En attendant, le m ythe demeurait, double. Et l’Am érique gardait sa dim ension d’ogre. « Il est un empire, de l’autre côté de l’océan, où vivent des homm es durs qui ont am assé tout l’or du m onde. Mais on dit qu’ils plient 5 devant leurs femm es . » Pour le m achism e, le virilism e de Drieu c’est anéantir l’im age de ces hom mes, rois de la richesse… Mais lui, Pierre, n’a-t-il pas, deux ans auparavant, en 1925, « plié » devant une Am éricaine au point de pe nser au suicide ? Quand Connie, Am éricaine de Paris, après lui avoir prom is le m ariage, écrit que non, qu’elle restait en Am érique, qu’elle ne reviendrait pas, Drieu le séducteur n’avait-il pasplié? Deux ans plus tard, il se venge par cette phrase en tête d’une nouvelle sur un Américain jaloux… m ais qui, finalem ent, triom phe… Son dram e avec Connie, Drieu s’en délivrera en 1939 en créant la Dora deGilles.
*
Entourée par l’Amérique de 1978, les petits-fils et petites-filles de ces Am éricaines rêvées par des Français, ces Connie-Dora, ces Eyre, ces Dorothy et Lydia, ces Margaret, ces belles étrangères, je les regarde. Ils et elles courent dans les rues à longues foulées, dans les éclatants crépuscules, avec la souple joie d’exerce r leurs m em bres et leur souffle. Ils « joggent », font leur « jogging », leur course à pied, leur m arathon quotidien, persuadés d’expulser à chaque expiration l’encrassem ent des villes et des vies. Heureux… Je pense à Drieu, courant au bois de Boulogne en sur vêtem ent de gymnaste et espadrilles. Y trouvait-il cette visible allégresse ? Ou bien courait-il com me un personnage (juif d’ailleurs) des Champions du mondede Paul Morand, par haine du sport, pour se prouve r qu’il pouvait y arriver (en am éricain «make it») ?… Drieu à quinze ans s’ém erveillait devant les Anglais et Anglaises rem ontant de leur tennis, leur basket, leur hockey, joyeux de s’être exténués, allant vers leur bain et leur thé. Sa surprise de les voir, ces Anglo-Saxons, prendre plaisir aux exercices du corps m e pousse vers la deuxièm e hypothèse : Drieu, chantre de la renaissance par le corps, détestait le sport qu’il prônait – que par fois il pratiquait – par conviction m orale. Danscivil État  il dit sa rancune contre un grand-père terrifié par les possibles plaies et bosses et qui sans cesse empêchait toute escapade du petit-fils. Il le dit bien plus dans un texte écrit à vingt-cinq ans : « Dès m on enfance, je négligeai m on corps. Des bouillons agressifs de m on sang, je faisais des brises douces pour nourrir le feu inoffensif de m on cer veau… Je ne suis pas un hom m e parce que j’ai laissé s’échapper de m oi la force et l’adresse. Je ne suis apte à aucun jeu, à aucune pr ouesse. Je ne sais pas dom pter un cheval, sauter un m ur, faire un saut périlleux, pour vous donner des exem ples. » D’avoir négligé son corps « désole et brise » sa conscience. Il n’e st pas, non plus, ce séducteur, un am ant : 6 « J’ai perdu m a fem m e parm i les fem m es . » Voilà donc où, tous, ils se croyaient (Drieu, Montherlant, ou les surréalistes) : perdus entre leur appel à une révolution fondam entale et les délices de la décadence. En 1927, cœur de l’après-guerre, les illusions tombent, vêtem ents en lam beaux, et les laissent à leur nudité
asymétrique, déchirés entre le besoin d’agir et le désir de jouir. En 1927 Pierre Drieu se sentait « nettoyé » du capital que lui avait, pour qu’il écrive tranquille, constitué sa prem ière femm e, le docteur Colette Jeram ec. Cette dot de divorce qui le brûlait, il la brûla, avec ses am is, Aragon surtout – « une petite tête de faune sur un corps dégingandé de collégien… Il caresse les choses comm e des fem m es… Il court à travers la ville la nuit com m e le jour… Il traîne aux Buttes-Chaum ont quand, au lever du soleil, les braconniers battent en retraite et que, dans les pr em iers bistrots, l’odeur de la rosée se m êle au vin blanc ». Ravissant pastiche où lePaysan de Paris,désorm ais étranger, est obligé de 7 se reconnaître, car la Dame des Buttes-Chaumont leur fut com m une . Il sem ble que toute leur vie les deux homm es se renverront ainsi des re flets (chez Drieu ce sera dansGilles une très m échante caricature) et des allusions. Quand non seulement leur brouille de 1927 m ais l’horreur d’une autre guerre, de l’Occupation et le s chem ins inverses sem bleront les avoir séparés sans retour, Aragon peindra dansAurélienportrait où, il l’avouera vingt ans un après, il m êla des traits de Drieu et des traits de lui. Il retrouvera, dans le rom an de l’amour fou, l’am i de dix années (1917-1927). Donc cette année-là, Drieu redécouvre « la pauvreté com m e un état pour lui redevenu m ystérieux, épouvantable et enivrant ». L’ultim e ar gent de Colette avait flam bé dans la publication desDerniers Jours.Le prem e l’entreprise : « Tout estier éditorial de Drieu résum foutu… » Lui et Berl traitent la politique, les hom m es politiques, sur un ton littéraire et alim entent ainsi « un public restreint et gourmand » d’abonnés à des prix « de luxe ». L’année inclut aussi des fiançailles avec une héritière britannique habitant l’Espagne (qui inspireraDrôle de voyage,rom an, ariage, avec laen 1933). Et en octobre le second m fille d’un banquier, Olesia Sienkiewicz. Pour cette très jeune fille qui lui résiste, Drieu éprouve un coup de foudre que le refus exaspérera… (une fois la conjugalité accomplie, m oins de deux ans après, il fuira). L’année déborde donc d’œuvres et d’événements. La Fran ce est sortie de la guerre du Rif, term inée par une pacification dont les tribus m ontagnardes du Maroc se souviendront. Le rétablissem ent de sa m onnaie a réussi. Le pays s e blottit douillettem ent dans une politique qui oscille du centre droit au centre gauche, de Poincaré le nationaliste à Briand le pèlerin-de-la paix, également odieux à Drieu. Il reproche aux artistes « innocents créateurs de romans et de poèm es » de n’avoir plus ce goût des idées, ce « systèm e d’interprétation du cœur et de l’esprit », qu’il aim e dans les grandes œuvres, de Dostoïevski à Proust. Même Barrès, idole de son adolescence (comm e de celles d’Aragon et de Malraux), s’englua dans la sociologie, cette « science hasardée marquée du sig ne de l’incertitude ». Il salue « l’Hom me libre », le porte aux som m ets de Montaigne et de Pascal pour conclure : « C’est un livre que nous devons brûler aujourd’hui. » La préface àGenève ou Moscou,et à platplus que les textes m êmes, prend du cham p, m le nationalism e, dénonce le culte de l’Histoire qui stérilise autant que le culte du Moi, « double complaisance dans son passé et dans soi-m ê m e ». Pas de rétro, comm e nous dirions : celui qui réécritLa Princesse de Clèves im ite, il n’innove pas, il trompe par une « paresse rusée ». Ne plus inventer, c’est figer l’Histoire, c’est mourir. Or catholiques et laïques, par leur pessim ism e, engendrent la stérilité sous le m asque du stable. Aux D de la décadence et de la défaite, Drieu oppose l’élan de la disponibilité. La décadence ? Il la décèle, la dénonce dans ses contemporains : sous l’humour de Morand, les paillettes de Giraudoux, les « désordres effarants » de Jouhandeau, Montherlant, Mauriac, Mac Orlan, Julien Green, partout il la détecte. Il leur oppose, à ces soum is , les « aveux décisifs » des surréalistes et le « cri lugubre » de Joyce dans Ulysse ou de T.S. Eliot, ou de Spengler et Keyserling, le s
« grands vulgarisateurs allem ands »(qu’illit en traduction ; cefutur germ anophile, ce futur fasciné des hitlériades de Nuremberg ne sait ni ne saura jam ais l’allem and, lui dont l’anglais est devenu la seconde langue). Genève ou Moscourstitiel, où passe,posé d’articles réunis par un tissu inte est un com par m om ents seulem ent, un ton de prophétie. Par contreLe Jeune Européen,cedocumythe,sonne encore insolite et pur au bout du dem i-siècle. Drieu en a conscience. Il sait qu’il y a confessé son « for intérieur…, exprimé selon un m ode raffiné de transcription littéraire ». Lui qui souvent assurait aux critiques que son livre frais paru n’était pas encore leieux d’attendre leet qu’ils feraient m  Livre, prochain (conseil qu’ils suivaient volontiers), gar dera sa tendresse à cette œuvre-ci. Il sait la nouveauté de son m élange explosif, de son vécu-rêvé , de son mentir-vrai, de son ém otion-pensée. Le Je qui parle confesse une enfance, une jeunesse telles sans doute que Drieu a dû se les rêver. Inexistence des parents (Gillesaussi sera allégé du poids de la fam è re ille). « Ma m est m orte sans m e dire qui était m on père : elle ne le savait pas. » Et le Jeune Européen, dans son Hispano, roule à un r ythm e de jazz à travers les de rnières années de la Belle Époque avant de sombrer dans la guerre. Drieu épargne à son héros privilégié le collège religieux dont il a e tant souffert, lui offrant le circuit du snobism e : le lycée du XVI arrondissement, Janson-de-Sailly, puis Cam bridge et – le personnage devant parler à égalité toutes les langues d’Europe – Iéna. La m ère, demi-m ondaine de haut vol, suit ce qui était alors l’itinéraire des m adones-des-sleepings : Saint-Sébastien, Vienne et Londres. Toujours dans les palaces, casernes à riches où les atteindra quelque grand soir. Un début dans la vie qui forme comm e l’envers dérisoire du vrai « m onde », celui des rom ans pour jeunes filles de Gyp, com tesse de Martel dont le fils, Thierr y, grand chirurgien, fer a dans la vie de Drieu plusieurs apparitions fulgurantes : dans les hôpitaux du front, au chevet de sa m aîtresse m alade, Emm a l’Algérienne et, bien plus tard, par son suicide de stoïcien quand les nazis entreront dans Paris. La dérision est ici si légère qu’un ins tant on hésite… Pas un exercice physique ne m anque auJeune Européen,parm i ceux que Drieu admirait ou tentait m aladroitement de pratiquer. On passe aux exercices spirituels ; l’auteur et le personnage s’amalgam ent. Mais le narrateur rafle au passage avec désinvoltur e, les grands livres aimés par l’écrivain adolescent, suivi d’une « fille jacassante » : Berg son, Claudel, Gide et Barrès, D’Annunzio, Kipling, Nietzsche. Le dandysm e n’exclut pas toutefois le sens des grandeurs de l’époque : « Une poésie sublim e naissait alors à Montm artre, q ui rendait aux peintres le dom aine du ciel. » Cette soudaine apparition, en fond de table au, du Bateau-Lavoir rejoint l’espoir d’une brisure de la décadence. Drieu critique Barrès de figer Venise en la définissant par Véronèse. Il invoque le pouvoir du créateur : « Un artiste pe ut briser son pinceau dans un magnifique geste destructeur com m e Picasso le fait aujourd’hui. » (Plus tard, et ce sera un signe de son aliénation par les banalités de l’idéologie fasciste, Drieu traitera Picasso de décadent, corrupteur de la « belle santé française » et donne ra dans la trivialité du « Picasso farceur » ; mais avant ce virage les grands courants révolutionnaires de son tem ps, cubisme, surréalism e, refus de reproduire servilem ent l’apparence, l’avaient à jam ais traversé.) Puis viennent les seize saisons en enfer, les quatr e années d’horreur. « … m on Hispano capota dans le fossé. C’était la guerre, la fin de la vanité. » Ici le cocktail du rêvé-vécu râpe âprem ent les muqueuses. La violence ? Nous trouvons ce m ythe, le plus cher de notre auteur. « Les hom m es ne sont nés que pour la guerre comm e les fem mes ne sont faites que pour les enfants. » En 1927 c’était une jolie provocation. Drieu vivait parm i des fem m es sans enfants qui souvent exerçaient des m étiers et par fois vivaient des vies d’homm es : sa première épouse, le docteur ColetteJent, en littérature Constancedocteur Colette Clem ; le eram ec