//img.uscri.be/pth/2b66c8dcab64ce11cb4a87742cf5ae6d48b0a7ce
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Le Jeune Tambour - Ou les Deux Amis

De
342 pages

Près des bords de l’Adour, à quelques lieues de Bayonne, il existait, eu 1797, une pauvre cabane, dont la situation isolée, ainsi que l’aspect misérable, attristaient la vue du voyageur, et lui faisaient hâter sa marche, de peur d’y rencontrer quelque mésaventure. Ce réduit solitaire, qui excitait les craintes des passants étrangers à la contrée, était pourtant l’asile d’un homme vertueux, que de douloureuses infirmités eussent d’ailleurs rendu bien inoffensif, quand même on eût pu lui prêter d’autres dispositions.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
FRANÇOlS-NICOLAS-MADELEINE MORLOT, par la Miséricorde Divine et la Grâce du Saint-Siége Apostolique, Archevêque de Tours :
me Le nouvel ouvrage de M WOILLEZ intituléle Jeune Tambour ou les Deux Amis,réunit toutes les conditions propres à en rendre la lecture attachante et utile. Comme dans les autres écrits de l’estimable auteur, La morale la plus pure et les principes les plus religieux se mêlent naturellement et sans effort à un récit historique plein d’intérêt et d’instruction. me C’est un titre de plus que M WOILLEZ vient d’acquérir à la reconnaissance de tous ceux qui ont à cœur de répandre et de propager les bons livres. Donné à Tours, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contreseing du Secrétaire de notre Archevêché, le 6 octobre 1845.
† FRANÇOIS-NICOLAS, ARCHEVÊQUE DE TOURS. Par mandement de Mgr l’Illustrissime et Révérendiss ime Archevêque de Tours : P.A. VINCENT, Chanoine, Secrétaire.
Catherine Woillez
Le Jeune Tambour
Ou les Deux Amis
I
De toutes les vertus de la vie privée, la première c’est la piété filiale. me M F. DU BEAUHARNAIS. Près des bords de l’Adour, à quelques lieues de Bay onne, il existait, eu 1797, une pauvre cabane, dont la situation isolée, ainsi que l’aspect misérable, attristaient la vue du voyageur, et lui faisaient hâter sa marche, de p eur d’y rencontrer quelque mésaventure. Ce réduit solitaire, qui excitait les craintes des passants étrangers à la contrée, était pourtant l’asile d’un homme vertueux , que de douloureuses infirmités eussent d’ailleurs rendu bien inoffensif, quand mêm e on eût pu lui prêter d’autres dispositions. Antonio Bérard, âgé de cinquante-huit ans environ, avait longtemps joui d’une vie douce et paisible dans le lieu même où il languissa it alors sous le poids de ses maux. Une épouse tendre et laborieuse, des enfants soumis , un champ vaste et fertile, l’abondance de ses moissons, tout avait concouru pe ndant un grand nombre d’années à le rendre parfaitement heureux. Mais les plus dou x sourires du bonheur ici-bas ne sont trop souvent que de fausses promesses. Aussi A ntonio avait vu succéder tout à coup d’amers chagrins à ses joies. Une grave blessu re, reçue au milieu de ses travaux, l’avait mis pour toujours hors d’état de l es continuer. Pour comble d’infortune, presque tous les objets de son affection étaient su ccessivement descendus dans la tombe, et dès lors la souffrance et la misère vinre nt s’asseoir au foyer où naguère il comptait des jours si doux. Cependant son plus jeune fils lui restait : c’était pour Antonio comme la planche de salut que saisit le naufragé au milieu de la tempête. Né bon, intelligent et courageux, Étienne, malgré s on extrême jeunesse, voyait avec angoisse les maux qui pesaient sur son père, et s’i l n’avait pu lui sauver la propriété du champ formant autrefois leur principale richesse , il avait réussi du moins à lui conserver un petit troupeau, dont le produit pouvai t les arracher l’un et l’autre aux horreurs de la faim. Ainsi, voué dès son enfance à la vie pastorale, le fils d’Antonio était devenu l’un des plus habiles bergers du pays. Chacun admirait son a gilité à grimper avec ses moutons et ses chèvres sur les plus hautes montagnes, afin de leur procurer la meilleure, la plus abondante nourriture. Chaque matin, avant de s ’éloigner, il vaquait soigneusement à tous les besoins de son père, dont les infirmités allaient toujours croissant ; puis le soir, quand son troupeau était rentré au bercail, il reprenait ses soins assidus, ranimait le pauvre infirme par sa te ndresse, l’égayait par ses chansons ; en un mot, jamais l’amour filial n’avait inspiré plus de sollicitude, plus de dévouement que n’en montrait le jeune Étienne à l’a uteur de ses jours. Aussi ces deux êtres, isolés dans la nature, ne for maient pour ainsi dire qu’un seul cœur, qu’une seule pensée : ce qui plaisait à l’un, l’autre l’adoptait à l’instant ; ils comptaient sur leur affection mutuelle comme sur un trésor que la mort seule pouvait leur ravir, et de cette confiance parfaite naissaie nt pour eux un calme, une douceur que bien des heureux de la terre eussent pu leur en vier. C’est qu’en effet, pour arriver à cette sorte de pa ix au sein de l’indigence, il faut dès âmes dont le souffle des passions n’ait jamais trou blé la pureté, et qui, formées dans
la solitude, aient appris à connaître Dieu, à l’aim er, à le servir, à ne rien désirer que de lui. Cette science, la plus utile de toutes, Antonio l’a vait transmise à Étienne, telle qu’elle lui était venue de ses parents ; aussi le p ère et le fils, dans leur simplicité, se croyaient suffisamment instruits pour fournir la ca rrière qui leur était tracée : y borner leur ambition ne leur avait jamais paru un effort p énible ; ils ignoraient le monde, ses agitations, ses peines cuisantes ; et quand le repa s du soir, qu’ils faisaient toujours ensemble, se trouvait assez abondant pour contenter leur appétit, ils en rendaient grâces à la Providence comme d’un nouveau bienfait. C’est au milieu de cette vie solitaire et paisible que s’était écoulée l’enfance d’Étienne. Jusque-là l’état d’infirmité de son père avait été sa principale affliction ; mais, en approchant de sa quinzième année, il éprou va tout à coup dans son cœur un vide qui altéra sa gaieté naturelle ; il sentit que ses chèvres, ses moutons, son chien ne pouvaient plus lui tenir lieu d’un ami, d’un com pagnon de son âge, avec lequel il eût pu échanger ses pensées, et une profonde triste sse s’empara de son âme. Morne et silencieux, il continuait pourtant de soig ner son père avec le même zèle, mais il ne chantait plus pour l’égayer, et le matin , quand il lui disait adieu, son regard abattu trahissait sa peine secrète. En vain Antonio, alarmé d’un si brusque changement, multipliait les questions : son fils, de peur de l’affliger, se refusait au soulage ment qu’il eût trouvé dans la tendresse paternelle, et il s’en dédommageait en versant des larmes qui n’avaient pour témoins que les compagnons de sa solitude. Cette vague mélancolie le poursuivait depuis un moi s environ, lorsqu’un jour, cherchant à s’en distraire, il alla s’asseoir sur l e versant d’une montagne voisine de la grande route de Bayonne. De là, du moins, il put ap ercevoir quelques-uns de ces hommes qu’il supposait plus heureux que lui, et don t il gémissait d’être séparé. Chaque voiture, chaque voyageur, devint pour lui l’ objet d’une attention particulière ; et cette attention l’arrachant momentanément à sa tris tesse, il oublia si bien les heures, que la fin de la journée arriva sans qu’il eût song é à se rapprocher de sa cabane. Cependant la pensée de son père vint le détourner d e cette préoccupation ; et il se levait pour rassembler son troupeau, lorsque, porta nt un dernier regard sur la route, il aperçoit de loin un homme et une femme descendre d’ une chaise de poste et s’avancer vers la montagne où il se trouve. De nouv eau alors la curiosité d’Étienne s’éveille ; ces étrangers, d’ailleurs, cherchent pe ut-être leur chemin ; charitablement il doit le leur indiquer. Tandis qu’il fait ces réflexions, il voit la femme, portant un fardeau dans ses bras, le déposer au milieu de hautes herbes ; puis, joignant les mains sur sa poitrine, elle paraît en proie au plus violent désespoir ; mais l’ homme qui l’accompagne l’entraîne précipitamment vers la voiture, et tout disparaît b ientôt aux yeux du jeune pâtre. Curieux de savoir ce que ces inconnus ont pu dépose r ainsi au pied de la montagne, il la descend avec son troupeau. Le jour étant arrivé à son déclin, il a d’abord quelque peine à reconnaître la place où l’é trangère s’est arrêtée. Enfin un mouchoir blanc, échappé des mains de cette femme, l e met sur la voie ; il avance, et pousse un cri de surprise en apercevant sur le gazo n le corps d’un enfant soigneusement enveloppé, et dont la face est découv erte. « Oh ! les misérables ! dit Étienne en frémissant d ’horreur, ils auront tué ce pauvre innocent, et ils sont venus cacher ici leur crime. » En parlant ainsi, il soulève l’enfant dans ses bras , et un nouveau cri lui échappe : « Il est vivant ! Oui, son cœur bat ; je le sens. M on Dieu ! si je pouvais le sauver ! »
Tout à cette pensée, Étienne appelle son troupeau, puis il marche à grands pas vers sa chaumière, portant avec précaution le pauvre enf ant, que le mouvement ne peut tirer de son immobilité, et dont le souffle néanmoi ns se fait distinctement entendre. Bientôt une faible lumière se montre, et les bêleme nts du troupeau annoncent au vieux berger que son fils revient. « Que tu as tardé, Étienne ! lui dit-il en l’aperce vant ; pourquoi donc rentrer ainsi à nuit close ? Tu m’as donné bien de l’inquiétude. — Père, ce n’est pas ma faute. Voyez plutôt, voici le sujet du retard. — Qu’est-ce ? un enfant ! Que veux-tu donc en faire ? D’où vient-il ? — Je l’ai trouvé là-bas, au pied dé la montagne qu i est près de la route. » Et alors il raconte succinctement à son père les dé tails qu’on vient de lire. « Et cet homme, cette femme, as-tu pu voir quel air ils avaient ? demande Antonio.  — Non, reprend Étienne, le jour était déjà bien ba s ; cependant il m’a semblé que ces gens-là étaient habillés comme des bourgeois ; ils sont venus en chaise de poste, et sont répartis de même. Quant à la femme, elle fa isait des mouvements comme une personne qui a un grand chagrin, et je gagerais que c’est à contre-cœur qu’elle a abandonné l’enfant. L’homme, au contraire, paraissa it fort résolu ; il a emmené de force la pauvre malheureuse, qui se débattait ; et quand ils arrivèrent près de la voiture, il l’y porta. — Pourquoi donc n’as-tu pas crié ? ça lui aurait fait peur, tout au moins. — Oh dame ! je fus d’abord si surpris, que ma lang ue était comme desséchée dans mon gosier ; et puis, ils se sont enfuis si vite qu ’ils m’auraient à peine entendu.  — C’est heureux tout de même que tu te sois trouvé là, reprit Antonio ; ce pauvre petit ! sans toi il était perdu, car durant la nuit les loups seraient venus le dévorer. Approche donc là lampe, que je le voie. Il est, ma foi, fort bien vêtu ; mais c’est drôle, rien ne le réveille... Voilà, ils lui auront fait p rendre quelque méchant breuvage pour empêcher ses cris. — Si ça allait le faire mourir, mon père ?  — Non, il n’a pas du tout l’air malade ; vois ses joues, comme elles sont rougeaudes. Couche-le, couvre-le bien ; demain, qua nd il s’éveillera, il nous dira sûrement d’où il vient : ce petit garçon-là doit sa voir parler ; il a au moins cinq ans. » Un peu rassuré sur l’état de l’enfant, Étienne le d éposa alors doucement sur son propre lit, puis il se hâta de préparer le souper d e son père ; mais, tout en vaquant aux soins du ménage, il s’échappait de temps en temps p our aller regarder encore l’objet de sa sollicitude, et il se lamentait intérieuremen t de la durée de son sommeil. « Si du moins, pensait-il, je pouvais lui faire pre ndre une écuellée du lait de mes chèvres, cela lui ferait du bien, j’en suis sûr. » Et tout en se parlant ainsi, le bon jeune homme pla çait dans la cendre du foyer la part qu’il réservait au petit garçon. Peu de temps après, Antonio, ayant pris son repas, s’endormit, à la grande joie d’Étienne, qui fut libre alors de retourner auprès de l’enfant. « Les barbares ! dit-il tout bas en le considérant les larmes aux yeux, comment ont-ils pu abandonner ce pauvre innocent ! Comment se fait-il qu’il y ait des gens capables d’une pareille atrocité ! Quel bonheur que je me so is trouvé là à point pour les voir, moi qui ne vais presque jamais de ce côté ! Ah ! mon pè re a bien raison quand il dit que la Providence arrange tout pour le mieux. On dirait qu ’elle m’a conduit aujourd’hui comme par la main. » Enfin l’enfant ouvrit les yeux, regarda autour de l ui avec un mélange de surprise et de frayeur, puis il se mit à crier en pleurant :
« Pepita ! Pepita !  — Celle que vous appelez ne peut vous entendre, mo n cher petit, lui dit le pâtre ; cependant ne pleurez pas, j’aurai soin de vous. Ten ez, prenez un peu de ce lait tout chaud, il est bon ; goûtez plutôt.  — Non, non, Pepita ! » répétait l’enfant en repous sant la main de son jeune libérateur. A force de douceur et de persévérance, celui-ci par vint pourtant à lui faire accepter le breuvage qu’il lui présentait, et peu après le p auvre petit retomba dans un profond sommeil, d’où il ne sortit que le lendemain, quand le berger se leva. Poussant alors de nouveaux cris, il répéta le même nom qu’il avait dé jà prononcé. « Quelle est donc cette Pepita que vous appelez ain si ? lui demanda Étienne. — C’est ma bonne, répondit-il à travers ses sanglo ts. — Et votre maman, où est-elle ? — Maman... elle est morte ! — Où cela ? — A la maison. — Et où est votre maison ? — Là-bas, là-bas, bien loin. — Savez-vous dans quel pays, dans quelle ville ? — Non, je ne sais pas. — Vous êtes donc parti avec Pepita, votre bonne ? — Oui, dans une voiture que des mules faisaient al ler bien fort. — Il y avait un homme avec vous ? — Oui, Ernano, puis le muletier, qui s’en est allé ensuite. — Quel est cet Ernano ? — Le mari de Pepita. — Était-il bon pour vous ?  — Oh non ! quand Pepita me disait d’aller l’embras ser, je pleurais, parce qu’il me repoussait toujours en me faisant de gros yeux. — Et votre père, où est-il ? — Dans la terre avec maman. » Ici Étienne pressa affectueusement la main du petit infortuné, et celui-ci, attiré sans doute par la vive expression de sensibilité qui se peignit dans les traits du bon jeune homme, parut alors se rassurer tout à fait, et il c onsentit à déjeuner. « Comment te nommes-tu, cher petit ? lui demanda le jeune pâtre en lui servant une nouvelle tasse de lait. — On m’appelle Ernest. — Est-ce que tu n’as pas un autre nom ? — Si, Ernest de Melvan. — Depuis quand ta mère est-elle morte ? — Oh ! depuis bien longtemps, je crois. — Te souviens-tu de l’avoir vue ? — Un peu, pas beaucoup. — Et ton père ? — Je ne me le rappelle pas. — Qui t’a dit qu’il fût mort, et ta maman aussi ? — C’est Pepita. — Où demeurais-tu avec cette femme ?  — Dans une petite maison où il y avait un grand ja rdin, de belles fleurs, de beaux