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Le Message de Zog

De
260 pages

Un médecin et sa femme japonaise s'installent dans un village isolé de montagne. Les événements inquiétants dont ils vont être les témoins s'apparentent à un cauchemar éveillé. Leur maison est située en lisière d'une vaste forêt abritant des bêtes sauvages et d'inquiétantes rumeurs. Le quotidien du couple est assombri par une tragique affaire de meurtres en série et de mutations génétiques effectuées sur des animaux et des êtres humains. Ils découvrent horrifiés que leur voisin, monsieur Gayelo est impliqué. Il a aidé son fils Thadée, psychiquement instable, à mettre en œuvre plusieurs crimes atroces. Il a ensuite dissimulé leurs exactions en propageant la rumeur de l'ancienne légende du seigneur Théodebert qui, atteint d'ergotisme au XIIIe siècle, semait la terreur dans la région. Heureusement, une fine équipe de policiers, dirigée par le valeureux commandant Lantelme, mène l'enquête et parvient à identifier les coupables.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-02425-4

 

© Edilivre, 2017

Chapitre 1
Le compromis

Tout compte fait, je n’avais pas bien dormi cette nuit-là. J’avais même réveillé ma femme qui dormait tranquillement à côté de moi. Des questions trottaient dans ma tête, de sérieux doutes me tourmentaient cette nuit-là et bien entendu je n’avais pas de réponse.

J’allumais la lumière ce qui eut pour conséquence de réveiller Tomoe et surtout de réveiller Cannelle mon chat, qui dormait roulé en boule sur son fauteuil fétiche, dans le salon. C’était un vieux fauteuil simple dont j’avais changé le support une ou deux fois, un fauteuil qui conservait mon odeur ; l’odorat est en effet un sens aiguisé et primordial chez le chat. Cela permettait aussi à Cannelle de se rassurer, de savoir que j’étais présent à chaque instant sur ce fauteuil. Le chat déambula rapidement pour voir ce qui se passait dans la chambre éclairée par la lumière de ma lampe de chevet.

J’avais les yeux endormis mais bien ouverts, assailli par les angoisses. Est-ce qu’il fallait vraiment y aller ? Devrais-je tout quitter ici pour me retrouver loin de ma famille, de mes amis, de mes racines ? Et cette-nuit-là, dans mes rêves plutôt cauchemardesques, je ne voyais que du blanc, un long manteau blanc de neige sur ce long chemin de deux-cent mètres de longueur qui menait à la maison, maison que nous souhaitions acheter avec Tomoe.

– Que se passe-t-il ?, pourquoi tu me réveilles en pleine nuit ? » Me susurra-t-elle dans un français encore balbutié.

Cannelle était déjà sur la couette blanche près de moi pour essayer d’obtenir un câlin qu’elle avait l’habitude de recevoir toutes les nuits, souvent au milieu de celle-ci, quand soudain, pris d’une envie pressante, je devais aller me soulager rapidement aux toilettes et essayer dans la minute qui suivait de me rendormir tranquillement. Je buvais beaucoup notamment du thé vert, quelques infusions et chaque soir, une soupe japonaise faite avec des légumes frais et agrémentée de riz blanc d’origine japonaise. C’était notre repas du soir. On avait pris cette saine habitude de manger comme un mendiant le soir, avec cette soupe, ce riz et quelques condiments comme ces haricots fermentés que l’on nomme « natto » au Japon qui sont le plus souvent et le plus naturellement du monde, consommés le matin au petit-déjeuner. Mais nous, nous les mangions le soir.

Donc, cette soupe du soir m’obligeait souvent à me rendre aux toilettes et à mon retour, Cannelle en profitait pour me montrer son attachement et son amour.

– Qu’-est ce qu’il y a Jérôme ? me répéta Tomoe qui n’avait néanmoins, pas bougé d’un cheveu, tournée en position fœtale sur le côté droit.

– Oh, je suis inquiet Tomoe me suis-je contenté de lui répondre dans un premier temps.

Comme elle ne connaissait pas vraiment ma personnalité, elle ne se doutait pas que j’étais de nature à ruminer la nuit et à construire cette hyper-idéation quand quelque chose ne paraissait pas correct.

Je finis par me mettre assis sur le lit ce qui eut pour effet de chasser Cannelle de sa place, confortablement installée sur mon ventre. La lampe était toujours allumée, elle colorait quelque peu ma vision des rêves blancs que je venais d’entrevoir : l’abat-jour était rose, la couleur de la lumière virait également au rose dans toute la chambre.

Nous avions passé l’après-midi dans cette région que je savais montagneuse, qui se situait finalement à près de six cent kilomètres de notre appartement actuel. Nous habitions Paris depuis que j’avais rencontré Tomoe. Je l’avais connu en France sur un site sensé améliorer les échanges entre individus, hommes ou femmes qui cherchaient tout simplement à améliorer leur apprentissage dans la langue de Molière. Ainsi nous avions conversé, donnant chacun de son côté, le maximum de renseignements sur l’autre afin d’établir un lien progressif et inaltérable. Nous avions fini par nous rencontrer à Paris dans le 4e arrondissement près de la station St Paul, pas loin de son domicile. J’habitais en province, originaire d’une petite ville du nord-est de la France et le train à grande vitesse mettait finalement deux heures pour rejoindre la capitale.

J’étais passionné du Japon depuis plusieurs années.

Un jour, une amie étudiante en médecine, tout comme moi à l’époque, m’avait rendu visite un après-midi car nous partagions tous les deux cette même passion pour le Japon. Pourtant elle n’y été jamais allée alors que j’avais franchi le pas en 2005 optant pour un voyage moitié « sac à dos », moitié organisé avec réservations hôtelières et circuit préétabli à Tokyo et Kyoto, deux des principales villes du Japon connues pour leur attrait touristique.

Ce premier voyage s’était admirablement bien passé et j’avais découvert un pays merveilleux avec des coutumes et des principes totalement différents. Des paysages et des métropoles assourdissantes de beauté et de singularité ; des jardins éblouissants de sobriété et de couleurs ; une culture admirable, digne et respectable ; une alimentation saine et succulente avec un savoir-faire qui effleure délicatement la quintessence même des choses de la vie. A la fin de ce voyage au Japon, j’en avais les larmes aux yeux de le quitter et me promis rapidement à moi-même d’y retourner. Les souvenirs explosaient dans ma tête au point où j’avais le plus simplement du monde, écrit un récit de ce premier voyage, au jour le jour, pour ne rien perdre de ces précieux souvenirs.

– Maintenant que tu es allé au Japon et que tu connais un peu mieux cette culture, pourquoi n’essaies-tu pas de trouver une femme de ce pays ? m’avait-elle lancé cette après-midi-là le plus singulièrement du monde !

Sur le coup, je n’avais guère prêté attention à cette phrase mais, quand cette amie finit par rentrer chez elle en fin d’après-midi, je me suis précipité sur mon ordinateur pour essayer de trouver un détail sur cette nouvelle question. Et c’est ainsi que je connu Tomoe, une japonaise de la préfecture de Kanazawa à l’ouest du Japon, elle s’était réfugiée dans son travail de chef de projet pour une grande multinationale américaine, qui éditaient des documents scientifiques destinés aux entreprises japonaises du secteur. Elle avait immigré à Paris en 2001 après quelques années passées à Londres pour le compte de cette même entreprise. Elle m’avoua rapidement préférer Londres à Paris sans jamais vraiment savoir me l’expliquer. Ne connaissant pas réellement ni Paris, ni Londres d’ailleurs, je ne pouvais alors qu’obtempérer.

Puis après avoir passé quelques vacances ensemble et surtout quelques week-ends à Paris dans son petit studio qu’elle louait dans le quatrième arrondissement, nous nous sommes mariés le plus simplement du monde un beau jour de mars, à Paris. Bien entendu, il a fallu rapidement que je déménage vers la capitale où nous avions convenu de prendre un appartement un peu plus grand dans le quartier de l’opéra. Etant médecin oncologue, il a fallu également que je retrouve un nouveau poste à l’hôpital ce qui ne fut pas une chose compliquée dans la capitale française.

Comme tous les jeunes couples qui se marient et qui décident de passer quelques temps ensemble, les projets commencèrent à émerger de nos têtes et parmi les plus simples, il y avait ce désir d’être rapidement propriétaire d’une maison. Nous étions allés passer une petite semaine de vacances en plein été, à la montagne. En fait, je connaissais assez bien l’endroit pour y avoir déjà passé un peu temps il y a quelques années et comme j’aimais bien contempler la montagne, la beauté des paysages montagneux, j’avais proposé à Tomoe de prospecter sur internet afin de trouver une maison dans ce coin de nature. Rapidement, nous sommes tombés sur la maison de nos rêves : un pavillon de sept pièces avec un grand jardin, un grand terrain et un chemin suffisamment long pour me donner quelques sueurs froides.

Nous décidâmes, après avoir contemplé les lieux, de nous y rendre pour signer le compromis de vente avec l’agence immobilière. Ce qui fut fait avec bonheur et entrain puis nous rentrâmes illico-presto sur Paris rejoindre notre appartement.

– Tomoe, écoute, je suis inquiet pour la signature du compromis, voilà pourquoi je ne dors plus depuis une heure !

– Je suis angoissé, excuse-moi de t’avoir réveillée en plein milieu de la nuit répétais-je toujours assis dans mon lit, la lumière allumée.

Tomoe ne bougea pas d’un sourcil essayant de contenir son indisposition, au beau milieu de la nuit. J’avais bien senti son courroux ce qui m’amena à poursuivre la conversation et à donner quelques explications :

– Je pense à l’hiver, à la neige et au chemin qui mène à la maison. Tu l’as vu comme moi, quand il neigera, il faudra bien que quelqu’un enlève cette neige alors ça me fait un peu peur…

– Humm… susurra Tomoe les yeux toujours mi-clos.

– Je me demande finalement si on a fait le bon choix, si on ne s’est pas un peu précipité tous les deux à signer ce compromis. Après tout, on ne connait pas vraiment la région, peut-être valait-il mieux rester sur Paris pour ton travail ?

Cette remarque eut la conséquence de réveiller complètement Tomoe qui fit un bond sur le lit tel un chat que l’on effraie au cours de sa sieste ! Toutes griffes dehors, ma femme se mit aussitôt assise sur le lit et vociféra :

– On est allé voir cette maison, on a signé donc on va y aller !

– Et puis, j’aimerais bien continuer à dormir, je travaille demain merci.

Les yeux grands ouverts, je n’avais plus l’intention de dormir, accaparé par des pensées négatives, inopportunes. Mais ma femme ne connaissant pas les lois françaises, ne savait donc pas que nous avions quinze jours pour nous rétracter.

Alors que Tomoe s’était remise confortablement dans ses couvertures, j’entendais Cannelle gratter dans sa litière. Je ne pouvais m’empêcher de terminer le dialogue en lui rappelant que nous avions quand même un petit délai pour prendre notre décision.

– Humm…

A ce moment, je n’avais plus d’autres choix que d’essayer de me rendormir non sans laisser mon imagination galoper encore pendant quelques dizaines de minutes avant de sombrer de nouveau dans les bras de Morphée.

Il faut dire que le chemin qui menait à la maison dont nous venions tout juste de signer le compromis de vente, était d’une longueur approximative de deux cent cinquante mètres. C’était une voie privée menant au domicile, aboutissant d’un côté, sur une route départementale qui menait au centre-ville et de l’autre, à une ville plus importante située à vingt-cinq kilomètres. Ce chemin goudronné avait été choisi par l’ancien propriétaire pour se démarquer des voisins qui de ce fait, devait emprunter une autre voie pour accéder à la route départementale. Ce chemin d’accès formait une espèce de boucle dont une partie appartenait à la commune. Et sur cette boucle, se répartissaient notre future maison mais également trois autres maisons qui bien entendu, appartenaient à des familles de la région. Ce lot de pavillons était situé légèrement en hauteur par rapport à la route départementale alors que notre chemin était légèrement en déclive. Celui des voisins était beaucoup plus pentu, c’est la raison pour laquelle l’ancien propriétaire se mit en tête de s’émanciper des voisins donc de construire son propre chemin attenant à la maison.

Bien entendu, chacun devant « balayer devant sa porte avant tout », il était de mise que les habitants du lieu déblaient leur propre chemin d’accès en hiver. Car cette campagne séduisante est une région de neige. La maison se situait dans un petit village de 1800 habitants et culminait à une altitude somme toute modeste de huit-cent mètres mais quand même… Cela voulait dire une saison hivernale avec beaucoup de neige et… longtemps ce qui avait tout simplement causé cet insomnie.

J’adorai contempler la montagne, faire de belles balades en été mais je n’avais pas vraiment eu l’occasion de m’y rendre en hiver, détestant le ski. Et j’avais aussi quelques antécédents sur le sujet qui n’arrangeaient pas les choses, notamment un souvenir de ma seule et unique classe de neige quand j’étais enfant. C’était à l’âge de dix ou onze ans, je ne me souviens plus très bien, quand nous étions partis dans le Jura pour une semaine de découverte des sports d’hiver dont le ski. Je n’étais déjà pas très sportif à l’époque ce qui entraina un supplice pour chausser les skis. Les incidents se multiplièrent mais rien de cassé finalement. Sans parler de l’épidémie de gastro-entérite qui toucha toute la classe y compris ma petite personne. J’avais aussi appris à détester ce mélange insipide fruit et poisson lors d’un déjeuner, fait de cabillaud pané, de pamplemousse bien amer et juteux. Le tout formait une espèce de puzzle dans mon assiette ce qui n’a pas eu lieu d’arranger mes problèmes gastro-intestinaux. Bref, une catastrophe…

Le second souvenir problématique avec la neige remonte à beaucoup plus loin, à un âge où ce genre de traumatisme pouvait retentir sur la vie future, peut-être était-ce le cas. Je fréquentais l’école maternelle du quartier de mon enfance ; j’avais donc quatre ou cinq ans quand se produisit une bagarre (eh oui, déjà à cet âge !) entre un autre bambin et moi. Je perdis rapidement le dessus et comme nous étions en plein hiver, que le sol était recouvert d’une petite pellicule de neige de quelques centimètres, j’ai eu droit à mon premier « savon ». A cet âge, je finis par pleurer mais rapidement ma mère me réconforta dans ses bras. Cependant le traumatisme resta présent un petit moment ou… un long moment.

Chapitre 2
Le déménagement

C’est au tout début du printemps que nous nous sommes afférés au déménagement. Il fallait contacter une société spécialisée dans le déménagement longue distance, préparer petit à petit les cartons qui s’empilaient dans le couloir de notre appartement à Paris.

Et j’avais également ce petit problème, celui de la garde de Cannelle pendant le déménagement. Elle fut confiée à ma sœur non sans quelques soucis car elle aussi, avait un chat d’environ un an de moins que Cannelle. Connaissant cette dernière, je savais qu’elle n’aimerait pas beaucoup changer d’atmosphère si brutalement. Et ce fut le cas : Cannelle n’a pas aimé le voyage, sa brutale immersion dans un nouveau foyer, avec la présence d’une concurrente au sein du territoire. Sentant à tort que je l’avais abandonné, Cannelle fut méchante dès son arrivée, une véritable attitude belliqueuse, les yeux rougis par la mauvaise plaisanterie que je lui avais faite. Pourtant, je n’avais pas le choix, lui dit au revoir affectueusement tout en lui promettant de revenir rapidement la chercher le lendemain.

Ainsi, le déménagement se passa sans accroc malgré une température un peu fraîche pour la saison, une fatigue qui se lisait sur nos visages. Visages néanmoins extasiés par de sublimes nouveaux paysages. Les cartons se trouvaient dans toutes les pièces, beaucoup de travail nous attendait encore avant la fin de la soirée. Dehors, le ciel était gris, presque blanc, on entendait les cloches de l’église du village sonner à grande volée.

La nuit fut excellente dans notre nouvelle demeure mais le matin au réveil nous attendait une surprise de taille. Malgré le début du printemps, il avait neigé la nuit, une mince couche de neige d’environ cinq centimètres couvrait l’ensemble de la campagne. On apercevait les oiseaux comme médusés, qui cherchaient leur pitance dans le jardin recouvert de neige.

Nous avions pris notre petit-déjeuner rapidement en ce premier jour de notre nouvelle vie car il fallait bien terminer l’ouverture de tous ces cartons, monter les meubles dans toutes les pièces. Cependant, il fallait aussi penser à faire les courses pour la semaine car nous étions samedi. Dehors, le chemin menant à la maison était recouvert de neige.

Les anciens propriétaires de la maison étaient un couple à l’âge avancé qui y avait vécu presque quarante ans, ils étaient sympathiques, surtout très disponibles et avenants. Ils m’avaient laissé quelques consignes, quelques renseignements bien utiles notamment le numéro de téléphone de nos plus proches voisins afin de leur demander de déblayer le chemin en cas de besoin urgent. Ce qui fut fait avec courtoisie.

Tomoe était un peu énervée, je le sentais, nous étions finalement tous les deux fatigués et excédés. Néanmoins, nous étions d’attaque pour découvrir cette nouvelle vie à la montagne. Je me souviendrai toute ma vie de cet instant quand, sur le chemin, nous rencontrâmes pour la première fois notre voisin sur le pas de sa porte d’entrée, une petite pioche à la main. C’était un homme de quarante ans environ au teint légèrement rosé, un peu dégarni et assez bien portant. Son regard était vif mais ses yeux trahissaient déjà un secret, je fus surpris de la façon dont il me dévisagea, dévisagea Tomoe assise à côté de moi et finalement la voiture que je conduisais, comme si nous venions d’une autre planète. Ce regard me laissa dubitatif, il y avait aussi ce léger sourire narquois, forcé pas vraiment fait pour nous rassurer.

– Bonjour, je m’appelle Jérôme, voici mon épouse Tomoe. Nous sommes les nouveaux voisins, c’est moi qui me suis permis de vous appeler ce matin pour déblayer la neige sur le chemin sur proposition des anciens propriétaires.

– Enchanté ! En tous cas, merci pour votre gentillesse, nous nous reverrons bien assez tôt dis-je d’un ton plein d’entrain.

– Ouais, enchanté aussi reprit-il avec toujours ce petit sourire au coin des lèvres… et nous continuâmes notre route.

La première journée de notre nouvelle vie promettait d’être chargée. Nous devions faire quelques courses pour remplir le réfrigérateur, manger rapidement puis, après concertation avec ma femme, je devais reprendre seul la voiture pour filer direction l’est de la France afin de retrouver Cannelle chez ma sœur. Mon chat fut réellement très heureux de me retrouver, elle miaulait de bonheur. C’est donc avec empressement, ma sœur étant absente, que je pris le chemin du retour.

La première soirée se déroula tranquillement, Tomoe avait bien avancé dans l’ouverture des cartons, le rangement de la vaisselle dans les buffets, des vêtements dans les armoires. Nous passâmes donc cette soirée passablement fatigués sur le canapé à regarder tranquillement le programme à la télévision pendant que Cannelle faisait des va-et-vient dans toutes les pièces de la maison pour découvrir son nouveau logis. Le chat est avant tout territorial avant d’être social ce qui entraine souvent des péripéties en cas de déménagement comme ce fut le cas aujourd’hui. J’avais vraiment promis à Cannelle que ce serait son dernier changement d’habitation.

Notre nouvelle maison se présentait comme un chalet de montagne sauf que les volets n’étaient pas en bois. Curieusement, les anciens propriétaires avaient opté pour des volets roulants électriques sur toutes les fenêtres. Ce qui m’avait attiré au premier abord, c’était le long balcon en bois qui défilait tout le long de la façade orientée plein sud avec deux grandes baies vitrées qui permettaient d’accueillir avec bonheur l’ensoleillement de l’après-midi. Quant à la façade nord, elle s’orientait vers la forêt attenante à notre jardin ce qui voulait dire que nous étions finalement qu’à une vingtaine de mètre de l’orée du bois. Nous avions acheté cette maison car elle nous plaisait à tous les deux ; nous avions un grand jardin, plusieurs petits terrains qui autorisaient la plantation de divers arbustes ou plantes d’ornement. Nous avions un premier terrain devant la maison, un grand jardin légèrement surélevé derrière, un second petit terrain orienté vers l’ouest avec une petite cabane en forme de mini-chalet et enfin un grand terrain agrémenté de quelques arbustes, qui longeait le chemin permettant de rejoindre la route départementale à environ 250 mètres de la maison. Tout cela nous forçait à envisager quelques heures de travail au cours de la belle saison et aussi quelques heures en hiver, pour le déblayage, le nettoyage du chemin attenant à la maison (ce qui avait généré mes inquiétudes la nuit de la fameuse signature du compromis).

La maison de mon voisin immédiat se trouvait à seulement une vingtaine de mètres de la nôtre, séparée par une haie qui faisait environ un mètre cinquante de hauteur. Elle était méticuleusement taillée chaque année. On aurait dit une coupe militaire, ordonnée, impeccable mais qui ne cachait rien de la vue vers la maison du voisin, des deux autres voisins le long de la boucle. Nous avions donc la vue parfaite de tout le voisinage à partir de la fenêtre de notre cuisine. J’avais très rapidement remarqué également que la maison du plus proche voisin était légèrement plus petite mais qu’elle comportait deux autres petites masures situées sur les côtés. Sans doute des cabanes à rangement ou des garages, je ne savais pas vraiment. Mais au moment de fermer les volets, je ne pus m’empêcher de distinguer cette lumière « hypnotisant » qui s’échappait d’une des deux maisonnettes attenantes. C’était comme une lumière qui me fixait, on ne distinguait pas l’abat-jour, ni le contour de la pièce qu’elle éclairait. Je fermai le volet, il était temps pour nous d’aller se coucher car la journée avait été bien remplie.

– Tomoe, as-tu passé une bonne première journée ?

– Que penses-tu de la maison, de l’environnement avec la forêt, c’est bien non ?

– Hai, répondit Tomoe en japonais, ce qui veut simplement dire oui.

– Je suis contente, j’aime vraiment la maison, surtout le jardin. Je crois qu’il y a moyen de faire un beau travail, avec des fleurs et des plantes.

J’enchainais rapidement pour lui demander ce qu’elle pensait de notre première rencontre avec le voisin.

– Il a l’air sympa, il a déblayé la neige ce matin donc il est sans doute serviable.

– Oui, tu as raison lui répondis-je avec une voix presque éteinte qui signifiait que la journée avait été éreintante, que le sommeil n’allait pas tarder à m’emporter.

Le lendemain matin fut notre première matinée d’acclimatation, la neige de la veille avait disparu et le soleil pointait le bout de son nez à travers la fenêtre de notre cuisine. Quand j’ouvris les volets, je ne pus m’empêcher de stationner devant la fenêtre et de regarder, presque par automatisme, la petite masure d’où pointait cette fameuse lumière « hypnotisant » de la veille au soir. Bien entendu, à neuf heures du matin, elle n’était plus allumée.

Nous terminions notre petit-déjeuner sereinement quand la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Notre porte d’entrée était en fait composée de deux portes l’une derrière l’autre sans doute pour se protéger du froid ce qui n’était pas une sinécure dans cette région montagneuse. Le travail me prit quelques minutes le temps de trouver les bonnes clés pour les bonnes portes. La porte d’entrée laissait généreusement passer le soleil le matin, on distinguait vaguement le vert du jardin et les contours de la maison du voisin mais la première porte plus opaque ne laissait pas entrevoir le visage de la personne qui se présentait. Quand j’ouvris donc la deuxième porte, je me retrouvais nez à nez avec une personne de sexe féminin, évidemment inconnue pour nous, d’environ soixante-dix ans, relativement bien fardée, un peu maigre à mon goût. Je ne sais pas pourquoi mais on aurait dit le visage d’une sorcière, celle qui jouait le rôle de la méchante dans la bande dessinée « Blanche-neige », celle qui donna la pomme empoisonnée avec son nez crochu, un gros bouton que l’on nomme aussi « poireau » surmonté de ce poil affreux au coin de la lèvre. Ses cheveux étaient grisonnants mais on devinait une teinture ancienne, les lèvres étaient charnues, bien dessinées avec un bon rouge à lèvre attrayant. Le maquillage n’était pas vraiment discret pour une femme de cet âge néanmoins, on pouvait deviner un accès de coquetterie somme toute sympathique.

La femme qui se tenait devant la porte de notre maison était habillée simplement comme devait l’être un habitant de campagne. J’avais aussi remarqué ses jambes fines, très fines qui portaient des collants d’une couleur beige clair. Au bout de ces jambes fines, quand machinalement j’eus baissé les yeux, je ne pus m’empêcher de remarquer ses godilles dont celle du pied droit, était différente de celle du pied gauche : elle avait un pied-bot et tenait donc à la main droite, une canne pour l’aider à marcher.

– Bonjour Monsieur, je me présente : je suis Bernadette Rubarbe et je suis votre voisine du fond, la première maison sans volet. Elle poursuivit rapidement :

– Je tenais à me présenter à mes nouveaux voisins, à faire connaissance avec vous débita-t-elle dans un ton monocorde mais enjoué. Elle parlait avec un rythme saccadé, vraiment très rapide et je n’avais pas distingué toute la phrase, notamment son nom de famille.

Tomoe qui se trouvait encore dans la cuisine, parvint jusqu’à l’entrée et c’est ensemble que nous nous présentâmes à notre tour.

– Nous sommes Jérôme et Tomoe, enchanté ! Mon épouse est japonaise, on est arrivé avant-hier dans votre belle région. Il faut dire que nous adorons la montagne, le cadre est magnifique avec toute cette nature, n’est-ce-pas ?

Puis je m’empressais de rajouter :

– Madame, excusez-moi mais je n’ai pas bien compris votre nom ?

– Rubarbe, Bernadette Rubarbe comme la rhubarbe sans le h insista-t-elle avec un grand sourire

– Voulez-vous une tasse de thé ou un café lui demanda Tomoe dans la foulée

– Non, merci, je dois vous laisser. Je voulais simplement connaitre mes nouveaux voisins, on se reverra bien assez tôt. Alors, bonne journée !

Tout cela dans un enchainement spectaculaire qui nous laissa pontois tous les deux.

La maison de Madame Rubarbe était la dernière maison avant la route départementale qui menait au village. Elle était effectivement plus petite que la nôtre et bizarrement, elle n’avait pas de volet. On devinait aisément le caractère campagnard de la dame qui l’habitait, car les fleurs commençaient lentement à pointer le bout de leur nez sur le balcon. Il y avait un beau jardin d’ornement, un grand potager. Sur le côté sud, on apercevait une serre assez petite mais de bonne facture et devant la maison, un banc en bois sculpté de couleur clair.

Madame Rubarbe était aussi une amie des chats, elle nous révéla plus tard qu’elle en avait déjà élevé dix-huit depuis sa jeunesse puis son mariage. Le dernier était malheureusement mort écrasé sur la route et depuis, elle hésitait à en reprendre un autre, vu son grand âge. Elle finit par adopter une femelle aux couleurs roux et blanc qui s’appelait Nana.

Je me suis dit qu’on allait s’entendre à merveille car nous avions déjà en commun, l’amour des chats. Je me tournais vers Cannelle en disant cela, celle-ci était affalée sur son fauteuil habituel occupée à faire sa toilette quotidienne.

Chapitre 3
Cannelle, mon chat, mon bonheur

L’histoire que j’entretiens avec Cannelle depuis douze ans mérite qu’on s’y attarde un peu. C’était à l’époque de mon internat et je devais dans ce cadre, effectuer une partie de cet internat dans un hôpital de l’est de la France, plus précisément dans un service de psychiatrie. Quand on parle de psychiatrie, ce sont plutôt des personnes en souffrance psychologique : on rencontrait des dépressifs, des personnes en rupture familiale ou sentimentale, des gens victimes de « burn-out » professionnel, quelques maniaco-dépressifs aussi. Pas de cas de schizophrénie, ni de psychoses dans ce service. C’était un travail qui me plaisait sous gouverne du docteur Mamelon, le chef de service, un psychiatre assez vieille méthode mais très respecté par ses patients. Il faut bien reconnaitre que la plupart des malades n’avaient réellement pas d’autres choix que d’adhérer aux traitements et aux belles paroles de ce docteur.

Le matin était consacré à la visite mais pas tous les jours car il y avait plusieurs secteurs, trois exactement répartis de la façon suivante : le premier secteur lundi, le second mardi et le dernier jeudi. Le mercredi et le vendredi était consacré aux groupes de paroles ce qui permettait aux patients de verbaliser leurs angoisses, leurs problèmes face aux infirmiers, psychologues et thérapeutes.

Il m’arrivait au cours de mon internat d’assister à ces séances de psychothérapie par la parole, il s’avère qu’elles étaient parfois assez… comment dire… surprenantes.

Le service était somme toute assez grand, il comprenait une trentaine de chambres dont quelques chambres à deux lits. Il était divisé en deux couloirs perpendiculaires qui se reliaient au niveau de l’accueil, du bureau des soignants. Face au bureau se trouvait bien en évidence, une petite salle de repos et de convivialité pour les patients. Ils pouvaient ainsi se rencontrer, bavarder de leurs difficultés tout en buvant un café ou une infusion, ce qui était souvent le cas le soir après le dîner.

La formation de futur médecin offre parfois l’opportunité de rencontres permettant le dialogue social comme c’était le cas dans les services de psychiatrie. Dans cet hôpital, le service était toujours plein car les problèmes de surmenage professionnel, de stress, de conflits familiaux, sociaux ou simplement de troubles existentiels étaient monnaie courante. Je prenais en charge un panel de patients névrosés dont la plupart avaient subis des chocs assez graves : il y avait parmi eux si je me souviens bien et c’est impossible de ne pas se souvenir, cette femme quadragénaire au joli minois, parfaitement maquillée, toujours élégante mais assez distante avec les autres. Elle avait sombré dans la dépression à la suite du meurtre de son amant surpris dans son propre lit par le mari, un soir de printemps. Complètement disjoncté, celui-ci, militaire de carrière, avait décapité l’indélicat avec une hache trouvée dans la remise. Sa femme infidèle et complètement nue, surprise lors de ces ébats, avait reçu une giclée de sang sur le visage, sans parler du corps décapité et encore plein de soubresauts de son amant, qui s’affalait sur elle. Ce choc l’avait plongé dans une longue prostration puis dans une dépression chronique. C’est donc régulièrement qu’elle faisait des séjours en psychiatrie pour réadapter son traitement. Ce dernier séjour correspondait à la date du procès de son ex-mari. Cette jolie femme ne supportait plus la couleur du sang, il était devenu impossible de la confronter avec la moindre parcelle de couleur rouge dans le service. Elle avait toujours un regard vide, ne liait pas facilement contact avec les autres malades, son cercle était restreint. Marina était pourtant une jeune fille de bonne famille. Son père était architecte à la retraite depuis peu, sa mère gérait une petite boutique de maroquinerie. Elle était fille unique et avait eu une enfance heureuse dans cette petite bourgade située dans le ventre mou de l’hexagone. Timide pendant sa scolarisation, son visage, sa silhouette gracieuse ne manquait pas d’attirer le regard des garçons du lycée qu’elle fréquentait. Il lui arrivait de sortir avec des garçons toujours avec le consentement de ses parents, souvent en tant qu’amis. La famille étant catholique pratiquante, le père et la mère fréquentaient assidûment la paroisse du père Launois, le curé du village. Pourtant malgré ce cercle restreint et austère, Marina montrait des signes de dévergondage évidents comme le jour où une copine du lycée l’a surprenait en compagnie de Thibault, un agriculteur du coin déjà connu pour ses marivaudages avec les filles, lors des nombreux bals de la saison estivale. Tous les deux faisaient leur affaire dans la grange, cette fois sans l’accord des parents ! Cela resta néanmoins une affaire secrète. La bourgade de huit-cent âmes étant située dans une région tranquille, partiellement sauvage mais, l’état avait investi dans un terrain de trente hectares pour y incorporer un escadron de l’armée de terre appartenant au génie. L’unité comptait une soixantaine d’hommes qui investissaient énormément dans le village, fréquentant les deux cafés, les petits commerces alentours. C’était une manne financière intéressante pour le maire et ses administrés. Le père de Marina faisait partie du conseil d’administration et de ce fait, rendait souvent visite au commandant de l’unité pour mettre au point les différentes logistiques à venir. C’est ainsi qu’un jour, Marina toujours lycéenne, accompagna son père et fit la connaissance de son futur époux, un adjudant de vingt-deux ans. L’affaire se passa sans dommages, le mariage fut célébré dans le village un beau jour de juin, sous le soleil.

Le militaire de carrière avait pourtant ses obligations et quatre ans plus tard alors que Marina terminait ses études, une entrevue avec le commandant lui stipulait sa mutation dans une compagnie de l’est de la France. Le déménagement fut très rapide, les adieux furent aussi brefs que cérémonieux. La jeune mariée trouva rapidement un travail dans une agence de travail temporaire, comme secrétaire de direction puis fut embauchée définitivement dans cette société de négoce de produits sidérurgiques. Puis le temps passa tranquillement, vertueusement jusqu’au jour où le mari militaire fut envoyé en mission dans un pays d’Afrique orientale afin de sécuriser les infrastructures légèrement chancelantes de ce pays, habitué aux guerres ethniques sans fin… Pendant ce temps, l’hirondelle s’ennuyait un peu, elle finit par faire connaissance d’un jeune homme bien sous tous rapports avec qui elle eut rapidement une relation extra-conjugale. A son retour de mission, le mari « cocu » ne s’aperçut bien évidemment de rien sauf qu’il était aussi un très bon informaticien. Le « pot aux roses » fut vite dévoilé ce qui amena le militaire à faire jouer ses relations dans le domaine de la filature. Mais ce dont personne ne pouvait se douter et osait imaginer, c’est la force avec laquelle la jalousie s’était immiscée dans son esprit de mari trompé. Une jalousie féroce, amplifiée par une paranoïa latente alors que l’ingénue poursuivait son amour inconsidéré. Finalement, un beau soir de printemps, cet homme bafoué, trompé passa malheureusement à l’acte mais il n’avait pas touché un seul cheveu de Marina…

Dans ce service de psychiatrie réservé aux différents cas de névroses post-traumatiques, de dépressions majeures, je me souviens très bien de Frédéric, un homosexuel qui ne s’affirmait pas du tout. Il avait les yeux légèrement maquillés avec des cils complètement absents. En dépression chronique pour ce trouble de la personnalité, il participait à chaque séance de parole, il avait souvent un style prolixe. C’était un grand orateur qui avait déjà touché à la drogue, sans doute à la prostitution bien qu’il niait totalement cette dernière. Monopolisant la parole, on devinait néanmoins son malaise, il était parfois verbalement agressif avec certains patients, cachant une jalousie latente, toujours prête à s’extérioriser avec des mots indélicats. Pourtant, il était calme grâce à son traitement. Il faut dire que tous les patients recevaient régulièrement leurs doses d’antidépresseurs, anxiolytiques et autres benzodiazépines sensés rendre plates leurs velléités agressives, leurs angoisses délétères.

Le chef de service finit par le renvoyer à la maison car on le soupçonnait d’avoir débuté un trafic de médicaments psychotropes dans le service ce qui n’était évidemment pas une bonne chose pour les patients déjà « assommés » par leur traitement respectif. Heureusement pour lui, il finit par faire son « mea culpa » sur cette vente illégale de médicaments stupéfiants et le chef de service le réadmit prudemment dans le service. J’étais bien évidemment chargé de le contrôler pendant sa prise en charge. Il faut dire que son enfance n’avait pas vraiment été heureuse : un père ivrogne, une mère dépassée par les évènements et deux jeunes sœurs qui avaient quitté le domicile des parents depuis plusieurs années déjà. On ne sait pas réellement comment il a basculé dans l’homosexualité, ni la prostitution, mais son caractère fragile et influençable ne faisait aucun doute. Il avait ce côté féminin, ce genre pervers qui le rendait sans doute plus méchant qu’il ne l’était vraiment. Toujours sur la défensive, face notamment aux autres patients du genre masculin, il entretenait néanmoins de bons rapports avec quelques jeunes femmes du service. Il était toujours prêt à aider les soignants dans leur travail quotidien et n’hésitait pas, lors des séances de paroles, à donner son avis sur la question même si celle-ci pouvait gêner les autres patients. A tel point qu’un jour se...