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Le Naufrage

De
294 pages

« CHAMPAGNE ! ROBERT ! arrivez donc, paresseux, disait le comte d’Estaing tout en colère, jetant les rênes de son cheval à ses palefreniers, et montant précipitamment le grand escalier du château, en se couvrant la figure de son mouchoir.

« Qu’a monseigneur aujourd’hui, dit Robert ? il semble être de bien mauvaise humeur.

— Je suppose qu’il a encore eu une affaire avec Philippe de Merville : n’as-tu pas vu du sang sur son mouchoir ?

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....et prenant avec ses dents le bout de son habit, il essaya de l’entraîner dans la caverne. Page 117.
Pierre Blanchard
Le Naufrage
ou L'Ile déserte - Suivie d'Arthur Daucourt, ou Un voyage en Norwége
PROPRIÉTÉ.
AVANT-PROPOS
* * *
L’HISTOIRE, qui fait le fond de ce récit, est véritable ; elle présente un exemple bien frappant du danger de s’abandonner à son humeur, de ne pas maîtriser la fougue de son caractère et de laisser germer en soi des senti ments de haine. Nous la donnons au public, parce que nous croyons qu’elle fera naît re quelques réflexions utiles, et qu’elle fixera l’attention du lecteur, sur un point essentiel à la paix et au bonheur des hommes. Le secret pour éviter un grand nombre des maux qui affligent la société, est bien facile à trouver : il consiste à exercer une vigila nce habituelle sur les dispositions de son âme, à ne pas se laisser dominer par son nature l, ni entraîner par un premier mouvement souvent trop vif, par une première émotio n souvent passionnée. Si l’on veillait ainsi sur soi-même, que l’on s’épa rgnerait de fautes et de regrets ! que l’on découvrirait clairement la source de ces quere lles qui exaspèrent tant de cœurs faits pour s’entr’aimer ; de ces animosités cruelle s qui, tant de fois, succèdent aux affections de l’amitié ; de ces divisions sacrilège s, qui arment les frères contre les frères. L’origine de tant de malheurs est presque toujours de la plus petite importance. Une contrariété, une humiliation, une vexation légère e xcitent des préventions ; l’amour-propre les justifie ; la passion les alimente ; le dépit les envenime ; et bientôt elles font place, ou plutôt elles donnent naissance à l’aversi on, à l’inimitié, et trop souvent à d’implacables haines. Oh ! si celui qui a un ennemi, si celui qui, en pen sant à un de ses semblables, dit en lui-même,je le hais,cérité l’abîme devoulait réfléchir sérieusement, et sonder avec sin son cœur ; s’il calmait, pour un moment, le tumulte des passions mauvaises qui l’agitent ; et, rétablissant la paix dans son âme, s’il considérait, de sang-froid, la cause, l’origine, les progrès de sa haine, combien il roug irait de sa faiblesse et de son injustice ; combien il éprouverait de honte et de remords d’avoir, pour une parole, pour un dédain, pour une offense, foulé aux pieds ses de voirs d’homme, et effacé de son front le sublime caractère de fraternité chrétienne , que la Religion y avait imprimé ! « Nous ne haïssons pas, s’écrient une foule de pers onnes, effrayées d’aussi terribles conséquences, nous ne haïssons pas ; mais comment vivre en paix avec des humeurs bizarres et difficiles, avec des esprits ch agrins et tracassiers, qui n’ont ni égards, ni délicatesse, ni sentiments des moindres convenances, et dont l’occupation de tous les jours semble être de tourmenter ceux av ec lesquels ils ont des rapports. Nous ne les haïssons pas ; mais nous ne pouvons les aimer. » Quels sont ces êtres que vous ne pouvez aimer ? Son t-ils d’une autre nature que vous, et pouvez-vous vous en éloigner, comme on fui t des animaux dangereux et malfaisants ? Non ; à vous, c’est un parent avec qu i vous devez avoir souvent des relations, que de continuelles altercations rendent , tous les jours, de plus en plus pénibles ; c’est un homme que vous appeliez votre a mi, et contre lequel vous avez insensiblement laissé votre cœur s’aigrir ; à vous, c’est un frère, dont vous interprétez chaque parole, chaque démarche, chaque action, d’un e manière défavorable et odieuse ; c’est un supérieur, dont la domination vo us paraît rude et fâcheuse, et aux ordres duquel vous ne vous pliez qu’avec contrainte et mauvaise grâce ; à vous enfin, c’est une épouse, c’est un époux !... Votre union b énie par le Ciel, cimentée par vos
serments, vous promettait des jours sereins et une inaltérable félicité. Comment tant de promesses, tant d’espérances de bonheur, se sont -elles évanouies comme un songe ? Comment cet intérieur de famille qui, d’abo rd, avait pour vous tant de charmes, où, dans les premiers temps, régnaient la paix, la douceur, l’aimable prévenance, est-il devenu tout à coup triste, sombre, fâcheux et insupportable ? Vous croyez n’avoir aucun tort à vous reprocher, et vous occupez incessamment votre esprit de ceux que vous attribuez aux autres. Soyez donc impartial envers vous-même, et jugez-vous. Avez-vous toujours arrêté sur vos lèvres une parole amère, prête à s’en élancer ? N’avez-vous pas fait une rép lique trop vive, trop sèche, trop dure, dans un moment d’irritation et d’humeur ? N’a vez-vous pas été injuste, en attribuant aux autres des intentions mauvaises ? N’ avez-vous pas contribué vous-même, par des manières peu aimables, par un défaut de procédés, par un oubli d’égards, à aigrir leur caractère, à les indisposer contre vous, et à les faire juger défavorablement de votre cœur ? Oh ! s’il était donné de pénétrer dans le secret de s familles, de voir les causes des cruelles discordes qui les désolent, qui les ravage nt, qui, quelquefois même les ensanglantent, combien on se convaincrait que, pres que toutes n’ont pris naissance que par de simples défauts de naturel et d’humeur. Dans l’histoire que nous allons raconter, un seul m ouvement d’impatience produit les suites les plus funestes, et occasionne les plu s grands malheurs. Sans doute, les circonstances de notre récit ne se présentent pas o rdinairement, et ont un caractère qui leur est particulier ; mais les tristes effets de l’emportement et de la mauvaise humeur n’en sont pas moins réels, dans les diverses situations de la vie, et n’en produisent pas moins des maux incalculables. Si nous voulions réfléchir et raisonner de bonne fo i, nous conviendrions facilement que s’il ne s’agissait de vivre qu’avec des hommes pleins d’aménité, de politesse, de bonté, avec des hommes ornés de toutes les vertus c hrétiennes et sociales, nous n’aurions aucun effort à faire sur nous-mêmes, pour conserver la paix. Mais alors, il faudrait effacer du nombre des vertus, la patience, la condescendance, le support mutuel ; car on ne peut se dissimuler que la patien ce n’est véritable, qu’autant qu’on a quelque chose à souffrir, qu’on a des contradiction s à essuyer ou des sacrifices à faire. Il est encore un point essentiel, et qu’il est bien important de ne pas perdre de vue ; c’est de ne jamais attacher d’importance aux expres sions, aux reproches, aux paroles outrageantes ou injurieuses, qui échappent dans la fougue de l’emportement. La colère est une espèce d’ivresse, et celui qui en es t possédé, n’est pas plus le maître de sa langue, qu’un insensé, dans un accès de délire. Gardons-nous bien d’accroître l’incendie, en y jeta nt des paroles dures et amères : gardons-nous bien de relever, avec aigreur et opini âtreté, des expressions dont celui qui les profère, rougira lui-même après l’emporteme nt. Ne nous raidissons pas plus contre l’homme violent et colère, que ne le fait l’oiseau contre une impétueuse tempête, et que ses outrages ne laissent pas plus de traces dans notre esprit et dans notre cœur, que le vaisse au rapide n’en laisse sur le flot qu’il a fendu.
LE NAUFRAGE, OU L’ILE DÉSERTE
« CHAMPAGNE ! ROBERT ! arrivez donc, paresseux, dis ait le comte d’Estaing tout en colère, jetant les rênes de son cheval à ses pal efreniers, et montant précipitamment le grand escalier du château, en se couvrant la figure de son mouchoir. « Qu’a monseigneur aujourd’hui, dit Robert ? il sem ble être de bien mauvaise humeur.  — Je suppose qu’il a encore eu une affaire avec Ph ilippe de Merville : n’as-tu pas vu du sang sur son mouchoir ? répondit l’autre. — Ce Philippe est un vilain maraud, reprit Robert ; mais avant peu il se verra châtié d’une belle manière. Le comte ne manquera pas sans doute de se venger ; car on ne lui fait jamais d’offense, qu’il ne la rende vingt fois plus forte.  — Ils ne se rencontrent jamais sans se battre, dit l’autre palfrenier ; le comte s’est tellement accoutumé sur mer, à commander à des homm es qui ont deux fois son âge, que c’est le maître le plus impérieux que j’aie jam ais servi. J’admire qui peut supporter tous ses caprices. Si mon jeune maître, son frère a îné, était à moitié aussi prompt de la main et aussi délié de la langne, je quitterais dès demain son service : ce qui me console, heureusement, c’est qu’il ne sera pas long temps avec nous. » En parlant ainsi, le bon homme emmena le cheval. Le fait est que le comte d’Estaing avait surpris Philippe Merville traversan t son parc, comme il avait coutume de le faire, et il avait entrepris de l’en expulser par force, mais tout le mal en était retombé sur lui. Le comte, quoique jeune et courage ux, fut renversé de cheval par le robuste paysan, et en tombant, se meurtrit tout le visage. Philippe ne s’en alla pas sans porter quelques marques de la vengeance de son ennemi ; mais il est certain au moins qu’il demeura vainqueur. Le comte fut heureux de remonter à cheval et de se retirer au plus vite, mortifié et dé très-mauvaise humeur. Rentré dans son appartement, il lava le sang qui co uvrait sa figure, et se composa le mieux qu’il put ; il descendit ensuite dans la s alle à dîner où sa famille était réunie. Sa mère s’informa d’abord d’où provenaient les meur trissures de son visage ; mais il fit une réponse évasive, et dit qu’il avait fait un e chute dans le parc. On n’en parla pas davantage, si ce n’est qu’on se moqua un peu de la maladresse des marins à monter à cheval, maladresse qui était passée en proverbe. Au dessert, le marquis son père lui donna une lettr e. « Elle est de ton oncle, dit-il, le baron Henry ; vois quelle suprise il t’a préparée ! Il te gâte, mon fils ! Je pense que tu ne serais pas si pétulant et si impérieux, si sa te ndre affection pour toi n’allait au-devant des désirs de ton cœur fantasque. » Le comte était si pressé de lire la lettre de son c her oncle, qu’il entendit à peine ce reproche qui, quelque doux qu’il fût, aurait dans t out autre temps coloré son front du rouge de la colère. Le capitaine Henry, baron d’Ermincourt, avait écrit à son beau-frère qu’il ferait voile de Brest, en moins d’un mois, sur l’Achille,vaisseau de guerre de cent canons, et qu’il espérait que son brave neveu, le comte Charles d’Es taing, voudrait bien l’accompagner encore à la victoire. « Je brûle de p artir, disait-il ; et sans doute mon cher neveu est aussi impatient que moi. Cependant, pour que le temps lui paraisse plus court d’ici-là, je lui envoie une petite galère d’agrément, aussi complète qu’il a été possible de me la procurer. Il peut s’amuser à la m anœuvrer sur votre pièce d’eau, non pas que j’approuve la navigation d’eau douce, m ais, pour un marin, cela vaut mieux encore que de courir avec des chevaux et des chiens, après de timides