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Le petit Nicolas a bien grandi ! Pastiche

De
96 pages

La vie politique ressemble à s'y méprendre à une cour de récré !

La suite d'une collection à succès : Le Petit Nicolas, Ségolène et les copains, Le petit Nicolas à l'Elysée.

Un pastiche très réussi du Petit Nicolas avec une écriture à la Goscinny et un dessin à la Sempé.


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Le Petit Nicolas a bien grandi !

 

Le Petit Nicolas a bien grandi !


« À la mémoire d’Henri Amouroux »

Des mêmes auteurs, avec les dessins d’Alberti :
Le Petit Nicolas, Ségolène et les copains, 2007, éditions du Rocher
Le Petit Nicolas à l’élysée, 2007, éditions du Rocher
Nicolas a de petits soucis, 2008, Pascal Galodé éditeur
Le petit monde de Nicolas, 2008, Pascal Galodé éditeur

Sous les pseudonymes Musard et Wolfoni :
Chirac s’emmerde, 2009, Pascal Galodé éditeur
Chirac revient, 2009, Pascal Galodé éditeur
Rachida m’a dit, 2010, Mango Brothers
N+1, Survivre en entreprise en 10 leçons, 2011, Mango Brothers

Sous les pseudonymes Naudin et Delafoy :
L’Inculture par les Nuls, 2010, Mango Brothers

Sous les pseudonyme d’Esope et Pilhan, avec des dessins d’Alberti :
Le renard, la belette et vingt autres fables inédites de Jean de la Fontaine, illustrées par Benjamin Radier, 2008, éditions du Rocher

Sous les pseudonymes Solf & Rhino, avec des dessins d’Alberti :
La petite Martine a triché, 2009, Pascal Galodé éditeur

Avant-propos

 

Ils ont grandi depuis le temps des culottes courtes ; pour ne pas grossir, ils ne mangent plus de Chocos BN, non plus que de gaufres au sucre glace ou de caramels mous. Ils ne font plus équipe avec personne, ils n’ont plus le temps de s’amuser dans la cour, ils ne se déguisent plus qu’en députés, en ministres, en candidats. Pourtant, ils attendent leur carnet comme avant. Ils vivent dans l’angoisse de la mauvaise note : un A de moins, et ils sont prêts à tricher pour rester une année encore dans leur classe. Comme autrefois avec des talkies-walkies de fortune, ils s’espionnent, se tendent des embuscades, se font des crocs-en-jambe.

La politique n’est pas un jeu d’enfant, confient-ils après de longues journées de travail, de réunions, de rendez-vous. Elle est trop sombre, triste, décevante, violente même. Qu’ils se rassurent : malgré les crises, les insultes et les polémiques, il nous arrive de regarder Nicolas, François, Eva, Jean-Luc, Marine ou Dominique comme des enfants qui se chamaillent. Comme les choses seraient plus simples s’ils étaient encore dans la cour de l’école, les manches retroussées, un ballon sous le bras. Pour eux, mais pour nous aussi qui les subissons chaque jour. Nous leur avons rendu leur innocence le temps d’un pastiche, pour qu’ils s’ébattent comme des petits personnages de Sempé, comme des gamins de Goscinny. Treize chapitres avant que la maîtresse ne sonne la fin de la récréation.

Gospé & Sempinny

François a trop maigri

Quand il est arrivé dans la cour après les vacances, nous, on n’en a pas cru nos yeux. D’abord, on l’a pas reconnu. On avait l’impression que son chandail était trop grand pour lui, que son pantalon allait tomber, et qu’il flottait dans le col de sa chemise comme quand le boucher prend dans sa main la tête du poulet avant de lui couper le cou. Il n’avait plus ses grosses joues ni sa tête en forme de poire : il était tout pâle et tout gris, chiffonné, avec des nouvelles lunettes qui lui donnaient l’air d’un grand.

On s’est demandé s’il avait eu une grave maladie, comme la grippe du cochon ou la myxomatose, comme les Chinois qu’on avait vus à la télé, même qu’ils avaient attrapé le virus en mangeant trop de riz.

On s’est dit que c’était pas de chance, parce que ce n’est pas drôle d’être malade pendant les vacances : on ne peut pas manquer l’école et faire des décalcomanies dans son lit avec sa grand-mère pendant que les autres travaillent, même que maman dit toujours qu’il faudrait qu’un camarade vous passe ses cahiers pour rattraper les leçons de choses, sinon on ne saura jamais où se trouve la vésicule biliaire ni comment calculer le carré de l’hypoténuse, et après, ça ne sera pas facile de faire un bon début dans la vie. François, avant, il ressemblait à Raffarin. Nous, on l’appelait Roudoudou. Il avait toujours une tartine à la main, une gaufre, un BN. On voyait sa chemise qui sortait de son pantalon, et quand il courait pour jouer au ballon, on aurait dit un Culbuto. Là, c’était comme s’il était passé dans une essoreuse, et qu’on lui avait repassé les joues.
Au début, on n’osait pas trop aller lui parler, parce qu’on avait peur d’attraper ses microbes et de devenir tout maigre comme lui. De toute façon, la maîtresse nous avait appris que quand quelqu’un est malade, il ne faut pas trop lui parler de sa maladie parce que ça la lui rappelle, et forcément, ça le rend triste. « Peut-être qu’il a été privé de dessert pendant toutes les vacances, a dit Xavier en mâchant son pain au chocolat. Il paraît que ses parents sont très sévères et qu’ils donnent des punitions terribles.

– Il a dû attraper le ver solitaire, a dit Nathalie. C’est un ver de terre qui s’installe dans ton ventre quand les saucisses sont mal cuites. Il mange tout à ta place et même si tu ne manges que des frites, c’est lui qui grossit. »
Elle avait l’air de s’y connaître, et on s’est dit que peut-être, elle en avait un chez elle, parce qu’elle aussi, elle était très maigre. Nous, en tout cas, ça nous a fait un peu peur et on a tous reculé d’un pas, parce que les vers, quand ça grossit, il paraît que ça devient des boas ou des serpents à sonnette, et il y en a même un, dans un livre que nous a montré la maîtresse, qui avait mangé un éléphant et qui avait l’air du chapeau de mon oncle Anatole tellement il avait grossi.
« Dans son état, il serait mieux à l’hôpital, a dit Martine en faisant une grimace. Ça serait tout de même plus sûr et plus hygiénique.

– On va lui mettre des pansements partout ? a demandé Jean-François. C’est pas ça qui va le faire grossir.
– Je lui apporterai des coloriages, l’a interrompu Ségolène. On pourra peut-être jouer au docteur. »
Marine n’avait pas l’air contente. Elle a dit qu’elle, si elle était malade, personne ne viendrait la voir, mais que, de toute manière, dans sa famille, personne n’était jamais malade parce que chez son grand-père, le sol de la maison était en terre battue, et que l’air était vivifiant et qu’on faisait du vélo sous la pluie.
« Fanfaronne ! » a dit Arnaud.
Arnaud, il est bizarre. Ça ne fait pas longtemps qu’il est dans notre école et c’est le plus jeune de la classe, mais quand il parle, on a toujours l’impression que c’est comme dans le cours d’histoire, quand la maîtresse nous raconte un mot historique, que Clovis casse le vase de son ami Soissons, que Mirabeau entre par la volonté du peuple ou qu’il sort par la fenêtre.
Comme on restait en arc de cercle à regarder François de loin, à cause de la contagion et de son ver de terre, Arnaud s’est approché de lui et il a fait un grand geste du bras :
« Entre ici, mon François ! il a dit d’une voix grave, même qu’on avait la chair de poule parce qu’on se rendait compte que c’était un moment important, qui resterait dans nos mémoires comme le jour où le sous-préfet avait visité l’école et qu’il avait tapoté la joue de Nicolas, même qu’on avait eu le droit de prendre deux parts de clafoutis à la cantine.
Jean-Luc était resté dans son coin. Il nous tournait le dos et il disait qu’il y avait des gens beaucoup plus maigres et plus malades parce qu’ils n’avaient rien à manger, mais qu’on n’en parlait pas parce que les pauvres, tout le monde s’en fiche.
François, il n’avait pas l’air de comprendre pourquoi tout le monde le regardait comme ça.
Il nous a fait un petit geste de la main pour nous dire bonjour.
« Ben toi, tu as maigri, lui a dit Raffarin avec un air un peu triste. Tu as été malade ? »

François a baissé les yeux avec un drôle de sourire. Alors, il nous a expliqué que pas du tout, mais que son papa avait lu un article et que l’obésité faisait des ravages chez les enfants en Amérique à cause des sandouiches qu’ils mangent toute la journée en regardant Rintintin et Rusty et en buvant de la limonade et du Pschitt, et que ça ne pouvait pas continuer comme ça parce sinon, on finirait tous par attraper une maladie qui s’appelle le cholestérol, même qu’après on ne peut plus manger que des poireaux et des endives bouillies ; mais que lui, heureusement, on lui avait fait faire un régime où on mangeait toute la journée du steak haché et du jambon avec des œufs durs, même que son papa et sa maman l’avaient fait aussi, et ils prenaient du saumon à tous les repas, et de l’omelette et des yaourts sans sucre, et que c’était très amusant parce qu’on se pèse tout le temps et on perd des kilos tous les jours, rien qu’en reprenant des saucisses.

« Mon père prend des œufs de saumon tous les matins au petit-déjeuner, a dit Laurent, ça ne l’a jamais fait maigrir.

– Ils ne sont bons que s’ils viennent de la Baltique, a dit Nathalie.
– Le mien, il mange du pâté, et du saucisson et plein de sandouiches tous les jours à midi, a dit Xavier. Il dit qu’avec un ballon de rouge, ça vaut tous les régimes ! »
François, il ne les écoutait plus. Il avait sorti ses cahiers de son cartable pour repasser ses leçons avant la classe, et ça nous a surpris parce que d’habitude, il n’y a qu’Alain qui fait ça, alors que François, c’est lui qui raconte des histoires, qui imite les copains et qui fait le plus de blagues, même que pour Noël, il a eu un livre rouge où il y en a des tas comme Monsieur et madame ont un fils, ou des histoires de Belges et d’Américains qui prennent l’avion ensemble avec un seul parachute. Avant, il nous en disait une tous les jours, surtout celle où la petite souris avait été malade.
Quand Nicolas est passé derrière lui pour lui faire les oreilles d’âne, ça n’a pas eu l’air de le faire rire, et il n’a même pas essayé de lui faire un croche-patte. Quand Ségolène a proposé de jouer à Grand-mère que veux-tu, il a haussé les épaules pour aller s’asseoir sur les marches du perron qui donne dans le bureau de M. le directeur et lire son livre de géographie. Quand la cloche a sonné, il s’est tout de suite mis en rang et il a été le premier à aller s’asseoir à sa place pendant qu’on jouait à Tarzan et Jane dans le couloir en s’accrochant aux tabliers accrochés au portemanteau. Dans la classe, quand Dominique a lancé une boulette de papier sur Nicolas et qu’elle est arrivée dans l’œil de Rachida, même qu’elle a crié très fort et que la maîtresse s’est fâchée tout rouge, il n’a même pas tourné la tête. Quand la maîtresse nous a parlé d’un lac qui était au Pérou et qui s’appelait Pipicaca, et qu’on a rigolé en se cachant derrière nos pupitres, même qu’elle s’est demandée quand est-ce qu’on allait un peu mûrir parce que c’était lamentable qu’on en soit encore là, il nous a regardés d’un air sévère comme s’il avait honte d’être avec nous.
Après, il a levé le doigt à toutes les questions. Il répondait plus vite qu’Alain, c’était terrible, et il savait par cœur les animaux malades de la peste, la hauteur du mont Gerbier de Jonc et les affluents de la Garonne.