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Le Petit Roman d'une grande histoire - Ou Vingt ans d'une plume

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54 pages

OUF, je n’en puis plus ! J’ai depuis une vingtaine d’années tant écrit de vive-ci et de vive-ça, de vive celui-là et de vive celui-ci, qu’aujourd’hui il me reste à peine assez de force pour écrire vive tout le monde ! Je veux cependant l’écrire, et le récrire encore, afin de jouir à ma manière de la paix générale. Ainsi, vive tout le monde !

Vous me demandez l’histoire de ma vie : c’est un peu indiscret ; mais vous êtes femme, et je vous le pardonne.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Guillaume Lallement

Le Petit Roman d'une grande histoire

Ou Vingt ans d'une plume

LE PETIT ROMAN D’UNE GRANDE HISTOIRE, OU VINGT ANS D’UNE PLUME

OUF, je n’en puis plus ! J’ai depuis une vingtaine d’années tant écrit de vive-ci et de vive-ça, de vive celui-là et de vive celui-ci, qu’aujourd’hui il me reste à peine assez de force pour écrire vive tout le monde ! Je veux cependant l’écrire, et le récrire encore, afin de jouir à ma manière de la paix générale. Ainsi, vive tout le monde !

Vous me demandez l’histoire de ma vie : c’est un peu indiscret ; mais vous êtes femme, et je vous le pardonne. Laissons les fous mourir de leur belle mort : l’époque viendra où l’on pourra tout dire ; alors je vous contenterai. Au surplus, chaque histoire a ses beautés particulières : la vôtre est toute belle, j’en conviens, ma chère amie ; vous me permettrez pour le moment de ne vous offrir qu’un côté de la mienne.

J’ai vu le jour au Mans ; mon origine est commune : qui ne connaît la naissance d’une plume ? Douée d’une grande beauté et d’une constitution robuste, je paraissais faite pour briller dans le monde. Asmodée me vit, me jugea propre à le servir, m’anima de son souffle diabolique, et se chargea du soin de mon éducation. Asmodée, vous le savez comme moi, est un assez bon diable. Il fit de vous une fort jolie diablesse, et vous jeta dans le monde sous la figure d’une femme. Je n’en suis point jalouse ; d’autres plaisirs m’étaient réservés sous la forme d’une plume.

« Je fais de toi, me dit Asmodée, un talisman secret ; je te produirai chez ceux à la conduite desquels je voudrai prendre part. Je te donne le pouvoir de frapper de folie toutes les personnes qui t’auront en leur possession. Pour elles se réalisera toujours le vieux proverbe qui dit que le mieux est l’ennemi du bien. »

Je vous tairai les premiers temps de mon enfance, ainsi que le séjour que me fit faire mon protecteur chez M. Guyot, papetier à Paris. Heureuse époque ! Quels que furent les honneurs dont je me vis entourée dans la suite, je ne puis jamais me rappeler sans attendrissement ces jours de bonheur et d’innocence pendant lesquels, liée étroitement avec mes jeunes compagnes, j’étais encore à l’abri d’un canif téméraire.

Asmodée, pour obliger l’amour, me lança dans le monde sous la conduite d’un beau, jeune et noble garçon qui brûlait pour une belle des belles, réunissant toutes les vertus, mais dont le crime, impardonnable aux yeux des parens du galant chevalier, était de devoir le jour à une famille honnête, à la vérité, mais roturière. Ce fut M.L. de S.M. qui m’arracha du magasin de M. Guyot.

Moment doux et terrible ! Je sortais d’une affreuse nullité pour devenir l’interprète des plus beaux sentimens ; combien cependant me fut sensible la perte du signe non équivoque de ma pureté ! Je ne m’étais encore prêtée à aucun parjure, et peut-être allais - je me voir contrainte d’en signer un : je fus du moins la cause d’une belle folie. Mon nouveau maître devint bientôt mon vainqueur : je suis à peine introduite chez lui, qu’il me saisit d’une main vigoureuse, me regarde avec satisfaction, me quitte, me reprend, s’arme de son instrument perfide, et d’un seul coup décide du sort de ma vie.

M.L. de S.M. fut aussitôt surpris d’un accès de folie ; il rit, pleura, et brava la raison. Je lui inspirai d’abord la lettre la plus passionnée pour l’incomparable couturière : « Cédez, Vénus ; cédez, Psiché ; cédez, Junon ; ma belle vous a tout effacées..... Une chaumière avec toi, voilà tout mon bonheur... Cruels parens, parens barbares !... Mon amour seul est ma noblesse... » Je remplis quatre pages de phrases aussi entraînantes, de pensées aussi justes, et le cœur de mon amant fut un peu soulagé. Il restait à soumettre les inflexibles parens ; une, deux, trois, quatre lettres leur sont adressées successivement. Prières, menaces, abandon de l’héritage, mépris des titres, rien ne parvint à les fléchir ; leur consentement à l’hymen tant désiré ne put leur être arraché. La tête de M. de S.M. s’exalte ; il se représente ces époux vertueux qui n’ont d’autres biens que les doux fruits de leur union prospère ; il veut tout quitter, honneurs, charges, emplois, et s’ensevelir avec la moitié de sa vie dans une retraite ignorée. Maudit de ses parens, chéri de sa maîtresse, il pouvait être heureux.... Cependant les troubles de la révolution allaient éclater ; les partis se formaient ; chacun prenait le sien ; et comme

Rien ne plaît tant aux yeux des belles
Que le courage et la valeur,