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Le Portier

De
70 pages

M. Thibaut était un petit homme tout rond, qui avait cinquante-cinq ans et soixante mille livres de rente ; il avait toujours eu de la fortune ; mais sous l’empire il l’avait doublée en engageant dans les fournitures les quatre ou cinq cent mille [francs que lui avait laissés son père. Dans ce temps, où il semblait que l’argent était plus rond parce qu’il roulait davantage, il avait toujours employé la moitié de ses bénéfices à acheter des propriétés ; de façon qu’il possédait deux terres superbes près de Paris et une maison magnifique dans la Chaussée-d’Antin.

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Auguste Ricard
Le Portier
PRÉFACE
Quoiqu’il convienne peu à un auteur de se mettre en scène, parce que souvent, dans un auteur, ce qu’il y a de moins intéressant, c’est sa personne, je suis obligé de parler de moi, de dire que je porte souvent mes die ux pénates de lieux en lieux, tantôt au nord, tantôt au midi ; aujourd’hui habitant l’an tique Marais, demain la Nouvelle Athènes, et que, riche des souvenirs du noble faubo urg, partout j’observe les mœurs, les goûts, les habitudes et les portiers. Cette néc essité de planter un nouveau piquet presque à chaque terme vient autant du mouvement d’ affaires qui emporte à Paris ceux qui n’ont point de fortune, que des exigences des propriétaires. Ces messieurs se croient tout permis ; ils augmentent leurs loyer s suivant leurs fantaisies : on dirait que plus on bâtit à Paris, plus ils doivent renchér ir leurs appartements ; ensuite ils payent plus largement que d’autres encore le tribut aux passions humaines ; ils usent de l’arbitraire comme les despotes de l’Orient. Qu’ un monsieur tranquille et rassis demande une réparation indispensable, on la refuse, ou on exige qu’il paye moitié, quelquefois tout ; qu’une petite femme au nez retro ussé, à l’œil égrillard, bien coquette, bien inconnue, s’ennuie de ses carreaux e t demande un parquet, vite des ouvriers, le menuisier, le frotteur ; que le jeune étudiant du septième lorgne la veuve du second, à lui permis, ce semble ; un étudiant pe ut porter partout les prémices de ses soupirs, et promener son cœur novice de la cave au grenier ; une veuve est maîtresse de faire des passions : tout cela dérange un propriétaire qui a des vues ; il craint avec raison qu’on ne préfère les blonds chev eux de l’élève de Cujas à ses boucles grisonnantes ; il loue le grenier du jeune homme à une petite couturière et fait double affaire. Soi-même on se laisse volontiers be rcer par mille passions, illusions décevantes, chimères qui enivrent, qui consolent, q ui sont la vie même, et que le temps rapide emporte pour ne plus les ramener. Alor s si la jeune fille qu’on aime se promène au Luxembourg, on ne peut loger que dans la rue d’Enfer ; si on a vu, sur la Place-Royale, deux yeux, bleus se baissersous un gr and chapeau de paille cousue, deux joues blanches rougir sous deux rubans faisant rosette sous le menton, une grande et jolie fille enfin marcher entre une renti ère et son bichon, entre un rentier et son parapluie, on déserte la rue d’Enfer et on élit domicile rue de la Perle ; quand une petite grisette qu’on adore, brode au marché des Ja cobins, on loge rue Saint-Hyacinthe ; si on est en extase devant les gargouil lades d’une chanteuse de l’Opéra, ou bien si on a un goût très-vif pour les ronds de jambes, on s’arrange avec les propriétaires des rues Lepelletier ou d’Artois. Les migrations sont fréquentes, parce qu’un goût succède à l’autre, et que cette vie agit ée donne tous les plaisirs, excepté ceux de la constance et du repos ; mais on observe, et lorsqu’on se croit assez sûr de son sujet, on peut faire profiter le public de ses observations.
Or donc, comme un soir je descendais enveloppé dans mon quiroga, et que je longeais la loge de ma portière, prêt à demander le cordon, je m’entendis nommer très-distinctement, et persuadé, comme Figaro, qu’i l n’y a qu’un seul bon moyen pour entendre, j’écoutai : — Enfin, nous voici à la fin de cette maudite hist oire, dit ma portière, et elle tenait à la main la dernière feuille du roman que j’ai l’hon neur de vous offrir aujourd’hui, doux et bénin lecteur. Je vis d’un coup d’œil de quoi il s’agissait : ma p ortière recevait les épreuves des mains du garçon de l’imprimerie, et elle en faisait comme de mes journaux : elle les lisait avant moi. — Ah ! ah ! nous sommes à la fin, reprit la portiè re de la maison vis-à vis, grande et belle femme de quarante-cinq à cinquante ans, ancie nne femme de chambre, ancienne maîtresse d’un général, et qui est demeuré e portière parce qu’elle n’a pas eu l’art de convertir un goût passager en une passion sérieuse. — Je voudrais bien savoir, continua la belle femme de cinquante ans, ce que c’est que ce petit monsieur, qui parle peu, qui fait semb lant d’écrire beaucoup, qui ne rentre qu’à minuit, et qui se mêle de dire du mal des port iers et, par conséquent, des portières ; car nous sommes compromises dans ce liv re ; cette madame Germain n’est pas une femme honnête, et si nous connaissions une portière qui se conduisît ainsi, sans doute ni vous ni moi ne la verrions. — Ah ! je vous le promets, dit ma portière. — Mais qu’est-ce donc que ce monsieur ? demanda en core la grande femme. Mon Dieu, dit ma portière, ce sont des ces jeunes g ens qui sont tombés à Paris on ne sait d’où, et qui y font on ne sait quoi ; je su is persuadée que ce beau monsieur a des parents en province, qui sont bien fâchés de le savoir à Paris sans occupations.  — Qu’appelez-vous sans occupations, ma chère amie ? mais il me semble qu’il écrit tout le jour ; et, d’ailleurs, il faut du tem ps pour remplir toutes ces feuilles que nous avons lues. — Je veux dire, madame, sans occupation utile. — A la bonne heure.
 — Attaquer les portières ! et où en sommes-nous, g rand Dieu ? Manque-t-il de personnes sur lesquelles il pouvait tomber, sans al ler nous chercher, nous, pauvres gens ! Ah ! s’il voulait faire un livre, il n’avait qu’à me venir chercher, je lui aurais donné des sujets de roman, moi, et ces romans-là au raient été des histoires. Tenez, ma chère, cette petite dame du second, qui n’est ic i que depuis un terme, si on voulait écrire là-dessus, qu’il y aurait de belles choses à dire ! D’abord, elle se fait appeler madame Eugénie de Villevieille, et ce n’est pas plu s son nom que le mien ; elle se nomme Marguerite Latour et, tenez, c’est la fille d e ce Latour, cordonnier dans la rue Saint-Antoine. — Qui chaussait le pauvre général ? dit la grande femme en essuyant ses yeux. — Justement, reprit la portière ; et quant au nom de son père, elle a bien fait de le quitter..... Un homme qui a été en police correctio nnelle, et qui n’est pas allé à Toulon parce qu’il avait des protections... Chut... chut.. . je sais tout cela, moi... Mais pourquoi renier sa patronne, cette grande sainte Marguerite, pour se faire appeler Eugénie ? Imaginez, ma chère amie, que cette belle dame de Vi llevieille, qui est noble comme moi, et sage comme la Madeleine à dix-huit ans, n’a que trois amants à la fois, ma chère... — Et mon monsieur du troisième, dit la grande port ière, qui a la visite de toutes les danseuses de l’Opéra, qui ont bien soin de ne pas v enir deux à deux, mais toujours l’une après l’autre. — A propos d’Opéra, dit ma portière, savez-vous qu e mon pauvre mari est mis à la retraite, sans pension, après trente-cinq ans de se rvice ? — Votre mari était danseur à l’Opéra, madame ?  — Du tout, madame, du tout ; mon mari était coiffe ur de l’Opéra, il y était entré en 91, madame, presque avant la révolution. — Et sans doute on lui donne sa retraite par nappo rt à ses opinions ? — Ses opinions ! ses opinions ! il s’agit bien de ses opinions ! non, madame, c’est par rapport aux mœurs. — Il a donc fait quelques....  — Lui, madame ! impossible. Ah ! il y a bien longt emps qu’il ne s’en mêle plus, le pauvre cher homme ! c’est une mesure générale : les danseuses ne peuvent plus avoir de coiffeurs ; on ne leur permet plus que des coiffeuses, madame, des coiffeuses et des peignoirs, et cela nous enlève vi ngt francs par mois ; et vingt francs par mois de moins dans un ménage doivent compter, j ’espère. — Sans doute, madame. — Et je ne vous dis pas, ajouta aigrement ma porti ère, que je suis persuadée qu’on m’a ôté mes entrées. — On vous a ôté vos entrées ? — J’en suis presque sûre... Oh ! quand on est en t rain de faire des injustices..... Ce n’est pas que j’y tienne beaucoup ; mais enfin j’ai me la danse et la musique tout comme une autre ; cette maudite porte m’empêchait s ouvent de profiter de mes entrées ; mais quelquefois ma nièce Catherine, l’éc aillère du coin..... — Je la connais, madame.  — Ma nièce Catherine venait tirer le cordon à ma p lace, et alors j’allais aux troisièmes loges. Ah ! madame, quand on a un mari q ui, pendant plus de vingt ans, a accommodé M. Lainez et M. Vestris, il est bien dur de... — Mais, madame, savez-vous qui vous fait cette inj ustice ? — Oui, madame. — C’est peut-être ce jeune homme qui se moque de n ous dans lePortier.
 — Jour de Dieu ! reprit ma portière en mettant ses poings sur ses hanches, je lui arracherais les yeux si je le croyais ; mais ce n’e st pas lui ; ça n’a point de pouvoir, ces petits garçons ; c’est un grand seigneur qui a fait le coup. — Un grand seigneur !  — Oui, madame, un grand seigneur ; eh bien ! je vo us le demande un peu, madame, si ou ne pourrait pas tympaniser cet homme- là, ce monstre, au lieu de venir nous chercher dans nos loges pour se moquer de nous ? — Sans doute. — N’a-t-il point de maîtresse, ce grand seigneur ? — Oh ! non, les mœurs.  — Les mœurs ! les mœurs ! est-ce que vous donnez l à-dedans, vous ? J’ai ouï affirmer qu’il a une maîtresse et qu’on pourrait di re de drôles de choses sur cette femme. — En vérité ?  — Oui-da ! mais ils ont trop peu de courage, ces m essieurs les auteurs, pour s’attaquer à ces gros poissons, ils tombent sur le menu fretin. — Si j’étais à votre place, madame, je sais bien c e que je ferais. — Et que feriez-vous, madame ? — Vous êtes sa portière, il est dans vos mains. — Jusqu’à un certain point, cependant. — Mon Dieu ! ce certain point s’étend aussi loin q u’on veut. — Comment cela ? — Vous allez voir. Aime-t-il son appartement ? — Beaucoup, il ne sort pas de la journée, et il se félicite d’être dans un endroit très-chaud, où il n’y a ni vent coulis, ni humidité dans l’hiver, ni soleil, ni trop grande chaleur dans l’été ; enfin, point de bruit de voitu re en toute saison. — Faites-lui donner congé. — Vous avez raison, madame, c’est un bon moyen, et il est fort aisé pour moi ; j’ai l’oreille du propriétaire.  — Fort bien ; mais comme il restera encore trois m ois chez vous, tourmentez-le bien pendant ce temps. — Oui, madame. — Retenez ses journaux. — Oui, madame. — Salissez-les, perdez-les. — Oui, madame. — Ne lui donnez pas ses lettres. — Oui, madame. — A-t-il une maîtresse ? — Oui, madame ; c’est-à-dire, je le crois ; il vie nt ici souvent une jolie petite femme de dix-huit à vingt ans, qui est blanche comme un l ait, qui a les cheveux noirs comme des charbons, et qui rougit beaucoup toutes les foi s qu’elle me le demande. — C’est sa maîtresse ? — Oui, madame. — Ne la laissez pas monter. — Oui, madame. — Sous aucun prétexte, et s’il y trouve à redire, les moeurs..... entendez-vous ? — Oui, madame. — A-t-il des créanciers ?
— Oui, madame.  — Laissez-les monter chez lui toujours, à toute he ure, à tout moment, faites-les venir, écrivez-leur des circulaires s’il le faut, e t quand ils arriveront glissez-leur dans l’oreille qu’il a reçu de l’argent de son père, de sa mère, de son oncle ; qu’il a hérité, qu’il a gagné au jeu ; dites-leur qu’il nage dans l ’or, de façon que, s’il ne les paye pas, ils soient furieux. — Oui, madame. — Et pour que votre vengeance ne finisse pas ici, quand il déménagera, donnez sa nouvelle adresse. — Oui, madame.  — Il faut lui apprendre à qui il s est joue. Insul ter aux portiers ! manquer aux portières ! Ah, il n’est pas encore au bout de ses peines ! — Oui, madame. — Le cordon, s’il vous plait ! C’était moi qui, d’une voix piteuse, demandais ains i à sortir d’une maison où l’on venait de me retrancher l’eau et le feu ; d’une mai son dont les murs m’auraient écrasé, sans doute, si Dieu écoutait la colère des portiers . J’allais, je cheminais en réfléchissant à l’entretien singulier que je venais d’entendre. La méchante femme que cette grande voisine de ma portière ! avec quelle p erfidie elle la conseillait..... O ma chère L*** ! c’était toi qu’on voulait éloigner ; c ’était de tes beaux yeux qu’on voulait me priver pour toujours ; eh ! grand Dieu ! que me resterait-il, si l’on m’ôtait tes sourires et tes caresses ? Et vous, honnêtes gens q ue je paye plus lentement que vous ne le voudriez sans doute, et à qui je me perm ets quelquefois de faire fermer ma porte, on veut vous dire que je nage dans l’or et d ans l’argent ; qu’une mère facile, qu’un père indulgent m’ont envoyé des mandats payab les à vue ; qu’il est mort dans l’Amérique un oncle millionnaire, dont les galions vont m’arriver ; ah ! n’en croyez rien et ne doublez pas je vous en prie, le nombre de vos visites du matin. Cependant je rentrai chez moi, et le lendemain j’eu s besoin d’appeler trois fois ma portière pour qu’elle vînt allumer mon feu ; elle e ntra enfin chez moi le regard mécontent, la mine allongée, et toute l’allure inqu iète ; elle n’avait pas mes journaux, n’avait pas reçu de lettres ; elle prétendait que m a chère L*** n’était point venue, qu’un de mes créanciers la fatiguait depuis six heures du matin, et que mon propriétaire était fort mécontent de moi. Je vis qu’il y avait commenc ement d’exécution, et j’eus avec madame Chopart la conversation suivante : MOI. — Eh bien ! madame Chopart, comment va la sant é ? Si j’en juge par votre air de bonne humeur, vous devez vous porter à merveille . MADAME CHOPART. — Comment je me porte ! comment je me porte ! Est-ce que monsieur est médecin ? je croyais que monsieur n’ét ait qu’auteur. MOI. — Vous ne répondez pas à ma question, madame C hopart ; et sans être médecin, je... MADAME CHOPART. — Oh ! tenez, monsieur, tout ceci n e peut pas durer, et il faudra que nous nous quittions. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de chercher un nouveau logement. MOI. — Du tout, madame, du tout ; puisque nous ne n ous convenons pas, ou, pour mieux dire, puisque je ne vous conviens pas, je pre ndrai une autre femme de ménage, mais je garderai mon logement parce qu’il me convie nt et que je conviens au propriétaire. MADAME CHOPART. — Au propriétaire ? qu’en savez-vou s, monsieur ? MOI. — J’en suis certain, je l’ai vu hier.
MADAME CHOPART. — Le matin ? MOI. — Non, le soir ; il m’a offert un bail de troi s, six, neuf, que j’ai accepté, et que nous avons tous deux signé pour trois ans. Le voilà . MADAME CHOPARTlisant.— C’est ma foi vrai ! MOI. — Je ne mens jamais, quoique je fasse des roma ns. Avez-vous, madame, un bail aussi long avec le propriétaire ? Savez-vous s eulement qui sortira le premier de cette maison, si ce sera vous ou moi ? MADAME CHOPART. — Moi, monsieur, sortir de cette ma ison ? MOI. — Je ne dis pas cela. Mais si un locataire (mo i, par exemple) allait trouver le propriétaire, et qu’il lui portât des plaintes grav es contre vous ; s’il lui disait qu’on le traite en ennemi avec qui tous les moyens sont bons , qu’on détourne ses lettres, et qu’on a juré de le faire déguerpir par toutes les v oies possibles ; si ce locataire (toujours moi, madame) était un homme honnête, doux , tranquille, un citoyen estimable, et s’il se rencontrait aussi que le prop riétaire fût un homme juste et droit, je vous prie de me dire, madame, qui sortirait de la m aison, si ce serait le locataire ou le portier, et, le cas échéant, comme dans cette maiso n, la portière ? MADAME CHOPART. — Mais, monsieur, avez-vous fait qu elques plaintes ? Avez-vous quelques raisons de... ? MOI. — Je ne dis pas cela, madame, mais répondez à ma question. MADAME CHOPART. — Ah ! grand Dieu ! c’est fait de m oi, je suis perdue, je suis désespérée ; un grand seigneur ôte sa place à mon m ari, un auteur me fait perdre la mienne ; il nous faudra aller dans l’hospice desBons Pauvres,j’en mourrai, et monsieur, et c’est vous qui en serez cause. MOI. — Rassurez-vous, madame, je n’ai rien dit au p ropriétaire. MADAME CHOPART. — A propos, monsieur, j’oubliais : voici vos journaux... Excusez, ils sont un peu tachés de graisse, c’est u n malheur, un accident ; vous savez, monsieur, que cela n’arrive jamais, c’est la première fois et ce sera la dernière, je vous le promets. MOI. — Ils sont tachés ; je m’y attendais. Mais, ma dame, si vous ne voulez plus faire mon ménage, vous êtes la maîtresse de... MADAME CHOPART. — Pardon, monsieur, si je vous inte rromps, mais je suis si distraite aujourd’hui J’avais oublié de vous dire : cette jolie dame, si douce, si gentille, qui a l’air de vous aimer tant MOI. — Eh bien ! cette jolie dame ? MADAME CHOPART. — Oh ! la jolie personne, monsieur ; que vous êtes heureux, monsieur, et elle aussi ! car enfin, monsieur est u n si joli garçon, si bon, si doux, si aimable. MOI. — Eh bien ! cette jolie dame ? MADAME CHOPART. — Elle est venue ce matin, monsieur. MOI. — Vous l’avez empêchée de monter ? MADAME CHOPART. — A vous dire vrai, monsieur, je n’ en n’ai pas eu l’embarras ; cette dame a dit qu’elle allait au bain, mais qu’el le viendrait déjeuner avec monsieur. MOI. — C’est bien. Si donc, madame, vous ne voulez plus faire mon ménage... MADAME CHOPART. — Au contraire, monsieur, puisque j e venais vous demander ce que vous vouliez offrir à cette dame. MOI. — Vous veniez tout à fait dans d’autres intent ions, et voici pourquoi : vous avez lu les épreuves duPortier ;aitet les mauvais conseils d’une voisine vous ayant f sortir de votre caractère naturel... MADAME CHOPART. — Ah ! c’est vrai, monsieur, mais c e qu’il y a de plaisant, c’est
que cette voisine dont vous me parlez a fait comme la madameGermainvotre de roman. MOI. — En vérité ! MADAME CHOPART — Oui, monsieur, sauf qu’elle n’a ja mais été si jolie, ni si aimable. Mais, d’un autre côté, monsieur, vous malt raitez tous les pauvres portiers dans cet ouvrage, et c’est ce qui m’a blessée au cœ ur ; c’est pour mon mari que je me suis fâchée. Pardon, monsieur, mais j’avais oublié Tenez, voilà une lettre que j’ai reçue pour vous ce matin ; elle est timbrée, monsie ur, elle vient des départements ; je parie que c’est de M. votre père. MOI. — Je vous remercie. Vous avez donc pris pour v otre mari lesaventures de Germain ?et je ne pense paspour vous, madame, vous êtes d’âge canonique,  car que vous vous soyez reconnue dansmadame Germain. MADAME CHOPART. — Non, sans doute, monsieur ; madam e Chopart n’a jamais bronché sur le chapitre de l’honneur, et l’on ne pe ut pas dire qu’elle soit descendue d’une fenêtre pour sortir de chez un jeune homme. M ais mon pauvre mari MOI. — Mais votre pauvre mari, madame, est ex-coiff eur de l’Opéra, et quand il avait fini sa besogne sur le théâtre, il allait cla quer dans la salle ; monPortier ne fait rien de tout cela, et quand même il le ferait, cela ne serait point une personnalité ; qui dit tout le monde ne dit personne. Ne voyez-vous pa s, madame, que quand on peint une classe, on n’a pas en vue un individu, mais tou s les individus ; qu’on rassemble les traits de caractères épars çà et là pour en orn er son héros, qui n’est comique et vrai que par ce moyen ! Je serais désespéré que monGermain ressemblât à votre mari ; cela me prouverait que mon ouvrage ne vaut rien. Il faut bien qu’il y ait quelques traits qui aient l’air de la ressemblance ; mais si vous avez lu l’ouvrage, vous... MADAME CHOPART. — Sans doute, monsieur, j’étais une malavisée ; c’est que je suis si vive, et puis les mauvais conseils MOI. — Croyez, madame, que jamais aucune idée sembl able à celle que vous me reprochez n’est entrée dans ma tête, et.... MADAME CHOPART. — Monsieur, excusez-moi, tous les torts étaient de mon côté. MOI. — Moi, écrire des personnalités ! MADAME CHOPART. — J’avais MOI. — Et contre mon portier, encore ! MADAME CHOPART. — J’ai eu MOI. — J’ai entendu votre conversation d’hier au so ir, madame. MADAME CHOPART. — Mon Dieu ! mon Dieu ! j’avais... j’ai eu tort. Croyez, monsieur, que je suis bien revenue de la fausse idé e... et que je suis entièrement à votre service, de toutes les façons, monsieur Vous pouvez disposer de moi J’espère que monsieur ne prendra pas une autre femme de ména ge ? Vous m’excuserez, monsieur, si j’ai bavardé aussi longtemps ; mais, m onsieur, quand on est franche et qu’on a quelque chose sur le coeur Votre servante, monsieur, de tout mon cœur, je vais préparer votre déjeuner (A part.) Peste ! ménageons-le, il a un bail de trois ans e t il est bien avec le propriétaire.  — Maintenant, cher lecteur, que j’ai fait ma paix avec ma portière, que j’ai un bail de trois ans, que je ne cours plus le risque de n’a voir ni feu ni lieu, que je puis braver, pendant trois ans, le dépit du cordon et le ressent iment desGermains de Paris, il ne me reste plus qu’à vous recommander mon ouvrage, et , si vous avez à vous plaindre de votre portier, à vous prier d’adopter le mien.