240 pages
Français

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Le rapport d’étonnement N° 32280

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Description

Imaginez-vous recevoir des lettres anonymes vous invitant à redécouvrir votre ville, son histoire et ses chemins cachés. Imaginez encore que cette curiosité retrouvée éclaire plusieurs pans de votre vie, jusqu’à réveiller votre créativité un instant assoupie...

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Informations

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EAN13 9782754743358
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Philippe Petit
Le rapport d’étonnement N° 32280
2019
Les Éditions du Panthéon 12, rue Antoine Bourdelle – 75015 Paris Tél. 01 43 71 14 72 www.editions-pantheon.fr Facebook – Twitter – Linkedin
Ce roman est une autofiction, si les lieux existent bien, tous les personnages et toutes les situations décrites sont fictifs, toute similitude de situation serait une pure coïncidence. L’auteur en décline la responsabilité au nom des droits imprescriptibles de l’imagination
Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition.
Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre IIDu repentir
Je suis comme une huître accrochée à son rocher, ni justiciable, ni prévenu. Les lieux me marquent et je constate que notre personne est agrandie ou écrasée suivant le point de vue où on se place. Je traînerai alors en tant que future personne jugée dans les couloirs sombres et je ne serai plus que l’ombre de moi-même, soumis et rabaissé, en attente du verdict. Je ne porte pas la robe rouge royale du haut magistrat qui ferait que ces lieux somptueux me grandiraient.
Je suis en fonction, en mission. Ce palais est un point d’ancrage. Il me fait l’effet d’un aimant, m’attire et me rejette. Pourtant, je reviens souvent, sur cette île, pour mon travail d’éducateur d’abord, ensuite parce qu’elle est comme le point zéro d’où partent les routes et tous les possibles.
Souvent, je plonge dans le bouillon de la ville. Je tente d’apporter du singulier au traitement des drames. Je reçois, j’accueille, je calme les familles, je pose des paroles auprès de ces enfants terribles qui ont souvent vécu des choses sordides. J’écris. C’est une photographie rapide en noir et blanc que j’opère. Souvent, elle humanise, remet des courbes et des couleurs. C’est une partie de la jeune humanité qui est devant moi.
Je ne savais pas que de cette routine, dans un service d’urgence, quelqu’un allait m’écrire et m’entraîner à me décrocher de cette île, de ses procédures, de son ébullition. Qu’il allait me faire découvrir des lieux étonnants, solliciter ma curiosité, me conter des anecdotes. J’ai accepté de suivre les sollicitations de cet étrange messager.
Il m’a encouragé à écrire, à noter mes rêves et à parler de mes souvenirs. Ils sont revenus comme des réminiscences. J’ai raconté mes ressentis sans fioriture, sans pudeur. Je lui ai dit que mon objectif était de partir souvent de cet endroit : de plusieurs façons, dans le Sud, dans le Nord, dans l’Ouest… Mais qu’à chaque fois, je revenais au point de départ dans ce grand palais. Je lui ai confié mes doutes, mes questions sur l’amour et l’amitié.
Il a été le déclencheur de quelque chose et d’une certaine façon, il a été mon guide, comme je tente de l’être pour les mineurs que je croise.
J’ai compris qu’on ne pouvait s’extirper de sa position qu’à une seule condition : celle de trouver des êtres érudits et humbles qui vous transmettent les choses et qui vous ouvrent au monde. Je ne connais pas cet étrange messager. Il m’a contacté un jour, par courrier, pour me demander un service que je lui ai rendu. Ensuite, j’ai continué mon travail, là, sur l’île de la Cité, pris dans l’effervescence de la ville.
Ils sont amenés ici, au cimetière des rêves, les enfants. Ma vie s’est calquée sur ce rythme lancinant. Déjà, je rêvais d’îles, de coins tranquilles et de patios. Plus tard, j’ai reçu d’autres courriers et j’ai accepté sa commande. Ma vie s’en est trouvée changée.
Mon regard sur moi-même et sur la ville, ma quête insatiable de beauté et de connaissance m’ont amené à ouvrir les yeux et à être curieux. J’ai essayé de comprendre la ville, de m’en imprégner d’une autre manière et j’ai pu écrire. Grâce à lui, j’ai appris. Il m’a conseillé de noter mes impressions et mes sentiments.
Mon éveilleur m’a conduit à ce cheminement et à cette initiation, véritable jeu de piste, pour la découverte de la ville. J’y ai croisé d’étranges fantômes et j’ai vécu des évènements originaux. Parfois, ma vie a ressemblé à un rêve lumineux. Il m’a confié une mission, celle de rédiger un rapport d’étonnement. Cet ouvrage pourrait être le commencement de plusieurs livres. Il me semble qu’il est un peu comme la vie, avec ses hésitations, ses ressentis. Sinueux, hétéroclite et changeant d’humeur. Je vous promets que vous vous y perdrez, mais que, pour finir, si vous continuez, vous retrouverez votre chemin. Maintenant, arriverai-je à rencontrer ce messager et à le connaître ? « Oui, j’ai lu votre texte, je l’ai dévoré même, je l’ai terminé hier. Je l’aime parce qu’il tourne en rond, qu’il est vertigineux dans sa répétition, parce que c’est ça la vie : des répétitions avec des nuances infimes de différence dans la joie, la mélancolie, l’allégresse. Bref, ça monte, ça descend, ça ondule et en même temps, ça continue de couler comme cette eau du fleuve que vous traversez tous les jours, lorsque vous allez à votre travail ; j’aime l’atmosphère, la description, même hâtive, du Palais, de cette foule, de cette presse, de cette répétition, là aussi, de clients, ces malheurs toujours renouvelés et en même temps semblables… Le temps qui file
et malgré tout l’humanité toujours semblable à elle-même. Rien ne change et ne changera, les adolescents en difficulté seront simplement, et ce n’est pas si simple, remplacés par d’autres adolescents en difficulté, il y aura des larmes, des cris, de la colère… J’aime les petits matins d’été, les baignades dans la mer froide, les travaux du jardin, j’aime les esquisses de situations conjugales, on ne dit rien ou presque, à peine suggéré et pourtant, tout est là : la gueule brusquement, le silence, l’hostilité, par moments même, la haine, puis tout s’attendrit, redevient harmonieux ou presque, il y a les enfants, les amis… J’aime ce que vous racontez sur le palais, son atmosphère extraordinairement bordélique, confuse et aussi codée, implacable, une mécanique qui broie… et vous, un simple rouage, broyé aussi.
Je vous ai amené là où vous ne pensiez pas… Vous êtes devenu curieux et lorsque vous arpentiez les rues, vous ne perceviez plus la ville de la même façon. Votre Paris est devenu poétique. J’ai été votre tuteur, peut-être un maestro, dans le sens de celui qui enseigne, qui guide… Je vous ai amené à réfléchir sur la vie, sur la beauté, l’amitié, l’amour et sur les choses qui nous entourent. Je vous ai étonné. »
Signé Le messager.
À Bernard Da Costa, à Armand Mallier, à Philippe Ramone, à Hector Bianciotti, à Yamina Zoutat, à Jean-Baptiste Marino, à Laurence Petit, à Marguerite Yourcenar, à mon père,à tous ceux qui m’ont révélé le chemin… à tous ceux qui m’ont aidé à être étonné. Je dois vous l’avouer, j’ai été mordu par le chien d’Eugène Ionesco en lui portant, à son domicile, Boulevard du Montparnasse, le 30 septembre 1981 à 11 heures 32 du matin, en main propre, un pneumatique…
Les flancs grillagés, le banc en bois des prisonniers libérés et la séance studieuse du laçage de chaussures, le bruit des clés et les brigades de policiers comme des hordes, allant et venant dans un mouvement sans fin, le fleuve aussi dans son écoulement inexorable, toujours dans le même sens, ce dimanche matin, alors que le soleil est resplendissant, les fourgons arrivent chargés d’humains menottés… La nuit de la citéa été chaude… Nouvelles des soubresauts de la ville.
Illustration de couverture : 123RF Art timelapse Composite de la Seine et la tour Eiffel à Paris- Dennis Van De Water © Philippe Petit et les Éditions du Panthéon, 2019 EAN 9782754743358