//img.uscri.be/pth/ef4d9bb7f9c2e72600b907b53e0ac96d53830702
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Le Roman d'une actrice

De
356 pages

Par la limpidité du ciel et le calme profond de la nature, les soirées de la Provence rappellent celles de Naples, de Venise et de Civita-Vecchia.

Aussi, en Provence comme en Italie, le jour ne commence-t-il guère qu’avec la nuit, le cœur ne s’éveille-t-il que lorsque le soleil s’est endormi !

Vivent donc le beau ciel et les gaies soirées, les douces brises et les parfums printaniers !

Ils font les regrets moins amers, les espérances plus faciles, le pain moins noir et le cœur plus léger !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Paulin Niboyet
Le Roman d'une actrice
A HENRI DE LA AGE C eroman,vous le savez, mon cher ami, est presque une histoire. — l’histoire triste et vraie d’un cœur qui a aimé, souffert et lutté ! C’est pourquoi je vous demande la permission de vou s dédier ce livre, où il n’est question que d’amour, à vous que je pourrais appele r, sans aucune espèce de jeu de mots, le médecin spirituel de cetteaffection ! Qui mieux que vous, en effet, a étudié le cœur de l a femme, en général, et celui de l’actriceen particulier ? Semblable à l’homme incombustible,dans sa cage de feu, je vous ai toujours vu calme au milieu des passions qui s’agitaient autour de vo us, jouant souvent avec la flamme, comme si elle ne brûlait pas, et souriant au danger , ainsi qu’un soldat, en campagne, sourit aux balles qui passent ! Vous vous êtes, chaque fois, retiré intact de la bagarre, ne laissant rien de votre âme à cette bataille de la vie, où d’habitude l’on perd a u moins ses illusions, et restant au contraire plus rempli de jeunesse, d’enthousiasme et de foi, que jamais ! Ce sont là autant d’excellentes raisons pour que je veuille placer ce petit livre sous le patronage de votre nom sympathique, significatif et heureux. De plus, mon amitié désire donner à la vôtre ce très-faible témoignage de sa réciprocité, et enfin, vous avez connu, applaudi et aimé, avec toute une genération, la fem me intelligente, bonne et charmante que j’ai prise pour type de mon héroïne, — et pour héroïne de mon roman ! Si j’avais pu mettre dans les pages que je vous dédie tout ce qu’il y a de délicatesse et d’élévation dans vos deux cœurs et dans vos deux âm es, à vous et àelle,succès du le Roman d’une Actrice serait assuré d’avance ; mais la moitié de Paris l irait encore ce volume, ce dont je me contenterais parfaitement, si tous ses admirateurs, àelle, et tous vos amis, à vous, le lisaient ! C’est le vœu que forme pour moi l’éditeur, et c’est également celui que je forme pour lui, — mais, entre nous, c’est un peu pour notre saint que nous prêchons l’un et l’autre ! Avouez que vous vous en doutez. Quoi qu’il en soit. je termine par le mot de Byron que vous aimez :Fare thee well ! F.P.N.,
PREMIÈRE PARTIE
I
Par la limpidité du ciel et le calme profond de la nature, les soirées de la Provence rappellent celles de Naples, de Venise et de Civita-Vecchia. Aussi, en Provence comme en Italie, le jour ne commence-t-il guère qu’avec la nuit, le cœur ne s’éveille-t-il que lorsque le soleil s’est endormi ! Vivent donc le beau ciel et les gaies soirées, les douces brises et les parfums printaniers ! Ils font les regrets moins amers, les espérances plus faciles, le pain moins noir et le cœur plus léger ! Vivent encore la gentille cloche, qui tinte le retour des champs, la soupe qui fume dans les écuelles, le chien qui aboie en éclaireur, l’am oureux qui tend l’oreille, le vieux grand-père qui sourit dans son fauteuil, et la ménagère qui gronde !... Vivent le repas de famille, sous la treille du verg er, et le vin qui se mêle clairet à une eau transparente ! Vivent les aïeux aux cheveux blanchis, aux fronts inclinés, et les fils aux bras robustes et aux cœurs respectueux ! Vive tout ce qui existe, sent, aime et sourit libre ment, purement, pieusement, sous le regard de Dieu, à la face du ciel bleu et de la nature en fleurs ! Et vivent, ma foi, le hameau de Saint-André, ses maisons crépies à la chaux vive, ses jardins aux allées bien sablées, et ses abreuvoirs à l’onde pure ! C’est là qu’il faudrait naître, aimer et mourir, si l’on était maître, de sa destinée !
II
Le hameau, ou le bourg de Saint-André, comme on voudra pour moi, je n’y tiens pas et je serais désolé d’attirer sur ma tête la juste colère des lecteurs confiants duDictionnaire, géographique ; —le hameau de Saint-André, disais-je donc, ou Saint-André tout court, afin de ne blesser les susceptibilités de personne, est situé au pied d’une de ces collines heureuses où se déroulent des plaines toujours vertes, où l’olivier fleurit sans effort, et où, à l’ombre de ses rameaux de paix, vivent patria rcalement d’humbles et laborieuses familles. Saint-André compte environ trente maisons, une petite église au clocher ardoisé, un presbytère aux volets verts, et c’est tout ! Mais c’est propre et coquet comme une bergerie d’op éra-comique ; et quand je dis bergerie, ce n’est pas pour le plaisir banal d’exhu mer une expression pastorale, c’est simplement pour appeler les choses par leur nom. Bergerie il y a, bergerie je dis. Je sais bien que M. de Florian ne serait pas de mon avis, et que son esprit, — si je l’évoquais à l’aide d’une table tournante, — me traiterait de profane... Mais la faute n’en est pas à moi, elle en est aux vraies bergeries, qui ne ressemblent guère à celles de M. de Florian, ou à celles de M. de Florian, qui ressemblent si peu aux vraies bergeries. Quoi qu’il en soit, la bergerie de Saint-André est verte, riante, entourée de frais enclos... et je trouve que c’est déjà bien joli... pour une bergerie ! A droite et à gauche de la route, encaissés entre d e hautes herbes, coulent parallèlement deux ruisseaux où viennent, le soir, se désaltérer les troupeaux. Sur l’unique place de Saint-André, — qui n’est guèr e qu’une déviation du cordeau d’alignement, — s’élève l’unique auberge du lieu, pompeusement ornée du titre d’hôtel, avec l’orthographe ci-dessous : A L’AUTEL DU LYON DOR MONTPÉZAS DONE A BOIRE EST A MANGÉ. A l’époque où s’ouvre ce récit, l’autel du Lyon dor, en question, appartenait à M. Lambert Mont-pézas, docteur-médecin, ayant fait à Paris d’excellentes études, mais dont le respect filial n’avait rien voulu changer à l’orthographe de l’enseigne paternelle. Cetautelressemblait naturellement à tous lesautelsde la même famille. C’était une maison plus longue que haute, avec un a uvent en planches, surmonté d’une plaque en fer-blanc, tournant sur deux tringles, et représentant le fameuxlyon dor que l’on sait. J’écrisfameux,que ce lion-là, — concurremment avec le parce Cheval blancle et Cygne de la croix— fait les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des frais d’enseignes de nos hôteliers de France et de Navarre..., absolument co mme chez nos voisins d’outre-Manche,WaterlooetTrafalgar ! Une porte vermoulue, deux bancs en pierre, des fenê tres à petits carreaux plombés, une vigne grimpant lestement le long des murailles, tel était donc, à l’extérieur, lelyon dor ! Un peu plus loin, à gauche, mais sur le même plan, se dressait une lourde bâtisse, au toit formant l’accent circonflexe, et décorée du titred’Écurie et remise,orthographié avec la même pureté que le reste. Devant la porte de cetteécurie etremise — laquelle porte, peinte en rouge, était ornée, en guise de panneau, d’un grand diable de hibou ; — devant cette porte, disais-je, une carriole de la pire espèce étalait piteusement ses misères, tendant à tous venants ses longs brancards fatigués, ainsi que ces mendiants béquillards que l’on rencontre en plein soleil, au sortir des églises, tendent vers vous leurs longs bras décharnés !
Cette carriole, cela va sans dire, n’était pas susp endue et ne l’avait jamais été. Originairement charrette, elle n’avait subi que les modifications les plus indispensables à sa nouvelle fortune. Une caisse juxtaposée, deux bancs rembourrés en paille de seigle, deux tabliers en cuir de vache, un grand panier en osier, et une toile cirée, disposée sur des cercles à tonneau, en guise de capote, avaient fait tous les frais de la transformation ! DEUS CREAVIT COELUM ET TERRAM INTRA SEX DIES ! Le charron de Saint-André n’en mit pas davantage po ur accomplir cette merveille, et, comme Dieu, il se reposa le septième jour ! Il y a même de mauvaises langues, dans le pays, qui affirment que le huitième se trouvant être unlundi,notre homme se reposa également le huitième... ; mais c’est là un de ces méchantson ditde province, dont l’historien doit savoir faire justice. Je m’empresse donc de déclarer, au contraire, — et la source à laquelle je puise mes renseignements ne me permet pas de mettre en doute leur authenticité, — que le brave charron de Saint-André se remit à l’œuvre dès lelundi matin, et badigeonna, lui-même, d’une couche de bleu superbe, le noble phaéton, voulant, ainsi que Jupiter faisant sortir de son cerveau Minerve tout armée, ne livrer sa carriole que prête à atteler. Et certes, jamais but poursuivi ne fut plus complétement atteint. Pendant une semaine entière on ne parla que de la c arriole bleue de l’autel du Lyon dor,et lorsqu’on y mit le cheval pour la première fois, le maître d’école du hameau jugea convenable de donner congé à ses élèves. Mais hélas ! tout passe : jeunesse, amour, beauté... et la carriole du père Montpézas n’avait pas échappé à cette impitoyable loi de la n ature... ; si bien, qu’au jour où j’en parle, il eût été impossible de ressaisir, au milieu de ses décrépitudes, les vestiges de la splendeur qui lui avait valu, jadis, de si brillantes ovations. C’était l’ombre d’elle-même, et on la respectait... ; mais absolument comme nous respectons nos invalides, sans pouvoir reconnaître, dans leur fragile vieillesse, les héros de Marengo et de Tilsitt ! C’est pourquoi, si on veut bien le permettre, je dé signerai dorénavant cet honorable débris de la grande armée des pataches sous le nom vulgaire de...guimbarde !Or, notre guimbarde portait majestueusement attaché à ses flancs un écriteau en carton blanc, sur lequel on lisait :
MESSAGERIS ROYALS POUR LA FRANCE EST L’ÉTRANGÉ Servise an poste(dépar a volonté),
et c’était là son plus bel ornement ! Telle quelle, pourtant, elle utilisait de son mieux ses vieilles ferrures, son panier d’osier et sa toile cirée en lambeaux. Le jour, elle se prêtait complaisamment aux jeux de s enfants ; la nuit, elle abritait toutes les poules sans asile des environs, lesquelles poules ne manquaient jamais, par manière de reconnaissance probablement, d’y pondre leurs œufs ; libre un instant, elle devenait aussitôt le partage deMoustache,chien de basse-cour, qui se livrait, gros habituellement, dans ses bras aux douceurs d’un sommeil paisible ; enfin, quand de loin en loin, le cheval de selle du jeune médecin était par trop fatigué, et qu’une visite éloignée à un malade exigeait que M. Lambert Montpézas dérangeât une de ses mules de labour, c’est encore à l’infortunée carriole qu’on attelait celle-ci.
III
vous aez tout d’abord compris, — et je ous en rem ercie, ma belle enfant, — que je ne ous aais pas arrachée à otre piano, à otre album, à os rubans, et qui sait, peut-être même à la lecture de quelque doux message... n ’en rougissez pas !... ous aez compris, dis-je, que je n’étais pas enu maladroite ment me jeter au milieu de tous ces riens charmants qui forment l’occupation d’une heur euse et irginale existence, pour ous ennuyer, sans rime ni raison, ici, d’une lourd eguimbarde qui se trouait sur mon chemin (et où seraient, je ous, prie, lesguimbardes,sinon sur les chemins ?) ; là, d’une enseigne d’auberge au français primitif ! vous aez pensé que je n’en finirais pas, si je oulais ainsi m’amuser à regarder tous les ieux be rlingots qui passent, toutes les enseignes dont l’orthographe est douteuse, tous les ruisseaux qui coulent, etc., etc., et bien ous aez pensé. Oui, raiment, j’aais mes motifs pour lire cette enseigne, et mes motifs pour m’arrêter deant cetteguimbarde...C’est ce que je ais ous prouer tout à l’heure. Tout à l’heure, que dis-je ? sur-le-champ !
Iv
Le 10 septembre 1846, vers les sept heures du soir, M. Lambert Montpézas, chez lequel le facteur rural avait déposé, quelques inst ants auparavant, une petite lettre élégante portant le timbre de Paris, parut sur le seuil de l’hôtel de Saint-André, et appela avec vivacité un jeune paysan qui jouait aux jeux innocents avec la Maritorne de l’endroit. — Éloi ! dit-il rapidement, attelez lagrise ! — Au cabriolet ? demanda le paysan en homme qui fait le beau parleur. — Oui, répondit M. Lambert en souriant, à la carriole ! Et il rentra chez lui pour donner quelques ordres. Cinq minutes après, il traversait le hameau de Saint-André, au plus grand trot dont lagrisefût capable ! L’Italie et la Provence, ainsi que je l’ai dit, se ressemblent par plus d’un point, et, sous leur ciel de feu, ce n’est guère qu’avec la nuit que commence réellement le jour. C’est après l’angelus du soir que la vie semble seu lement se ranimer dans ces heureuses contrées. C’est avec le crépuscule que sonne, pour les jeunes gens, l’heure des gaies chansons, des courses folles dans les prairies, des rondes amoureuses dans les granges, et, pour les grands parents, celle des bonnes causeries d’été devant la porte. Sans doute, le paysan provençal diffère beaucoup du lazzarone napolitain, et ne passe pas, comme lui, sa journée à dormir sur le dos, les jambes au soleil... ; mais, comme le lazzarone, c’est avec la brume qu’il secoue son eng ourdissement, qu’il se faitgondolier outroubadour,et qu’il entonne volontiers les vieux refrains du pays. Toutefois, chez notre vaillant paysant du Midi, l’e ngourdissement n’est que moral.Sa bêtetout le jour avec une ardeur auprès de laquelle le labeur des nègres n’est travaille qu’un agréable passe-temps, et à peine le corps a-t -il fini sa pénible tâche, que c’est l’esprit qui commence la sienne ; si bien, qu’on se demande si ce pauvre homme, moitié âme, moitié matière, goûte jamais un repos bien complet ? Toujours y a-t-il que c’était un soir, un soir de s eptembre, que le docteur Lambert traversa Saint-André dans sa carriole, ce qui est dire que, devant chaque porte, se tenait toute une famille. Les enfants suspendirent leurs jeux, les vieillards soulevèrent leurs bonnets de coton et les femmes arrêtèrent leurs rouets pour saluer à son passage le jeune médecin, politesse à laquelle celui-ci répondit en s’inclinant plusieurs fois et en laissant derrière lui un bonsoir amical à chaque groupe. Quand la carriole eut disparu, les conversations, un instant interrompues, reprirent leur cours. — Qui donc qui est malade à c’t’ heure ? demanda un paysan quasi-centenaire.  — C’est personne, répondit Éloi, le garçon de ferm e, qui avait des prétentions à l’esprit fort.  — Bah ! personne ? Not’ jeune môsieu ne va pas com me ça tout seul courir la prétantaine... — C’est ce qui vous trompe, mère Rémy, il la court.  — Toi, t’es t’une mauvaise langue ! fit un laboure ur, qui ramenait ses mules de l’abreuvoir ; tu ne sais rien de rien et tu veux fa ire ton savant. M’sieur Lambert est allé aux Argelles, ousque la petite Marianne est occupée à défuncter...  — Est-il, bon Dieu, b’en possible ? C’tte Marionne tte qui était si mignonne, si mignonne ? — Oui, mère Rémy, la même ! Le curé a été aussi la voir, c’t’innocente, et sa place en paradis est déjà retenue.