Le Serpent dans le jardin

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298 pages
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Ils marchent sur la plage. — Valentin, je voudrais vous poser une question. Vous êtes bon joueur d'échecs, n'est-ce pas? — Jadis, je l'étais; c'est vrai. — Dans ce jeu, pourquoi le roi n'a-t-il aucun pouvoir, hormis celui de se sauver? Pourquoi est-ce la reine qu'on pourchasse et qui fait tout? Valentin scrute vers l'horizon les côtes de Golom. — C'est un grand mystère, Helena. Je n'ai jamais compris pourquoi. Un roman à huis clos intense et dérangeant. Tour à tour drôle et dramatique, l'histoire de la détention et du procès d'Helena l'insulaire est racontée avec cette pointe de sarcasme qui, si elle dévoile l'état d'esprit du personnage principal, évoque également une vive critique de notre société patriarcale. La plume rebelle et donc libre de Dominique Viseux trouve ici force et profondeur dans des situations à la limite de l'absurde et des dialogues à l'humour acide.

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Date de parution 06 décembre 2012
Nombre de visites sur la page 35
EAN13 9782748398458
Langue Français

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Le Serpent dans le jardin
Dominique Viseux Le Serpent dans le jardin Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0118070.000.R.P.2012.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012 Illustration de couverture : Composition graphique de l’auteur à partir d’une gravure à l’eau forte dePiranèse, extraite de la série des «Prisons fantastiques».
I Vingt-et-un septembre, de l’année 1828 sans doute, un peu avant la minuit. Une voiture franchit le portail de l’ancien Palais royal et traverse la cour anciennement bap-tisée cour d’honneur. Elle s’immobilise. L’une des portières s’ouvre ; la voix du cocher se fait entendre ; un officier descend, suivi d’une silhouette féminine puis d’un second officier. — Retournez à la chancellerie, dit quelqu’un. Précédée de son escorte, la voiture s’avance, prend son virage et rejoint la porte du boulevard, laissant ses passa-gers devant l’escalier monumental de l’entrée. Une pluie fine et froide mouille l’air de la nuit. C’est un bâtiment étrange ; pour être plus précis, un complexe architectural que les années et les époques ont agrandi, modifié, rendu… complexe. De renaissance tar-dive, voire très tardive, il s’y mêle des influences byzantines encore discernables par la présence d’une cou-pole centrale, construite sur pendentifs, la seule qui subsiste. Pour le reste, des verrières modernes ont rempla-cé les dômes secondaires effondrés. On distingue en façade, parmi les armoiries de stuc dévorées par le temps, quelques motifs ottomans. Les trois ombres gravissent sans bruit les marches jus-qu’au perron ouvert pour passer le guichet ; elles débouchent dans un hall dont l’immensité peut se deviner à la résonance des pas sur le sol dallé. Non loin de la porte principale, le guichetier somnole dans le halo d’une lampe en veilleuse ; son bureau, installé sur une estrade au milieu d’un ensemble hétéroclite de casiers et de bancs empilés, donne l’aspect d’une réalité à l’abandon, glissant lente-
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ment vers l’oubli. Toute chose dort en cet endroit dans une ambiance de songe blafard et sans réelle densité. Au bruit que font les visiteurs en entrant, l’officier s’éveille. Avec indolence, fatigue, il se lève de son siège, contourne son bureau, descend de l’estrade et s’approche des nouveaux arrivants. C’est un homme assez menu dont la fonction a usé et rendu terne le regard. L’un des gardes lui tend un pli. Le guichetier, sans rien dire, le reçoit, re-tourne à son bureau. Forçant la lampe à huile, s’aidant d’une loupe grossière, il consulte gravement la lettre cachetée ; il se saisit alors d’un registre qu’il feuillette longtemps avant d’y fixer son attention, de s’emparer d’une plume et d’y griffonner quelques mots. Il revient vers les visiteurs, muni d’un petit sac de toile ; s’adressant à celle qui fait l’objet d’une démarche aussi tardive, il déclare d’un ton morne : — Bonsoir, madame. Veuillez déposer, je vous prie, vos bagues, bracelets, collier, boucles, agrafes dans ce sac, ainsi que votre ceinture et vos chaussures. Le règlement l’exige. Docile, celle qu’on sollicite s’exécute. Elle ôte sans peine ses bagues, ses deux bracelets, son collier de perles blanches qu’elle abandonne dans le grossier sac de toile que l’homme lui présente ; de même, elle se défait de sa broche cerclée de rubis, de ses épingles nacrées, laissant descendre sa chevelure visiblement arrangée à la hâte. Enfin, elle déboucle sa ceinture puis se déchausse. Pieds nus, elle frissonne. Nulle expression ne marque son visage assez jeune ; elle paraît endormie, autant que l’officier, mais d’un autre sommeil plus léger et lointain à la fois. Le vieux guichetier noue le sac, accompagnant son geste d’un mouvement des mandibules, puis ramasse les chaussures avec une défé-rence inattendue et un peu ridicule. Ainsi chargé, il s’incline et s’en va. La jeune femme rajuste son manteau dégrafé ; elle at-tend, encadrée de ses gardes du corps. Alors elle ferme les
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