Le Tour de ville

Le Tour de ville

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Livres
388 pages

Description

I. LA NOUVELLE RUE DU REMPART. — LE GRAND-PAS. — EMBELLISSEMENS NOUVEAUX. — FAUBOURG SAINT-JEAN. — EMBARCADÈRE ET CARMÉLITES.

II. HABITUÉS DE LA PROMENADE. — INVASION DE LA BUTTE PENDANT LES FOIRES.

VOICI l’heure où penché vers d’autres hémisphères, Le soleil rafraîchit le feu de ses rayons ; J’ai dîné, donnez-moi ma cape et mes crayons ; Mon chien s’impatiente ; à demain les affaires !

Je suis parti : Saint-Jean a mon premier coup d’œil.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 03 mai 2016
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EAN13 9782346059096
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Abbé Calluet
Le Tour de ville
Promenade chartraine en vingt-deux stations
AUX CHARTRAINS
C’est à vous, mes chers compatriotes, à vous surtou t fidèles habitués du Tour-de-Ville, que je fais hommage de cette Mosaïque. Ce so nt vos plaisirs de chaque jour que je chante. Je ne veux point d’autres Mécènes. Que ne vous doit pas l’œuvre légère ? C’étaient d’abord quelques rimes fugitives, saisies au vol sous nos tilleuls et uniquement destinées à deux ou trois oreilles amies . Mais depuis, vos conseils ne m’ont pas manqué ; vous avez posé devant moi ; vous m’avez libéralement fourni vos souvenirs et vos pensées ; et grâce aux miettes que chacun lui a jetées, voilà le petit poisson devenu grand. Vous en plaira-t-il davantage ? Vous me pardonnerez du moins en faveur de la bonne volonté. J’ai vu chacun dans notre France, historien ou peintre, célébrer à l’en vi la gloire de sa province ou la beauté de ses rivages. Et moi aussi, pauvre vétéran mis à la réforme, j’ai voulu, à ma façon, faire valoir mon clocher. Je le sais, mes chers concitoyens, c’est vous offri r bien peu de choses au milieu des grands intérêts qui vous agitent. Condamné à ne rie n faire, le vieux Professeur a fait ces riens ; comme aux jours de ma jeunesse, je vous ai consacré mes derniers loisirs. N’allez donc pas juger trop sévèrement ces rêves d’ un Invalide. Laissons dormir aujourd’hui les grands préceptes classiques ; c’est encore une promenade que je fais avec vous. Que mon vers puisse courir à l’aventure sérieux ou gai, bavard ou concis, prévenant ou grondeur, suivant la température ou la santé. J’ai pris partout sur mon chemin, présent ou passé, histoire ou conte, philosophie ou badinage ; tout m’a semblé bon, pourvu qu’il amusât. Indulgens et faciles, lisez donc à vos momens perdu s ces fantaisies rimées, comme je les ai faites moi-même. Dans mes courses solitai res, elles ont été pour moi, pendant vingt ans, une source de distractions joyeu ses ; puissent-elles aussi parfois vous dérider le front, et jeter sur vos lèvres un s ourire au milieu de toutes les misères de la vie ! Un moment d’oubli par le temps qui court est une chose si bonne et si rare ! CALLUET.
PROLOGUE
Vois,mon ami, comme ledoux printemps Nous envoie un charmant sourire! La chaude haleine du zéphireCaresse mes cheveux flottans ;Tout se réveille,et la nature Reprend partout sa robe de verdure; Écoute:les oiseaux chantent dans le lointain !Sous les tilleuls fleuris de sa butte facileChartres va respirer les parfums du matin; Jeunes époux du lendemain, Allons aussi comme eux faire un long Tour-de-Ville!
* * *
Sous ce brillant soleil d’été, Que fais-tu, beau chasseur, avec cette famillePar mille bonds joyeux fêtant sa liberté ?Je comprends, nos épis tombent sous la faucille ;Dans son gîte bientôt le lièvre épouvantéConnaîtra ton adresse et leur agilité ; Devant toi la meute indocile, En attendant, court, aboie et s’ébal;. Et pour la préparer au grand jour du combat, Tu lui fais faire un Tour-de-Ville!
* * *
Eh quoi!toujours courbés sur d’épais bordereaux? On ne vit pas au fond de nos bureaux. De l’automne déjà les froides matinéesOnt allumé la houille et rougi nos tuyaux.Mais de la liberté les heures sont sonnées! C’est assez!en toute saison En avons-nous sans rime ni raison Barbouillé de ces paperasses! Tôt ou tard, je le crains, si quelqu’embrasementNe met pas ordre enfin à cet encombrement, Le sol refusera d’en supporter les masses.Soignons bien cependant nos santés et nos places! Dans cet air vicié l’esprit s’appesantit; Pour nous tenir la jambe agile, Et nous rendre un peu d’appétit, Amis, avant dîner, faisons un Tour-de-Ville !
* * *
Où vont sous leurs manteaux ces promeneurs tremblan sEt d’un chaud bonnet noir couvrant leurs cheveux bl ancs ? Ne sentez-vous pas comme il gèle ?« —Sous nos pieds la glace étincelle, Il estvrai; mais voyez ce beau soleil d’hiver ! Le coin du feu ne vaut pas ce bon air ; Nous usons du moment, c’est le conseil du sage ;Le festin n’est pas long, quand on est au dessert. Chartres de jour en jour prend un autre visage; Sous leurs nouveaux alignemens Ses carrefours et ses vieux monumens Ont bientôt disparu ; mais la Butte entre milleA profité du moins à tous ces changemens. Pour le vieillard grelottant et débile La Petite-Provence offre-t-elle à ParisContre le nord cruel de plus tièdes abris? Heureux qui fait encore un demi Tour-de-Ville ! »
* * *
Le voilà des Chartrains le mot sacramentel ! Il est né dans notre patrie, Il a grandi comme elle et vécu de sa vie; C’est sa religion,son culte solennel ! De près,de loin,pas un seul ne l’oublie; Il galope avec eux le long du grand chemin; A Bordeaux, à Marseille,à Lille; Voudraient-ils se cacher ? Le mot part, et soudain On les connaît au Tour-de-Ville.
* * *
C’est leur plaisir de chaque jour: Qu’un peu de bleu se montre à travers le nuage,Et les voilà courant à leur premier amour !Le père avec respect garda le saint usage, Et le fils l’observe à son tour ;On se le passe d’âge en âge. Si l’amaleur fidèle,effrayé par l’orage,N’a pu s’aventurer dans le cercle prescrit,Sa journée est perdue, et le soir dans son lit Nul espoir de dormir tranquille !C’est le baume à ses longstravaux ; Même, quand on le porte à son dernier repos, Il fait encor son Tour-de-Ville !
* * *
Heureux celui qui de sa main, Loin du tumulte de la ville,Sans nul souci du lendemain, Taille sa vigne et bèche son jardin ! Ainsi dirait Horace, ainsi dirait Virgile, Ou tel autre grimaud romain.Mais à Chartres, changeant de style, Le forgeron qui bat le fer,Le marchand aunant son étoffe,Le vieux Régent dans son enfer,Le poète et le philosophe, Disent:« trois fois heureux qui peut d’un pied certain,Après avoir placé ses fonds en temps utile, Sur ses vieux jours soir et matinFaire en causant son Tour-de-Ville !»
* * *
Le fils du riche vigneron Vient d’épouser l’active jardinière ; En bons roisins Saint-Brice et Saint-Cheron Sont accourus se joindre à leur prière. Sans compter tous ces vœux touchans, Pour être heureux, tous deux en mariage Apportent un bon cœur, des bras et du courage, Le tout assaisonné d’écus et de bons champs; Rien ne manque:au dessert tambour et clarinette Les régalent de tous leurs sons, Et mère des plaisirs, la bruyante SuzetteEpuise en leur honneur sa boîte et ses chansons.Mais tout cela pourtant sera peineinutile, Si ce jour-là, dans ses habits fringans, Après avoir couru les gants, La noce ne fait pas un joyeux Tour-de-Ville !(1)
* * *
Enfans de la vieille cité,Nobles cœurs qui rêvez la gloire, A chaque page de l’histoire Je trouve un de vos noms digne d’être cité! Dans nos temples sacrés, ou dans les Cours suprêmesLes peuples en suspens écoutent votrevoix ; Ici vous protégez l’innocence aux abois,Là de l’antiquité vous sondez les problèmes;
A vous les lettres et les arts,A vous la scène dramatique, Et les camps de la politiqueEt les terribles jeux de Mars! (1) Usage adopté par les habitants des faubourgs. Ma tâche à moi doit être plus facile; J’admire vos succès et n’en suis pas jaloux ; Laissez-moi, pas trop loin de vous, Sans autre ambition faire mon Tour-de-Ville.
* * *
M’y voici bien déterminé: En fils reconnaissant je veux payer ma dette; Ce que je fis à pied je le fais en poète ;Mais qui protégera le pauvre nouveau-né ?Si frêle, qui voudra lui servir de marraines ? Ce sera vous, généreuses Chartraines, Vous dont la douce intimité M’a fait si bien comprendre quel empire Exercent la Raison, la Grâce et la Bonté. Le moyen de vous en dédire ? Chacune encourageant mes essais d’un sourire,Vous avez, de mon plan dessiné le contour Et croqué plus d’un personnage ; Vous avez commencé, finissez votre ouvrage.Allons, ma plume est prête, ô mes Muses, dictez! Corrigez,effacez, vous me verrez, docile; Heureux de vous entendre, et fier à vos côtésDe faire en si bon lieu le plus beau Tour-de-Ville!
PREMIÈRE STATION
LA BUTTE DES CHARBONNIERS
I. LA NOUVELLE RUE DU REMPART. — LE GRAND-PAS. — EMBELLISSEMENS NOUVEAUX. — FAUBOURG SAINT-JEAN. — EMBARCADÈRE ET CARMÉLITES. II. HABITUÉS DE LA PROMENADE. — INVASION DE LA BUTTE PENDANT LES FOIRES.
I
VOICI l’heure où penché vers d’autres hémisphères, L e soleil rafraîchit le feu de ses rayons ; J’ai dîné, donnez-moi ma cape et mes crayo ns ; Mon chien s’impatiente ; à demain les affaires ! Je suis parti : Saint-Jean a mon premier coup d’œil . Par lui presque toujours commence mon voyage ; Vieux routinier, je tiens de l’écureuil ; J’aime à tourner comme lui dans ma cage. Ce bon voisin, comme il a dû souffrir, 1 Du haut de sa poterne antique , Quand il vit un beau jour sa tourelle gothique Sous le fer menaçant s’écrouler et périr ! A moitié cependant je plains son aventure ; On prit soin de verser l’huile sur sa blessure ; On lui donna pour prix de son rempart, Entre ces deux rangs de verdure, Cette charmante rue, où le rapide char, Planant comme l’oiseau par-dessus le feuillage, S’en va de son premier étage Descendre sur le boulevard. Tout contribue au joli paysage : Sur ces gazons nouveaux la rose et le jasmin Accourent à l’envi jusqu’au bord du chemin Pour parfumer le voisinage ; Les pentes ont appris à se civiliser, Et la tête penchée au travers de leurs grilles, Le long de ces jeunes charmilles, Les fleurs en souriant nous regardent passer. Mais descendons, les tilleuls nous demandent, J’entends leurs feuilles soupirer ; Sous leurs berceaux les Charbonniers attendent, N’allons pas trop longtemps nous faire désirer. Voici le banc par excellence, Chez nos aïeux autrefois si vanté Et de nos jours encor plus fréquenté
Par où chacun finit, par où chacun commence ; Le centre et le trait d’union Qui joint élégamment la double section De notre longue et brillante avenue Par mille petits soins si bien entretenue, Le Grand-Pas, puisqu’il faut l’appeler par son nom. De combien de douces paroles Ne fut-il pas le confident discret ? L’ami lui conte son secret, Et le bavard ses histoires frivoles. Dès que renaissent les beaux jours, Près de lui la mère attentive, Loin des dangers et du qui-vive, Guide les premiers pas de ses jeunes amours, Son soleil est si doux ! son sable si facile ! Elle veut que son fils, à peine ouvrant les veux, Respire avec l’air de ces lieux L’amour de la patrie et de son Tour-de-Ville. Rendez-vous général de tous nos vieux bourgeois, Après leur course favorite, Ces bienheureux, assis et fiers comme des rois, 2 Y toussent leur catarrhe, y crachent leur pituite , C’est là qu’ils prennent leur café, Et sur cette ouate un peu dure Le fluide embaumé d’une atmosphère pure Y restaure sans frais leur larynx échauffé. Aussi, que le soleil, près ou loin du tropique, Visite ses douze maisons, A toute heure, en toutes saisons Mon Grand-Pas a toujours pratique. Un matin j’eus bien peur : avec leurs pics tout prê ts Tombe ici de maçons une bande empressée. Devant leurs sinistres apprêts Pour sa vieillesse menacée Je craignis un moment quelques sombres arrêts. Faudra-t-il préparer son hymne funéraire ? L’âme navrée et des pleurs dans les yeux. Sur cette race téméraire J’allais donc appeler la vengeance des dieux. Je me trompais : tout au contraire Nos artistes réparateurs, Eminemment conservateurs. Venaient consolider de leurs mains généreuses Ce trône souvent disputé