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Les Amants de la Caleta

De
208 pages
Les amants de la Caleta est la suite de L’inconnue du Cap de la Nau. L’héroïne de ces deux romans, Alma, est en quête de son identité. Elle découvre que Javea, une charmante ville côtière du sud-est de l’Espagne, est l’épicentre de ses origines. En reconstituant l’histoire des femmes de sa famille et des hommes qui ont croisé leur chemin, Alma finit par admettre que le hasard n’existe pas. Au fil de ses pérégrinations, elle comprend mieux qui elle est et d’où elle vient.

L’auteur nous entraîne dans l’Espagne et le Paris artistique des années 1900, puis dans l’Argentine des pionniers. Ce voyage à travers le temps et l’espace est captivant.

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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-85234-2

 

© Edilivre, 2015

Remerciements

 

 

Merci à l’amie proche qui a bien voulu peindre l’aquarelle de la couverture et qui préfère rester anonyme.

Merci à mes amis d’Albi et de Javea pour leurs précieux conseils sur l’art, les antiquités et l’histoire des communes de la Marina Alta.

Alfredo Romero-Tercio,
Paris, Septembre 2014

Citation

 

En nuestras almas todo

por misteriosa mano se gobierna.

Incomprensibles, mudas,

nada sabemos de las almas nuestras

Dans nos âmes tout est gouverné

par une main mystérieuse.

Incompréhensibles, muettes,

nous ne savons rien de nos âmes.

Antonio Machado (Renacimiento-Renaissance)

(Séville 1875-Collioure 1939)

1

Javea, ou Xabia en valencien, est une charmante ville côtière de la Marina Alta, dans la province d’Alicante, au sud-est de l’Espagne. Pour la découvrir, il faut quitter l’autoroute de la Méditerranée, une centaine de kilomètres après Valencia et emprunter une route qui traverse des villages aux noms pittoresques, entourés de champs d’amandiers, d’orangers et d’oliviers.

Au loin, on aperçoit le Montgo, noble et altier, dont le sommet culmine à près de huit cents mètres au-dessus de la mer. Il veille sur les cités de cette région appelée « Levante », « là où le soleil se lève ».

On pénètre dans Javea par de belles avenues, bordées de palmiers et de lauriers roses, qui mènent au front de mer où souffle une rafraîchissante brise marine, particulièrement appréciable après un long voyage.

La baie de Javea, constellée de plages de sable blanc et de petites criques, forme un croissant entre le cap San Antoni et le cap de la Nau qui signifie le « cap du navire » en valencien. Ce promontoire est la partie de l’Espagne qui s’avance le plus dans la Méditerranée. Son phare domine la côte et fait face à Formentera, une île de l’archipel des Baléares, voisine d’Ibiza.

Ce coin de paradis abrite, en son sein, la Caleta, une anse à l’eau turquoise, merveilleuse et unique, dont les rochers, couleur de miel, luisent au soleil comme des éclats de diamant. La Caleta a inspiré de nombreux peintres, particulièrement Joaquin Sorolla au début des années 1900.

Javea est réputée pour la beauté de ses paysages méditerranéens, la douceur de son climat et la préservation de ses espaces naturels. Paisible et souriante, ancrée au milieu des pinèdes et des champs d’orangers, elle dégage un parfum de bien-être. Baignée de lumière, elle inspire la sérénité et la douceur de vivre.

C’est ici que Lucas, un Français, a choisi de résider une partie de l’année.

Il a invité, dans sa villa, sur les hauteurs, sa sœur Elena et son amie Alma qui traverse une terrible épreuve personnelle. Elles se connaissent depuis l’enfance et entretiennent des liens fraternels. Alma reprend, peu à peu, goût à la vie, grâce à ses amis et à Jean-David qu’elle a rencontré au cap de la Nau.

Ce matin de juin 2007, Alma est assise dans un confortable fauteuil en rotin, sous un pin parasol, près de la piscine. Une brise légère lui caresse les joues. Elle lit un journal posé sur une table en fer forgé. Soudain, elle interrompt sa lecture, prend sa tête entre ses mains et se met à pleurer en silence.

Elle vient d’apprendre qu’Ignacio Canizares, un riche promoteur immobilier, s’est donné la mort, alors que la police allait l’arrêter pour des affaires de corruption et de trafic d’influence. Elle est persuadée qu’il est responsable du décès de Paul, son compagnon depuis deux ans.

Perdue dans ses pensées, elle n’entend pas Elena s’approcher d’elle. Celle-ci, émue, pose les mains sur ses épaules. Alma se lève et la prend dans ses bras. Elles restent, un long moment, serrées l’une contre l’autre, silencieuses.

Puis, Alma se détache d’Elena et regarde, au loin, en direction de la mer. Des brumes de chaleur montent des champs d’orangers, l’air est doux et parfumé. Semblant apaisée, elle dit en fixant l’horizon :

– Il faut que j’appelle Jean-David. C’est lui qui avait raison.

Elle compose le numéro. Jean-David répond aussitôt en voyant les coordonnées d’Alma s’afficher sur l’écran de son téléphone :

– Bonjour Alma.

– Bonjour Jean-David, j’ai quelque chose d’important à vous dire.

– Je suis dans l’avion. Il va bientôt décoller. Je vous appellerai de Paris.

– Ce n’est pas la peine.

– Mais pourquoi ?

– Je viens vous rejoindre…

Surpris, Jean-David n’a même pas le temps de répondre. L’hôtesse de l’air lui demande d’éteindre son téléphone. Il s’exécute et le range dans sa poche. Il est étonné de cet appel matinal d’Alma. Pour y voir plus clair, il essaie de se remémorer les événements des jours précédents.

Il se souvient de l’instant où il a rencontré Alma, alors qu’il s’apprêtait à prendre des photos au cap de la Nau. Il ne se doutait pas qu’elle allait occuper une grande place dans sa vie.

Se croyant seul, il a été surpris de voir surgir une inconnue, avec qui il a entamé une conversation très personnelle. Troublé, Jean-David a deviné que, sous son apparente décontraction, cette femme mystérieuse cachait une profonde détresse et ressentait un besoin vital de partager son histoire.

En général, il n’écoutait jamais les autres. Mais, étrangement, il s’est intéressé à cette inconnue qui a capté, tout de suite, son attention. Elle lui a dit qu’elle avait perdu Paul, son compagnon, dans un drame de la route. Elle était persuadée qu’il avait été assassiné, bien que l’enquête diligentée par le procureur de la République ait conclu à un accident.

Jean-David s’est alors demandé si cette femme possédait toute sa raison. Lui, qui avait un esprit cartésien, pensait que la justice ne pouvait pas se tromper car les enquêtes étaient menées sérieusement. Désireux d’en savoir plus, il lui avait posé des questions, mais il était resté sur sa faim car l’inconnue avait subitement interrompu son récit. Elle s’en était allée, après avoir reçu un appel téléphonique.

Au moment de quitter, à son tour, le cap de la Nau, Jean-David s’est rendu compte qu’elle avait oublié une précieuse minaudière. En l’ouvrant, pour y chercher son adresse, il a trouvé un petit carnet en cuir noir. Après avoir hésité, il s’est décidé à le lire. Il a alors découvert les moments les plus intimes de la vie de cette femme prénommée Alma à laquelle il s’est attaché.

Jean-David a entrepris des démarches pour la retrouver. Il y est parvenu, grâce à l’aide de Paola, une amie qui connaissait aussi Lucas chez qui Alma logeait. Lorsqu’ils se sont revus, Alma a avoué à Jean-David, n’avoir qu’un seul but : se venger de Canizares, coupable à ses yeux de la mort de Paul.

Afin d’élucider les circonstances mystérieuses de la mort de Paul, Jean-David a mené une enquête minutieuse. Après de longues recherches, il a fini par savoir ce qui s’était passé. Il a réussi à convaincre Alma que Paul avait perdu la vie dans un accident de la route. Il l’a amenée à surmonter son ressentiment à l’encontre de Canizares.

En la côtoyant tous les jours et en partageant avec elle de nombreux moments d’intimité, Jean-David est tombé amoureux d’Alma. Mais, il ignore les sentiments qu’elle éprouve pour lui. Aussi, il est intrigué qu’elle vienne le rejoindre à Paris.

Perdu dans ses pensées et bercé par l’ambiance feutrée de la cabine de l’avion, Jean-David finit par s’endormir en perdant toute notion de temps. Tout à coup, il s’éveille en sursaut, en entendant la voix du steward lui demander s’il veut boire quelque chose. Jean-David commande un café. Tout en le dégustant, il pense à Alma. Cette rencontre est-elle un rêve ou une réalité ? Un doute profond l’envahit. Pour savoir ce qu’il en est, il allume son ordinateur.

Lorsqu’apparaissent à l’écran, les photos d’Alma souriante, blottie contre lui, au bord de la piscine de Lucas, il est heureux. Il la trouve resplendissante dans son maillot de bain échancré qui met en valeur son teint mat et la beauté de son corps. Il a hâte d’arriver à Paris pour la rappeler. Il est pressé de connaître le moment de leurs retrouvailles.

2

Pendant ce temps, à Javea, dans la maison de Lucas, Alma et Elena, installées dans le jardin, discutent tranquillement :

– Je suis contente de te voir enfin apaisée, dit Elena en regardant affectueusement son amie.

– Merci Elena, je me sens soulagée. Canizares ayant disparu, Paul peut maintenant reposer en paix.

– De toute façon, Canizares n’a pas assassiné Paul, même s’il est indirectement responsable de sa mort.

– C’est vrai, mais j’ai eu du mal à l’admettre. Heureusement que Jean-David a réussi à me convaincre. Je réalise désormais que Paul est décédé dans un accident de la route car il était épuisé par les événements des jours précédents : la trahison de Damien, les menaces de Canizares. Il avait fini par perdre tout discernement. Désormais, je peux tourner la page et passer à autre chose.

– C’est une sage décision.

– Je vais rester quelques jours à Javea. Ensuite je rejoindrai Jean-David à Paris.

– Combien de temps restes-tu avec lui ?

– Quatre jours.

– C’est peu, dit Elena étonnée.

– C’est vrai, mais je suis obligée de me rendre à Toulouse, chez le notaire, afin de régler la succession de mes parents. J’ai reçu une convocation, avant mon départ pour Javea.

– Tu m’en avais parlé, mais je ne m’en souvenais plus.

– Ensuite, je me rendrai à Albi, chez Lucas et Adrian, qui m’ont invitée. J’ai la nostalgie de cette ville où nous avons vécu d’heureux moments dans notre jeunesse.

– Moi aussi ! dit Elena, rêveuse.

– Et puis je reviendrai à Javea pour la création de notre galerie d’art.

– Certes, mais, avant, tu vas vivre de grandes émotions en revoyant ta sœur.

– Tu sais, Elena, j’appréhende de retourner à Toulouse. Cela va raviver de mauvais souvenirs.

– Tu n’as pas le choix, répond Elena. Il faut que tu y ailles.

– Pour moi, c’est une obligation, car depuis le décès de notre mère, nous sommes en indivision avec ma sœur Marielle. Maintenant que son père est décédé, nous allons pouvoir vendre la maison et liquider le passé.

– Je comprends, dit Elena.

– Je vais revoir Marielle. Cela va être compliqué…

– Certes, mais ta sœur a peut-être évolué. Lorsque je l’ai rencontrée l’année dernière, à Toulouse, je l’ai trouvée aimable et souriante.

– Tu as sans doute raison, mais je préfère rester sur mes gardes.

– Alma, il faut que tu admettes que les gens peuvent changer en bien… Notamment lorsqu’ils ont souffert. C’est peut-être le cas de ta sœur.

– J’attends pour voir, rétorque Alma, d’un ton sans appel.

– N’en parlons plus. En attendant, je te propose d’aller faire un tour à la Caleta. Lucas voudrait peindre quelques aquarelles.

– Allons-y, répond Alma.

Elles entendent la voix grave de Lucas :

– Alors les filles, que faites-vous ? Adrian est garé dans la rue, il nous attend.

Les quatre amis montent dans la voiture et prennent la direction de la Caleta. Ils descendent dans le centre de Javea, puis rejoignent le front de mer, passent devant l’hôtel El Parador, traversent le pont sur le chenal et suivent le boulevard qui longe la côte.

Il est encore tôt, les magasins sont fermés. Seules quelques personnes prennent un café aux terrasses des bars, en lisant tranquillement leur journal. La mer est calme. Une légère brume matinale la recouvre, comme un fin manteau de laine blanche.

Ils se garent sur le parking et descendent de voiture. Ils prennent la grande allée qui longe le rivage en respirant, à pleins poumons, le parfum d’iode diffusé par la brise du matin. Ils marchent allègrement vers la Caleta.

Ils admirent le paysage sublime. Dans cette anse, façonnée par la mer Méditerranée, l’eau est limpide. Le ciel bleu s’y reflète. Le fond rocheux, luisant au soleil, fourmille de petits poissons multicolores qui forment un kaléidoscope. Une anfractuosité dans les rochers permet de passer de l’autre côté de la Caleta pour suivre le rivage.

A cette heure de la journée, il n’y a pas grand monde.

Lucas s’installe sur un rocher et ouvre son carnet à dessin. Il sort ses pinceaux et sa boîte d’aquarelle. Puis, il remplit d’eau un petit gobelet en argent qu’il prend dans son sac à dos. Concentré, il commence à peindre.

Elena et Adrian vont faire une promenade. Alma ressent le besoin d’être seule. Elle s’assied au bord de l’eau et admire le paysage. Elle imagine le grand peintre espagnol Joaquin Sorolla, sur lequel elle a écrit un mémoire universitaire, au même endroit, un siècle plus tôt. Elle le voit, devant son chevalet, peindre ce bord de mer, qu’elle aime tant, où des femmes en robe claire surveillent leurs enfants qui s’égayent dans les flots.

Elle aperçoit, en rêve, la silhouette d’une dame vêtue de blanc, les épaules recouvertes d’un précieux châle en soie, marchant sur la grève en tenant son chapeau de ses deux mains, pour qu’il ne s’envole pas. Elle la voit sourire en apercevant au loin l’homme qu’elle aime.

Alma s’imagine auprès de Jean-David, qu’elle connaît depuis peu, mais qui a pris une place considérable dans son existence. Elle se souvient des agréables moments passés en sa compagnie. Il l’a protégée et réconfortée, il l’a amenée à poser un regard nouveau sur les autres. Elle est impatiente de le revoir, il lui manque terriblement. Elle reste ainsi, immobile et pensive, pendant près de deux heures.

En fin de matinée, les quatre amis retournent à la villa. Pendant le trajet, Alma annonce à ses compagnons qu’elle va rejoindre Jean-David, à Paris, le samedi suivant. Elle prévoit d’y rester quatre jours avant de se rendre à Toulouse.

Lucas et Adrian lui rappellent qu’ils rentrent à Albi en fin de semaine et qu’ils l’attendent chez eux. Elle les remercie pour leur invitation. Elle est heureuse de revoir cette ville, après tant d’années.

Elena préfère rester à Javea. Elle souhaite avancer sur leur projet de création d’une galerie d’art et d’un atelier de restauration de tableaux. Elle a rendez-vous, avec un agent immobilier, pour visiter une maison ancienne qui pourrait convenir.

Le reste de la journée se passe tranquillement au bord de la piscine où Alma achève la lecture d’un roman commencé quelques semaines plus tôt. D’habitude, elle dévore les livres d’une traite, mais, ces derniers temps, elle n’a pas eu la tête à lire, compte-tenu de tout ce qu’elle a vécu.

3

Jean-David a quitté Valencia depuis plus de deux heures. Le vol s’achève, l’avion atterrit à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Le chef de cabine donne les consignes pour le débarquement. Jean-David laisse les autres passagers, agglutinés dans le couloir, descendre d’abord. Il préfère patienter sur son siège. Il pense à Alma, il se demande ce qu’elle peut bien faire à cette heure de la matinée.

Dès que le passage est libre, il se lève, récupère son appareil photo dans le coffre à bagages et sort de l’avion tranquillement. Il franchit la passerelle et se rend dans le hall. Après avoir effectué les formalités de sortie, il va dans la salle des bagages et attrape sa valise sur le tapis roulant. Puis, il se dirige vers la station de taxis. Une fois dehors, il allume son téléphone et compose le numéro d’Alma. Elle répond assez vite.

Il est heureux d’entendre le son de sa voix. Il devine qu’elle sourit au téléphone :

– Bonjour Jean-David, j’attendais votre appel. Avez-vous fait un bon voyage ?

– Bonjour Alma, répond-il gaiement. Oui, tout s’est bien passé.

Elle ajoute, sur un ton ironique :

– Lorsque je vous ai contacté pour annoncer mon arrivée, j’ai oublié de vous demander si vous étiez d’accord pour m’accueillir chez vous. Je suis désolée d’être aussi impolie… J’espère que vous ne m’en voulez pas.

Jean-David est rassuré. Alma lui a bien dit qu’elle venait le rejoindre. Bredouillant d’émotion, il répond :

– Je suis très heureux que vous veniez. Quand arrivez-vous ?

– Samedi, en fin de matinée, le temps de régler quelques affaires.

– Je vous attends impatiemment. J’espère que vous pourrez rester quelques jours.

– Je resterai seulement quatre jours. Je suis obligée de repartir le mercredi suivant en début de matinée. J’ai rendez-vous à Toulouse, chez un notaire, pour des affaires de famille.

– Je comprends… L’essentiel est que vous puissiez venir.

– C’est vrai.

Au même moment, un taxi arrive. Le chauffeur en descend et ouvre le coffre. Jean-David dépose ses bagages. Il s’installe à l’arrière du véhicule et indique son adresse. Puis, il dit à Alma :

– Je suis monté dans un taxi, je vous rappellerai ce soir de chez moi. Nous serons plus tranquilles pour discuter.

– D’accord, à plus tard, je vous embrasse, répond Alma en raccrochant.

Pendant le trajet vers Paris, Jean-David est pensif. Il est déçu de ne pas revoir Alma tout de suite. Mais, il se dit que c’est mieux ainsi. Il doit d’abord reprendre son travail et s’organiser pour être disponible afin de bien accueillir Alma.

Une heure plus tard, le taxi le dépose devant chez lui, rue du Départ dans le 14ème arrondissement. Jean-David entre dans le hall et s’arrête, devant sa boîte à lettres, pour récupérer son courrier. Au milieu d’un certain nombre d’enveloppes et de tracts publicitaires, il découvre une carte postale de sa mère Sarah, qui est partie en cure thermale, à Vichy, pour trois mois. Il monte chez lui, pose ses bagages et s’assied sur son canapé. Il est treize heures, il commence à avoir faim. Après les moments intenses qu’il vient de vivre, il a besoin de compagnie.

Il téléphone à Martin, un ami journaliste, pour l’inviter à déjeuner au restaurant « Le Bec Rouge », sur le boulevard du Montparnasse, où ils ont l’habitude de se retrouver. Jean-David apprécie beaucoup Martin, qui est fidèle en amitié, sincère et doté d’un grand sens de l’humour. Ses cheveux poivre et sel donnent à Martin un air sérieux. Mais, son visage rond et ses yeux rieurs, qui se plissent lorsqu’il s’apprête à dire une plaisanterie, le rendent avenant. Subtil, cultivé et fin gourmet, Martin est l’opposé des gens que Jean-David côtoie dans son travail.

En arrivant devant le restaurant, Jean-David rencontre Thierry, un des deux patrons. Celui-ci l’accueille en souriant :

– Tu as une mine splendide…

– J’arrive du sud de l’Espagne.

– On voit que tu as effectué un bon séjour, ajoute Thierry d’un ton taquin. Comment s’appelle-t-elle ? Je parie qu’elle est brune…

– Si on te demande, tu diras que tu n’en sais rien, répond Jean-David, en souriant.

– Toujours aussi cachotier…

– Martin est-il arrivé ?

– Non, pour une fois, tu es le premier. Entre donc. J’ai réservé votre table habituelle.

– Merci, c’est gentil.

Jean-David apprécie cette délicate attention. Il aime s’asseoir à cette table ronde, près de l’entrée. A l’écart des autres clients, il peut discuter tranquillement avec ses amis.

– Jean-Luc est là ? demande Jean-David à Thierry.

– Oui, derrière son fourneau comme d’habitude.

– Je vais voir ce qu’il a préparé de bon.

Au même moment, Jean-Luc apparaît derrière le comptoir, dans sa tenue de chef. Sur le ton de la plaisanterie, il dit à Jean-David :

– Bonjour, ça fait plaisir de te voir en pleine forme !

– Merci, répond Jean-David en souriant.

– Martin ne va pas tarder. En attendant tu peux t’asseoir, je reviendrai vous voir, dit Jean-Luc en retournant dans la cuisine.

La dernière fois qu’il a déjeuné au « Bec Rouge », Jean-David traversait une mauvaise passe. Il avait le teint blafard et les yeux cernés. Sa compagne, Véronique, venait de le quitter. Il vivait mal cette séparation imprévisible et violente.

Jean-David se souvient qu’il avait rejoint, dans ce restaurant, son ami Martin. Celui-ci, peiné de le voir démoralisé, l’avait réconforté. Il lui avait proposé de le suivre à Valencia, au sud-est de l’Espagne, pour assister à la coupe de l’America, une grande compétition nautique. Martin craignait que Jean-David, traumatisé par sa rupture brutale avec Véronique, ne commette un geste irréparable. Jean-David avait accepté l’invitation de Martin.

Plongé dans ses pensées, Jean-David ne voit pas Martin entrer dans le restaurant. Soudain, il entend une voix familière :

– Bonjour, jeune homme ! On voit que tu vas bien et que tu es heureux. Comment s’appelle-t-elle ?

– Décidément c’est une manie ! répond Jean-David, sur le ton de la plaisanterie, j’ai eu la même question de la part de Thierry.

– Cela ne m’étonne pas, dit Martin en souriant. Tu as le teint mat et l’air épanoui. Il y a un changement notable par rapport à la dernière fois que nous sommes venus ici.

– Qu’est-ce qu’on vous offre comme apéritif ? demande Thierry en s’approchant avec un grand sourire.

– Je prendrais bien une coupe de champagne, dit Martin.

– Moi, aussi, répond Jean-David. Il faut fêter nos retrouvailles.

– Je m’en occupe, dit Thierry.

– Alors, ton séjour au cap de la Nau, c’était comment ? demande Martin.

– Agréable et plein de surprises ! Je te raconterai tout à l’heure. J’ai pris des centaines de photos que je t’ai envoyées. J’espère qu’elles sont réussies.

– Je les ai toutes traitées, elles sont superbes. Pour un amateur, c’est du bon boulot. Paola va être contente. Elle va pouvoir faire une belle exposition. Tiens, je les ai mises sur ce cd-rom. J’en ai gardé une copie au cas où…

– Merci Martin. Grâce à toi, j’ai pu me reconstruire après cette difficile rupture avec Véronique. J’étais au bord du gouffre et tu m’as sauvé.

– Ça sert à ça les amis, répond Martin. Allez, dis-moi tout. Je veux partager ton bonheur.

Pendant le déjeuner, Jean-David raconte à Martin sa rencontre avec Alma, au cap de la Nau, et ce qui s’est passé depuis. Il explique, à son ami, qu’il attend Alma le samedi suivant. Il est impatient de la retrouver, même s’il ignore les sentiments qu’elle éprouve pour lui.

Martin conclut en disant :

– Si elle vient te rejoindre à Paris, ce n’est pas pour faire du tourisme. Elle a envie de te retrouver.

– Je ne demande qu’à te croire.

– Quand reprends-tu le boulot ?

– Demain matin…

– Cela va te changer de la douceur de Javea…

– Effectivement, je vais retrouver la grisaille du quartier de La Défense…

– Oh ! Il est déjà 14h00, dit Martin en regardant sa montre. Il faut que je m’en aille. J’ai rendez-vous de l’autre côté de Paris, avec un collègue, pour préparer ma prochaine mission. Nous partons, demain, avec Capucine en Italie, effectuer un reportage sur les championnats du monde d’aéromodélisme.

– Tu feras une bise de ma part à Capucine, comment va-t-elle ?

– Très bien, répond Martin avec un grand sourire.

Martin sort du restaurant en disant au revoir à la cantonade.

Jean-David règle l’addition et se lève à son tour. Il salue Thierry et Jean-Luc, et s’en va. Il remonte le boulevard du Montparnasse pour se rendre chez lui, rue du Départ. Comme c’est son dernier jour de congé, il préfère rentrer à pied en prenant son temps. Arrivé dans son appartement, il s’allonge sur le canapé du salon et ferme les yeux. Il pense à son séjour en Espagne qui a transformé sa vie, au-delà de ses espérances. Il a rencontré une femme exceptionnelle dont il est tombé amoureux. Il a aussi connu des gens hors du commun et découvert un nouvel univers, plus attrayant que celui où il a toujours vécu. Il s’endort, l’esprit en paix, pour une courte sieste.

En milieu d’après-midi, il se réveille, se lève, prend un café et défait ses bagages.

Vers 18 heures, il appelle Alma pour prendre de ses nouvelles. Ils sont heureux de se parler, en attendant de se revoir.

Jean-David prépare ses affaires pour le lendemain. Il se couche vers 23h00. Pour la première fois, depuis longtemps, il n’a aucun mal à s’endormir. Il est serein, car, à plus de mille cinq cents kilomètres de Paris, Alma pense à lui. Il ne ressent plus cette solitude et ce mal-être qui l’ont accompagné tout au long de sa vie.

14

Le lendemain soir, très tard, le téléphone sonne, alors que Lucas somnole sur le canapé du salon, en écoutant des cantates de Bach, un chat endormi à côté de lui. Il se lève pour répondre. C’est Adrian qui appelle de Paris.

– Bonsoir Adrian, dit Lucas, d’une voix calme et...