Les Avatars de Joseph Boucanant

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Français
152 pages
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Description

Toute origine est obscure, et la première pierre d'un édifice est un mythe pieux. Sinon le premier, j'ai du moins été l'un des tout premiers. Personne ne le saura sans doute jamais et cela n'a pas beaucoup d'importance, sauf à satisfaire une vanité d'historien en lui permettant de publier dans la bonne presse que le phénomène de transfixion a commencé avec le cas de Joseph Boucanant. Au reste, ce n'est pas la vérité historique qui compte et sa portée événementielle est largement supplantée par sa singularité biologique. Pendant la Première Guerre mondiale, poursuivi par des soldats préparant une mutinerie, Joseph s'évanouit et disparaît pour se réveiller en 1937, sans pour autant avoir vieilli. Se faisant passer pour un amnésique, on lui donnera une nouvelle identité. Mais ce ne sera que le début d'un long voyage... Plus d'un siècle de vies et de multiples identités pour une existence fragile frappée de mystère: c'est le récit troublant auquel nous convie l'auteur en suivant l'expérience unique d'un personnage en sursis dont le destin peut basculer à tout moment.

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Date de parution 16 juillet 2015
Nombre de lectures 2
EAN13 9782342039931
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Les Avatars de Joseph Boucanant
René Collas Les Avatars de Joseph Boucanant
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0120133.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2015
Avant propos
Une des caractéristiques les plus constantes de ma vie a été de traquer les causes possibles de ce que j’appelle ma «particularitéLongtemps, je les ai recherchées dans le. » conformisme de mon esprit.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours anxieu-sement désiré être comme tout le monde : je ne voulais en rien me distinguer des autres, en aucun point et d’aucune manière. Enfant, j’avais une verrue sur la pommette gauche qui suscitait la raillerie de mes camarades. « Joseph-le-Boutonneux » m’appelait-on par manière de moquerie. J’aurais donné tout le peu que je possédais pour être débar-rassé de cette excroissance qui, pensais-je, me défigurait et, malgré la pauvreté des miens, malgré ma répugnance envers la chirurgie, je demandai à mes parents et je finis par obte-nir, ce qui est encore plus invraisemblable, qu’on m’emmenât à l’hôpital pour me la faire enlever. À dix ans, je supportai avec stoïcisme la douleur de l’opération car l’anesthésie locale de l’époque était bien imparfaite ; plus que la douleur, c’est l’angoisse qui m’étreignait et qu’il m’avait fallu vaincre dans l’environnement menaçant d’une salle d’opération remplie d’objets luisants et que je voyais comme gravement offensifs ; mais le désir de me fondre dans la masse de mes semblables l’emportait encore sur ma frayeur. Aujourd’hui, j’ai une conscience plus rassise de cet enfantillage. Ce n’était en fait qu’un tout petit bouton, et si discret que, maintenant, en voyant ma photo de jeunesse, (on en faisait si rarement alors !) je suis incapable de la dater en observant si la verrue est encore présente ou si l’imperceptible cicatrice d’aujourd’hui l’a déjà remplacée.
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Je ne saurais dire avec certitude quand la photo a été tirée, avant ou après son ablation. Pourtant, je croyais alors que cette verrue entraînait la réprobation des passants, qu’elle provoquait chez eux une répugnance à mon égard, non pas tellement en raison de la laideur de cette tache mais surtout parce qu’elle memarquait. Je désirais ardemment en être débarrassé pour devenir comme tout le monde, un homme parmi les autres, fondu dans la masse, indistinguable, irrepé-rable. De mon propre gré, je renonçais à mon identité, à tout ce qui faisait ma personnalité
Pour être comme les autres, (voire mieux que les autres, une fois l’ambition venue, mais c’était dans la même ligne) je devais me conformer à un modèle que j’élaborais en fonc-tion de ceux qui me paraissaient les plus dignes d’admiration autour de moi. Je n’ai jamais eu la curiosité de rechercher les racines de cette disposition qui déjà me faisait l’adepte convaincu de la morale qu’on m’inculquait, ni d’en analyser les composantes. Mais la ligne directrice, les modè-les que je me donnais, je les trouvais tout préparés dans mon entourage, et il n’aurait pas été difficile de reconnaître à mon comportement telle ou telle origine en prenant autour de moi les fragments nécessaires à leur reconstitution. Le choix des pièces n’était pas ce qui posait problème, et l’air ambiant indiquait suffisamment de quel côté penchait la balance. À la maison comme dans la classe, j’étais à l’école du confor-misme. Des règles immuables fixaient la démarche qu’un homme convenable doit suivre en toutes circonstances. Je me contentais de suivre ces règles. Dans toutes les traverses de la vie, la société me fournissait des commandements uni-versels. Il y avait un âge où il était décent qu’un garçon commençât à boire le vin pur ou fumât sa première ciga-rette ; il y avait la bonne manière de disposer les couverts sur la table, de rédiger une dissertation, de découper le pou-let, de résoudre les équations, voire même d’entamer le fromage. La vie que le sort m’a donnée n’a pas manqué de
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