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Les aventures de la lecture

De
140 pages
Un petit livre pour un grand livre... Les cinq essais, ici réunis, souhaitent offrir quelques pistes pour lire ou pour relire un texte majeur de notre culture : Don Quichotte. Voici donc une suite de propositions pour comprendre en quoi Cervantès est l'inventeur du roman moderne, pour apprécier le dialogue entre discours et aventures, le passage des livres de chevalerie au mythe du Livre, pour continuer les randonnées dans la plaine de la Manche, enfin pour adresser un hommage à Dulcinée du Toboso.
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LES AVENTURES

DE LA LECTURE

Cinq essais sur le Don Quichotte

~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8591-3

EAN : 9782747585910

Daniel-Henri PAGEAUX

LES AVENTURES DE LA LECTURE
Cinq essais sur le Don Quichotte

L'Harmattan 5-7,roe de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

AVANT-PROPOS

Pour l'apprenti hispaniste que j'étais à la fin des années 50, lire « le » Quichotte a été un devoir qui s'est vite changé en plaisir. Je n'avais fait que l'entrevoir au lycée, le temps de courir à ses côtés sus aux moulins et aux moutons. A moins que ma mémoire ne me fasse faux bond, je n'ai pas l'impression qu'il ait été très présent en lettres supérieures ni dans mes programmes de licence. Rien en tout cas, je suis catégorique, l'année de l'agrégation. Il était entendu qu'il nous fallait lire ce chef-d'œuvre, comme une sorte de rite d'initiation librement consentie. En revanche, nous devions nous battre avec d'illustres minores du Siècle d'or qui semblaient avoir écrit des histoires spécialement conçues pour des exercices de traduction. Mon contact premier et réel avec le roman de Cervantes s'est fait pendant l'été de 1956, année où je découvris l'Espagne, l'antique royaume de Leon avant tout, de longues semaines, un peu de vieille Castille et Saint-Jacques. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ce qui fut pour moi, pour mes yeux, pour mon esprit, une découverte émerveillée. Aujourd'hui comme hier, je sais qu'il faudrait que j'assortisse ces mots de précautions d'usage. De quel usage, au juste? L'usage du monde, universitaire entre autres. Cet usage ne peut rien contre ce que l'on nommera avec Proust les intermittences du cœur. L'Ingénieux hidalgo commençait ainsi en moi une sorte de carrière clandestine, en marge des occupations auxquelles il fallait se soumettre: l'évolution des voyelles en vieux castillan, les vertus poétiques de l'arte mayor chez Juan de Mena sur trois cents strophes, dans un poème justement appelé Las trescientas, l'éloquence vertueuse, mais verbeuse du Père Las Casas, autant 5

de sujets qui faisaient apparaître le Modernisme hispanoaméricain comme une terre promise. Il y avait quand même Pérez Gald6s, le grand, le seul romancier du XIXème siècle avec Clarin, dont l'ironie douce-amère ou telle liberté prise avec les conventions romanesques montraient à quel point Cervantes avait laissé sur son inspiration et son style des traces durables. Le roman qu'il m'a fallu étudier, et je ne regrette pas les efforts qu'il me coûta, ce fut le Guzman de Alfarache de Mateo Aleman. J'ai gardé de cette lecture quelques idées assez nettes sur ce qu'est « la » picaresque à son apogée, ce qui n'est pas la meilleure introduction à l'étude « du » picaresque, revu et bien corrigé par les comparatistes qui montrent, dans le cas d'espèce, qu'ils ont le cœur innombrable et la vue large. Je n'ai guère été surpris de lire, plus tard, la belle préface qu'un de mes maîtres, Maurice Molho, a donnée à l'anthologie de romans picaresques dans la collection de la Pléiade. Il y soutenait, non sans raison, la parfaite inactualité de ce genre, des problèmes sociaux et moraux tels qu'ils apparaissaient sous la plume de Mateo Aleman. C'est ici que le Don Quichotte peut faire un éclatant retour et nourrir un parallèle tout en sa faveur. Sans doute faut-il se méfier de ce qui est qualifié d'actuel ou de moderne. Je préfère parler de «contemporain », c'est-à-dire d'expressions artistiques et culturelles qui peuvent nous parler parce que nous sommes capables de les écouter et de les entendre. Et il faut reconnaître, je reconnais, quant à moi, que l'écriture de Cervantes est à la fois, à l'oreille, datée (comment en serait-il autrement ?) et étonnamment proche Ge l'entends, je la sens ainsi) par son humour, ses sous-entendus, ses fausses naïvetés, celles de Sancho, bien sûr. Il se passe avec le Don Quichotte ce qui est arrivé aux livres de chevalerie à l'époque où 1'hidalgo se lançait sur les routes de la Manche. Ils étaient vieillis, périmés et pourtant tout le monde prenait encore plaisir à les lire, ou à les entendre lire. Un des plus beaux passages du roman, c'est la scène qu'évoque l'aubergiste, lorsque l'été est là (I, XXXII) : 6

«Quand vient le temps de la moisson, une foule de moissonneurs se rassemble ici les jours de fête, et il en a toujours un au moins qui sait lire; il prend un de ces romans, on se met à plus de trente autour de lui, et on l'écoute avec tant de plaisir qu'on oublie tous nos soucis. J'avoue que, quand j'entends parler de ces terribles coups d'épée que se distribuent les chevaliers, ça me donne envie d'en faire autant, et que je resterais à écouter ces histoires la nuit et le jour ». Je donne ici comme pour les autres essais la traduction d'Aline Schulman (Seuil, 1997,2 vol.). Quand il m'arrivera de recourir au texte espagnol, j'utilise l'édition de Martin de Riquer qui a connu plusieurs rééditions. Celle que j'utilise est la première procurée par la Librairie des Editions espagnoles, rue de Seine à Paris qui n'existe plus. Elle venait de sortir en 1955 lorsque je l'ai achetée. D'autres ont suivi, mais c'est à celle-ci que je suis toujours revenu. Revenons à l'aubergiste, amateur de romans de chevalerie. Le curé, parti à la recherche de Don Quichotte, le met en garde: son amour pour ce genre de littérature risque de le rendre fou comme Don Quichotte: «Il n'y a pas de danger, dit l'aubergiste; je ne serai jamais assez fou pour devenir chevalier errant. Je vois bien qu'aujourd'hui le monde n'est plus comme il était en ce tempslà, quand ces fameux chevaliers parcouraient la terre en quête d'aventures» . Puisque l'aventure réelle n'est plus possible, il reste les aventures de la lecture. Mais elles ne sont pas sans danger. L'obstacle majeur, c'est l'indéniable ancrage du texte dans une époque dont la compréhension nécessite certaines connaissances érudites. Comme le dit l'aubergiste «les temps ont changé ». Mais ce chef-d'œuvre qui a suscité tant de lectures diverses (il suffit de voir le bel ouvrage que vient de publier à ce sujet Jean Canavaggio, Don Quichotte du livre au mythe. Quatre siècles d'errance, chez Fayard) est d'abord un texte qui dialogue avec son temps. « Le temps du Quichotte »... Il y a un petit article de 7

I'historien Pierre Vilar qui porte ce titre. Il a été publié en 1956 dans la revue Europe. On peut avec profit s'y reporter, comme l'on dit en Sorbonne. Plus récemment, Augustin Redonda a rassemblé une somme impressionnante d'études sous le titre Dtra manera de leer el Quijote (Madrid, Castalia, 1997). L'attention portée aux traditions culturelles, populaires en fait un guide précieux. A ces noms qui me sont venus à l'esprit, je pourrais en ajouter d'autres. Mais je veux ici mentionner la thèse monumentale de Marcel Bataillon, non pas maître, mais modèle, exemple, pour les quelques pages illuminantes qu'il accorde à Cervantes dans son Erasme et l'Espagne, (1937, Droz, réed. 1992). Ces quelques titres devraient rendre prudent quiconque se hasarde à publier «quelque chose» sur le Quichotte. Alors pourquoi ce petit livre? Vers la fin du siècle dernier (défense de rire...), je suis non seulement revenu au roman de Cervantes, mais le hasard (on dit « le diable qui ne dort pas toujours» quand on a lu le Quichotte) m'a amené presque coup sur coup à publier deux interventions qui occupent dans le présent volume la première et la troisième place et qui sont ici remaniées. Je ne crois pas avoir cédé trop naïvement à l'occasion qui s'offrait en cette année de IVème centenaire de la sortie de la première partie du Quichotte. Mais il est vrai que le dernier texte donne la matière augmentée et revue d'une conférence que je viens de présenter à la Sorbonne, à l'occasion du cycle organisé, de façon fort opportune et utile, par mon collègue et ami Pierre BruneI. Pour les deux autres textes, le deuxième et le quatrième, j'ai rassemblé des notes bien diverses, j'ose penser qu'elles ne sont pas trop disparates et j'ai souhaité, en réunissant ces contributions, suivre l'exemple de la jeune Madame de Staël, quand elle n'était encore que Germaine Necker et qu'elle justifiait sa hardiesse à écrire, à la veille de 1789, sur Jean-

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Jacques Rousseau par ces mots: «J'ai senti le besoin de voir mon admiration exprimée». Ce petit livre a donc quelque ambition: celle de clarifier, par l'écriture, une fascination que presque un demi-siècle n'a fait que rendre plus profonde et aussi plus prudente; je ne sais si je dois dire tempérée ou raisonnée. Et j'ose espérer faire partager un peu de ce que je nomme admiration ou fascination. Ce ne sont pas là les seules intentions qui ont présidé à ce mince recueil. Le titre que j'ai retenu, Les aventures de la lecture, n'a pas seulement été choisi pour le clin d'œil qu'il fait avec les aventures « inouïes, extraordinaires, jamais vues» de l'Ingénieux hidalgo. J'ai observé dans les lectures que j'ai multipliées quelques principes que je juge simples, stimulants, et que je livre ici, une fois de plus, comme si je les redisais à mes étudiants, dans un séminaire. Et d'abord cette proposition de bon sens, mais contraignante, comme une sorte de contrat passé entre le texte et le contexte. Elle est de Marcel Raymond, dans son livre si personnel intitulé Le sel et la cendre (Lausanne, l'Aire, 1970 : 277) : « S'il n'y a pas de «vrai sens» d'un texte, il y a toutefois des sens que le texte refuse». Je trouve une autre recommandation sous la plume de Jean-Pierre Richard, dans sa préface à Poésie et profondeur (Seuil, 1955 : 10) : «Ce qui signale toute grande œuvre d'art, c'est sa cohérence interne ». Dans ces conditions, il voyait la lecture comme l'acte de « lier des gerbes de convergences» . Je vois dans ce principe l'invitation à prendre le texte littéraire comme un espace ou un morceau de musique, c'est-à-dire un ensemble dont l'élaboration première et ultime vise à rompre la fatalité de la poétique (du moins occidentale): la linéarité de l'écriture et de la lecture. Il s'agit donc non seulement de dialoguer avec des mots, mais de retrouver dans le texte un système d'échos, de correspondances, de répétitions ou de ruptures, d'entrelacements 9

thématiques qui font du texte un espace et non une suite de phrases, de séquences, de chapitres. Or, l'un des aspects fascinants de l'écriture cervantine est précisément cet enchaînement de chapitres qui en fait une préfiguration de feuilleton (<< l'on verra que... ») dans un ensemble qu'on Où peut à bon droit qualifier d'organique. Il s'agira alors de faire que le trajet de la lecture coïncide avec le projet de l'écriture. Précisons: faire que la lecture capte au plus près la logique d'une écriture et d'un imaginaire. Jean Rousset, dans la préface claire et dense qu'il a donnée à Forme et signification (J. Corti, 1962, rééd. 1989 : Il) propose un troisième principe qui vaut pour ceux qui veulent se changer en interprète du texte: « L'œuvre est tout ensemble une fermeture et un accès, un secret et la clé de son secret ». Je veux voir dans cette sorte de règle poétique une mise en garde contre toute tentation de plaquer sur le texte un système interprétatif, ce qui revient à tenir le texte pour négligeable en regard de ce qu'il cache et que le critique déclare voir, de façon plus nette et plus évidente que tous ceux qui l'ont précédé. Il convient de transformer sa lecture en une « interprétation », en jouant sur le sens qu'il peut avoir en musique ou au théâtre. Jean Starobinski a écrit quelque pages sur «Le texte et l'interprète» (Faire de ['histoire, Folio, Gallimard, II, 168-182) qui vaudraient la peine d'être reprises. Il s'agit, si je puis les résumer, d'écarter deux tentations et deux abus: celui du trop grand respect de la lettre du texte, une critique de « restitution », une sorte de lecture où la fidélité n'est qu'un alibi pour faire passer la paraphrase ou l'érudition encombrante et non éclairante, et celui de la trop grande hardiesse qui aboutit à ce que la voix du critique «couvre la voix du texte ». Entre les deux excès, il y a une voie moyenne qui est celle de l'entrée en sympathie, de l'attention flottante chère à Leo Spitzer que Starobinski a préfacé, mais qui n'ira jamais jusqu'à la critique d'identification pour laquelle Georges Poulet a si intelligemment plaidé. Il faut qu'à un moment donné 10

surgisse ce que j'appellerais une « trahison créatrice», celle qui arrive à concilier une certaine lecture immanente du texte avec ce qui sera l'apport personnel, l'accent personnel du critique devenu interprète. La critique alors se fait médiation, mieux: intercession. Je tiens à ce terme. Et l'interprétation, parce qu'elle est «relation critique », formule heureuse de Jean Starobinski, passage, transaction, peut devenir un « acte de connaissance ». Je ne prétends ici qu'apporter des moyens de lire autrement. Leo Spitzer qui vient d'être cité termine son article programmatique « Art du langage et linguistique» recueilli dans Etudes de style (Gallimard, TEL, 1980 : 78) par une admirable définition de ce que sont les exigences complexes, voire contradictoires de la lecture telle qu'il la pratique: «La lecture au sens plein requiert une étrange coexistence de deux attitudes opposées de l'esprit humain: contemplation d'un côté et de l'autre mimétisme protéique. D'une autre manière: une patience sans défaut, qui s' « ancre» dans le livre en attendant que des formes latentes se libèrent en nous dans un processus de création recommencée ». Perspectives exaltantes, mais d'une exigence redoutable: à vouloir « recommencer» le Quichotte on court le risque d'être un petit Pierre Ménard, sans le génie de Borges. Reste la « patience ». Je prends ce mot, je l'ai fait mien tout au long de ces lectures cervantines, comme un pari que l'on fait à soimême: réconcilier la discipline avec l'imagination.

Il

1. L'INVENTION DU ROMAN

On raconte qu'Ulysse, las de tant de prodiges Versa des pleurs d'amour en voyant son Ithaque humble et vert. L'art est cet Ithaque de verte éternité, non de prodiges. Jorge Luis Borges, Art poétique

« Quoi ajouter sur son oeuvre qui ne grince pas comme un disque rayé?» C'est la variante du «Tout est dit» que choisit Vargas Llosa, Prix Cervantes en 1994, pour ouvrir le discours sur Cervantes, c'est-à-dire sur le Don Quichotte, que chaque lauréat se doit de prononcer (Imagenes escritas: 20 aPiosdel Premio Cervantes, Alcala de Henares, 1997 : 329). Il raye cependant une fois de plus le disque en question lorsqu'il tient à faire remarquer, parce qu'on en aurait moins parlé, que le Quichotte est aussi une fiction sur la fiction (una jiccion sobre la jiccion...). Contrairement à ce qu'avance l'illustre romancier péruvien, l'idée est à ce point ancienne qu'on peut en faire l'histoire. On peut la refaire en chaussant les bottes de sept lieues. Seul le point d'arrivée importe: le Don Quichotte peut être (ou doit être) tenu comme le premier roman «moderne». Le genre romanesque aurait donc son ancêtre. Mais si le roman moderne a trouvé son commencement, la question gênante, incongrue, du commencement de ce commencement reste sinon entière, du moins posée. Il faut alors passer de la perspective historique à une lecture poétique, une réflexion sur l'élaboration d'un texte comme espace de création. Ou mieux: dans le cas du Don Quichotte, il est plus exact de parler 13

d'invention. L'adoption de ce mot n'est pas sans conséquences sur l'interprétation qu'on peut donner de l'écriture cervantine. *** Il y a quelque risque à poser comme «moderne» une oeuvre qui se présente, dès le début, comme moderne: celui d'enfoncer une porte ouverte. Le narrateur qui a commencé l'histoire d'un certain Don Quichotte de la Manche part, on s'en souvient, à la recherche de la suite de cette même histoire qu'il juge être «moderne»/ moderna, (et non «récent ») puisqu'elle mentionne, dans la bibliothèque de l'hidalgo, des livres appelés eux aussi «modernes» (I, IX, 95-96). Moderne est à prendre ici au sens étymologique du mot, l'un des derniers legs du bas-latin au monde moderne, note malicieusement Ernst-Robert Curtius (cf. sur ce point Hans-Robert Jauss, «La "modernité" dans la tradition littéraire et la conscience d'aujourd'hui», Pour une esthétique de la réception, Gallimard, 1977 : 159). Le mot renvoie à une époque récente pour celui qui l'utilise. N'est-il pas dit d'ailleurs, dès le début, que l'hidalgo vivait «il n'y a pas longtemps »/ no ha mucho tiempo ? Comme le remarque justement Hans-Robert Jauss, le moderne est toujours à prouver, à refaire, à reconstruire. La modernité du QUichotte se juge aussi aux multiples lectures «modernes» qu'il a suscitées, preuve par ailleurs d'un très vif succès qui n'exclut ni les lectures qui s'appuient sur les méthodes les plus «modernes», ni les malentendus. Pour les rencontres avec la modernité, on a l'embarras du choix. On peut avoir une idée des nombreuses lectures faites depuis plusieurs décennies en consultant l'utile synthèse de José Montera Reguera (El Quijote y la critica contemporanea, Alcala de Henares, Centro de estudios cervantinos, 1997). Citons un exemple. Dans Otra manera de leer el Quijote (Castalia, 1997), Augustin Redonda lit le Quichotte à la lumière des traditions populaires et la carnavalisation bakhtinienne. 14