Les Cent fables

Les Cent fables

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Français
236 pages

Description

LE fils d’un brave laboureur,
Avec une ardeur sans égale,

Du bon curé du lieu, du vertueux pasteur,
Recevait chaque jour des leçons de morale.

De la vertu, sous de riantes fleurs,
L’austérité cachée avec adresse,

Loin d’effaroucher sa jeunesse,
Lui présentait mille douceurs ;
Bref, l’école de la sagesse

Offrait à ses regards la source du plaisir.

Le bon curé vient à mourir :

Pour le père et l’enfant quelle douleur cruelle !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 24 novembre 2016
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EAN13 9782346127474
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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J.-M.-A.-C. Uu Bois-Halbran
Les Cent fables
PRÉFACE
Nous avons eu beaucoup de fabulistes : si tous n’on t pas fait de bonnes fables, presque tous se sont du moins piqués de nous donner sur la fable de savantes dissertations. Ils ont dit à quelques-uns ce qu’ils ignoraient encore, à d’autres ce qu’ils savaient déjà, à tous ce qu’il leur était à peu prè s inutile de savoir.... Ils ont expliqué comment Esope pour avoir fait des fables mérita le nom de Sage, et comment Socrate, parce qu’il était déjà Sage, mit en vers l es fables d’Esope. Ils n’ont rien omis enfin pour faire comprendre à ceux qui ne le compre naient pas encore, et pour rappeler à ceux qui l’avaient déjà compris, combien l’apologue, sur le ton de l’enjouement, sous l’apparence même de la frivolité , est un genre de composition propre à intéresser, digne d’attention et d’estime. ... En ceci ils n’ont, il est vrai, rien fait de trop ; car il est des lecteurs, je l’avoue, qui ont besoin de ces sortes d’explications pour apprendre à former sur le jugement d’autrui le ur propre jugement, et qui, j’en suis sûr, renverraient volontiers à des espritsfrivolesle soinpuérilde faire des fables, s’ils ne savaient que des philosophes en ont fait, et que c’est même par là qu’ils se sont surtout montrés philosophes...... Je sais donc gré à mes prédécesseurs de la petite peine que, sous ce rapport, ils se sont donnée, pui squ’ils me dispensent de me la donner moi-même, et puisque d’ailleurs en plaidant ainsi leur propre cause, ils ont, par anticipation, si bien plaidé la mienne. Mais ce qui me paraît moins adroit de leur part, c’est d’avoir proposé comme genre d’imitation le ge nre pour eux inimitable de La Fontaine, et de s’être efforcés de démontrer qu’on ne pouvait, sous peine de faire de mauvaises fables, se dispenser de les faire comme l ui, tandis que c’est précisément ce qu’ils n’ont pas su faire.... En effet, si ces m essieurs, en général, ont semblé raisonner d’une manière spécieuse à cet égard, j’av oue qu’ils me paraissent bien plus ingénieux dans le précepte qu’heureux dans l’applic ation. On retrouve peu dans leurs fables la finesse enjouée, le naturel aimable dubon homme,moins que tout le et reste, surtout, cette désespérante naïveté qui le c aractérise si fort, et qui est comme le cachet dont il a empreint ses pages immortelles... Disons-le toutefois, La Fontaine n’a pas toujours été lui-même : il s’est quelquefois ét onnamment négligé. Il a des traits de mauvais goût, sa versification est de temps en temp s prosaïque, le choix de ses sujets n’est pas constamment heureux, ses moralités sont s ouvent forcées, ses conclusions mal déduites, et ses naïvetés même ne sont pas touj ours les bien venues : elles servent quelquefois à développer une pensée qui eût gagné à se laisser deviner, et elles ne font ainsi que détruire soit une finesse d e style, soit même une excellente épigramme. Il n’est pas d’auteur enfin qui soit, je crois, plus inégal, plus inférieur à lui-même que l’est assez fréquemment La Fontaine ; car, comme l’a dit d’ailleurs un littérateur distingué, ses négligences sont excessi ves et souvent extraordinaires. Il ne faut donc pas, sans examen, trouver admirable tout ce qu’a fait La Fontaine, parce que c’est La Fontaine qui l’a fait ; mais il faut s e dire que si lefablier n’a pas toujours porté des fruits également beaux et savoureux, il e n a du moins produit suffisamment de cette nature pour repaître à la fois et charmer notre esprit. Je m’arrête ici, et je me présente. Aprés avoir osé juger les autres, j’ai la témérité de m’exposer moi-même au jugement du public. Voici mon recueil. Il ne m’appartient pas sans doute d’en dire du bien ; mais pourquoi en dir ais-je du mal ? Je ne ferai ni l’un ni l’autre ; car si l’orgueil est presque toujours le vice des sots, la modestie est souvent 1 aussi la vertu des dupes .... En taisant donc ici ce que je pense de mon ouv rage, j’attendrai du tribunal suprême l’arrêt qui devra o u confirmer ma pensée, ou dissiper
mon illusion. Je pouvais depuis long-temps provoquer cet arrêt ; mais je ne me suis pas pressé. Si ce livre tombe par hasard dans les mains de M. C reuzé de Lesser, il s’en apercevra : il y a déjà plusieurs années que le man uscrit lui fut présenté par un de mes amis. Il eut la bonté de le lire avec attention , et l’honnêteté d’en faire l’éloge. L’opinion d’un littérateur aussi distingué, d’un ju ge aussi éclairé que l’est M. Creuzé de Lesser, m’eût sans doute encouragé à faire alors im primer ces productions, si des motifs particuliers ne s’y fussent opposés. Ginguené, homme de lettres d’ailleurs estimable, no us a laissé quelques fables assez faibles, et qui sans doute n’ont pu rien ajou ter à sa gloire littéraire ; mais il nous apprend du moins (et c’est toujours quelque chose) qu’il était à la campagne quand il les composa ; qu’il avait trouvé dans cette composi tionlibre etrapide de très douces jouissances, et qu’enfin si ce genre de diversion p our lui n’avait fait de mal à personne, il lui avait, à lui, fait beaucoup de bie n. Je l’en félicite de tout mon coeur ; et c’est justement ce que j’aurais aussi à dire moi-mê me si ces sortes de confidences pouvaient intéresser beaucoup le public.... Une chose cependant dont il ne me paraît pas tout-à -fait inutile d’instruire mes lecteurs, c’est que les fables de mon recueil qui s ont présentées comme traduites de l’allemand, de l’anglais et de l’espagnol, sont, en général, bien moins des traductions fidèles que des imitations des fables des divers au teurs cités, et que, surtout, le tour que je leur ai donné n’est pas toujours celui qu’el les ont dans la langue primitive. Je laisse à ceux qui connaissent ces langues le soin d e s’en convaincre, et le plaisir d’en décider.
1Je dis chez les palens, et les portes le sont.
LIVRE PREMIER
FABLE I
Le Laboureur et son Fils
LE fils d’un brave laboureur, Avec une ardeur sans égale, 1 Du bon curé du lieu, du vertueux pasteur, Recevait chaque jour des leçons de morale. De la vertu, sous de riantes fleurs, L’austérité cachée avec adresse, Loin d’effaroucher sa jeunesse, Lui présentait mille douceurs ; Bref, l’école de la sagesse Offrait à ses regards la source du plaisir. Le bon curé vient à mourir : Pour le père et l’enfant quelle douleur cruelle ! « Après lui, dit le père, il faut tirer l’échelle : Ah ! de vertu, mon fils, plus de leçons pour toi ! — Comment ! plus de leçons ? expliquez-moi pourquo i ? — Pourquoi ? c’est que, mon fils, ce serait un sca ndale Qu’on osât à présent te parler de morale. — Quiconque le ferait, selon vous aurait tort ? — Eh ! mais, vraiment, la question est bonne ! Le bon curé n’est-il pas mort ? Il en parlait mieux que personne. » Pour moi, loin d’approuver cet esprit égaré, (Dussé-je me trahir en plaidant cette affaire) Je dis qu’après avoir entendu le curé, On doit aussi parfois écouter son vicaire.....
1Ce bon cuté s’appelait, dit-on,La Fontaine.
FABLE II
La Violette et la Rose
Silvain voulut un jour à bergère jolie Offrir l’emblème heureux de la simplicité, De la pudeur et de la modestie, Que présentait à son œil enchanté Ce tendre objet, cette amante chérie. Où trouver cet emblème ? hélas ! dans une fleur : C’est vous nommer la violette. Il la cherche long-temps, et long-temps sous l’herb ette Elle se cache avec pudeur. Le mérite pourtant, comme dans une belle, Dans une fleur doit percer tôt ou tard ; La violette a beau fuir un regard, Il faut que son parfum tôt ou tard la décèle, Qu’en captivant nos yeux elle cède à son sort. Par son parfum aussi celle-ci fut trahie : Silvain la voit, la cueille avec transport : « Ah ! je vais donc, dit-il, t’offrir à mon amie ! » Une rose était là ; mourant de jalousie, Elle adresse ces mots à mon jeune Silvain : « Pour mes attraits, réponds, d’ou te vient ce déda in ? Depuis une heure au moins qu’ici j’offre à ta vue Dans ces puissans attraits les dons si précieux Dont la nature m’a pourvue, Quoi ! tu ne daignes pas sur moi jeter les yeux ? Quoi donc ! quand mon éclat qui brille en ta présen ce Te dit de m’admirer, t’invite à me cueillir, Tu vas, pour m’outrager, donner la préférence A l’humble fleur qui, dans son innocence, Semblait, en se cachant, t’éviter et te fuir ? — Oui, la fleur qui se cache eut toujours mon suffrag Répond Silvain, je ne puis le nier. Apprends que de nos cœurs pour mériter l’hommage Une fleur doit le fuir et non le mendier. »
FABLE III
Les Grenouilles
Les grenouilles jadis avaient aussi leur culte ; Elles adoraient le soleil. Tous les matins, à son réveil, Elles sortaient de l’eau, s’assemblaient en tumulte , Dans leur séjour fangeux sautaient à qui mieux mieu x, Deçà, de là, partout ; cédant à l’influence De l’astre qui, du haut des cieux, Prodiguant ses faveurs, exerçant sa puissance, Leur rendait son aspect si doux, si précieux. Après avoir goûté ces plaisirs sympathiques, Et calculé l’effet de leurs rauques accens, Nos mélomanes aquatiques, Levant les yeux au ciel, entonnaient des cantiques Qui portaient au soleil leurs vœux, et leur encens. Un jour (voyez un peu l’impie !) Pendant qu’à la cérémonie Chacun donnait ainsi son respect et son cœur, Une des dames, sans pudeur. Se livrait à maint jeu frivole, Et, se moquant de tout cet appareil, Dans son mepris riait comme une folle De voir le peuple adorer le soleil..... Enfin, l’une de nos pieuses La remarque, et lui dit : « 0 ciel ! que faites-vou s ? — Ce que je fais ? vraiment, mes pauvres radoteuse s, Je ris de voir ces sottises chez nous. — Sottises ! reprit l’autre, ah ! quelle audace ex trême ! Quoi ! c’est ainsi qu’à la frivolité ous osez, misérable, ajouter le blasphème De votre affreuse impiété ! Quoi ! lorsque le soleil nous montre sa puissance Et nous comble de ses bienfaits, ous laissez donc à vos forfaits Le soin de témoigner votre reconnaissance, Et vous ne l’invoquez jamais ? — L’invoquer ? eh ! parlez, répondez, ma commère : Où donc est ce soleil qui si fort vous séduit ? Je ne le vis jamais. La raison me conduit, Et me met au dessus d’une telle chimère. — ous ne vîtes jamais le soleil ? — Nom, ma foi. — os veux sont pourtant bons ? — Très bons, je vo us assure. — Portez-les donc la-haut ; regardez. — Eh bien ! quoi ? — ous ne le voyez pas ? — Non vraiment, je vous jure... »
Se refuser à voir le soleil quand il luit ! oilà, me direz-vous, une étrange entêtée ! D’accord ; mais parmi nous, s’il veut être un athée , L’homme à ce point toujours n’est-il donc pas rédui t ?