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Les chaussettes de Sékou Touré

De
198 pages
La dernière enquête du commissaire Cortado l'englua au fin fond de la Bretagne comme un Fou de Bassan au beau milieu d'une marée noire. De retour de cet ultime fiasco, s'apprêtant à s'enfoncer dans la retraite comme dans d'étouffants sables mouvants, le voilà projeté, contre toute attente, au coeur de l'Afrique éternelle, à la recherche d'un journaliste disparu...
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Jean-Jacques MicheletLes chaussettes
de Sekou Toure
Les chaussettes
Roman
de Sekou Toure
La dernière enquête du commissaire Cortado l’englua au
fi n fond de la Bretagne comme un Fou de Bassan au beau
milieu d’une marée noire. De retour de cet ultime fi asco,
Romans’apprêtant à s’enfoncer dans la retraite comme dans
d’étouffants sables mouvants, le voilà projeté, contre toute
attente, au cœur de l’Afrique éternelle, à la recherche d’un
journaliste disparu…
Plus politique que policier, cet opus accusateur lui
permettra-t-il d’échapper au naufrage généralisé afi n de
se retrouver lui-même ?
Jean-Jacques Michelet est comédien et écrivain depuis
le dernier millénaire. Sur ses très nombreux textes (pièces
de théâtre, nouvelles et romans), une trentaine a été
publiée dans différentes maisons d’édition.
Outre les voyages intérieurs vers lesquels il oriente ses
vieux jours, l’auteur partage le peu de temps qui lui reste
entre la France et les Îles Canaries.
ISBN : 978-2-343-05179-6
19
Jean-Jacques Michelet
Les chaussettes de Sekou Toure












Les chaussettes de Sékou Touré




Jean-Jacques Michelet















Les chaussettes de Sékou Touré

Roman















































































Du même auteur
L’Harmattan
Le radis radin
De mal en pie
Chat déménage !
Afrique, assez ?
L’enfant de Pluton
La tournée des grands ducs
Mirage
Oseille et pissenlits
Bonne mère !
Le poulet veille au grain
Chapeaux ronds et idées courtes
Bribe… (Thomas Berjac)
À la queue gît le venin… (Louis Boulou)
Édilivre
Boudi Song ! (Jean-Michel Jacquey)
Le fauve de l’Yonne (Jean-Michel Jacquey)
Le petit Vaucharme -Michel Jacquey)
Cortado marne en Haute-Marne (Jean-Michel Jacquey)
Chagrin d’amour… (Bruno Cortado)
La planète modèle (Paloute Désiré M’Boulou)
Les toilettes sont au fond de l’espace (Paloute Désiré M’Boulou)
De l’autre côté du temps (Juan Talquito)
Kaos
Le piège
Keraban
Fleur a disparu !
Lucie
La perle magique
Sombres tropiques (Louise Bobet)
La Tête De Mule
(Illustrations Éric Souverain)
Haïda
Grégoire Kerdruc et le livre enchanté
La princesse de Gao
CDS (www.la-tete-de-mule.fr)
(Musiques Laurent Chiffot et Patryk Lory)
L’enfant de Pluton
Chat déménage !
De mal en pie










© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05179-6
EAN : 9782343051796




« Hormis ses trépidantes activités parisiennes, les enquêtes
rurales du commissaire Cortado le conduisirent d’abord
dans le centre de la France (Allier, Yonne, Haute-Marne,
Puy de Dôme), avant de lui faire mettre le cap plein ouest
(Finistère).
L’appel du large ressenti alors – ainsi que les terribles
aléas de la vie – ne pouvait qu’exploser son horizon
étriqué pour le projeter par-delà les mers, au cœur de
l’Afrique mystérieuse !
Outre les nombreuses qualités littéraires et humaines de
l’ouvrage, ce cheminement me touche d’autant plus que je
dus autrefois faire la route en sens inverse depuis ma chère
Côte d’Ivoire… »

Paloute Désiré M’Boulou (in Ivoria.)






















































« L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans
chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans
carburant. »
Omar Bongo





























































À Boudi, sans qui je ne serais pas là…





























Prologue


La messe déjà ne fut point une sinécure. Lui qui détestait
les églises dut supporter les courants d’air glacés sur son
complet trempé, un curé barbant qui pensait à autre chose
qu’à son prêche et surtout une flopée de collègues, dont
certains chuchotaient en le regardant à la dérobée. Il
n’avait certes jamais ressemblé à un jeune premier, mais
affichant cinquante kilos en trop et une gueule chiffonnée
par tant de nuits sans sommeil, inutile de sortir un flingot
pour effrayer quelque malfrat croisant son chemin avec de
malveillantes intentions !
Le divisionnaire Bruno Cortado enterrait son chef et bien
qu’ils se chamaillassent souvent durant leur carrière
1commune au sein de la PJ parisienne , ils savaient au final
pouvoir compter l’un sur l’autre. Or, le commissaire
sentait suinter autour de lui l’indifférence – qui horripilait
tant Bécaud –, comme s’il pesait à tous ces cons de devoir
se farcir la cérémonie. Et ça lui faisait foutrement mal !
Durant une heure, dans une immobilité statutaire, il évita
de regarder le cercueil de Saumâtre et les proches
effondrés, persuadé depuis toujours de finir au fond du
trou le premier. Bien qu’il fixât la pointe de ses godasses
impeccablement cirées, il ne pouvait cependant ignorer les
sanglots étouffés de l’épouse et des enfants… En creux
(malgré ses formes exagérément rebondies), ceux-ci
provoquaient d’égoïstes souffrances. Renforcé par ce goût
immodéré de l’autoflagellation, il n’imaginait en effet
personne pleurer lorsqu’il enfilerait à son tour le costume
en sapin.
Puis, il fallut suivre la boîte jusqu’au cimetière du village ;
quelle idée d’abandonner Paname pour ce dernier

1 Voir à ce sujet les cinq volumes précédents.
13 voyage ?! Pour le coup, la pluie battante se transformait en
alliée, dans la mesure où elle masquait correctement ses
larmes. Sans préavis, un tsunami émotionnel s’était
emparé de cézigue alors que les croque-morts installaient
les cordes pour la descente. Des flots de sécrétions
lacrymales trop longtemps contenues se mélangeaient à
l’averse.
Merde, il ne manquait plus que ça ! Un faux derche du
ministère dépliait une feuille et s’avançait dans l’intention
manifeste de prendre la parole. Renvoi d’ascenseur
minimal quand on songeait que Saumâtre dût se goinfrer
conférences de presse, réunions à la con et autres cocktails
imbitables de forfanterie avant de grimper dans la
hiérarchie… Bruno regrettait leurs innombrables prises de
bec à ce sujet.
En tout cas, le trou du cul dépendeur d’andouilles* venait
sûrement de chez les jésuites car il se composa sans effort
la tronche compassionnelle adéquate.
- Mesdames et messieurs, chers amis. Le ministre de
l’intérieur devait bien évidemment assister à cette triste
cérémonie, mais un imprévu de dernière minute
l’empêche hélas de se trouver parmi nous. En tant que
directeur de cabinet, c’est donc un honneur pour moi de
le représenter.
Inutile de revenir sur les paroles touchantes prononcées
par le prêtre. Vous tous ici rassemblés savez combien elles
sonnaient terriblement juste. Je m’attacherai simplement à
retracer dans les grandes lignes la carrière de cet
exemplaire serviteur de l’état. Sorti major de sa
promotion, il intégra aussitôt le prestigieux Quai des
Orfèvres où il sut se montrer brillant meneur d’hommes.
Le déménagement prévu l’an prochain permettra à n’en
point douter à ses successeurs de travailler dans de
meilleures conditions de confort et de modernité. Je
piloterai personnellement cet ambitieux projet et
14 l’enthousiasme…hum…mais pardonnez cette digression
hors sujet.
- En effet, ducon ! Songea Bruno à deux doigts d’aller lui
foutre son poing sur le tournant de la gueule, histoire
justement de le recentrer. Au lieu de quoi, il décrocha du
dernier rang où il tentait de se tapir, pour s’éloigner avec
autant de discrétion que permettait l’allée de graviers
crissant de rage sous son poids.
Il connaissait mieux le parcours de son ami que cet
énarque coincé du cul, mais la lâcheté surtout l’incitait à
s’enfuir comme un malpropre. Il atteignait l’âge où l’on
affichait un sacré paquet d’enterrements au compteur.
Serrer la paluche de la famille clouée par le chagrin, en
bredouillant des condoléances creuses lui devenait
insupportable, bien qu’il ne fût pas le plus à plaindre dans
l’histoire.
Il se glissa donc derrière le volant de la bagnole de
location avec la grâce d’un vieux matou arthritique et
obèse. Malgré de longues recherches, il ne parvint nulle
part à trouver d’agence qui proposât des 309 et dut se
rabattre sur une vulgaire Clio peu spacieuse.
Au sommet d’une petite côte grimpant au bourg – alors
qu’il jetait un regard énamouré à un troupeau de placides
Limousines –, il faillit écraser l’abruti qui au milieu de la
route faisait des signes péremptoires. Autre raison pour
laquelle il rechignait à quitter Paris : ce genre de nuisible
n’y proliférait pas…
- Gendarmerie Nationale. Présentez-moi les papiers du
véhicule ainsi que votre permis de conduire.
- Je crois que je l’ai oublié.
- Mais vous l’avez ? Humour largement en dessous du
niveau de la mer. Le manque de réaction à sa blague
merdique contraint pépère à enchaîner. Savez-vous
pourquoi je vous arrête ?
- Non.
15 - Vous demeurez donc dans l’inconscience coupable
d’avoir grillé un stop ?
- Dans ce bled ? Il ne servirait qu’à remplir vos caisses !
- Désolé, ce n’est nullement moi qui fais les lois. Bruno se
retint de lui dire qu’il s’en doutait. Savait-il seulement lire,
avec une telle tête d’icaunais consanguin ? Il vous en
coûtera pour cette grave infraction cent trente-cinq euros
et nonobstant un retrait de quatre points.
- Quoi ?
- Je dis bien, et. On ne choisit pas avec nous, on gagne
fatalement sur les deux tableaux ! Et de partir d’un rire
aigu de babouin décérébré. Veuillez patienter pendant que
mon collègue rédige le procès-verbal.
Durant le temps excessivement long que l’autre
analphabète se souvienne comment assembler les lettres
jusqu’à former des mots, il ramena cinq autres
automobilistes dans le filet grossier de son racket (en gros
l’intégralité des infortunés ayant choisi d’emprunter ce
chemin). Signez ici.
- Je peux y aller ?
- Que nenni malheureux, pas d’imprudence ! Je dois vous
guider pour regagner en toute sécurité le flot
circulationnel.
Le pire du pire, il ne se foutait même pas de sa gueule,
dans un patelin qui devait compter davantage de tracteurs
que de véhicules normaux. Cortado parvint à faire
retomber la bouffée de haine qui lui rongeait les entrailles,
précisément en songeant à Saumâtre. Lui ne pourrait plus
jamais se mettre la rate au court-bouillon…
Il songea à une phrase définitive prononcée naguère par
son chef, en découvrant à l’accueil un mecton
particulièrement niais : « Ce flic est tellement con qu’on
dirait un gendarme ! » Il souscrivait pour le coup à cent
pour cent à la formule. Non que la sanction le dérange,
dans la mesure où il ne conduisait pratiquement plus, mais
16 il aurait en revanche préféré s’envoyer dans la lampe cent
trente cinq euros de boustifaille plutôt que les laisser choir
dans le coffre sans fond de l’état.
Contournant Montereau par une voie secondaire – histoire
de ne point raviver le souvenir désastreux de son père aux
2Jonquilles –, il ressentit soudain l’impression fugace
qu’on le suivait. Deux voitures évidemment pouvaient
s’engager sur cette route improbable, mais malgré la pluie
battante et le jour tombant comme un couperet, il se
souvenait d’un modèle semblable stationné sur la place où
les trépanés du bulbe le dévalisaient au nom de la sécurité
publique.
À moins qu’il s’enfonçât davantage dans sa paranoïa
chronique…
Le Singe* sombra dans le coma le jour de son retour de
3Bretagne et grâce à l’accord de la fille aînée, il put rester
dans la chambre durant les douze nuits d’agonie, dans
l’espoir qu’il se réveillerait.
Handicapé des sentiments depuis l’enfance, Cortado vit
partir sa grand-mère chérie et ses parents sans trouver les
mots ou gestes de tendresse. Quant à Isabelle, depuis
combien d’années ne songeait-il plus à la déchirure
ressentie lorsqu’elle s’envola sans retour pour
4l’Australie ?
Il voulait donc se rattraper en déversant sur son ami des
tonnes d’amour. On ne répare hélas jamais rien et
Saumâtre mourut sans rouvrir les yeux, le rejetant dans
son abîme de solitude.
La Mégane suivait toujours, mais c’est en zigzaguant de
manière erratique à travers plusieurs arrondissements
parisiens qu’il leva les derniers doutes. Nul besoin d’un
prix Nobel de mathématiques pour évacuer les probabilités

2 Le fauve de l’Yonne. (2006)
3 Chapeaux ronds et idées courtes. (2013)
4 Le poulet veille au grain. (2012)
17 d’un tel hasard, aussi crédible que l’innocence d’Émile
Louis.

































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