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Les Chroniques du Clëus

De
322 pages

Lorsqu’une fée a enfreint la loi la plus importante du grimoire des harmonies universelles, en offrant le baiser de clairvoyance à un jeune humain, elle a mis en branle les sombres rouages du destin.

Le mauvais augure du roi Pern est sur le point de se réaliser, mais comme en écho, une autre prophétie bien plus ancienne se réveille à son tour. Sylvestre et Ellunia pourront-ils lutter contre ces obscures magies ? Ou seront-ils happés par elles ? Survivront-ils aux nombreux dangers qui jalonnent leur chemin ? Ou périront-ils sous les coups de leurs ennemis tapis dans l’ombre ? La balance de la destinée vacille, mais de quel côté penchera-t-elle ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre
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Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-92965-5
© Edilivre, 2016
Remerciements
e tiens à remercier mes parents, mon frère, mon oncle, Alice, Jean-Philippe, Mélissa, Alex, Véronique, J ainsi que toutes les personnes qui m’ont aidé et soutenu dans cette formidable aventure littéraire. Je souhaite également remercier Mr Maunier, sa femme et sa sœur cadette pour avoir prit de leurs temps et ainsi m’apporter une aide qui me fut si précieuse. Et pour finir, je tiens à remercier tout particulièrement les personnes qui vont plonger dans cette aventure qui sera, je l’espère, aussi riche pour eux qu’elle le fut pour moi.
Prologue
Faëria, dans les plaines Espérienne… Sur le champ de bataille, les soldats retenaient leur souffle avec anxiété. Au milieu des corps meurtris, brisés ou moribonds, se tenaient deux hommes face à face. Hormis le gémissement des blessés et des mourants, le silence se faisait le témoin de ces instants historiques. L’un d’eux portait une armure d’argent entrelacée d’arabesques d’or et tenait dans sa main droite une épée resplendissante, la légendaire Excalibur, tandis que dans sa main gauche, gantée d’acier, se trouvait un écu épais et solide. Sa carrure était plus qu’impressionnante, près de deux mètres de muscles noueux et saillants. Au centre de ses larges épaules carrées était vissé un véritable cou de taureau. Ses cheveux étaient bruns, mi-longs et glissaient constamment sur son front volontaire. Ce dernier était ceint par un bandeau de tissu rouge dont les extrémités virevoltaient dans son dos puissant. Ses yeux francs et rieurs étaient d’un profond bleu arctique pénétrant. Enfin, sous son nez camus, se trouvait une fine et longue moustache tombante aussi noire que ses cheveux. Cet homme tout caparaçonné d’acier n’était autre que le seigneur Ken-Rhyl, le leader de l’Ultime Compagnie, le célèbre groupe de héros Wontanien. Face à lui se campait un homme légèrement moins imposant, mais le dépassant néanmoins d’une bonne tête : Sire « Greywolf » Pern, le roi tristannien, car c’était bien lui, n’en doutez pas. Il était venu envahir le paisible pays de Faëria. Heureusement, et contre toute attente, sa tentative de soumission venait d’essuyer un cuisant échec. La magie qui faisait la force de son armée venait d’être scellée, entraînant la déroute définitive de ses troupes. Ce roi vaincu, mais loin d’être terrassé, portait une armure de mailles en acier d’un gris anthracite, sur laquelle, retombant dans son dos jusqu’à ses talons, était attachée une immense cape en fourrure grise. Sur chacune de ses épaules était enchâssée une tête-de-loup en argent la retenant dans ses crocs luisants. Sa taille, ses cuisses, ses jambes et ses bottes étaient confectionnées dans le même cuir robuste et souple d’un noir de jais. Un effrayant casque en forme de gueule-de-loup aux canines acérées protégeait sa tête d’où on pouvait apercevoir une paire d’yeux sans pupille fixer le seigneur Ken-Rhyl avec animosité. Pour finir, dans ses mains crispées, il serrait une longue lance sombre faite en démonium, un métal plus solide que le diamant. – Baissez votre arme et rendez-vous, ordonna le seigneur Ken-Rhyl d’une voix calme et impérieuse. Votre armée est tombée, toute résistance est futile désormais. Vous êtes cerné, tout est terminé. Le roi serra la mâchoire de colère sans le lâcher des yeux, puis, d’un regard circulaire, il jeta un œil sur le champ de bataille encore fumant où gisaient ses soldats défaits. Il soupira. – Certes, je reconnais ma défaite, dit-il avec amertume. Néanmoins, reprit-il le bras tendu en plantant le manche de sa lance dans le sol avec force, j’ai une requête. – Dans votre position vous n’êtes pas vraiment en mesure de faire une telle demande, mais je l’écouterai eu égard à votre rang. Le roi Pern acquiesça. – Dans ce cas, je réclame le droit au duel selon l’Antique Code. – Le droit au duel, répéta doucement Ken-Rhyl en lissant distraitement sa moustache après avoir rengainé son épée. Cela fait des siècles que personne n’y a eu recours. Et quelles en sont vos clauses ? – Elles sont simples. Si vous sortez victorieux, votre triomphe sera total et toute menace que je pourrais représenter dans le futur serait alors étouffée dans l’œuf. Par contre, continua-t-il avec feu, si c’est moi qui vous terrasse, vous vous engagez à nous laisser rentrer, moi et mes hommes, dans notre monde, sains et saufs. – Notre victoire est déjà totale et sans appel, de plus, vous ne représentez plus la moindre menace, qu’elle soit présente ou future. Si j’acceptais votre offre, j’aurais tout à perdre et rien à gagner. J’ai une fille vous savez, et si je meurs maintenant alors que la victoire est nôtre, je n’aurais jamais assez de toute l’éternité pour me pardonner la souffrance que ma mort lui infligerait. – Je comprends, mais vous savez aussi bien que moi que la seule chose qui m’attend en restant ici est la peine capitale. Il soupira avant de reprendre : – Cette guerre m’a déjà pris deux fils, mais sachez qu’il m’en reste encore un, mon benjamin, et qu’il attend mon retour. Si je ne fais pas tout pour le revoir, c’est moi qui n’aurais pas assez de toute l’éternité pour me le pardonner. Le seigneur Ken-Rhyl le fixa de ses yeux arctiques avant d’esquisser un sourire triste et sincère. Il dégaina à nouveau son arme resplendissante, il avait pris sa décision.
– En garde, messire roi. J’accepte votre duel. – Je vais vous écraser, hurla ce denier en arrachant sa lance du sol et en la faisant tournoyer au-dessus de lui, je gagnerais ma liberté en piétinant votre cadavre. Une symphonie n’aurait pas été plus rythmée que cette joute mortelle. À la manière d’un grand violoniste maniant son archet avec précision, ils maniaient leurs armes comme d’illustres virtuoses. Dansant une valse sanglante dictée par leurs assauts acharnés, leur féroce ballet laissait sans voix les soldats médusés. Attaquant, parant, feintant, tantôt courant ou bondissant, parfois reculant ou s’élançant, ce duel ne connaissait aucun temps mort, aucune pause, aucun moment de répit. Leur confrontation avait atteint un tel niveau que la moindre erreur serait nécessairement fatale. Le seigneur Ken-Rhyl fit un pas en arrière pour éviter un coup de lance particulièrement vicieux. Sans la moindre hésitation, il contre-attaqua en se fendant d’un estoc pour occire son ennemi, mais son coup pourtant parfait ne rencontra que le sombre acier de l’arme du redoutable roi tristannien. Ce dernier, plus vif qu’un serpent, fit pivoter sa lance sur elle-même pour en frapper de sa lame le seigneur Ken-Rhyl, prisonnier de son puissant mouvement offensif. Toutefois, n’étant pas moins vif que son vis-à-vis, il réussit in extremisà lever son bouclier pour se protéger. Le coup porté résonna sur tout le champ de bataille dans un écho métallique tonitruant. Son écu, pourtant façonné dans un acier des plus solides, était maintenant parcouru d’un profond sillon. Les deux hommes se faisaient de nouveau face, le visage tendu par la concentration et imperméables aux cris des soldats les exhortant maintenant avec force violence. Même si la sueur inondait leur visage et que leur souffle se faisait court, leur détermination, elle, ne montrait aucun signe d’épuisement. Ils se tournaient lentement autour l’un l’autre cherchant la moindre faiblesse à exploiter. Soudain, alors qu’un noir rapace passa loin au-dessus d’eux dans un cri sinistre, le roi Pern bondit littéralement sur le seigneur Ken-Rhyl en tenant fermement sa sombre lance pour lui assener un coup aussi puissant que mortel. Ken-Rhyl sentit le danger et leva une nouvelle fois son bouclier qu’il bloqua devant lui de ses deux mains. L’impact fut d’une violence inouïe, assourdissant. L’écu fut fendu en deux sous le choc et s’envola, sifflant, dans un double tournoiement étincelant. Son bras gauche saignait maintenant abondamment, une vilaine entaille le creusait dans toute sa longueur. Le roi tristannien, sûr de sa victoire, ayant quand même fait plusieurs pas en arrière pour plus de sécurité, le railla avec suffisance. – Vous êtes mort. Sans votre précieux bouclier pour vous protéger et le bras dans cet état, vous n’avez plus aucune chance de me vaincre. Il éclata d’un rire mauvais. – Merci, reprit-il, grâce à votre incompétence je vais pouvoir retourner d’où je viens pour reconstituer mes forces, et lorsque je déferlerai à nouveau dans votre monde, je le ferai mien. Il empoigna une fois encore sa terrible lance et bondit sur le seigneur Ken-Rhyl pour en finir une bonne fois pour toutes. Ce dernier, serrant les dents autant de douleur que devant l’imminence de sa fin proche, dressa face à son belliqueux adversaire sa resplendissante épée pour tenter de bloquer l’assaut. Alors qu’il pensait avec amertume sa dernière heure venue, une chose impensable se produisit. Dans une explosion 1 2 lumineuse aveuglante, Excalibur et la lance en démonium s’anéantir l’une l’autre lors de cette effroyable attaque. Les deux combattants sonnés, à genoux et face à face, tenaient dans leurs mains tressaillantes les vestiges de leurs armes vaincues. Ken-Rhyl, aidé par la douleur lancinante qui irradiait de son avant-bras blessé, sortit le premier de cette hébétude, se leva et plongea sa lame brisée au trois-quarts dans la poitrine du roi Pern. Hurlant et crachant du sang, le puissant monarque réussit à se mettre debout, et de rage, arracha l’épée brisée de son torse et la jeta au loin. – Ne croyez pas que tout ceci soit terminé, dit-il d’une voix d’où sourdait une haine féroce. Il essuya d’une main tremblante un filet écarlate coulant du coin de sa bouche, puis se mit à psalmodier un chant sinistre en traçant des signes étranges dans les airs. Lorsqu’il eut fini, il poussa un rire dément qui s’éteignit dans un gargouillis étouffé. – Vous voilà… tous maudits… toi et ta damnée Ultime Compagnie, reprit-il en ricanant sournoisement avec difficulté. Seule la restitution de la magie tristannienne… pourra lever cette malédiction et vous… Il tomba à genoux dans un râle d’agonie, les yeux mi-clos et les bras ballants. Avant de passer de vie à trépas, il eut la force de dire une dernière chose, une prophétie qui marquera Faëria au fer rouge. Sa voix était caverneuse, mais profonde, troublante pour une personne dans un tel état, comme si une entité autre parlait à sa place. Ken-Rhyl ne l’oublierait jamais. « Le verrou se brisera le jour où un Gaïannéen pénétrera à Wontania sans être invité par la reine. Le gardien chutera, marquant ainsi le retour sanglant de la guerre, et la paix durement acquise qui s’est installée tel un fragile voile évanescent sera alors déchirée par une nouvelle ère de ténèbres. »
Il mourut alors en même temps que la dernière syllabe s’échappant de sa bouche. Au moment où la flamme de la vie s’éteignit en lui, le seigneur Ken-Rhyl se changea en statue de pierre. La malédiction venait de faire son œuvre macabre et les survivants de l’Ultime Compagnie en furent également les malheureuses victimes. Bien que les malédictions fussent uniques pour chacun d’eux, elles étaient toutes terribles.
1. Excalibur est réputée incassable. 2. Le démonium est un alliage de métaux d’une solidité extrême passant pour indestructible.
Chapitre 1 La rencontre
Dix ans plus tard dans notre monde… une petite heure de Toulouse, nichée dans le vénérable giron des Pyrénées, se trouvait la petite ville À d’Hedera. À cette heure matinale, le soleil se levait avec paresse peignant le ciel d’un subtil dégradé d’orange et de rose. La rosée scintillait doucement lorsque ses premiers rayons effleurèrent la cime des plus hauts sommets, dissipant peu à peu, les derniers vestiges de la nuit s’accrochant encore aux reliefs. Les oiseaux commençaient leur ode quotidienne avec entrain, saluant ainsi, de la plus belle des manières, l’arrivée de cette nouvelle journée. Un enfant n’était pas enthousiaste devant cette sérénade matinale, car cela signifiait qu’une nouvelle journée commençait. Une journée qui, il le savait, ne serait guère différente des autres. Sylvestre avait 12 ans. C’était un garçon singulier avec ses cheveux bruns en bataille et son regard triste. Comme c’était souvent le cas, il était seul. Sa mère, un grand reporter, était partie au Venezuela couvrir un conflit qui prenait des proportions alarmantes. Elle ne rentrerait que d’ici 15 jours. Cela ne le gênait pas, ou tout du moins il faisait tout pour s’en persuader. Il s’était doucement habitué à ses absences, mais ces moments de solitude étaient toujours difficiles pour lui. Son père, reporter également, avait tragiquement trouvé la mort 10 ans plus tôt en Colombie, lors d’une guerre civile qui fut aussi brève que meurtrière. Sylvestre avait donc appris à se débrouiller seul et avait acquis une certaine maturité bien plus rapidement que n’importe quel garçon de son âge. Ce matin-là était le jour qu’il détestait le plus, car c’était lundi, un jour sinistre marquant pour lui le glas d’un week-end plus que providentiel. Il était 7h15. Il avait allumé la télévision en espérant avoir des nouvelles sur le conflit au Venezuela, mais à part des résultats sportifs et un résumé de l’information nationale, aucune nouvelle ne parvint à ses oreilles attentives. Résigné, il l’éteignit et commença à préparer son petit déjeuner. Après avoir bu un grand bol de lait et englouti deux grosses tartines de confiture, il relut attentivement son devoir sur Charlemagne et, satisfait, le rangea soigneusement dans son cartable. Aux alentours de huit heures moins le quart, madame Fortin, la voisine, passa voir si tout allait bien et s’il était prêt pour aller à l’école. C’était une femme débonnaire, d’une cinquantaine d’années, bien portante et au sourire bienveillant. C’est elle qui s’occupait de lui lorsque sa mère était absente. Elle réajusta avec tendresse le col de sa veste. – Alors, dit-elle d’une voix douce et chaleureuse, es-tu prêt pour aller à l’école ? – Malheureusement, répondit-il avec une pointe d’amertume. – Il est temps, dit-elle après avoir regardé sa montre, sinon tu vas encore arriver en retard. Il acquiesça à contrecœur. – Au revoir madame Fortin, à tout à l’heure. Sans la moindre envie, il ferma la porte et se mit lentement en route. Madame Fortin le regarda partir avec tristesse. Dès qu’il eut disparu de son champ de vision, la gentille voisine rentra chez elle en soupirant, espérant vainement que pour une fois tout se passerait bien. Le collège Tristemont était un grand bloc de béton gris construit sur deux étages. Au premier, se trouvait les innombrables salles de classe et au deuxième, le CDI et les salles d’études. La cour, quant à elle, était un grand L bétonné entourant l’école comme un bras protecteur. Pour seule végétation, trois grands platanes trônaient misérablement en son centre. Au fond de sa plus petite partie, le bas du L, étaient aménagés les sanitaires, l’infirmerie et les bureaux administratifs. Pour être tout à fait franc, Sylvestre le détestait cordialement. Comme à son habitude, une fois arrivé, il se mit à l’écart des autres et attendit que sonne le début des cours, mais comme à chaque fois, ça n’empêcha pas Tristan et sa bande de venir le harceler. Tristan avait fièrement redoublé deux fois, et de ce fait, était l’élève le plus âgé de sa classe. Il était efflanqué, faisait deux têtes de plus que les autres et était d’un roux presque rouge. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser de prime abord, ce n’était pas la couleur de ses cheveux ou ses deux années redoublées qui le démarquaient des autres. C’était sa méchanceté. Une méchanceté si rare qu’elle faisait de lui une légende. Une bien triste légende en vérité. Sa bande se composait de quatre calamités : Joe, son bras droit, 14 ans, brun, avec une casquette de gavroche sur la tête. Fred alias Buck, la brute du groupe, âgé de 13 ans. Il avait le corps d’un ours et la cervelle d’un pinson. Et enfin les jumeaux, Olivier et Charles, communément appelés Crit et Crat en raison de leurs incisives démesurées. Sylvestre les aperçut se dirigeant vers lui. Pour échapper à une autre humiliation de leur part, il se dirigea
vers les sanitaires dans l’espoir de s’y cacher jusqu’à ce que retentisse la sonnerie salvatrice. Cependant, Tristan comprit tout de suite sa manœuvre et anticipa son mouvement en envoyant Crit et Crat lui couper la route. Avec les deux autres, ils se déployèrent pour tenter de l’encercler. Sylvestre abandonna vite son idée de se cacher dans les toilettes, car Crit et Crat venaient de les atteindre. À sa droite, Buck se rapprochait rapidement avec un sourire éloquent aux lèvres, tandis qu’à sa gauche, Joe faisait de même. En face de lui la voie était également bloquée, car Tristan, la mine triomphante, marchait d’un pas résolu dans sa direction. Sylvestre réfléchit à toute vitesse. Il arriva à une conclusion qui lui parut aussi bien évidente que peu réjouissante. Au début, il pensait faire demi-tour et courir à l’opposé de ses assaillants, néanmoins cette solution, bien que simple et facile à exécuter comprenait un défaut majeur. La cour étant une zone limitée dans l’espace, il finirait à un moment ou à un autre par être coincé, et à ce moment-là, ça serait la curée pour la bande au rouquin. Alors, sans hésitation, il piqua un sprint en direction de l’infirmerie ne se trouvant qu’à une trentaine de mètres de là. Il entendit Tristan crier ses ordres, ce qui eut pour effet de lui donner des ailes. Il se trouvait maintenant à moins de quinze mètres de son objectif. Le cœur battant, le souffle court, il avait le regard fixé sur la porte qui lui ouvrirait les voies de cet abri autant bienvenu que salutaire. Plus que quelques pas et il serait enfin en sécurité. Toutefois il y avait un mais, qui plus est de taille. L’infirmerie était fermée. Pétrifié, il resta là, les bras ballants et la bouche ouverte, affligé par un tel coup du sort. Derrière lui, il entendit la bande au rouquin se délecter de sa mauvaise fortune. Il se retourna, lentement, résigné à subir les moqueries et les mauvais coups des victorieux garnements. Ils étaient tous là, même Crit et Crat. Ils se mirent en demi-cercle autour de lui, et au milieu de cette figure elliptique, se plaça le tortionnaire en chef, Tristan. – Alors débile, tu croyais nous échapper ? Il éclata de rire et, comme en écho, sa bande fit de même, à part Joe qui gardait comme toujours une certaine distance avec le groupe. Buck émit un espèce de grognement et Crit et Crat surexcités gesticulaient en poussant de petits cris aigus. Sylvestre, plus énervé que résolu, se campa courageusement devant Tristan. – Ça suffit ! Maintenant laissez moi partir ou… Tristan, d’un ton sec et moqueur lui coupa la parole. – Ou quoi minable ? Tu crois qu’un type comme toi peut m’intimider ? Les garnements se remirent à rire en se moquant ouvertement de lui. Mais ce faisant, ils ne virent pas la menace en train de poindre dans leurs dos. Seul Joe, conscient du danger, s’écarta discrètement du reste du groupe. Sylvestre regardait toujours Tristan avec colère, mais un sourire se dessina sur ses lèvres. – Qu’est-ce qui te fait sourire débile ! Tu crois que je… À ce moment-là, une main saisit son oreille gauche et la tira vigoureusement, c’était l’infirmière. – Encore toi ! Dit-elle dans un grondement sourd. C’est la dernière fois que je te préviens, compris ! À la prochaine incartade c’est direction le bureau du principal. D’un geste sec et rapide, elle lâcha son oreille, le libérant de son étreinte douloureuse. En vaillants soldats Crit et Crat avaient déjà pris la poudre d’escampette. Buck, quant à lui, était aller se réfugier aux toilettes, mais dans le feu de l’action n’était pas rentré dans celles des garçons, et de ce fait, était en train de se faire huer et siffler par un groupe de filles hystériques. Rouge de honte, il fuyait en direction des jumeaux à l’abri à l’autre bout de la cour. Seul Joe était resté là, regardant la tournure des événements et, pour une fois, il eut sur son visage un sourire. Tristan défia Sylvestre du regard, puis s’en alla accompagné de son lieutenant toujours aussi amusé. – Est-ce que ça va ? demanda-t-elle. – Oui, merci mademoiselle Heal. Elle le regarda en secouant la tête. – Que leur as-tu fait pour les mettre en rogne de la sorte ? Tu sais pourtant qu’il ne leur en faut pas beaucoup pour qu’ils prennent à parti un élève. – Mais je ne leur ai rien fait, se défendit-il. Ce sont eux qui prennent un malin plaisir à me pourrir la vie, continua-t-il irrité. Mademoiselle Heal fronça les sourcils et posa ses mains sur ses hanches. – Et tu crois vraiment que c’est dû au hasard !? S’exclama-t-elle. Je pense plutôt que c’est ton comportement qui est à l’origine de tes déboires avec eux. – Ce n’est pas vrai, se révolta-t-il. Je reste toujours dans mon coin. Je ne leur adresse même pas la parole. – Justement Sylvestre, dit-elle en agitant un doigt devant lui, en agissant ainsi tu te marginalises et tu attires leur attention. – C’est pour ça que je n’aime pas être avec les autres. Ce sont tous des gamins. Ils ne jugent les gens que sur leur apparence. Ils sont toujours en train de se plaindre : « Mon père ci, ma mère ça. » Eux au moins ils
ont leurs parents, se fâcha-t-il. Franchement, je suis bien mieux tout seul. L’infirmière le dévisagea un instant. – Je vais te raconter une histoire que me conta ma mère, tu en feras ce que tu voudras, mais écoutes la au moins jusqu’au bout. « Un jour, dans l’immensité sombre et froide de l’univers, vivait une petite étoile. Elle était encore jeune et scintillait faiblement d’une lumière encore juvénile. Cela la rendait très triste, car elle n’était pas suffisamment intense pour qu’elle soit remarquée par ses voisines. Pourtant, elle voulait attirer leur attention. Mais c’était peine perdue, car toutes avaient le regard rivé sur le soleil qui brillait avec tant d’intensité, qu’elles en étaient toutes subjuguées. C’est pourquoi elle se mit à étinceler de mille feux, se consumant sans compter. Et ainsi, au bout d’un moment, elle scintillait si bien qu’elles la remarquèrent enfin. Elle était finalement heureuse. Rapidement toutefois, elle commença à s’épuiser. Elle finit par réaliser avec horreur qu’elle était en train de s’éteindre, elle mourait de vieillesse. Dans un dernier clignotement, elle s’éteignit, seule, oubliée de toutes ses sœurs par qui elle voulait tant être reconnue. Finalement, seul resta un corps céleste vide dérivant dans la froide immensité de l’espace pour l’éternité, témoin anonyme d’une silencieuse tragédie. » Une fois son récit terminé, elle se tut quelques instants pour qu’il puisse s’en imprégner. – As-tu compris la morale de cette histoire ? – Non, pas du tout. En plus nous sommes totalement différent elle et moi. Alors que je n’aspire qu’à être seul, elle, elle s’évertue à être reconnue par ses pairs. – C’est vrai, admit-elle, mais ce n’est pas ce que je cherchais à te démontrer. La véritable morale de cette histoire, et qui s’applique autant à elle qu’à toi, c’est qu’à vouloir grandir trop vite on finit par perdre ce que l’on a de plus précieux. – Et quelle est cette chose si précieuse ? demanda-t-il sans comprendre où elle voulait en venir. – C’est la jeunesse Sylvestre, la jeunesse. Je sais que ta mère est très prise par son travail et qu’elle n’est pas souvent là, mais même si tu dois souvent te débrouiller seul et faire preuve de plus de maturité que les autres élèves, tu dois aussi conserver ton âme d’enfant. Si tu ne le fais pas, tu finiras par le regretter, crois-moi. Le temps s’égraine à grande vitesse Sylvestre, chaque seconde de gâchée est une seconde de perdue, et le temps… Elle ne put terminer sa phrase, car la sonnerie retentit. Sylvestre s’esquiva et se dirigea vers sa classe, un peu soulagé de ne pas subir davantage la sagesse de l’infirmière. Elle le regarda partir puis alla vaquer à ses occupations, car déjà, en clopinant, un enfant arrivait avec un genou qui avait embrassé le béton rugueux de la cour. Il avait cours de mathématiques avec monsieur Neper, un homme de 55 ans, sévère, mais juste. Avec ses cheveux poivre et sel et ses yeux gris rieurs, il ne ressemblait en rien à un véritable professeur d’arithmétique. Tout du moins tant qu’il ne se mettait pas en colère. Sylvestre n’était pas très doué en math, et depuis qu’il avait découvert les équations, opérations dans lesquelles étaient sournoisement mélangées des lettres aux chiffres, cet art lui devenait de plus en plus obscur. Il était en train de noircir son cahier, non sans mal, quand quelqu’un frappa doucement à la porte. Monsieur Neper, quelque peu surpris, se leva et alla ouvrir. Tous les élèves avaient cessé d’écrire et, dans une impatiente curiosité, attendaient de voir qui venait leur rendre visite. Dans l’embrasure de la porte se tenait un homme d’une trentaine d’années au regard autoritaire et sévère. C’était le principal, monsieur Trick. Il s’entretenait à voix basse avec le professeur qui, le visage fermé, ne laissait rien filtrer de leur conversation. Sylvestre, la surprise passée, se remit à travailler. Pourtant, quelques secondes plus tard, monsieur Neper l’interpella. Étonné, il releva la tête et aperçut monsieur Trick lui faire signe de venir les rejoindre. Il s’exécuta inquiet, car il était rare que le principal se déplace pour féliciter un élève. En réalité, c’était plutôt l’inverse, et à en juger par l’attitude de Tristan caché derrière son cahier, il devait être redoutable. D’un pas mal assuré, il se dirigea vers eux. Le brouhaha redoubla alors d’intensité. Des chuchotements, des gloussements et autres caquètements fusèrent dans toute la salle. Monsieur Neper d’une voix empreinte d’autorité ramena le calme dans sa classe, ce qui mit Sylvestre mal a l’aise, car à ce moment-là, il sentit le regard de ses camarades le transpercer de toutes parts. Une fois arrivée à côté des deux hommes il s’arrêta et, d’une voix trahissant une certaine anxiété, prit l’initiative. – Oui ? demanda-t-il timidement. Monsieur Neper posa une main sur son épaule, et d’une légère pression, l’invita à aller sur le seuil de la porte à l’extérieur de la classe. Peu rassuré, il s’exécuta. Une fois dans le couloir, le professeur de mathématiques lui tapota amicalement la tête et prit congé. Face à face, l’élève et le principal se