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Les Cieutat - Ou le Siège de Villeneuve d'Agen sous Henri III

De
422 pages

Le cabaret de maître Pacôme, au Faucon Royal, était situé sur les bords du Lot, au milieu du faubourg principal de Villeneuve d’Agenois, petite ville très fortifiée alors, et que l’on regardait comme une des places importantes du midi de la France. Ce cabaret avait les honneurs de la vogue, et maître Pacôme jouissait d’une réputation méritée pour la manière dont il apprêtait le vin aux épices, et pour le talent qu’il déployait dans le choix de ses liquides.

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Quelle agréable surprise ! dit la Reine.
Eugène Nyon
Les Cieutat
Ou le Siège de Villeneuve d'Agen sous Henri III
J’ai toujours aimé les voyages, et ce goût m’avait été, dès mon jeune âge, révélé par le plaisir extrême que j’éprouvais à lireles Aventures de Robinson Crusoéle et Voyage du jeune Anacharsis.Robinsonje dois avouer que dans mes affections,  Cependant l’emportait sur Anacharsis de toute la distance qu’ il y a entre l’ancien continent et le nouveau. Robinson était pour moi un héros, un demi- dieu. Tel qui m’eût dit alors que Robinson n’avait jamais existé, que c’était un pers onnage purement de l’invention de Daniel Foé ; certes, celui-là se fût exposé à se fa ire un mauvais parti avec moi. Je croyais à mon Robinson, j’y tenais, nul ne m’en aur ait fait démordre ; Robinson était nécessaire à mon existence, et c’eût été pour moi u ne grande peine que de ne plus y croire. De cet amour pour Crusoé à l’amour des voyages, il n’y avait pas loin. Or donc, une fois cette passion de déplacement posée, il sera facile de comprendre comment il se fait que tous les ans, dès que le soleil prend un peu de force, je dise adieu à Paris, à ses bornes-fontaines et à ses becs de gaz, pour commencer mes pérégrinations ; comment il se fait qu’il y a trois ans, à la fin de juin, je s ois descendu à l’hôtel duFaucon Royal, à Villeneuve-d’Agen. Le caprice avait porté ma course dans cette partie de la Guyenne, et je trouvai le pays si agréable, que je résolus d’y passer un mois entier. Je m’établis donc dans l’hôtel, et au bout de deux jours, je jouissais de toute l’estime de l’hôte qui, le soir, daignait venir lui-même me servir mon café dans ma chambre, et poussait la condescendance jusqu’à me faire la conversation pendant des heures entières. J’avoue en toute humilité que, les premiers jours, je me sentis de violentes tentations de décliner l’honneur que mon hôte voulait bien me faire, et j’eus quelques démangeaisons de le renvoyer à ses fourneaux. Mais une phrase qu’il prononça au moment même où j’allais céder à mes tentations, arrêta subitement la formule de congé sur mes lèvres, et changea tout-à-coup ma résolution. Cette phrase, la voici : — Je n’ai pas besoin de dire qu’elle était relevée d’un délicieux accent gascon :  — Tel qué vous mé voyez, monseû, jé né suis pas cé qué je parais être vous mé croyez un simple aubergiste, comme lé premier vénu..... Sandis !... j’en suis loin... et jé compté parmi mes ancêtres la plus fine fleur de la chevalerie dé cé beau pays de Gascogne... Je regardai mon hôte avec étonnement à ces paroles ; et j’eus toutes les peines imaginables à retenir un éclat de rire. Il avait re dressé fièrement sa tête ombragée du bonnet de coton traditionnel, et, la main gauche ap puyée sur le manche du couteau de cuisine qui pendait à son côté en guise d’épée, il avait pris une pose tout-à-fait chevaleresque. — Bah ! m’écriai-je, en baissant vivement les yeux, de peur que l’aspect du chevalier-marmiton ne vint porter une trop grande atteinte à ma gravité, et par là me priver des choses agréables que me promettait ce préambule. — Oui, monseû, reprit-il, vous avez sans doute lu mon enseigne ? — Certainement, fis-je en me pinçant la lèvre...Barbesac ditCieutat, aubergiste, loge à pied et à cheval... puis au-dessus un faucon représenté avec cette ins cription :Au Faucon Royal. — Eh donc !... continua l’hôte, cela né vous dit donc rien ?...  — Si fait, mon cher hôte, cela me dit que vous log ez à pied et à cheval et que vous vous appelez Barbesac...  — Eh ! mais... ce n’est pas tout... et cé n’est pa s pour rien, qué jé pense, qué jé fis mettre à la suite dé mon nom dé Barbesac ces deux mots : ditCieutat... — Sans doute... — C’est donc sur ces deux mots qué j’appelle toute votre attention.
— Eh bien ?  — Comment ! eh bien ?... vous né comprenez pas la valeur dé ces deux mots : dit Cieutat ? — Non vraiment, mon cher hôte, et si vous daigniez me l’expliquer... — Eh donc ! vous né savez pas l’histoire de votre pays ?... — Ah ! permettez, cher hôte, je vous arrête ici... je crois la connaître un peu.  — Vous né vous en doutez pas... plus qué mon coute au, reprit-il avec son aplomb gascon. — Allons, puisque vous y tenez, je le veux bien, mais faites-moi au moins le plaisir de m’expliquer le rapport qu’il y a entre l’histoire de France et ces deux mots : ditCieutatqui suivent votre nom. Le chevalier Barbesac me lança un regard de commisération, et haussant les épaules d’un air qui semblait dire : — Ignorant ! Il alla prendre une chaise, s’assit gravement vis-à-vis de moi, et reprit la parole, après avoir rejeté en arrière la mèche de son bonnet. Eh donc ! je vais vous expliquer la chose... Lé nom dé Cieutat appartient à une famille dé gentilshommes du midi... famille célèbre et dont l’origine remonte si haut dans la nuit des temps qu’on né peut pas aller plus loin... On d it... mais je n’ai pas pu m’en assurer qué lé patriarche Noé... celui qui planta la vigne et sauva la race humaine du déluge... était unCieutat... — Peste ! fis-je en riant... c’est en effet une origine assez reculée... — Né riez pas, reprit fort sérieusement mon hôte... Sandis ! jé né pourrais pas souffrir que l’on sé permît dé rire dé mes ancêtres... — Comment ? m’écriai-je, vous appartiendriez...  — A cette noble et ancienne famille !... capé dé D iou !... je m’en flatte... car c’est un grand honneur. — Sans doute... et je comprends maintenant pourquoi ces deux mots : ditCieutat...  — Eh donc ! cé n’est pas malheureux !... oui, mons eû... jé descends dé cette illustre famille par les femmes... ma mère était une Cieutat !... Cette dernière phrase fut prononcée par l’hôte avec emphase, et après l’avoir dite, il me regarda avec un air de dignité si comique que je sentis le rire me prendre à la gorge. J’eus néanmoins la force de me contraindre encore, ne voulant pas perdre la généalogie de mon noble et digne hôte...  — Jé lé répète, continua-t-il, ma mère, ma propre mère était une Cieutat... qui né dédaigna pas d’épouser mon père, lequel était alors maître’ de cette auberge et dé plus un des municipaux dé Villeneuve... sous la révolution... Il est vrai qué la noble demoiselle né faisait pas tout-à-fait une mésalliance... les B arbesac étaient aubergistes ou cabaretiers depuis des siècles, dans cette maison même et à la même enseigne... Un dé mes ancêtres paternels... Pacôme Barbesac, se trouva même mêlé aux grandes crises politiques qui agitèrent lé règne du roi Henri III. .. Il était cabaretier... et il joua un très grand rôle dans les troubles dé cé pays.... Barbesac me regarda avec satisfaction, puis il ajou ta en clignant de l’œil avec intelligence et d’un air qui signifiait : « Attendez, jé n’ai pas tout dit... vous n’êtes pas au bout... »  — On prétend... et moi j’en suis sûr... qué la reine de Navarre, Marguerite de Valois, femme du roi de Navarre qui devint plus tard Henri IV, avait des intelligences avec cé maître Pacôme, et qu’elle a même passé plusieurs heures dans son cabaret du Faucon Royal... Sandis ! voilà jé pense des titres de noblesse aussi... mais jé n’en ai pas fini avec
célui de mes ancêtres que l’on nommait Pacôme... et quelqué jour jé vous conterai sur lui des aventures surprenantes. Qu’il vous suffise de s avoir pour le moment que par une bizarrerie sans égale... Pacôme Barbesac s’est trouvé, de son vivant, avoir des relations fort hostiles avec les seigneurs de Cieutat qui gouvernaient la ville alors... sans doute qué ni l’un ni les autres né pouvaient à ce moment s’im aginer qu’il y aurait un jour un Barbesac qui aurait le droit de se vanter d’être le gage dé l’union des deux familles... Je me rappelai en effet que le nom de Cieutat avait brillé d’un certain éclat au temps des guerres religieuses, mais je ne comprenais pas comment il se faisait que mon hôte eût le droit de porter ce nom.  — Est-il possible, pensais-je, que la révolution a it pu faire de pareilles fusions entre deux familles aussi éloignées l’une de l’autre par le rang et par la naissance ? Et j’en vins naturellement à prendre ce que me disait mon hôte pour des gasconnades. Pourtant s’il n’avait pas eu une espèce de droit à se targuer de ce nom de Cieutat, aurait-on souffert qu’il le fît ? Je le questionnai donc p lus sérieusement cette fois, et voici en deux mots ce qu’il m’apprit par un flux de paroles auxquelles je ne cherchai pas à mettre une digue, reconnaissant la chose de toute impossibilité : La famille des Cieutat, au moment où commençait la révolution, se trouvait, au dire de mon hôte, réduite à deux femmes, la mère et la fille. La mère était veuve d’un petit officier de fortune, seul débris de cette famille jadis puissante, lequel avait été tué en duel par un de ses camarades du régiment de Picardie, dans lequel il servait. Le lieutenant de Cieutat était mort, laissant une veuve sans la moindre ressource, et une pauvre fille sans avenir. La veuve de Cieutat, pour élever cet enfant, s’était vue réduite à travailler, mais il était plus facile de prendre une détermination pareille que de trouver le moyen de la mettre à exécution. Pendant deux mois, la veuve de Cieutat, qui avait pris le plus grand soin de cacher son nom, chercha vainement un emploi qui pût la faire vivre, elle et sa fille. Les choses en étaient là lorsque le grand-père de mon hôte perdit sa femme. Or, comme ledit grand-père ne savait ni lire ni écrire, comme aussi son auberge, fort achalandée alors, ne pouvait marcher sans quelqu’un qui possédât les deu x talents dont nous venons de parler, il se trouva que l’un ayant besoin d’une personne de confiance pour tenir les rênes de sa maison, et l’autre étant dans la nécessité de prendre une place quelconque, l’aubergiste Barbesac et la veuve de Cieutat, après être tombés d’accord sur la somme des émoluments, conclurent un arrangement par suite duquel la veuve vint prendre place dans le comptoir laissé vide par la mort de la femm e Barbesac. Une fois installée, la veuve de Cieutat mit tous ses soins à l’administration de la maison, qui bientôt, grâce à son ordre et à sa probité, parvint à l’état le plus prospère. Le grand-père de mon hôte était si content du résultat apporté dans l’auberge par la présence de la veuve de Cieutat, qu’il résolut de l’en récompenser, et à cette fin, lui proposa de l’épouser. Pour justifier cette outrecuidance de Barbesac grand-père, il faut dire qu’il ignorait entièrement le nom et le rang de son administrateur féminin, sans quoi peut-être n’eût-il jamais osé hasarder la proposition dont nous venons de parler ; mais, l oin de croire faire une demande déplacée, il pensait faire honneur à celle qu’il voulait élever jusqu’à lui. Quoiqu’il en soit, la veuve de Cieutat déclina l’honneur qu’on lui offrait, et resta ce qu’elle était, la veuve de l’officier du régiment de Picardie. Cependant, sa fille grandissait, et elle montrait toutes les qualités d’ordre qui distinguaient sa mère. D’u n autre côté, le fils de Barbesac était déjà un grand gaillard, fort entendu et presqu’en â ge de se marier. C’est alors que la révolution éclata : un décret ayant été rendu qui portait la peine de mort contre tous ceux qui cacheraient des nobles dans leur demeure, la veuve de Cieutat crut qu’il était de son devoir de prévenir Barbesac (toujours le grand-père de mon hôte) de sa qualité. Elle le fit : cette nouvelle occasionna au propriétaire de l’auberge une telle surprise, mêlée de
crainte, que le digne homme sentit tout-à-coup sa d igestion s’arrêter, et qu’il mourut étouffé dans la nuit par suite de cette nouvelle. Barbesac fils, c’est-à-dire le père de mon hôte, maître tout-à-coup de l’auberge et du secret de la dame de Cieutat, la rassura complètement sur ses intentions : il la garderait toujours, et pour calmer ce qui pouvait lui rester de craintes, il offrait d’épouser la fille d e la dame, qui avait alors dix-huit ans accomplis. Peut-être l’orgueil du sang cria-t-il à la veuve de Cieutat de n’en rien faire, mais d’un côté un peu de reconnaissance et de l’autre l’intérêt de la conservation crièrent plus haut que l’orgueil, et elle consentit à cette union d’où naquit mon digne hôte, qui termina en disant : — Et voilà comment jé m’appelle Barbesac et pourquoi j’ajoute à mon nom ditCieutat, qui est lé nom dé ma mère. C’en fut assez pour ce soir-là, mon hôte alla se co ucher, et me laissa libre d’en faire autant. Mais, à partir de ce jour, il ne se passa pas une soirée sans qu’il vint me régaler de ses récits sur les Cieutat, sur son archi-trisaïeul Pacôme, et sur lui-même. Souvent il m’ennuyait, mais quelquefois il parvenait à m’intéresser, et un soir jè me souviens que je l’ai retenu de moi-même et engagé à continuer. Je ne croyais que le quart de tout ce qu’il me disait, mais pourtant au milieu de toutes ses hâ bleries, il se trouvait des choses qui avaient une apparence de vérité. Au reste, par suit e de sa manie de parler de ses ancêtres, il avait fini par prendre une teinture d’histoire ; il savait une grande quantité de traditions qui toutes avaient trait à l’une de ses deux familles, et qui piquaient quelque peu ma curiosité. Le jour où je le retins près de moi, Barbesac avait répondu ainsi à cette demande que je lui faisais : — Pourquoi portez-vous donc toujours à votre côté ce couteau, même lorsque l’heure du repos est venue pour vous et que vos occupations sont finies ?  — Eh donc ! voulez-vous donc qué jé mé promène san s armes comme un simple roturier ?... Sandis ! il ferait beau voir !... Jé garde mon couteau faute dé pouvoir porter l’épée... un gentilhomme né peut pas aller sans arm es, cadédis !... Et tenez, jé suis sûr que mon archi-trisaïeul Pacôme ne s’en faisait pas faute... lui qui recevait des reines chez lui... et qui eut des aventures si surprenantes.  — A propos, lui dis-je... puisque vous reparlez de votre archi-trisaïeul, je vous rappellerai que vous m’avez promis de me conter ses aventures...  — Ah ! dame... C’est qué... jé né sais si j’aurai le temps, reprit-il, comme un homme qui ne demande pas mieux que de céder, mais qui veut se faire prier un peu.  — Allons donc, maître Barbesac, il n’est que neuf heures... vous ne vous couchez jamais qu’à onze... et puis tenez.... veuillez sonner votre garçon, et lui ordonner de nous monter du thé et deux tasses, pour humecter votre g osier qui va me conter des merveilles. — Lé moyen dé vous résister ! fit l’hôte après avoir exécuté mes ordres ; puis pressant le garçon, il fit monter tout ce qu’il fallait pour préparer notre thé, s’en acquitta en silence, et après en avoir rempli deux tasses, il reprit :  — Vous mé demandez donc dé vous raconter les avent ures merveilleuses dé mon archi-trisaïeul, maître Pacôme... Eh donc ! jé lé veux bien... D’abord il faut vous dire qu’il était aubergiste cabaretier, au lieu même où s’élève aujourd’hui mon hôtel... Il me raconta alors les détails les plus minutieux sur la considération dont il jouissait dans le faubourg de Villeneuve ; et je fus forcé d’entendre une dissertation topographique tendant à me prouver que Villeneuve-d’Agen était alors séparée de ses faubourgs, chose que je savais parfaitement, je vous prie de le croire. Ensuite, il me fit part des bruits qui couraient sur le cabaretier du Faucon Royal : il recevait, disait-on, toutes les nuits, à des
heures avancées, des personnages mystérieux ; bien souvent des clartés étranges paraissaient à travers les fentes des volets, et l’on entendait des bruits sinistres et des rires douteux sortir des profondeurs de la taverne.
 — Vous pensez bien, reprit mon hôte, qué jé n’ajou te pas foi à tous ces bruits tendant à faire croire que Pacôme avait des relatio ns avec lé malin esprit... Pourtant... jé né répondrais pas du contraire... ca r voilà cé qu’on raconte dans le peuple où cela s’est répété d’âge en âge... La rein e de Navarre assiégeait alors Villeneuve-d’Agen défendue par mes ancêtres dé Cieu tat... Pacôme qui s’était déclaré pour la reine, prêta une nuit son cabaret à celle-ci pour jé né sais quelle équipée... mais tout-à-coup Pacôme disparut, et on né lé revit plus... toute la nuit il se fit dans lé cabaret un bruit étrange, des flamme s sinistres s’élevèrent et, lé lendemain matin, lé cabaret n’existait plus. On n’entendit plus parler dé Pacôme... et lé bruit courut qué sous l’apparence de la reine en question, l’esprit malin s’était introduit dans la demeure dé mon archi-trisaïeul qu’il avait fait disparaître.  — Oh ! oh !... fis-je en riant... du surnaturel... je ne vous passerai pas cela... maître Barbesac... votre Pacôme... ses relations politiques avec la reine de Navarre... Je les recuse... je les nie... jusqu’à ce que vous m’ayez donné des preuves... quant à ce que vous m’avez raconté hier des Cieutat... il y a du vrai, et tenez, voici ce que j’ai trouvé ce matin à la bibliothèque de la ville, dans lesEssais sur Paris de M. de Sainte-Foix.
« Marguerite de Valois, en guerre contre Henri III son frère, avait mis le siège devant Villeneuve-d’Agénois. Elle ordonna à trente ou quarante soldats de conduire Charles de Cieutat au pied des murailles et de le tuer, si son fils qui commandait dans la place ne voulait pas la rendre. Cieutat, après qu’on eut fait cette horrible sommation à son fils, lui cria : —Songe à la fidélité et an devoir d’un Français, etque si je te conseillais de te rendre, ce ne seraitplus ton père qui le parlerait, mais un lâche,un traître à son honneur et à son roi.pper, le jeune Cieutat fit — Les gardes avaient déjà le bras levé pour le fra signe qu’il voulait parlementer ; il sortit de la ville et mettant tout-à-coup l’épée à la main, il fondit avec tant d’impétuosité sur les soldats, et fut si heureusement secondé par plusieurs soldats de sa garnison, qu’il délivra son père, et qu’il le ramena en triomphe dans les murs de la place, défendue par l’héroïsme et la valeur. » — Eh bien !... qué qué ça prouve ?... fit Barbesac... s’il n’y a qué cela... votre monseû Sainte-Foix est un ignorant... Je vous ai conté tou t au long l’histoire dé cé siège mémorable... et quand à cé qué jé vous ai dit dé Pa côme... jé lé maintiens, sandis ! Pacôme était l’allié dé la reine dé Navarre... et, puisqu’il vous faut des preuves certaines, écoutez-moi donc !... Il y a six ou sept ans... jé faisais percer cé puits qué vous voyez là au milieu dé la cour ; tout-à-coup les ouvriers sentent leurs outils arrêtés par une matière dure... ils regardent... c’était dé la pierre... une construction enfin... on enlève la terre... on pioche, et l’on parvient bientôt à découvrir l’existence d’un caveau.... Jé lé fais ouvrir, et devinez cé qué jé trouve dedans... un squelette, mo nsieur... puis, des cruches... des pintes... des tonneaux... c’était un cellier... et jé né puis pas douter qué cé né soit lé cellier de Pacôme, et lé squelette, Pacôme lui-même, à moins qué cé né soit un de ses garçons. Sur les pintes il y a ces mots tracés :Pacôme au Faucon Royal ;et puis près du squelette, j’ai trouvé une clé ainsi qu’une tablette dé cire qué j’ai gardée réligieusement ; sur la tablette qui était pendue dans la cave il y a des inscriptions qué lé temps n’a pas tout-à-fait effacées. — Et vous avez conservé cette tablette ? demandai-je avec curiosité. — Si jé l’ai conservée, fit mon hôte, jé lé crois bien, sandis !. une merveille pareille... et jé vais vous la montrer.